Perrière, ouvrage cité page 4^3, note
xxvm
Page 149 n° 65. — Un homme né chrétien et François (16S7).
Clef Cochin : « Le Noble, natif de Troyes , ci-devant procureur général au parlement de INIetz, auteur des Pasqnînades et autres ouvrages d'esprit et d'érudition, comme l'Esprit de Gerson, qui a été mis à l'Index à Rome. Il se sauva de la Conciergerie, où il étoit ])risonnier, le 16 mai 1695, par un trou qu'il fit derrière son tableau.» — Cette ridicule interprétation est répétée par la clef de 1720 et les clefs suivantes'.
Les auteurs de clefs ont fait à Eustache le Noble un honneur qu'il i;e méritait point , en lui appliquant la réflexion de la Bruyère. Il ne semble pas d'ailleurs qu'il eût encore publié d'écrit satirique en 1687 : le premier des dialogues que l'on réunit sous le titre de Pasqu'inades^ ou plutôt sous celui de la Pierre de touche politique , ne jiarut au plus tôt qu'à la fin de i688; le Bouclier de la France on l'Esprit de Gerson^ ouvrage souvent réimprimé sous divers titres, fut publié pour la première fois en 1691.
Le nom de le Noble toutefois est s ouvent écrit en marge de ce n** 65 dans les exemplaires annotés par les contemporains. Le nom qui aurait pu se présenter le plus aisément à l'esprit de tous, celui de Roileau, y est plus rarement inscrit. Le doute cependant n'est point possible, et nous adoptons sans hésiter les conclusions de la dissertation qu'a publiée sur cette pensée M. Havet dans la Correspondance littéraire (i''e année, mars 1807, p. 106) :
Œ On a supposé, dit-il, qu'il y avait là une allusion à la Bruyère lui-même et à son ouvrage, et qu'il nous faisait pénétrer dans les sous-entendus de .sa pensée. On a cru que ces quelques mots nous révélaient des regrets intérieurs et des doutes profonds*. Mais je crois qu'il faut renoncer à cette interprétation.
ai» La Bruyère ne comprenait certainement pas ses Caractères dans le genre qu'on appelle la satire. Il avait prétendu faire un livre de philosophie morale comme Théophraste, et non autre chose,
« 2" Il faut remarquer que cette pensée se trouvait déjà dans la
1. La dernière phrase y est remplacée par celle-ci : « Il a été détenu plusieurs années en prison, d'où il est enfin sorti, après avoir fait amende honorable. -D
2. M. Havet nous renvoie à l'édition de M. Hémardinquer, p. 467 et 468. à V Histoire de la litt^-rature Jrancaise de M. Deraogeot, p. 41 > 3 l'étude d(; M. Tainc sur la Bruyère, publiée dans la Revue de V instruction publique^ \" février i855, p. 670-678, et réimprimée dans ses Nouveaux essais de critique et d'histoire.
première édition des Caractères^ qui différait totalement, comme on sait, soit par l'étendue, soit par la composition, de l'ouvrage tel que nous le lisons aujourd'hui. C'était un tout petit livre , composé de simples pensées , de remarques courtes et générales , sans aucun de ces portraits qu'il y mit plus tard ; et rien ne ressemblait moins à ce que tout le monde entendait quand on disait : la satire.
d 3° La Bruyère ne s'est pas du tout interdit les grands sujets, et ne s'est pas contenté non plus de les entamer quelquefois. Quels plus grands sujets que ceux qui sont le fond même de tant de chapitres, des Biens de fortune, de la Cour, des Grands , du Souverain ou de la République^ de V Homme, des Esprits forts, ce dernier qui aborde la plus haute philosophie religieuse? Tout le livre est plein de vues élevées et hardies, soit sur ce qui regarde la société, soit sur ce qui tient à l'Église. Cette hardiesse, qu'il a pu se permettre comme moraliste., quoique Français et chrétien, il reconnaît qu'elle n'est pas possible à la satire, et s'en plaint pour elle.
