Chansonnier MaurepaSy tome VII, p
Perrault, il a été répété dans toutes les clefs jusqu'à l'édition Walckenaer. a M. Perrault, de l'Académie Françoise, s'étoit opposé à la Bruyère pour être reçu académicien, ce qui fait qu'il le drape ])artout où il le rencontre. » Cette phrase, écrite pour la première fois dans la clef Cochin, est fidèlement répétée dans toutes les clefs du dix-huitième siècle.
Avec le nom de Perrault l'on faisait fausse route, mais l'original du portrait se garda de réclamer : Fontenelle ne s'y était point trompé; il s'était reconnu tout le premier, et son neveu l'abbé Trublet date de ce portrait la rancune qu'il garda toute sa vie contre l'auteur des Caractères.
Quelques lecteurs clairvoyants avaient inscrit son nom sur la marge de leur exemplaire, mais il ne parut dans aucune clef imprimée, et Walckenaer est le premier éditeur qui, s'autorisant du témoignage de l'abbé Trublet ', lui ait rendu la place qui lui appartenait.
A défaut du témoignage direct qu'apporte l'abbé Trublet dans les lignes citées en note, il eût suffi de rapprocher du caractère de Cjdias trois ou quatre pages de ses Mémoires sur Fontenelle pour avoir le droit d'affirmer qu'en écrivant ce portrait la Bruyère avait les yeux sur Fontenelle.
I. a Sous le nom de Cydias, M. de la Bruyère paroît avoir voulu peindre M. de Fontenelle, et c'est vraisemblablement d'après ce portrait que Rousseau fit scm épigramme. Je dois pourtant dire que je n'ai trouvé le nom de M. de Fontenelle dans aucune des clefs du livre des Caractères, pendant qu\)n y trouve une foule d'autres aussi respectables, et surtout bien plus redoutables que celui de M. de Fontenelle, qui ne l'étoit point du tout. Mais je ne me prévaudrai point du silence des clefs pour jeter du doute sur le véritable original du portrait; la charge, pour être forte, n'en ôte pas la ressemblance.... J'aimois beaucoup le premier (3/. de Fontenelle), ajoute l'aljbé Trublet, mais j'estime beaucoup le second {la Bruyère). Je trouve même qu'on ne l'estime pas assez aujourd'hui, et, pour tout dire, je n'étois pas absolument content de M. de Fontenelle sur cet article. Il est vrai qu'il avoit été cruellement offensé par le portrait. » (TV/d/ziotre^ sur la vie et les ouvrages de Fontenelle, p. i85.)
Voici l'épigramme de J. B. Rousseau, écrite beaucoup plus tard, dont parle l'ablié Trublet :
Depuis trente ans un vieux berger normand <
Aux beaux esprits s'est donné pour modèle;
Il leur enseigne à traiter galamment
Les grands sujets en style de ruelle.
Ce n'est pas tout : chez l'espèce femelle
Il brille encor, malgré son poil grison ;
Il n'est caillette en honnête maison
Qui ne se pâme à sa douce faconde.
En vérité caillettes ont raison :
C'est le pédant le plus joli du monde.
Comment ne pas reconnaître dans ce bel esprit de profession qui a une enseigne, un atelier, des ouvrages décommande, etc., l'auteur qui pour Thomas Corneille avait fait la plus grande partie de Psyché (1678) et de Bel/érophon (1679) *; pour Donneau de Visé, la comédie de la Comète (i68i); pour Beauval, l'éloge de Perrault, publié en novembre 1688 dans V Histoire des oinrages des savants; pour Catherine Bernard, la plus grande partie de la tragédie de Brutus (1691), des chapitres de divers romans, et bon nombre de petites pièces en prose et en vers ?
