‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 364 sur 373 · XXV II · texte numérisé non relu

XXV II

Page 260, n° 46. — Les hommes, pressés par les besoins — (1687).

Clefs du dix-huitième siècle : « Feu M. Racine. » Il est douteux que la Bruyère, admirateur et ami de Racine, ait prévu cette application; et si Louis Racine l'eût connue lorsqu'il a écrit ses mémoires sur son père, il aurait sans aucun doute pris le soin de la combattre. Il est tout naturel cependant que la malignité ait tourné cette réflexion contre Racine, abandonnant le théâtre après Phèdre (1677). Mais Racine avait-il donc fait une récolte de gain comme une récolte de gloire? Tel n'est point le sentiment de son fils Louis Racine , qui dit que son père laissa « plus de gloire que de richesses, a Le public toutefois s'y trompait :

Ces illustres du temps, Racine et Desjiréaux, Sont du mont Hélicon les fermiers généraux ,

avait écrit le duc de Nevers, cité par M. Paul Mesnard dans sa Notice blogrnpliique sur Jean Racine (OEuires de Racine ^ tome I, p. 117, note i). Rappelons encore ces vers, également cités par M. Mesnard (p. 97), et tirés des Diversités curieuses [Amsterdsim^ i^99)> dans lesquels est raillée la résolution qui enlevait Racine au théâtre :

Plein des dons de la cour, sur le point de vieillir, Il méprise un métier qui vient de l'anoblir.

Le satirique anonyme est ici plus juste tjue ne l'eût été la Bruyère

appliquant sa réflexion à Racine. Le théâtre n'avait pas enrichi Racine, mais il l'avait anobli, de quelque façon qu'on l'entende : par l'illustration littéraire qu'il lui valut, il l'avait ennobli, comme nous écrivons aujourd'hui; il l'avait également anobli si l'on veut, puisque, en raison de cette illustration , le Roi lui avait donné une charge de trésorier de France, et que cette charge conférait la noblesse.

Une clef manuscrite fait ici de Racine le fils d'une blanchisseuse de gros linge.

Une autre ajoute au nom de Racine le nom peu connu de «: M. Soulet, secrétaire du Roi. » Nicolas Soullet avait acheté le titre de secrétaire du Roi en 1680. Il résigna ses fonctions en 1701, et obtint des lettres d'honneur.

Page 261,11° 47. — Il y a des misères,... Von mange ailleurs des Jruits précoces.... (1690).

Clef de 1697 : a M. de Seignelay. »

Il est possible qu'un annotateur, voulant à toute force mettre un nom à côté de cette réflexion générale, ait choisi celui de Seignelay, qui faisait d'immenses dépenses tant à Paris que dans sa maison à Sceaux; mais on peut supposer également que le rédacteur de la clef de 1697 a déplacé par mégarde le nom de Seignelay, inscrit un peu plus bas par presque toutes les clefs. Voyez la note XXIX, qui suit.

Page 261, n° 49. — Celui-là est riche.... Tel, avec deux millions de rente.... (1692).

Clefs du dix-huitième siècle : « M. de Seignelay. » Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay, ministre et secrétaire d'État, était mort en novembre 1690. En annonçant sa mort à Bussy, le i3 novembre 1690, Mme de Sévigné écrivait la réflexion que fait ici la Bruyère : ce Ce qui nous a surpris, c'est qu'on dit que Mme de Seignelay renonce à la communauté, parce que son mari doit cinq millions. Cela fait voir que les grands revenus sont inutiles quand on en dépense deux ou trois fois autant. » (Tome IX, p. 583.) Si Bussy est bien informé, Seignelay laissait au contraire une assez belle fortune : « .... Il a donné, répond Bussy à sa cousine le 19, deux cent mille francs par testament à sa femme, et cent mille écus à son dernier fils, et.... toutes dettes payées, il laisse quatre cent mille livres de rente. » [Ibidem, p. 584 et 585.)

H n'y a rien qui se soutienne... ; il tCy a rien dont on voie mieux la fin (1692).

