‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 344 sur 373 · Il avait été nommé à l'Académie française en · texte numérisé non relu

Il avait été nommé à l'Académie française en

2. a Boursault ou Campistron, » écrit toutefois l'annotateur de l'exemplaire de M. Danyau.

Le principal titre littéraire de Roger de Rahutin, comte de Bussy, académicien depuis l'année iCtC>S,HtntV Histoire atnourc use des Gaules^ le seul de ses ouvrages qui eût encore été imprimé, si l'on ne tient pas compte des Maximes d'amour, et de quelques fragments de peu d'importance ; mais VHistoire amoureuse des Gaules^ cause ou prétexte de la disgrâce de son auteur, n'était pas un ouviage qu'il fût permis de louer , même après le pardon qu'avait en apparence et de guerre lasse accordé le Roi '. Ce ne sont pas non plus, sans doute, les vers de Bussy, ni ses traductions inédites qui lui valurent le compliment de la Bruyère; mais Bussy communiquait volontiers la copie de ses Mémoires et de certaines parties de sa correspondance; peut-être la Bruyère l'avait-il vue entre les mains du P. Bouhours.

L'un des premiers à la cour, Bussy avait prédit le succès des Caractères"^'. la Bruyère loua son talent d'écrivain dans les premières augmentations qu'il fit à son livre. Bouhours fut dans le monde littéraire l'un des premiers qui applaudit publiquement au succès des Caractères; le remercîment ne se fit pas attendre non plus : dans la 5*^ édition, c'est-à-dire dans celle qui suivit la publication des Pensées ingénieuses où il s'était vu cité avec éloge, la Bruyère associa le nom de Bouhours à celui de son correspondant et ami Bussy Rabutin^.

Puisque nous faisons ces rapprochements, il est juste de noter que Perrault, qui avant le P. Bouhours avait imprimé un compliment à l'adresse de la Bruyère, et proclamé sa supériorité sur Théophraste, n'obtint de remercîment dans aucune des éditions des Caractères.

1. Emprisonné en i665, exilé en 1666, Bussy obtint en 1682 la permission de revenir à la cour; mais il sentit bientôt que le E.oi lui gardait rancune, et il repartit pour la Bourgogne. Bien que Louis XIV lui trouvât de l'esprit, il y avait quelque courage à le louer bautement. La Bruyère toutefois n'était pas le premier qui l'eût fait. Le P. Bouhours, qui l'a cité fréquemment dans ses Pensées ingénieuses des anciens et des modernes (dont l'Achevé d'imprimer est du I®*' octobre 1689), avait déjà, deux ans auparavant, dans sa Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit (l'Achevé d'imprimer est du dernier octobre 1687), donné pour exemple une phrase de son Portrait du Roi; et le P. Rapin, dans son éloge du prince de Condé {le Magnanime, ou Éloge de Louis de Bourbon, prince de Condé), imprimé vers le mois d'août 1687, avait cité deux fois ses Mémoires encore manuscrits. Voyez dans les Lettres de Mme de Sévigné, au tome VIÏI, p. i32 et 142, les lettres de Bussy du 19 novembre et du 2 décembre 1687 ; et au tome IX, p. 898, une lettre de Corbinelli du 6 janvier 1690.

2. On a vu ti-dessus, p. 91 et 92, qu'un exemplaire de la i''^ édition lui avait été envoyé avant qu'elle fût en vente.

3. Le P. Bouhours avait déjà publié à cette époque la plupart de ses ouvrages. Les dialogues sur la Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit sont, comme nous venons de le dire, de 1687.

La Bruyère, i 27

4i8 APPENDICE.

Page 127, n" 34. — Le philosophe consume sa vie (1689).

Clefs du dix -huitième siècle : « La Bruyère, auteur du présent ouvrage. ))

Page 128, n° 37. — Je ne sais si l'on pourra,.., (1689).