Fontenelle lut ce caractère en 1694, s'en fâcha, mais ne ferma point son atelier. L'année suivante, en 1695, il fait, sous le nom et au profit de son ami Brunel ^, un discours qui remporte le prix à l'Académie française , et qui donne ainsi à l'auteur le plaisir de se couronner lui-même^; en 1^96, il compose la préface que le marquis de l'Hôpital place en tête de son analyse des infiniment petits, et enfin, dans mainte occasion, il prépare les discours des magistrats qui s'a-
I, Fontenelle lui-même l'a avoué, du moins pour Belléruphon, clans une lettie qu'il a fait insérer en 1741 dans le Journal des savants , et qui se trouve dans ses OEuvres complètes.
a. Voyez sur Brunel les Mémoires àe Mme Staal Delaunay; c'est à lui qu'elle devait la connaissance de Fontenelle. — Quel était, en 1690, cet ami <c qui n'avoit d'autre fonction sur la terre que de le présenter dans les maisons? » Serait-ce déjà ce Brunel? serait-ce de Visé, le rédacteur du Mercure galant P
3. a M. de Fontenelle avoit prêté sa plume à bien d'autres qu'à M. le Haguais, dit l'abbé Trublet; mais ce n'est que dans les derniers temps de sa vie qu'il en est convenu, ou du moins qu'il a nommé quelques-uns de ceux pour lesquels il avoit travaillé, et qui ne vivoient plus. 11 ne parloit même de ces ouvrages de commande que pour dire quelque fait singulier, ou quelque trait plaisant dont ils avoient été l'occasion. Il ne se vantoit pas ; il contoit, et contoit très-bien, surtout en très-peu de mots. Il jouoit même ses contes; en voici un, par exemple, qu'il faisoit très-plaisamment : 11 avoit composé un discours pour un jeune magistrat d'un nom célèbre dans les fastes de Thémis {M. Bignon). Il connoissoit fort le père de ce magistrat, et dînoit quelquefois chez lui. Le fils, bien sûr du secret, s'étoit donné à son père comme auteur de la pièce, et lui en avoit laissé copie. Un jour, mais longtemps après, le magistrat père, qui avoit donné à dîner à M. de Fontenelle, lui dit qu'il vouloit lui lire une bagatelle de son fijs, qui sûrement lui feroit plaisir. M. de Fontenelle avoit totalement oublié qu'il avoit fait ce discours ; mais il se le rappela dès les premières lignes, et par une soi-te de pudeur il ne donna à la pièce que fort peu de louanges, et très-foibles, et d'un ton et d'un air qui les affoiblissoient encore. La tendresse ou la vanité paternelle en furent piquées, et la lectiu-e ne fut point achevée. « Je vois bien, dit le magistrat, que cela n'est pas de votre goût, a C'est un style aisé, naturel, pas trop ct)rrcct peut-être, un style d'homme du « monde ; mais à vous autres, Messieuis de l'Académie, il faut de la grammaire « et des phrases. » [Mémoires sur Fontenelle, p. 45.)
dressent à lui, ceux de son ami le Ilaguais entre antres, qui était avocat général à la cour des aides , et chez lequel il demeura quelque temps.
N'est-ce pas encore Fontenelle qui s'égale à Lucien, auquel il dédie ses Dialo'mes clés morts; àSénèque, comme lui philosophe et poëte trafique? N'est-ce pas Fontenelle qui par ses Entretiens sur la pluralité des mondes, ses Doutes sur le système physique des causes occasionnelles^ surpasse Platon? par ses Églogues Virgile et Théocrite, qu'il a jugés dans son Discours sur la nature de VEglogue?
Est-il vrai que Fontenelle, comme Cydïns^ cherchait « à se parer de son bel esprit ou de sa philoso})liie » auprès des femmes? a Oui, répondra l'abbé Trublet, pourvu qu'elles eussent de l'esprit '. »
De tous les traits dont se compose le caractère de Cydïas, un seul nous semble convenir peu au Fontenelle de la tradition. Cydïas « n'ouvre la bouche que pour contredire. » Est-ce là le Fontenelle qui fuyait la polémique , et qui devait ses amis innombrables à deux axiomes, disait-il : Tout est possible et Tout le monde a raison? Peutêtre ce Fontenelle qui n'aime pas à contrediie est-il un Fontenelle un peu vieilli ; peut-être encore Fontenelle n'a-t-il jamais volontiers contredit qu'un seul interlocuteur, la Bruyère, qui ne l'aura pas oublié.
