Ibidem
Page 233, n" 49- — J'approche d'une petite Ulle — (1690).
Clefs de 1720 et suivantes : « La ville de Richelieu. »
Pourquoi Richelieu? Simplement sans doute parce que Richelieu, malgré l'aspect grandiose que lui donnaient le château et les constructions ordonnées par le cardinal de Richelieu, avait le renom d'une ville ennuyeuse et déserte. La description de la Bruyère cependant ne lui convient pas en tout point.
Une clef marginale indique Saint-Gerraain-en-Laye, ville fort peu animée depuis l'ahandon qu'on avait fait la cour de France, et où la présence de la cour du roi Jacques d'Angleterre devait apporter peu de mouvement; mais Saint-Germain ne répond pas non plus à la description de la Bruyère.
Cet alinéa donne-t-il donc simplement rim])ression qu'a produite sur la Bruyère telle ou telle ville qu'il s'agit de deviner? ne contient-il qu'une sorte d'énigme proposée aux lecteurs? Ainsi l'ont compris les commentateurs du dix-septième siècle ; mais au lieu de voir dans cette remarque une allusion à telle ville en particulier, ne vaut-il pas mieux y chercher la peinture de la petite l'aie en général , et une marque nouvelle de l'aversion de la Bruyère, plusieurs fois exprimée par lui, pour la vie de province, ou plutôt pour les provinciaux ? Si cette interprétation est la meilleure, et tel est notre avis, la description de la. petite ville, selon toute apparence, n'en serait pas moins prise sur nature. Mais à quelle ville de la province, parmi celle? qu'a traversées la Bruyère, appliquer cette description ?
Page 284, n° 54. — Celui qui est (Tune éminence.... (1687). Clefs marginales : a le R. » {le Boi).
Page 237, n" Q>Ç). — Je le sais ^ Théohalde, vous êtes vieilli.... (1691).
Clef de 1697 : a: Boursaulr, ou plutôt Benserade. » — Clef Cochin : « Perrault. y> — Clefs du dix-huitième siècle : « Boursault. J> — Clefs manuscrites: « Benserade, Boursault, ou Thomas Corneille. »
C'est le nom de Benserade que répètent le plus souvent les clefs marginales, et son nom est seul de mise. L'ahhé Truhlet nous est d'ailleurs garant de l'exactitude de cette attrihution : « On peut voir, dit-il, le portrait de Benserade dans la Bruyère, sous le nom de
Théobalde^ chapitre de la Société et de la conversation. C'est Benserade vieilli, et très-ressemblant^ malgré la charge ordinaire au peintre *. S) {^Mémoires sur la vie et les ouvrages de Fontenelle, édition de 1759, p. 289.)
On peut rapprocher de cette réflexion un couplet d'une chanson du temps, faite la même année 1691 sur la séance où Fontenelle fut reçu à l'Académie. Benserade y lut des vers, et l'auteur, ami comme la Bruyère des anciens et adversaire des moc^er/zej, s'exprime de la sorte sur cette lecture :
Touchant les vers de Benserade, On a fort longtemps balancé Si c'est louange ou pasquinade.
Mais le bon homme est fort baissé.
Il est passé.
Il est passé.
Que l'on lui chante en sérénade :
Requiescat in pace ' /
Benserade avait soixante- dix-huit ans lorsque parut ce caractère. Il mourut quelques mois après, dans sa maison de Chantilly, où il s'était retiré depuis plusieurs années.
Page 240, n" 74* — Hermagoras ne sait pas (1690).
Annotation de toutes les clefs : a Le P, Paul Pezron, bénédictin, auteur de V Antiquité des temps rétablie et défendus contre les juifs et les nouveaux chronologistes (1687). »
Page 24i> Ji" 7^- — Ascagne est statuaire.. .j et Cydias bel esprit — (1694).
Qui est l'original du portrait de Cydias ? Les auteurs des premières clefs ont cherché, et n'ont pas trouvé. Quelqu'un ayant pris au hasard, parmi les noms des adversaires de la Bruyère, celui de Charles
1. « Benserade, dit Walckenaer après avoir cité ce passage (p. 679), s'opposa à l'admission de la Bruyère à l'Académie, lorsqu'il s'y piésenta pour la première fois en 1691, et fit préférer Pavillon. La Bruyère, pour se venger, inséra lo caractère de Theobalde dans sa 6*^ édition, qui parut cette même année. » Un point seul est exact : c'est dans la 6*^ édition qu'a paru ce caractère; mais cette édition fut imprimée plusieurs mois avant l'élection dont il s'agit, et c'est Benserade lui-même que remplaça Pavillon à l'Académie.