Les clefs du dix-huitième siècle impriment ici les noms peu connus, et pris au hasard sans doute parmi les gens d'affaires, de « MM. le Noir, André le Vieux , Doublet , » noms que diverses clefs marginales placent un peu plus loin, en regard de la réflexion 58. C'est là peut-être qu'ils étaient primitivement inscrits. II ne semble pas en effet que ces personnages aient attiré l'attention par une ruine éclatante, qui eût justifié leur inscription à côté du troisième alinéa de la réflexion 49 ; tandis qu'il suffisait qu'ils fussent partisans, pour qu'un annotateur écrivît leurs noms en marge de la réflexion 58. Les noms de le Noir, le Vieux, Doublet figurent sur les listes des gens d'affaires condamnés à restitution par la chambre de justice en 1662 et i663. En 1692, se trouvent inscrits sur la liste des secrétaires du Roi un Simon le Noir et un Nicolas Doublet; sur celle des conseillers du Parlement, un Nicolas Doublet; sur celle des conseillers des aides, un André Georges le Vieux.

Page 263, n° 56. — Si les pensées , les livres et leurs auteurs.... (1690).

Clefs de 1693 : « Les Fauconnets, financiers du dernier bail. » — Clef de 1697 : « Fauconnet, financier du dernier bail des fermes unies. » — Clefs du dix-huitième siècle : a Les Fauconnets, les Berthelots, parce que ce fut sous le bail des Fauconnets que Berthelot et ses parents gagnèrent leur bien. »

Jean Fauconnet, bourgeois de Paris, avait réuni dans ses mains trois fermes jusque-là distinctes : 1° celle des domaines de France ; 2° celle des domaines des nouA^elles conquêtes de Flandre, des villes et places cédées par le traité de Nimègue; 3*^ celle des gabelles, aides, entrées, et cinq grosses fermes*. Ces trois fermes avaient été précédemment adjugées, la première, par un bail daté du 3i décembre 1675, à Jacques Buisson; la seconde, par un bail daté du 20 mai 1679, à Bernard du Sault; la troisième, par un bail daté

i.Les cinq grosses fermes, suivant la définition de Forbonnais, se composaient des droits suivants : 1° droits de sortie sur toutes denrées et marchandises; 2° droits d'entrée sur les drogueries et épiceries; 3° subside de cinq sous jiar muid de vin dans les villes et lieux y assujettis des généralités de Normandie et de celles d'Amiens, Châlons et Soissons; 4" droits des truites domaniales sur certaines denrées et marchandises; 5° droits d'entrée des grosses denrées et marchandises, indépendamment de divers droits réunis auxdites fermes.

La. Bruyère, i 3a

du 27 juin 1680, à Claude Boutet. Quand on mit aux enchères le bail des domaines en 1681, Fauconnet offrit, moyennant une surenchère d'un million huit cent mille livres, si je ne me trompe, de se rendre adjudicataire à la fois, et par un même bail , des domaines et des gabelles. Le bail Boutet fut rompu à son profit , et un bail, daté du 26 juillet 1681, lui livra les fermes-unies poia* six années : elles devaient commencer, pour les gabelles, les cinq fermes , etc., le i«r octobre 1681, et pour les domaines, le le^ janvier 1682. Sans parler des frais accessoires d'expédition, enregistrement, etc., Fauconnet s'engageait à payer pour la première année cinquante-six millions six cent soixante-dix mille livres ; ce prix devait s'augmenter de cent mille livres pendant les quatre années suivantes, et s'arrêter, pour les deux dernières, à la somme de cinquante-sept millions soixante-dix mille livres*.

Nous avons dit qui était Jean Fauconnet; mais quels sont les Fauconnets dont veut parler la Bruyère ? Ce ne sont pas, à notre avis, les Berthelot, ni tels autres hommes d'affaires en particulier; ce sont tous les partisans, tous les manieurs d'argent en général, quels qu'ils soient.

Les Berthelot, d'ailleurs, n'avaient pris aucmie part au bail Fauconnet : ils ne figurent jamais parmi les financiers dont Fauconnet est le prête-nom. Ils ne paraissent que dans les fermes postérieures. C'est un Berthelot, en effet, qui, sous le nom de Pierre Domergue, obtint la ferme des gabelles et des cinq grosses fermes, quand fut terminé le bail Fauconnet* ; Dangeau le fait figurer parmi les nou-