Fontenelle avait trente-trois ans au moment où la Bruyère publiait son portrait.
Pijge 246, n" I. — Un homme fort riche (1687).
Il est puéril d'attacher un nom propre à cette réflexion. Les auteurs de clefs veulent cependant qu'elle contienne une allusion soit à TiOuvois, soit à Colbert, soit à Frémont.
Nous devons noter, tout en protestant contre cette recherche Intempestive de personnalités, que ces trois personnages étaient fort riches* ; que Louvois eut pour gendre le duc de la Bocheguyon
1. <c On a pourtant dit qu'il parloit volontiers de philosophie aux jolies
femmes. Oui, pourvu qu'elles eussent de l'esprit. » {^Mémoires sur Fontenelle, p. i85.)
2. Nicolas de Frémont passait jiour l'iiommelc plus riche de France (Dangeau,
en 1679 ', que Colbert devint le beau-père de trois ducs et pairs, les ducs de Ghevreuse, de Beauvilliers et de Mortemart ; et enfin que Nicolas de Frémont, garde du trésor royal, avait marié sa fille {une fille de laquais, a dit Bussy Rabutin) au maréchal duc de Lorges, qui eut, lui-même, pour gendres le duc de Saint-Simon et le duc de Lauzun.
Le fils de Nicolas de Frémont, qui prit le titre de seigneur d'Auneuil, devint maître des requêtes en 1690.
Page 246, n° 6. — Deux marchands.... (1691).
Clef des éditions Coste : « Un marchand à Paris, qui avoit pour enseigne les Rats, a marié sa fille à M. d'Armenonville. s
Ce marchand, qui vendait du drap ou de la toile, se nommait Gilbert (et non Briilon , comme il est dit dans les clefs), et demeurait près des Saints-Innocents. Le mariage de Jeanne Gilbert et de Fleuriau dArmenonville avait fait grand bruit (voyez le Chansonnier Maurepas , tome VII, p. 43, 273, etc.). — Joseph-Jean- Baptiste Fleuriau d'Armenonville fut nommé conseiller d'Etat ordinaire, intendant des finances au mois de février 1690, acheta luie charge de directeur des finances en 1701, devint garde des sceaux en 1722, et mourut en 1727 au château de Madrid. Il avait vendu à la duchesse de Berri, fille du Régent, le château de la Muette. — Sa femme mourut en 1716, âgée de cinquante-six ans.
Page 247, n° 8. — Quelques-UTis ont /ait dans leur Jeunesse.... (1691). Clefs manuscrites : oc Les partisans. y>
Page 247, n° 9. — Un homme est laid.... (1687). Clef de 1697 • ^'^ Le marquis de Gouverney ou le duc de Venta-
tome V, p. 468). En 16S6, il était grand audiencier de France. Tl acheta en 1689, au prix de quatre-vingt mille livies, l'une des deux charges de garde du trésor royal, qu'il revendit un million en 1692. Son liùtel était situé à côté de l'hôtel de Lorges (rue Neuve-Saint-Augustin) .
I. Trois ans après la mort de Louvois, en 1694, le duc de Villeroy épousa une autre de ses filles.
dour. » — Les clefs du cllx-liuitième siècle ne nomment que ce dernier.
