‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 342 sur 373 · Voyez en outre, même volume, p · texte numérisé non relu

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CLEFS ET COMMENTAIRES. 4i5

temporains. Boileau, qui le cite parmi les « esprits du premier ordre « dans sa lettre à Perrault, loue en Tréville « une justesse d'esprit admirable; » ses discours lui semblent « d'une exactitude qu'on ne trouve point ailleurs *. » Quant à ses amis, ils lui trouvent plus d'esprit qu'à Pascal. Nul avis ne l'emporte d'ordinaire sur le sien, lorsqu'au milieu des Saci, des Bossuet, des Sainte-Marthe, discutant la version nouvelle du Nouveau Testament , il donne son sentiment sur « le choix des mots, le tour des phrases, ou la force ou la justesse de la traduction *. »

et La Bruyère, en parlant de Tréville d'une manière si serrée et si incisive, semble, a dit M, Sainte-Beuve, avoir quelque chose de particulier à venger sur lui ; on dirait qu'il a appris que ce juge dégoûté des ouvrages de l'esprit a ouvert un jour une des premières éditions de la Bruyère et a jeté le livre, après en avoir lu quelque page, en disant : « N'est-ce que cela? » Il y a je ne sais quoi de l'auteur piqué chez la Bruyère. »

Tout en obéissant peut-être à une rancune personnelle, la Bruyère a pu servir et caresser en même temps par ces lignes la rancune d'un autre personnage, de Louis XIV lui-même, si toutefois Louis XIV les a connues et s'il a su quel était l'original du portrait. M. de Tréville, écrit Brossette (p. 544)» ^ ^ ^té élevé auprès de la personne du roi Louis XIV avec M. le chevalier prince de Rohan, qui a eu la tête tranchée, M. de Guiche et le comte de Saulx de Lesdiguières. Ces jeunes seigneurs, ne trouvant pas dans le Roi toute la vivacité qu'ils avoient eux-mêmes, s'imaginoient que le Roi n'avoit pas beaucoup d'esprit. Cette pensée leur donna une espèce de mépris pour le jeune roi, qui s'en aperçut bientôt. Dès lors il commença à les haïr, et il a toujours conservé ce ressentiment contre eux. »

La a fine satire » que Tréville, suivant le témoignage de Saint- Simon (tome IV, p. 283), se permettait au sujet de tout ce qui se passait à la cour, et ce son attachement à Port-Royal » ajoutaient encore au mécontentement du Roi. Aussi refusa-t-il en 1704 d'approuver l'élection de Tréville à l'Académie.

Tréville mourut en 1708, âgé de soixante-six ans^. *

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