‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 359 sur 373 · I. Voyez p. 544-546, notes TX, X et XI · texte numérisé non relu

I. Voyez p. 544-546, notes TX, X et XI

Page aaô, n° 27. — Parler et offenser, pour de certaines gens (i6go).

Clef de 1693 : a rabl)é Drubec. » — Clef de 1697 : a M. deHarlay, premier président. » — Ciels du dix-huitième siècle : a C'est la manière de l'abbé de Rubec , neveu de défunt l'évêque de Tournai. »

« L'abbé de Drubec {et non pas de Rubec, ainsi que le nom est écrit dans la plupart des clefs) se nomme François Malkt de Graville, fils du comte de Druliec et de la sœur du maréchal du Plessis-Praslin. » Cette note, empruntée au Dictionnaire des Bienfaits du Roi, démontre ^ue l'abbé de Rubec et l'abbé de Drubec ne sont qu'un même personnage. Son nom, altéré ici, est peut-être celui qu'il faut liie page 4^8, notes VIII et IX. — L'abbé de Drubec était en effet neveu de Gilbert de Cboiseul du Plessis-Praslin, qui, alors qu'il était évéque de Com-minges, se démit en sa faveur de l'abbaye de Boulancour, et qui mourut évéque de Tournai en 1689. L'abbé de Drubec devint par la suite abbé de Bassefontaine, de Saint-Pierre de Melun, etc.

Il sera question plus loin, p. 544 et suivantes, du président de Harlay .

Page 23o, n° Sg. — Von sait des gens — (1690).

Toutes les clefs sans exception voient en ce paragraphe une allusion à la rupture de Courtin et de Saint-Romain, l'un et l'autre conseillers d'Etat ; « intimes amis très-longtemps, et enfin devenus ennemis. »

<r Saint-Romain et Courtin , dit Saint-Simon ( Journal de Dangeau,tomeV, p. 45), tous deux conseillers d'État, l'un d'épée, l'autre de robe, l'un garçon, l'autre veuf, tous deux pleins d'honneur et de vertu, tous deux fort considérés, et ayant beaucoup d'amis, tous deux fort employés dans les ambassades et les négociations avec capacité et réputation, étoient tellement amis qu'ils logeoient ensemble, et qu'ils passèrent un grand nombre d'années dans cette union ; à la fin ils s'en lassèrent , et par leur séparation , quoique demeurés amis , ils firent honte .î l'humanité. »

Cette note rectifie les clefs sur un point : les deux amis ne devinrent pas ennemis en se séparant. A cela près, elle semble écrite en souvenir du passage de la Bruyère. L'interprétation des clefs toutefois a été acceptée avec trop de confiance par tous les éditeurs, a II faut, dit Walckenaer (p. 677), que la rupture de ces deux amis ait eu lieu après les premières éditions du livre de notre autettr, ou peu avant la publication de la 5^ édition; car ce caractère est un de ceux qui

furent ajoutés à cette édition. » Une lettre de l'abbé de Choisy vient à rencontre de cette conjecture , et démontre que la publication de la 5^ édition, dont l'impression fut achevée le 24 mars 1690, est antérieure déplus d'une année à la date de la séparation de MM. Courtin et de Saint-Romain : a M. Courtin et M. de Saint-Romain, écrit-il à Bussy le 22 août ifigi, après trente ans de société, se séparent et font ménage à part, » Et Bussy répond le ler septembre : g: Je croyois que ce ne seroit que la mort de Saint-Romain qui le sépareroit d'avec son ami; on voit par là que rien n'est durable ici-bas*. »

La Bruyère n'a donc pu faire l'allusion qu'on lui prête, et s'il faut rapprocher de sa réflexion les noms de Melchior Harod de Saint-Romain et d'Honoré Courtin, ce ne peut être que pour constater qu'elle ne put les empêcher de se désunir.

