Les renvois à la gc édition n'ont pas été faits
cédente, l'une et l'autre appartenant à la même bibliothèque : nous lui donnerons, pour éviter toute inexactitude, le nom de l'abbé Cochin, qui l'a marquée de ses armes et de son ex lihris. Au surplus, nous ne la citerons pas souvent; car elle a été publiée, d'après une autre copie et avec quelques variantes, dans des éditions du dix-huitième siècle, auxquelles nous renverrons.
La première clef imprimée parut après la mort de la Bruyère, si la première est bien, comme nous le pensons, un petit cahier in-8° de 22 pages qui a pour titre : « Clef du livre intitulé les Caractères ou les Mœurs de ce siècle, 9*^ et dernière édition, par Mr. de la Bruyère, de l'Académie françoise*. »
Publié pour faire suite aux 9** éditions de Paris et de Lyon, ce cahier porte en maxge des renvois à l'une et à l'autre. Nous citerons en leur lieu les indications de cette clef, que nous daterons de 1697. Peut-être a-t-elle été imprimée un peu plus tard, mais à coup sûr elle ne l'a pas été plus tôt, car elle mentionne les quatre volumes des Parallèles des anciens , et le quatrième, qui porte la date de 1697, ne fut achevé d'imprimer que le 27 novembre 1696.
Après la publication de la iC^ édition, en 1699 au plus tôt, cette clef fut réimprimée page par page, ligne par ligne, avec quelques fautes. Le mot dixième remplaça le mot neuvième dans le titre; mais l'imposition étant la même dans les 9^ et 10'' éditions de Paris et de Lyon , les mêmes renvois furent répétés ^.
Après cette clef nous citerons la clef des éditions de 1697 et de 1700, imprimée en marge et de plus disposée par ordre
1. La clef est suivie de cette note, p. 22 : « Monsieur JEAN DE « LA BRUYÈRE étoit gentilhomme de Monsieur le Prince, et l'un « des quarante de l'Académie Françoise. Il mourut subitement le « 10 mai 1696, à dix heures du soir, âgé de cinquante-sept ans. » — Un exemplaire de cette clef, inconnue de Walckenaer, est conservé à la Bibliothèque impériale (R 281 3, 3).
2. Je dois la connaissance de cette réimpression à M. Charles Alleaume, qui en possède un exemplaire, placé à la fin d'un volume qui appartient à une édition contrefaite sur la 10® édition de Michallet. Cette contrefaçon, qui est datée de Paris, 1699, ^t se présente sous le nom de Michallet, porte également la rubrique a lo^ édition ; » mais les renvois de la clef ne s'accordant pas avec sa pagination, le relieur les a mal à j>ropos assemblés. La même méprise s'est
4oo APPENDICE AUX CARACTÈRES.
alphabétique au commencement de chacun des deux volumes dont se composent ces éditions^ ; la clef de l'édition des frères Wetsteins, publiée en 1720 et réimprimée dans les éditions de David Mortier (1724) et de Michel-Etienne David (1726); et enfin la clef qui accompagne presque toutes les éditions de Coste, c'est-à-dire les éditions de 1739, de 174O) de 1759, etc.
Ce sont la clef de l'édition Wetsteins, et celle des éditions Coste surtout qui reproduisent les commentaires de la seconde des clefs de l'Arsenal ci-dessus mentionnées : les éditeurs de Hollande en répètent les révélations avec empressement; les éditeurs de Paris , forcément plus circonspects , en retranchent les détails qui rappellent les indiscrétions de Tallemant des Réaux. La publication des clefs telles qu'on les pouvait lire dans les éditions de Paris ne manquait pas toutefois d'une certaine hardiesse, et bien des familles durent se plaindre. Il en est une dont le nom disparut tout à coup des clefs : c'est celle des Berrier, dont l'on effaça toute mention dès qu'un Berrier devint lieutenant de police.
En résumé, les clefs que nous citerons dans nos commentaires sont : la clef manuscrite de l'Arsenal qui fut faite sur la 7^ édition, et que nous appelons la clef de 1693 ; la clef manuscrite de l'Arsenal qui fut rédigée plus tard, d'après diverses listes, et que nous nommons la clef Cochin ; la clef imprimée séparément vers 1697; la clef faisant corps avec l'édition de 1697 ^ ; la clef de 1720 ; et enfin celle des éditions Coste '.
renouvelée plus d'une fois, car j'ai vu un autre exemplaire de la même édition suivi de la même clef. — Cette clef a été également réimprimée à la Haye, avec des renvois à la 9® édition de Paris, et aux éditions de 1696 et de 1698 de la Haye.