«i Voyez, écrit eu marge l'annotateur de l'exemplaire de M. Danyau, les Lettres de la religieuse portugaise, de Mme Delamet, et de Mme Ferrand. » — Les Lettres portugaises, de Mariainia Alcaforada, avalent paru en 1669, et obtenu, dès leur publication, un très-grand succès. — La correspondance de la comtesse de Bussy Lameth, née de Rouci, avec le marquis d'Albret, a sans doute été imprimée au mois d'octobre 1678; du moins, si elle ne l'a pas été, en circulait-il des copies '. Le marquis d'Albret, qui était son amant, avait été surpris dans un rendez-vous et tué par les gens de son mari, au mois d'août 1678; cet assassinat fut suivi d'iui procès criminel contre le comte de Lameth : voyez le Chansonnier Maurepas, tome IV, p. 479 ; les Lettres de Mme de Sévigné.^ toro.e V, p. 468 et 483 ; la Correspondance de Bussy Rabutln, tome IV, p. 188 et 4i7- Mme de Lameth mourut à Paris, au mois de juillet 1692 (Dangeau, tomeïV, p. i3i). — Quant à Mme Ferrand, était-elle la femme de Michel Ferrand, qui après avoir été conseiller au Châtelet, puis lieutenant particulier, était devenu président aux requêtes du Parlement en i683 ? Nous ne savons : le nom de Ferrand se rencontre fréquemment à cette époque. La présidente Ferrand vivait encore en 17 18 ; elle fut impliquée cette même année dans une affaire dont Dangeau parle en termes mystérieux (tome XVII, p. 896).

Peut-être aussi la Bruyère avait-il lu quelques lettres de Mme de Sévigné et de Mme de Scudéry, ne fût-ce que dans la Correspondance de Bussf Uabutin ^ ; peut-être encore rendait-il un hommage direct aux femmes avec lesquelles il avait échangé des lettres, à celle de ses amies, par exemple, qui avait assez d'esprit pour qu'on ait pu lui attribuer la meilleure partie des Caractères. Parmi les femmes dont l'on veut reconnaître les portraits dans les Caractères j il en est

1. a Je vous enverrai, écrit le 25 octobre 1678 Mme de Rabutin à Bussy (tome IV, p. 22S), les lettres de Mme de Lameth au marquis d'Albret, par le messager d'Autun.... »

2. C'est à la même époque qu'il fait l'éloge du style épistolaire des femmes et celui du style de Bussy (voyez la note XI, p. 4i7)«

une qui écrivait truiie manière remarquable : c'tst Catherine de Turgot Saint-Clair, femme de Gilles d'Aligre de Boislandry (voyez dans VÀppcndice du second volume le commentaire consacré au n9 28 du chapitre des Jugements). Nous ne savons si la Bruyère entra jamais en correspondance avec elle.

Page 128, n" 38. — Il n'a manqué a Térence.... Il rHa manqué à Molière (1689).

Dans sa Lettre sur les occupations de C Académie françolse (1714), Fénelon , comparant Molière à Térence, reconnaît « qu'il a enfoncé plus avant » que le poète latin « dans certains caractères, » et proclame qu'il a (( ouvert un chemin tout nouveau; » puis il ajoute : e Encore une fois, je le trouve grand; mais ne puis-je pas parler en toute liberté sur ses défauts?... J'aime bien mieux sa prose que ses vers. Par exemple , f Avare est moins mal écrit que les pièces qui sont en vers. Il est vrai que la versification françoise l'a gêné; il est vrai même qu'il a mieux réussi pour les vers dans V Amphitryon, où il a pris la liberté de faire des vers irréguliers. Mais en général il me paroît, jusque dans sa prose, ne parler point assez simplement pour exprimer toutes les passions. » — Vauvenargues, qui comme Fénelon paraît préférer la prose de Molière à ses vers, se montrera plus rigoureux encore : « On trouve dans Molière tant de négligences et d'expressions bizarres et impropres, qu'il y a peu de poêles, si j'ose le dire, moins corrects et moins pars que lui. » [OEun-es, p. 238, édition de M. D. L. Gilbert.)