1 . Voici les sommes pour lesquelles figurait chaque ferme dans cette somme totale : gabelles, dix-sejit millions sept cent cinquante mille livres pour la première année, avec augmentation de cent mille livres pour chacune des quatre années suivantes -, aides et entrées, vingt-deux millions ; cinq grosses fermes et autres fermes et droits en dépendant, onze millions trois cent quatre-vingt mille francs; domaines, cinq millions cinq cent quarante mille francs. Voyez sur ce bail l'arrêt du conseil d'Etat en date du 21 juillet 1681, dans le Recueil des édits et ordonnances du B.oi concernant les droits et do/naines de la couronne, avec les commentaires de Carondas le Caron, tome II, p. 572 et suivantes, édition de I735; l'arrêt du conseil royal des finances du i*' juillet 168 1, et celui du conseil d'Etat du 5 juillet 168 r, dans le Recueil Saint- Genis, à la bibliothèque du Louvre; et surtout le Bail des gabelles de France et droits y joints des gabelles et évechés de Metz, Tout et Verdun, etc., etc., fait à M"^ Jean Fauconnet le 26 juillet 168 1 (Paris, veuve Saugrain et P. Prault, 1726, in-4° de 218 pages). Un exemplaire de ce bail est conservé dans le Supplément au Recueil des édits, etc., concermint les domaines (Paris, 1726), que possède la bibliothèque du Louvre (B 674 in-4'. tome I) .

2. A l'expiration du bail Fauconnet, on fit deux ])arts de cette ferme générale : les g.'.belles et les cinq fermes furent données à Pierre Domergue.

CLEFS ET COMMENïAIPvES. 499

veaux intéressés, et non parmi les aiiciens. Le prête-nom des Bertlielot (St donc Doniergue : les annotateurs ont confondu le bail de ce nom, qui, commencé en l'anjiée iGHy })our six années, durait encore quand la Bruyère inséra dans ses Caractères le nom générique des Fauconnets, et le bail Fauconnet, qui l'avait précédé.

Page 264, n" 58. — Il j a des âmes sales.... (1687).

Clef de 1697 : a Berthelot père. »

Berthelot père est François Berthelot, fournisseur de l'armée et commissaire général des poudres en 1672, trésorier de la maison de la Dauphine (moyennant trois cent mille livres) en 1680, secrétaire de ses commandements (moyennant quatre cent soixante mille livres) en 1681, nommé conseiller d'Etat la même année, avec une pension de trois mille livres '. Il y a eu plusieurs Berthelot; mais c'est François Berthelot, si je ne me trompe, qui afferma les gabelles et les cinq grosses fermes en 1687 (voyez la note précédente).

Le Roi avait meilleure opinion de Berthelot que les annotateurs des Caractères, car il voyait en lui « l'homme d'affaires le plus capable de faire les recouvrements sans tourmenter les peuples. » ;Dangeau, tome II, p. 36.) — Une clef manuscrite a nommé ici d'autres personnages : voyez ci-dessus, p. 497 1 ^'^ ^^^^ XXIX.

Page 2G5, n° 60. — Pendant qu'Oronte.... (1687).

a M. de la Ravoye, maître des comptes, homme de fortune, qui a épousé Mlle Valièi-e, fille d'un intéressé, très-jolie personne : » telle est l'annotation des clefs du dix-huitième siècle. La clef Cochin ];Orte : « M. Neret, seigneur de Ravoye, » sans ajouter le titre de

t)u plutôt à Berthelot, pour trente-six millions, et non trente-sept, comme le dit Dangeau;les aides et les domaines à Christophle Cliarrière pour vingt-sept millions (aides, vingt et un millions; domaines, six raillions : voyez Dangeau, tome II, p. 35 et 36, et le Recueil des édits précédemment cité, tome II, p. 257 et suivantes, édit du iS mars 1687). — Dangeau ne nomme pas Domergue, mais c'est sous son nom que fut fait le bail des gabelles et des cinq fermes.

I , Son fils aîné était conseiller au Parlement ; son second fils avait la survivance de la charge de secrétaire des commandements de la Dauphine. Ses filles épousèrent, l'une le petit-fils du premier président de Novion, l'autre le comte Gacé de Matignon. La première avait reçu de son père une dot de cinq cent mille livres, la seconde une àot de six cent mille.