Une autre association fut également célèbre et eut la même destinée : Mlle d'Armentières et la duchesse d'Orval vécurent longtemps ensemble, mais « elles ne laissèrent pas de se séparer d'habitation sur la fin , dit Saint-Simon *, comme Saint-Romain et Courtin. » L'association d'Henriette de Conflans d'Armentières et d'Anne d'Har ville, duchesse d'Orval ', semble remonter au delà de l'année 1666*; nous n'avons aucun renseignement sur la date de la séparation.

1. Correspondance de Bussj, tome VI, p. 5o2 et 5o4- — Melchior de Harod de Senevas, marquis de Saint-Romain, abbé de Préaux et de Corbigny, avait apporté dans la communauté, entre autres revenus, ceux de ses abbayes, « dont l'une lui valoit vingt mille livres de rente et l'autre douze mille. » Il mourut en 1694, trois ans après la séparation, âgé de quatre-vingts ans. Voyez le Journal de Danyeau, tome V, p. 44; les Lettres de Mme de Sévigné, 20 juillet 1694, tome X, p. 171, etc. — Honoré Courtin mourut à Paris, âgé de soixante-dix-sept ans, le 27 décembre 1703 (et non 171 3, comme il est imprimé dans l'édition Walckenaer) . Il était doyen du conseil. Voyez sur lui Saint-Simon, tome I, p. 393 et 394. Veuf, comme le dit Saint-Simon dans le passage qui est ci-dessus reproduit , il avait eu de son mariage avec IMlle le Gras un fils et deux filles.

2 . Voyez le tome X de ses Mémoires, p. 1 80 et 1 8 1 . — a C'étoit, dit-il en parlant de Mlle d'Armentières, une fille de beaucoup de mérite , d'esprit et de

vei'îu, qui avoit été longtemps fort pauvre Elle avoit été recueillie jeune et

pauvre chez la duchesse d'Orval,... chez qui elle logea la plus grande partie de sa vie, et à qui à son tour elle fut fort utile quand elle la vit tombée dans la pauvreté. »

3. Fille d'Antoine, marquis de Palaiseau, seconde femme de François de Béthune, duc d'Orval, premier écuyer de la Reine.

4. Voyez dans la Correspondance de Bussy Rabutin, tomes I et II, les lettres qu'échangèrent Mlle d'Armentières et Bussy de 1666 à 1674- — Mlle d'Armentières, qui était fort riche, laissa « quatre mille francs de pension viagère à — son amie. >> (Journal deDangeau, tome XIV, p. 127.) Elle mourut en 1712,

Les associations de cette nature, au surplus, n'étaient point rares. Il s'en était formé une semblable entre deux veuves, dont l'une, si l'on en croit une note du Chansonnier Maurcpas ftomc II, p. 5i3, année 1666), avait pour amant ce même Honoré Courtin, qui de son côté vivait en communauté avec Saint-Romain.

XIT Page 23 1, n" 43. — Cléanle est un très-honnête homme (1687).

Clefs du dix -huitième siècle : « M. Loiseau, ci-devant receveur à Nantes, qui a épousé Mlle de Soleure {Solenne dans la clef de 1720), de Beauce, assez jolie personne et séparée d'avec lui. »

La clef de l'exemplaire de M. Danyau cite en exemple « M. Belot; n une autre : « Gaspard del'Escalopier, conseiller au Parlement(û^e 1667 à 1694), l'un des maris que l'on cliansonnoit. »

Page a32, n° 47. — G** et H** sont voisins de campagne.... (1687).

Selon la plupart des clefs, ces initiales sont celles de François Vedeau de Grammont et de Charles Hervé ; selon quelques clefs manuscrites, celles de Philippe Genoud de Guiberville, beau-père du premier, et d'Hervé. La bagatelle qui fît rompre ces personnages est une querelle, paraît-il, qui survint au sujet de la pêche d'mi ruisseau. Voici la note que donnent les clefs du dix-huitième siècle : « Vedeau de Grammont, conseiller de la cour en la seconde des enquêtes, a eu un très-grand procès avec M. Hervé, qui étoit doyen du Parlement, au sujet d'un droit de pêche. Ce procès, qui a commencé pour une bagatelle, a donné lieu à une inscription en faux contre les titres de noblesse dudit Vedeau, qui vouloit faire recevoir un de ses fils chevalier de Malte; et cette affaire a été si loin qu'il a été dégradé publiquement, sa robe de Palais déchirée, et condamné à un bannissement perpétuel, depuis converti à une prison à Pierre-Encise, où il est, ce qui a ruiné absolument ledit Vedeau, qui étoit fort riche. Il avoit épousé Mlle Genoud, fille de M. Genoud, conseiller en la grand'chambre. »