I. Les éditions de 1700 ont été signalées par Walckenaer comme les premières qui aient été accompagnées d'une clef imprimée ; mais celle de 1697, comme elles datée de Paris, et comme elles indûment accompagnée du nom de Micliallet, avait paru avec la même clef. Cette dernière édition a-t-elle été publiée avant ou après la clef imprimée séparément dont nous venons de parler ? nous ne saurions le dire.
a. Pour distinguer cette clef de la précédente, que nous nommons la clef de 1697, i^ous l'appellerons la clef de l'édition de 1697. Elle sera d'ailleurs très-rarement citée.
3. Ce sont les clefs imprimées de l'édition de 1720 et des éditions
NOTICE. 4oi
Pour juger de la vraisemblance de chacune des interprétations des commentateurs, il est important d'en rapprocher la date à laquelle parut le passage de la Bruyère qui en est l'objet. Aussi, à la suite des premiers mots de chacun des alinéa commentés dans les clefs, avons-nous mis l'année de sa publication. Bien que la i'* édition porte le millésime de 1688, nous donnons aux morceaux qu'elle contient la date de 1687 : c'est à la fin de 1687, en effet, qu'ils ont été imprimés.
Il est superflu d'insister une fois de plus sur la réserve avec laquelle doivent être acceptés les commentaires des Caractères. L'absurdité de certaines interprétations apparaît d'elle-même, sans qu'il soit nécessaire de la démontrer. Mais souvent aussi les clefs nous présenteront de judicieuses interprétations, qu'il sera intéressant de rapprocher du texte.
Coste, et la clef manuscrite de l'abbé Cochin, que nous désignerons collectivement par l'expression : clefs du dix-huilième siècle. Lorsqu'il s'agira seulement des clefs imprimées, nous l'indiquerons. La rédaction de la clef de 1720 et celle de la clef des éditions Coste n'est pas la même ; nous citerons ordinairement celte dernière , qui est la plus complète , sans nous astreindre à noter les variantes insignifiantes. — Quant aux clefs qui sont écrites à la main sur les marges des exemplaires des Caractères^ nous les appellerons clefs marginales ou simplement clefs manuscrites ,
La Bruyère, i 26
Page Il3, n° 3. — Cest un métier que de faire un livre.,.. Un magistrat (1687).
Suivant toutes les clefs, le «c magistrat » dont il s'agit est « M. Poncet de la Rivière, mort doyen des conseillers d'Etat, qui prétendoit être chancelier, et qui avoit fait un mauvais livre, des Avantages de la vieillesse. » Ce livre, « qui n'eut pas cours, » suivant la clef Cochin, fut imprimé, ajoute la clef de 1697, « sous le nom du baron de Prelle. »
Il avait en effet paru en 1677, chez Sébastien Cramoisy, sous le titre suivant : « Considérations sur les avantages de la vieillesse dans la vie chrétienne, politique, civile^ économique et solitaire, par le baron de Prelle. » S'il faut en croire ime note de J. B. Michault*, c'est le P. Bouhours qui en fut l'éditeur, et qui le « retoucha. » Quoi qu'il en soit, il suffit de jeter les yeux sur le « tissu de cet ouvrage, » c'est ainsi que l'auteur nomme la table des matières, pour être assuré que la Bruyère ne l'a pas jugé trop sévèrement ^.
L'auteur de ce petit volume est, non pas « Mathias Poncet de la Rivière, conseiller au Parlement, » comme l'a dit Walckenaer, mais son père, Pierre Poncet, avec lequel il a été souvent confondu. Baillet, Placcius, Barbier et Quérard ont gardé le silence sur son prénom ; mais le titre de conseiller d'Etat que lui donnent toutes les
1, Lettres choisies de M. de la Rivière, i']5x, tome II, p, 263.