Le marquis de Gouvernet épousa en juillet 1691 Mlle de la Roche- Allard, à laquelle s'intéressait Mme dcMuintenon (Dangeau, tome III, p. 358). Nous ne savons s'il était homme de « peu d'esprit, d mais il est certain que le duc de Ventadour en avait beaucoup,
Louis-Charles de Lévy, duc de Ventadour, pair de France, était, il est vrai, d'une laideur proverbiale, et il avait quarante mille livres de rente, sinon cinquante. « C'étoit, dit Saint-Simon (tome XV, p. 65), un homme fort laid et fort contrefait', qui, avec beaucoup d'esprit et de valeur, avoit toujours mené la vie la plus obscure et la plus débauchée. » Il avait épousé en 1671 Mlle d'Houdancourt (seconde fille de la maréchale de la Mothe), fort jolie personne dont il se sépara dans les dernières années de sa vie. Il avait abandonné tous ses biens à son gendre le prince de Rohan, moyennant quarante mille livres de rente. Il mourut en 17 17.
Page 247, n" 11. — iV**, avec un jjortier rustre.... (1689).
Clefs du dix-huitième siècle : « M. de Saint-Pouange. » Gilbert Colbert, marquis de Saint-Pouange, parent de Colbert, de le Tellier et de Louvois, et tout dévoué aux derniers, secrétaire des commandements de la Reine de 1678 à 1681, fut par la suite secrétaire du cabinet du Roi et commis sous Louvois. Ses fonctions de secrétaire du cabinet du Roi lui donnaient peu d'importance , car Rose était le seul secrétaire du cabinet qui eût « la plume ; » mais grâce à celle de commis principal, qu'il remplit sous Louvois et plus tard sous Barbezieux, il eut, dit Saint-Simon (tome III, p. 58), a le plus intime secret » des deux ministres, « et souvent par là celui du Roi sur les choses de la guerre, avec lequel même il avoit eu souvent occasion de travailler. » — Il « travailla toute sa vie sous M. de Louvois , dont il fut le premier de tous les commis , dit ailleurs Saint-Simon (Journal de Dangeau, tome III, p. 878), mais avec une autorité et une distinction qui le rendit un échappé de ministre, avec lequel tout militaire, quel qu'il fût, avoit à compter. C'étoit un bon homme, obligeant, sûr et bon ami, de peu d'esprit, et d'une gloire insupportable en tout genre, qui lui sortoit de partout, fort bien fait et fort débauché aussi.... » — Nous retrouverons plus loin le marquis de Saint-Pouange.
I. Voyez encore sur sa laideur le Chansonnier Maurepas , tome IX, p. 90, et tome XXVII, p. 171.
A8o APPENDICE.
Plusieurs clefs marginales ajoutent à son nom celui du riclie partisan Monnerot
Page 248, n° 12. — Je vais, Clitiphon, a votre porte.... (1694).
Clefs manuscrites : « Clitiphon, le Camus. » — Clefs du dix-huitième siècle : « Clitiphon , MM. le Camus , le lieutenant civil, le premier président de la cour des aides, le cardinal le Camus, et le Camus nommé Mongerolle, maître des comptes. »
Les CUtiplwns n'étaient pas rares, et la liste serait longue des personnages auxquels eût pu être adressée l'apostroplie de la Bruyère. Mais celui qui le premier inscrivit dans une clef le nom du lieutenant civil le Camus, auquel est venue se joindre dans la suite Ténumération de tous les le Camus, a peut-être été bien inspiré. Ses affaires de tutelle et de curatelle avaient pu amener plus d'mie fois la Bruyère à la porte du lieutenant civil,
a C'étoit , dit Saint-Simon en parlant de lui (tome VIII, p. 4i5), la plus belle représentation du monde de magistrat : il l'étoit bon aussi et honnête homme, obligeant, et avoit beaucoup d'amis ; mais il étoit glorieux à un point qu'on en rioit et qu'on eu avoit pitié. Il étoit frère du premier président de la cour des aides et du cardinal le Camus ; et quand il disoit mon frère le cardinal, il se rengorgeoit que c'étoit un plaisir. »
Les clefs imprimées en Hollande contiennent cette note sur la famille le Camus : a M, le Camus, lieutenant civil, le premier président de la cour des aides, le cardinal le Camus, et le Camus, maître des comptes, sont petits-fils de Nicolas le Camus, marchand de la rue Saint-Denis, qui avoit pour enseigne le Pélican, que ces messieurs ont pris pour leurs armes, ce qui a fait dire à M. le Noble, dans sa comédie du Fourbe :
Va-t-on chei'cher si loin d'où les gens sont venus? Et ne voyez-vous pas les fils du vieux Cadmus Etaler à nos yeux sur un char magnifique L'enseigne que leur père avoit à sa boutique ?