<r 4° Pour que la Bruyère, qui paraît si libre, se trouvât contraint, il eût fallu que sa pensée allât bien loin, aussi loin que celle du dixhuitième siècle, qu'il fût révolutionnaire en politique et incrédule en religion. Mais ce précepteur d'un prince, qui a tracé le magnifique portrait de Louis le Grand, qui a loué si pompeusement jusqu'à Monseigneur, qui poursuit Guillaume III, comme usurpateur, d'une invective si violente et si a mère; cet ami de Bossuet, qui célèbre la révocation de l'édit de Nantes, et qui a écrit le chapitre des Esprits forts, n'était sans doute rien de tout cela.
« 5° Quoique la Bruyère sût ce qu'il valait, et ne craignît même pas de le dire, il ne se serait pas vanté pourtant si criiraent, et cela à sa première édition, de relever les petites choses par la beauté de son génie. Ce n'est pas de lui qu'il a parlé....
« .... Bien certainement ce que la Bruyère a mis dans cette pensée, c'est son jugement sur Boileau.
a 1° C'était nommer Boileau que de nommer la satire.
(( 2° Boileau ne traite pas les grands sujets. C'est tout au plus s'il les entame quelquefois, comme dans les satires sur l'Homme ou sur la Noblesse, où il n'y a rien de bien poussé ni de bien fort. Il revient vite à Cotin. Il rime les Embarras de Paris, ou le Repas ridicule.
a 3^ Boileau dit tout, choses communes ou petites choses, excellenmient et en vers achevés.
« Voilà pour les faits. Si je recherche maintenant quelle a été l'intention de la Bruyère , je pense qu'il a voulu faire une critique, mais aussi ménagée et aussi enveloppée que possible. Il me paraît que ce penseur, d'un esprit si avancé et si décisif, estimait que la satire de Boileau manquait d'originalité et d'audace. Ce qu'il admirait dans Boileau, c'était la verve de l'écrivain, et le relief de ses
vers ; il le flatte uniquement par là dans son Discours à f Académie francoise. Il a voulu dire cela, et le dire sans manquer de respect envers un personnage si considérable, son ami et son patron, chef reconnu du parti littéraire auquel il appartenait lui-même. Il s'en est pris, de ce qui lui paraissait manquer à Boileau, à la contrainte oîi se trouve dans la satire un homme né chrétien et François.... »
Page 149, n° 66. — Iljaut éviter le style vain et puéril.... (1687).
Les noms de Varillas et de Mainibourg se trouvent dans toutes les clefs. « \J Histoire des Croisades est fort belle, dit Mme de Sévigné au sujet de ce dernier (14 septembre 1676, tome IV, p. i34); mais le style du P. Maimbourg me déplaît fort ; il a ramassé le délicat des mauvaises ruelles, s — « Il eut d'abord trop de vogue, a dit Voltaire du P. Maimbourg, dans la Liste des écrivaius , en tête du Siècle de Louis XIV .^ et on l'a trop négligé ensuite. » Bayle, qui a été son adversaire, le jugeait avec moins de sévérité que la Bruyère : tt Je crois pouvoir dire, écrit-il dans son Dictionnaire (article Maimbourg), qu'il avoit un talent particulier pour les ouvrages historiques. Il y répandoit beaucoup d'agrément et plusieurs traits vifs et quantité d'instructions incidentes. Il y a peu d'historiens, parmi même ceux qui écrivent mieux que lui et qui ont plus de savoir et d'exactitude que lui , qui aient l'adresse d'attacher le lecteur autant qu'il fait. » — D'après une note de Walckenaer (p. 665), Varillas serait mort en 1686 et Maimbourg en 1696 : Maimbourg, au contraire, mourut en 1686; et c'est Varillas qui mourut la même année que la Bruyère, après lui avoir survécu quelques semaines.
Sur ce membre de phrase : « user de termes transposés, et qui peignent vivement, » voyez ci-dessus, p. 4^9» note 2.
Page i5o^ n° 69. — Horace ou Deupréaux Va dit avant vous.... (1687).
Prévoyant une critique du même genre, Pascal avait fait par avance la réponse suivante, que la Bruyère n'a point connue (l'édition de Port-Royal ne la contient pas) : a Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau : la disposition des matières est nouvelle. Quand on joue à la paume, c'est une même balle dont on joue l'un et l'autre; mais l'iui la place mieux. » [Pensées^ p. io5.)