2. Voici, par exemple, le sommaire de trois chapitres : « V. Empêchemens à la prolongation de la vie par trois officières subalternes de la Providence: par la Nature, par la Fortune, par la Fatalité. — "VI. Du péril ordinaire à l'abord de la vieillesse ; de la vertu des nombres sept et neuf joints ensemble à l'égard du corps humain. — VII. De la vertu des mêmes nombres sept et neuf joints ensemble à l'égard des corps politiques, etc. » — Un appendice contient les « pièces , non encore imprimées , dont mention est faite » dans l'ouvrage. Ce sont des documents, empruntés aux registres de la chambre des comptes , sur l'hôtel Saint-Paul , sur les privilèges accordés aux rois de France par les papes, sur l'affranchissement des serfs par Louis Hutin, sur les remontrances que fit la chambre des comptes de Paris au sujet de privilèges accordés à la chambre des comptes de Montpellier, etc.
Ao4 APPENDICE.
clefs, J. B. Mlchault et Quérard, suffît à empêcher toute méprise. Pierre Poucet, qui est mort en effet doyen des conseillers d'État, ainsi que lindiquent justement toutes nos clefs, sauf celles de 1693 et de 1^97, est d'ailleurs le seul membre de la famille qui ait pris le titre de baron de Presles, dont il est qualifié dans V Histoire généalogique du Parlement j conservée à la bibliothèque du Louvre (manuscrit in-folio, F 761, tome II, p. i58i), et dans la France législati\>e, ministérielle, judiciaire et administrative, par M. Y**** (tome II, p. 55). Nous doutons que ce titre, qu'il avait inscrit en tête de son livre, et dont n'hérita point son fils, lui appartînt véritablement. Du moins le cachait-il aussi bien qu'eût fait un pseudonyme , car les signataires des approbations qui accompagnent son ouvrage expriment le regret que le « grand homme » qui l'a composé ait été contraint de dissimuler son « illustre nom. »
Pierre Poncet de la Rivière, comte d'Ablys , d'abord avocat au Parlement (1619), puis auditeur à la chambre des comptes (1629), dont son père Mathias Poncet avait fait partie, fut nommé successivement maître des requêtes (16 janvier 1642), maître des requêtes honoraire (i663), conseiller d'État, et devint en 1678 membre du conseil royal des finances. « Patelin, esprit souple et adroit, suivant aveuglément les volontés de M. le chancelier (Seguier) dont la protection a fait sa fortune : » tel il est peint dans les Portraits des maîtres des requêtes^, et tel il se montra dans le procès de Foucquet.
C'est à la fin du mois d'août 1677 que fut achevée l'impression de ses Considérations sur les avantages de la vieillesse : un mois après, le 25 octobre, mourut le chancelier d'Aligre; il fut remplacé le 28 octobre par Michel le Tellier. Si Pierre Poncet eut jamais l'ambition d'être nommé chancelier, ce fut à cette époque : son livre ne pouvait donc paraître plus malencontreusement.
Mais cette première dignité à laquelle il « alloit par son mérite, » ne serait-ce pas la première présidence du Parlement, plutôt que la chancellerie? Le premier président de Lamoignon était mort le 10 décembre 1677, et le Roi ne savait quel successeur lui donner : «c J'ai dans la tête, écrivait Bussy le i^r février 1678, que ce pourroit être M. de Poncet^. » Il ne fut pas nommé, et la présidence échut à M. de Novion le i3 juin 1678. Cette fois, la place était restée six mois vacante; l'attention publique s était longtemps arrêtée sur les candidats, et puisque Pierre Poncet se trouvait être l'un d'eux, il est
1. Yoyezles Historiettes de Tallemant des Réaux , tome V, p. 283, — Poncet était très-riche : voyez la Correspondance administrative sous Louis Xiy. tome II, p. 5o,
2. Correspondance de Bussy, édition de M. Lud. Lalanae, tome IV, p. 25.
CLEFS ET COMMENTAIRES. 4o5
permis de se demander si ce n'est point de cette déception que veut parler la Bruyère.
Deux ans })lus tard, parut le recueil suivant, dont nous pouvons attribuer la publication sans hésiter à Pierre Poncet ; « Harangues faites en rassemblée du clergé en ifiyS, suivant l'ordre du Roi, prononcées par M. Poncet, conseiller d'Etat ordinaire et au conseil royal des finances , l'un des commissaires députés à cet effet par S. M. , omises au procès-verbal qui en a été dressé (Paris, Cramoisy, 1679). »
C'est encore lui, pensons-nous, qui fut l'auteur des Considérations sur la régale et autres droits de souveraineté à Végard des coadjuteurs (1654^, généralement attribuées, selon le P. Lelong, à « Matliias Poncet, conseiller d'Etat. »
Pierre Poncet mourut en 1G81, âgé de quatre-vingt-un ans, alors qu'il était doyen des conseillers d'Etat ordinaires et doyen du conseil royal des finances ' .