5oo APPENDICE.

maître des comptes ; la clef de l'édition de 1697 le qualifie simplement de « partisan dans les finances du Roi. »

Dans Vyilmanach royal de 1692, il est fait mention d'un M. delà Ravoye, receveur pour la généraiité de Poitiers, demeurant ru£ d'Anjou, au Marais, et d'un M. Valière, receveur pour la généralité de Tours, demeurant rue Saint-Antoine. M. de la Ravoye ne devint maître des comptes que beaucoup plus tard, si toutefois il le devint jamais. Peut-être l'a-t-on confondu avec Gervais-François Neret, qui entra à la chambre des comptes en ï'^o^. — Sur M. et Mme de la Ravoye, on peut consulter le Chansonnier Maurepas, tome XXIX, p. i55, 199, etc.

Page 265, n° 61. — Le mariage.... (1687).

Clefs du dix-huitième siècle : a MM. Doujat, Hervé, de Grammont. j>

Il y a là les noms de trois personnages différents, bien qu'on lise dans presque toutes les clefs : « M. Doujat Hervé de Grammont. Ces trois personnages nous semblent être des conseillers du Parlement.

Jean Doujat, nommé conseiller à la deuxième chambre des enquêtes du parlement de Paris en 1647, puis conseiller de la grand' chambre en 1682, est ainsi jugé par l'auteur des notes secrètes sur le parlement de Paris : a. Doujat, présomptueux, se croyant habile au delà de ce qu'il est; contredisant, plein de boutades, joueur ruiné et séparé de sa femme. » (^Correspondance administrative sous Louis XI F ^ tome II, p. 48.)

Hervé doit être le conseiller de ce nom, doyen duParlement, qui reçut du Roi le 10 avril 1690 « l'ordre de se défaire de sa charge, parce qu'il se servoit de son pouvoir pour ne point paver ses créanciers. » (Dangeau, tome III, p. 96.) Nous ne savons s'il s'était déjà signalé à l'attention publique par quelque friponnerie en 1687. Nous l'avons nommé en parlant des infortunes du conseiller Vedeau de Grammont (voyez ci-dessus, p. 471» note XIII). Il mourut en 1690.

Il est également vraisemblable que « M. de Grammont » est ie conseiller Vedeau de Grammont, accusé en i685 d'avoir falsifié son contrat de mariage et un registre du Parlement (voyez la même note).

Une clef manuscrite ajoute les noms de Godard, de Queslin, Canaye, trois autres conseillers du Parlement : Jean- Jacques Godard était conseiller depuis 1667, Nicolas de Queslin depuis 1659, Etienne Canaye, sieur de Montreau, depuis if)85. — Sur Godard, voyez le Chansonnier AJaurepos, tome XXVII, p. 267.

CLEFS ET COMMENTAIRES. 5oi

Épouser une veuve..., (1689).

Clef de 1697 : « Le duc d'Estrées, le comte de Marsan. ï — Ckfs du dix-huitième siôcle : « Le duc d'Atri, le comte de Marsan. »

Le duc François-Annibal d'Estrées, maréchal de France, avait eu pour seconde femme Anne Habert de Montmor, fille de Jean Habert, trésorier des guerres, et veuve de Charles de Thémines, sieur de Lauzlères. Il l'avait épousée en i634, elle était morte en 1661, et lui-même ne vivait plus depuis 1670. Il est le seul d'Estrées de cette époque qui ait épousé une veuve, et ce serait un souvenir bien lointain que celui qui eût amené son nom ici. Sans doute on aura lu par erreur d'Estrées, au lieu dAtri.

Louis Saladind'Anglure-Bourlemont, duc d'Atri, grand d'Espagne, frère du cardinal Aquaviva, et neveu d'un autre cardinal du même nom, d'abord lieutenant de Roi de Champagne au département de Reims et de Réthel (i686), puis capitaine des gardes du corps et de la compagnie Italienne, épousa en 1682 Antoinette Colbert, veuve du président de la chambre des comptes la Cour. — Voyez sur d'Atri les Mémoires de Dangeau, tome IV, p. 454> elc.

Le nom du comte de Marsan nous montre clairement que c'est la première partie de la phrase (épouser une veuve.... signifie faire sa fortune) que les commentateurs appliquent aux personnages qu'ils nomment ici : Charles de Lorraine, comte de Marsan, dernier fils du comte d'Harcourt, épousa successivement deux veuves pour s'enrichir.