« Ce Nicolas le Camus avoit été garçon de boutique. Après la mort du maître, il épousa la veuve, et continua le commerce. Cette veuve morte, il épousa une Colbert, de Troves, grandtante de M. Colbert, depuis contrôleur général. Cette seconde communauté ne lui fut pas heureuse ; il fit banqueroute et se retira en Italie, où il fut connnissaire des marchands françois, dans lequel parti il amassa du bien. Pendant son séjour en Italie, il s'appliqua aussi à l'architecture, où il réussit beaucoup, en sorte quf, de retour en France, il
s'y adonna, et fut un des principaux entrepreneurs de la place Royale (au Marais), où il gagna beaucoup de bien. Il se fit secrétaire du Roi, et Louis XIII, pour le récompenser du succès de son entreprise, lui accorda de porter une fleur de lis dans ses armes. »
Les le Camus portaient de gueules au pélican d'argent, au chef cousu d'or, charge d'ime fleur de lis d'or.
Page 249, n° i3. — N'envions point a une sorte de gens.... (1687). Clefs manuscrites : « Les partisans. »
Page 249, n° i5. — Sosie, de la livrée.... (1687),
Clef de 1697 : « D'Apougni ou Delpech, fermiers généraux. Portrait de la plupart des partisans. » — Clef Cochin : « Delpech , fermier général et économe de l'abbaye de Saint-Denys. Il a fait son fils conseiller de la cour (Jean Delpech.^ conseiller au Parlement en 169 1), et un autre avocat général en la cour des aides {Pierre Delpiche^ avocat général en 1693).» — Clef de 1720 : « M. Berrier^ » — La clef des éditions Coste répète l'annotation de la clef Cochin, tout en plaçant maladroitement le nom de Berrier à la suite de celui de Delpech ou Delpèche : « M. Delpèche, ou Berrier, fermier général et économe, etc. » C'est attribuer à Berrier des fonctions qu'il ne remplit jamais. Cette annotation, au surplus, ne se trouve que dans les clefs qui ont été imprimées avant que Nicolas-René Berrier devînt lieutenant de police. Dès 1647 elle disparaît. Nous retrouverons Berrier ci-après, p. 491, note XX. — Diverses clefs marginales nomment ici (( Messieurs de Révol, le Normand, Bourvalais , secrétaires du Roi et fermiers*. » — Claude Révol, le Normand et Bourvalais, secrétaires du Roi comme Claude d'Apougny et Pierre Delpech, étaient comme eux de riches partisans.
Une clef nous donne Révol et d'Apougny comme marguUliers à Saint- Jean, sans doute Saint-Jean en Grève. Nous ne savons si les autres étaient également marguilliers.
Parmi les partisans qui avaient porté la livrée, on citait le trésorier de l'Épargne, la Bazinière, qui mourut vers i643. « Il étoit fils, ditTallemant desRéaux (tome IV, p. 425), d'un paysan d'Anjou, et à son avènement à Paris il fut laquais chez le président Gayan :
I . Une clef nomme encore « Mouchi, secrétaire du Roi, laquais de M. Tallemant. »
La Bruyère, i 3i
c'étoit même un fort sot garçon ; mais il falloit qu'il fût né aux finances. Après il fut clerc chez un procureur, ensuite commis, et insensiblement il parvint à être trésorier de l'Épargne. » Son lîls aîné, Macé Bertrand, seigneur de la Bazinière, fut également trésorier de l'Epargne, a Bazinière, dit Tallemant en parlant de lui (p. 433 , fit (c mettre des couronnes à son carrosse, du temps qu'elles étoient moins communes qu'elles ne sont ; ce fut en se mariant. Depuis quelqu'un, en parlant de la multitude des manteaux de duc qu'on voyoit, dit devant Mademoiselle : « Je ne désespère pas que Bazinière n'en « mette un. — Non, dit-elle, il ne mettra qu'une mandille. » La mandille était le manteau court des laquais.