Page 114, D° 6. — Si Von ôte de beaucoup d'ouvrages (1687).
Un certain nombre de lecteurs du dix-septième siècle ont écrit en marge de cette réflexion le nom de Bossuet et le titre de son Explication de V Apocalypse. Cet ouvrage n'a été puiblié que dans le courant de 1689, plus d'un an après la 1*^^ édition des Caractères, qui contient la réflexion dont il s'agit* : nous pouvons donc laisser de côté les raisons qui, à défaut de cet argument décisif, fourni par le rapprochement des dates, nous eussent permis de protester contre une telle annotation.
S'il fallait citer un livre auquel cette réflexion pût convenir, on pourrait nommer le traité , « rare par le ridicule , » dont il a été question dans la note précédente : les Considérations sur les avantages de la vieillesse. Les approbations , le « tissu » (c'est-à-dire la table), et les pièces inédites, placées en appendice, occupent près du quart
1. Mathias Poncet de la Rivièi'C, comte d'Ablys, que nous dépouillons des titres littéraires que lui concèdent les biographies et les bibliographies, fut conseiller au Parlement (i658), maître des requêtes (i665) , intendant en Alsace (1671), à Metz (1673), à Bourges (1676) et à Limoges (1682-1684). Il était président au grand conseil depuis la fin de l'année 1676. Il mourut à Paris en 1693, à l'âge de cinquante-sept ans.
2. Ce ti-aitc se compose d'une longue préface, de l'Apocalypse, de l'abrégé de l'Apocalypse, d'un avertissement aux protestants sur les prophéties, d'une « récapitulation » de l'ouvrage, avec « éclaircissement et confirmation » des preuves, et enfin d'une table des matières qui remplit trente pages. De là ce rapprochement que n'avait pu prévoir la Bruyère.
4o6 APPENDICE.
du volume. Mais sans chercher d'application particulière , rappelons que la Bruyère venait « presque journellement » s'asseoir chez Michallet , et y feuilleter les nouveautés ; or la plupart des livres que Michallet a publiés sont des traités de dévotion et de morale : si avec l'aide des registres de la communauté des libraires conservés à la Bibliothèque impériale on recherchait et l'on examinait ceux qu'il a édités vers cette époque , on en trouverait sans doute a. beaucoup » qui justifieraient la remarque de la Bruyère.
Page Ii5j n° 8. — Certains poètes sont sujets.... {1690).
Clefs du dix-huitième siècle : a Corneille le jeune, dans sa Bérénice j dont les quatre premiers vers sont un pur galimatias*. )>
Voltaire a sans doute beaucoup mieux compris la pensée de la Bruyère en faisant au grand Corneille, et non pas à son frère, l'application de cette remarque. Pour en démontrer la justesse, il citait des fragments de Pompée , d'Andromède et de la Toison d'or. Voyez le Dictionnaire philosophique ^ au mot Esprit , section iv, et de plus la lettre de Voltaire à Thiriot du 8 mars lyBS, où il est question du galimatias qui règne dans Héraclius.
Boileau se plaignait aussi de l'obscurité de Corneille ; et qui sait si la Bruyère n'a pas écrit ces lignes à la suite d'un entretien avec lui ? a M. Despréaux, dit Cizeron-Rival d'après l'autorité de Brossette*, distinguoit ordinairement deux sortes de galimatias : le galimatias simple et le galimatias double. Il appeloit galimatias simple celui où l'auteur entendoit ce qu'il vouloit dire , mais où les autres n'entendoient rien; et galimatias double, celui où l'auteur ni les lecteurs ne
pouvoient rien comprendre Il citoit pour exemple {de galimatias
double^ ces quatre vers de Tite et Bérénice du grand Corneille :
Faut-il mourir^ Madame? et si proche du terme, Votre illustre inconstance est-elle encor si ferme,
1 . Bérénice est devenue Stratonice dans plusieurs clefs. Tontes citent trèsiuexactement les premiers vers de Bérénice; les voici tels qu'ils sont publiés dans le Théâtre de Thomas Corneille, 1692 :