La Bruyère devance peut-être la sévérité de ces jugements, lorsqu'il déclare qu'il a « manqué à Molière.... d'écrire purement. » Mais a-t-il donc voulu dire que Molière ait si mal étudié la langue qu'il n'ait pu éviter le jargon et le barbarisme ? Ainsi l'ont compris les critiques, et particulièrement M. Génin*. On peut, ce nous semble, interpréter d'une manière différente la pensée de la Bruyère. Plus loin (voyez p. i38, n» 52), il blâmera les auteurs comiques qui introduisent des paysans dans leurs pièces : au oc farceur » seul il reconnaît le droit de les mettre en scène. 'Le jargon et le barbarisme dont il se plaint ne se trouveraient-ils pas dans le langage de Jacqueline, de Lucas, de divers personnages du Festin de pierre , de Monsieur de Poiirceaugnac^elc, dans ce langage que Molière a fidèlement transporté des champs au théâtre? S'il lui répugnait d'entendre les paysans de Mo-

I. Voyez la Vie de Molière, chapitre viti, en tête du Lexique comparé de la langue de Molièie et des écrivains du dix-septième siècle, par F. Génin.

lière parler comme à la campagne, ne serait-ce point là le sentiment qu'il a voulu exprimer ici, et qu'il a exprimé en termes un peu obscurs ? Et s'il a cru devoir, pour rendre sa pensée jîlus claire , ajouter au texte primitif, dans la 9^ édition, les mots : « et le barbarisme, » ne serait-ce pas qu'on s'était mépris autour de lui sur sa pensée, comme on l'a fait de nos jours? Où est le barbarisme en effet dans son théâtre, sinon dans les phrases des paysans ' ?

Page i3i, n" 44- — Deux écrivains dans leurs ouvrages ont hlânié Montagne... Vun ne pensait pas assez,..; Vautre pense trop subtilement (1690).

Clef Cochin : « La Mothe le Vayer, et M, Nicole de Port-Royal. « — Clef de 1697 • ^' I^^un ne pensait pas assez : la Mothe le Vayer; l'autre pense trop subtilement : le P. Malebranche, dans son livre de la Recherche de la vérité. » — Clefs de 1720 et suivantes : oc Le P. Malebranche, qui pense trop subtilement ; M. Nicole, qui ne pensait pas assez. »

Le nom de la Mothe le Vayer se retrouve dans ini certain nombre de clefs marginales, opposé le plus souvent à celui de Nicole ; mais la Mothe le Vayer a-t-il jamais blâmé Montaigne? A voir l'estime qu'il faisait de Charron, l'on doit supposer qu'il savait goûter l'auteur des Essais .-je ne connais dans ses œuvres aucun passage qui permette d'en douter.

Nicole, au contraire, que la plupart des clefs désignent comme l'écrivain ce qui ne pensoit pas assez, » a prouvé qu'il n'estimait en aucune manière Montaigne : il partageait à son- égard les sentiments de Port-Royal, et les a vivement exprimés dans ses Essais de Morale (voyez tome VI, p. 214 et 2i5, édition de 1714); mais, comme l'a fait remarquer M. Sainte-Beuve dans son Histoire de Port-P.ojal^^ la page des Essais où Nicole a blâmé Montaigne n'a point paru assez tôt pour que la Bruyère ait pu la lire : ce n'est donc point d'elle qu'il

1 . La clef Cochin et les clefs des éditions Coste donnent sur Molière la note suivante : « Molière se mit d'abord dans la troupe des comédiens de Monsieur, et parut sur le théâtre au Petit-Bourbon. Il réussit si mal la première fois qu'il parut à la tragédie d^Héraclius, dont il faisoit le principal personnage, qu'on lui jeta des pommes cuites qui se vendoient à la porte, et il fut obligé de quitter. Depuis ce temps-là, il n'a plus paru au sérieux, et s'est d(mné tout au comique, où il réussissoit assez bien {Jort hien^ dans les clefs imprimées). Mais comme il ne paroissoit qu'en ses propres pièces, il faisoit toujonrs un personnage exprès pour lui. Il est mort presque sur le théâtre, à la représentation du Malade imaginaire. »

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