Jean Hérault de Gourville, qui avait tout d'abord porté la livrée du duc de la Rochefoucauld, et qui offrait l'exemple le plus frappant de la forttme à laquelle pouvait aspirer un Sosie, s'était enrichi dans les finances. Il avait été intendant des vivres de l'armée de Catalogne, puis, grâce à la bienveillance de Foucquet, receveur général de la Guyenne, et il avait acheté une charge de secrétaire du conseil. Sa fortune toutefois se fit plus rapidement et surtout avec plus d'éclat que celle du Sosie de la Bruyère.
Il y a plus de conformité peut-être entre Sosie et Paul Poisson de Bourvalais, que nous avons nommé plus haut.
Fils d'un paysan de Rennes , il fut successivement laquais chez le fermier général Thévenin, facteur chez un marchand de bois, huissier dans un village; puis s'élevant peu à peu, grâce à la protection de Pontchartrain, il devint l'un des financiers les plus riches et les plus courtisés.
Page aSo, n" i6. — Arjïire cheminait seule (1687),
Clef de 1697 : « Mme de Belizani. » — Clefs du dix-huitième siècle : a Mme Belisani ou de Courchamp, » — Clefs marginales : « Mme Benoist, Mme Belizani, Mme 3Iilieu. »
Bellizani ou Bellinzani, employé d'abord dans la maison de Mazarin, plus tard dans l'administration de Colbert, avait rempli les fonctions d'inspecteur général des manufactures (1669), de directeur des Compagnies des Indes orientales, du Nord et du Levant , et de directeur de la chambre de commerce de Paris '^Lettres de Colbert^ ])ubliéesparM. P. Clém.nt, tome I, p. 369 ; tome II, p. 56o et 640}. Poursuivi pour concussion après la mort de Colbert, il mourut eu prison le i3 mai 1684, au moment où on allait lui faire son procès (Dangeau, tome 1, p. i3),
Courchamp et Benoît étaient deux financiers intéressés dans le bail Fauconnet (voyez ci-après, p. 497 ^^ 498j "o*^*^ XXX\ Le fermier
général Courchamp demeurait en 1692 au cloître Saint-Merri (Livre commode, 1697., p. 6). Il avait deux fils, dont l'un était conseiller au Parlement, l'autre maître d'hôtel du Roi '.
Mme Milieu est sans doute Marguerite-Agathe Voisin , femme, suivant une note du Chansonnier Maurepas (tome V, p. 343), d'un receveur ou trésorier des parties casuelles, nommé Milieu (peutêtre Philippe Milieu , qui était receveur des tailles de l'élection de Paris, et intéressé dans la ferme du Mans'^). (( Elle étoit laide et méchante, » est-il dit dans la note.
Page 25û, n" 17. — L'on porte Crèsus au cimetière.... (1687).
Clef Cochin : (f Aubert, fameux partisan du temps de M. Fouquet, que l'on tenoit riche de plus de trois millions. Il a été taxé à la chambre de justice en 1666 ^, et enfin est mort malheureux dans un grenier. Il avoit bâti Vlwtel salé au Marais, où a logé l'ambassadeur de Venise et où est aujourd'hui M. le maréchal de Villeroy. »
Clef de 1697 • ^ Raymond, partisan. » — Clef de 1720 : a Guénégaud ou Aubert, fameux partisan, etc., » comme dans la note de 1694, jusqu'aux mots oii a logé.^ etc. — Dans les clefs suivantes le nom à^ Aubert est omis, et l'on attribue mal à propos à Guénégaud la construction de V hôtel salé ; de plus, le chiffre de trois millions y a été remplacé par celui de quatre millions.