A *vingt-sept ans, il avait déjà tenté de faire fortune en épousant Catherine Scarron de Vaures, veuve, depuis 1669, du maréchal Antoine d'Aumont, et âgée de soixante-cinq ans. « Elle voulut l'épouser, dit Saint-Simon (tome VI, p. 43o), et lui donner tout son bien en le dénaturant. Son fils la fit mettre dans un couvent, par ordre du Roi, et bien garder. » Ceci se passait à Ja fin de 1675. « Le petit Marsan, écrit Mme de Sévigné le 24 novembre de la même année (tome IV, p. 2461, a fait, en son espèce, la même faute queLauzun, c'est-à-dire de différer, et de donner de l'air à une trop bonne affaire. Cette maréchale d'Aumont lui donnoit cinq cent mille écus ; mais M. le Tellier ne le veut pas, et le Roi l'a défendu. On me mande pourtant que la maréchale a parlé à Sa Majesté, et qu'elle n'a point paru folle, et que M. de Marsan a dit au Roi : « Sire, comme j'ai vu « que mes services ne méritoient aucune récompense auprès de vous ' ,

I. Il était à cette époque aide de camp du Roi. C'est peut-être à la suite de ce discours que le Roi lui donna une pension de dix mille livres sur l'évêché de Cahors, puis une pension de neuf mille livres. [Dictionnaire des Bienfaits du Roi.)

5o2 APPENDICE.

oc j'avois tâché de me mettre en état de vous les rendre à avenir sans

a vous importuner de ma misérable fortune'. »

Sa première femme fut Marie, fille unique du maréchal d'Albret, veuve de Charles-Amanieu d'Albret, sire de Pons, appelé le marquis d'Albret. « Elle étoit franche héritière, dit Saint-Simon (tome XI, p. Sa), c'est-à-dire riche, laide et maussade. Le marquis d'Albret, jeune, galant, bien fait, étourdi — n'en fît pas grand cas, et se fît tuer malheureusement pour une galanterie, à la première fleur de son âge. Sa veuve demeura sans enfants avec sa belle-mère {Mme de Richelieu), qui la fit faire dame du palais de la Reine, aux premières que le Roi lui donna. Le comte de Marsan, jeune, avide et gueux, qui avoit accoutumé de vivre d'industrie, et qui avoit ruiné la maréchale d'Aumont, fit si bien sa cour à la marquise d'Albret, qui n'avoit pas accoutumé d'être courtisée, qu'elle l'épousa [le 11 décembre 1682) en lui donnant tout son bien par le contrat de mariage, sans que la duchesse de Richelieu en sût rien que lorsqu'il fallut s'épouser^. Elle en fut la dupe. M. de Marsan la laissa dans un coin de sa maison, avec le dernier mépris et dans la dernière indigence, tandis qu'il se réjouissoit de son bien. Elle mourut^ dans ce malheur, sans enfants. »

Après la mort de sa femme le comte de Marsan eut à soutenir un procès contre ses héritiers ; il le gagna et conserva la terre de Pons, Morlagne, le marquisat d'Ambleville, et sans doute aussi des terres en Béarn. Voyez Dangeau, tome IV, p. 241.

En février 1696, il épousa Catherine de Matignon, veuve de' Seignelay. Il avait alors cinquante mille livres de rente, auxquelles le Roi, un an plus tard, ajouta une nouvelle pension de onze mille francs. Mme de Seignelay possédait soixante-cinq mille livres de rente. Il lui en laissa vingt pour ses habits et ses menus plaisirs, et lui assura vingt mille francs de douaire pour le cas où elle n'aurait pas d'enfants, douze mille pour celui où elle en aurait (Dangeau, tome V, p. 366, et tome VI, p. laS).

Il la perdit en 1699. Quant à lui, il mourut en 1708, âgé de

1. Le 27 novembre, Mme de Sévigné revient sur ce sujet (p. 252) : « Le mariage du joli prince n'est pas tout à fait rompu ; mais on dit que tous les trésors dont on a parlé seront réduits à cent mille écus : ah ! pour cent mille écus, je ne voudrois pas coucher avec cette sorcière ! »

2. <( M. de Marsan épousa hier Mme d'Albret , écrit Mme de Sévigné le 23 décembre 1682 (tome VII, p. 200); je pense que l'amour n'étoit pas de cette fête. » Et Bussy de répondre sur le même ton [ibidem, p. 2o3). Ce mai'iage, désapprouvé par le Roi, fit perdre à Mme de Marsan sa place de dame du palais.

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