Ce procès de pêche eut-il lieu entre Hervé et Vedeau de Grammont, comme le prétendent les clefs imprimées, ou bien entre Hervé et Genoud, beau -père de Vedeau, comme l'indiquent plusieurs clefs

à l'âge de quatre-vingts ans. Mme d'Orval, un peu plus âgée, lui survécut de quatre ans. {Ibidem, tome XVI, p. 491')

marginales ? S'agit-il d'un procès entamé et soutenu, ou simplement d'une « querelle pour la pêche, » suivant l'annotation de diverses clefs? Est-ce bien cette querelle eniin qui a « causé la perte totale de Vedeau de Grammont, et celle d'Hervé, obligé dans la suite de se défaire de sa charge, quoiqu'il fût doyen du Parlement? » Je ne sais. Simple querelle ou procès, cette brouille rernontait pour le moins à l'année i685. A cette époque Yedeau est accusé d'avoir arraché plusieurs feuilles d'un registre du Parlement, et de les avoir remplacées criminellement par d'autres. Cette affaire de faux, à laquelle se trouvent mêlés un notaire de Lyon et un chanoine de Fourvières, se complique bientôt de mille incidents. Vedeau, entouré de sa famille et de ses gens, soutient dans sa maison, le 29 février ifiga, un premier siège contre un huissier et des archers ; l'un des archers est blessé à mort. Une seconde entreprise, dirigée contre lui dans la nuit du i^i' au 1 février 1693, est moins funeste : il blesse un archer, qui n'en meurt pas. Malgré sa résistance, Vedeau est emprisonné, et le 14 avril 1698, condamné au bannissement perpétuel *.

Le rédacteur anonyme des notes secrètes sur le Parlement déclare que Vedeau est homme « de peu d'expérience '. » H semble que sa vie donne raison à ce jugement. Une première imprudence, si ce fut lui qui commença les actes de procédure, était de s'attaquer à Hervé, conseiller fort bien apparenté^. Est-ce à dire toutefois qu'Hervé ou les siens se soient montrés cr implacables » envers Vedeau? qu'ils aient sollicité la poursuite du procès criminel ? Aucun indice d'une pareille animosité ne nous est parvenu, et les clefs seules semblent en accuser la famille Hervé. Peut-être, au surplus, lorsque commença la querelle des deux familles, Hervé avait-il déjà, par ses embarras de fortune, perdu en partie le crédit qui en avait fait pendant quelque temps l'un des membres les plus importants du Parlement (voyez ciaprès, p. 5oo, note XXXHI). Quoi qu'il en soit, il est ;>eu \raisemblable que la haine des Vedeau ait obligé Hervé à donner plus tard sa démission.

1. Mention est faite de ce procès par Dangeau, à la date du 5 février 1693 : voyez tome IV, p. 281, où le nom est imprimé par erreur : « Redau de Grammont. » Dangeau met à son compte la mort d'un sergent en 1692, et celle d'un archer en i6g3 : c'est trop d'une, je crois. Le second siège eut lieu dans une maison que possédait Vedeau dans le faubourg Saint-Marceau, au clianip de l'Alouette. Les détails de ce procès, encore inédits, sont exposés tout au long dans les registres du Parlement. — Les histoires généalogiques du Parlement se taisent sur cette affaire : il y est simplement dit que Vedeau quitta en 1693.

2. Correspondance administrative sous Louis XIV ^ tome II, p. 5o.

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