C'est en effet le financier Aubert qui bâtit en i656, rue de Tliorigny, l'hôtel que l'on appela, dit-on, hdtel salé.^ parce que l'impôt sur le sel avait enrichi son premier propriétaire. Connu plus tard sous le nom d^ hdtel Juigné , il a été occupé par l'École centrale des arts et manufactures. Voyez le Guide alphabétique des rues et monuments de Paris, par M. F. Lock, p. 423, édition de i855.
Claude du Plessis Guénégaud, trésorier de l'Epargne, fut éga-
1 . C'est sans doute le même Courchamp qui fut taxé par la chambre de justice, en 1662 ou i663, à vingt mille trois cent trente-trois livres. (Voyez à la Bibliothèque impériale, département des imprimés, le recueil in-4° Z 2284 , z -|- g, f. 3o. Ce recueil, qui contient, p. 634 et suivantes, la liste des gens d'affaires taxés par la chambre de justice en 1662 et i663, est celui qu'a cité M. P. Clément dans son Histoire de Colbert, 1846, p. 104 et io5, sous la cote F 2953.)
2. Telles sont les qualifications que lui donnent divers factums imprimés contre lui. (Recueil de la Bibliothèque impériale, in-4*' Z 2284, z-f-g» f- 9^0
3. Il est inscrit, sous le nom d'Aubert des Gabelles, pour une somme de trois millions six cent mille livres, sur la liste des taxes de 1662 et 166 3.
lement condamné à la restitution d'une somme considérable par la chambre de justice*. Il mourut à Paris le 12 décembre 1686. « Il avoit nettoyé, dit Dangeau (tome I, p. 427), tous les comptes qu'il avoit à rendre, avant que de mourir ^. » Il était frère d'Henri de Guénégaud, secrétaire d'Etat (mort en 1676).
Raymond, autre partisan qu'on appelait le Diable, le même sans doute qui fut taxé en 1662 ou i663 à cent trente-trois mille deux cent quatre-vingt-quinze livres, était intéressé dans le bail Fauconnet (voyez ci-après la note XXX). Il eut un fils qui fut introducteur des ambassadeurs sous la Régence {Mémoires de Mathieu Marais, tome I, p. 283).
Diverses clefs manuscrites ajoutent le nom de « M. Villette, seigneur de la Ronce, homme d'affaires qui mourut pauvre. »
Page aSi, n" 18. — Champagne, au sortir d'un long dîner.... (1687).
Clefs du dix-huitième siècle : « Monnerot , fameux partisan, dont le fils est conseiller au Châtelet', et grand donneur d'avis à M.Pontchartrain. Ledit Monnerot est mort prisonnier au petit Châtelet, et n'a pas voulu payer la taxe de deux millions qu'il avoit été condamné de payer par la chambre de justice en 1666. Comme il avoit son bien en argent comptant, il en jouissoit et faisoit grande dépense au petit Châtelet. Il a laissé à ses enfants de grands biens, qu'ils cachent encore. »
Nicolas Monnerot fut receveur général des finances à Lyon, secrétaire du Roi de i654 à 1657, époque où il résigna sa charge.
Les Mémoires de Daniel de Cosnac contiennent sur ce personnage l'anecdote suivante (tome II, p. 29 et 3o) :
a On n'a jamais vu dans un si petit endroit, dit Cosnac en parlant des splendeurs du mariage de Louis XIV, tant de diamants, de pierreries, d'or et de broderies que l'on en voyoit dans une grande bibliothèque de Récollets, au milieu du port de Saint- Jean-de-Luz, où l'on avoit étalé tous les meubles et habits qui étoient préparés pour le Roi et pour son équipage. Je m'y trouvai un jour que Sa Majesté vint elle-même voir ce spectacle dont Elle étoit ravie ; et
1 . Il figure pour une somme de cinq cent soixante-treize mille cinq cent quarante livres sur la liste indiquée ci-dessus (p. 483, note i ). Une liste voisine (p. 654 <!" recueil de la Bibliothèque) porte une autre taxe de quinze cent mille francs.