‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 365 sur 373 · Le 14 juin · texte numérisé non relu

Le 14 juin

CLEFS ET COMMENTAIRES. ^o^

soixante ou soixante-deux ans. Saint-Simon a exprimé plus d'une fois le mépris que lui inspirait le comte de Marsan. « C'étoit , dit-il (tome VI, p. 430-432), un extrêmement petit homme, trapu, qui n'avoit que de la valeur, du monde, beaucoup de politesse et du jargon de femmes, aux dépens desquelles il vécut tant qu'il put. Ce qu'il tira de la maréchale d'Aumont est incroyable — // étoit l'homme de la cour le plus bassement prostitué à la faveur et aux places, ministres , maîtresses , valets , et le plus lâchement avide à tirer de l'argent à toutes mains,... homme si bas et si avide, qui toute sa vie avoit vécu des dépouilles de l'Église, des femmes, de la veuve et de Torp helin, surtout du sang dupeuple. »

Page 266, n° 63. — Dîne bien, Cléarquc... (1690).

Clef de 1697 ^* ^^^^^ suivantes : « M, du Buisson , intendant des finances. »

Constantin Heudebert du Buisson, fils d'un trésorier de Normandie, originaire du Mans, parent éloigné du chancelier le Tellier, a été successivement nommé maître des comptes , maître des requêtes (1679), juge de l'Arsenal pour juger en dernier ressort tous les procès civils et criminels des trésoriers provinciaux des guerres, et enfin intendant des finances (1690). C'est l'année même où il fut nommé intendant des finances que parurent les deux caractères où l'on prétendit le reconnaître. Voyez ci-dessus, p. 4^8, note VÏI.

Page 266, n° 65. — Vavare dépense plus mort.... (1690).

Clefs du dix-huitième siècle : « M. de Morslein, qui avoit été grand trésorier de Pologne, et qui étoit venu s'établir à Paris, où il est mort [en 1693). Il étoit fort avare. »

M. de Morstein, grand trésorier de Pologne, puis ambassadeur de Pologne en France, « avoit été fort accusé de malversations » dans son pays, et l'avait abandonné « par la peur qu'il eut d'être poussé, » dit Saint-Simon (tome I, p. 278 et note sur Dangeau; tome IV, p. 219).

Il était donc venu s'établir en France « avec sa femme, son fils unique et quantité de richesses, » et « y avoit acheté de grosses terres » (voyez Saint-Simon, tome I, p. 278, et Dangeau, tome IV, p. 219). — « Il passa le reste de sa vie en France , avec sa femme , fort peu considérés, dit encore Saint-Simon (note sur Dangeau, tome IV,

5o4 APPENDICE.

p. 219). Son fils [le marquis de Châteauvillain)^ qui avoit beaucoup d'esprit, de savoir, de valeur, et d'envie de faire, » fut tué au siège de Namur en 1696, alors qu'il était colonel d'infanterie. Il avait épousé une fille du duc de Chevreuse.

Page 266, n° 68. — Triste condition de l'homme.,.. (1690).

Clefs du dix-huitième siècle : « M. Banse le fils. » Un homme d'affaires de ce nom avait été taxé par la chambre de justice en 1662 ou i663. Etait-il le père du Banse fils dont il s'agit, et ce Banse le fils est-il le personnage qui entra au Parlement dans les premières années du dix-huitième siècle ?

Page 268, n° 73. — Von ne reconnaît plus en ceux que le jeu, et le gain ont illustrés (1687).

Clef Cochin, et clefs des éditions Coste imprimées en Hollande : î M. de Courcilion de Dangeau , ou Morin '. Dangeau, de simple gentilhomme, s'est fait par le jeu gouverneur de Touraine, cordon bleu et vicaire général de l'ordre de Saint-I^azare au commencement de l'année 1696. Il a été fait conseiller d'État d'épée. — Morin avoit fait en Angleterre une grande fortune au jeu, d'où il est revenu avec plus de douze cent mille livres, qu'il a perdues depuis. Il est à présent fort petit compagnon, au lieu que dans sa fortune il fréquentoit les plus grands seigneurs. »

La clefde l'édition de 1697 et celle de 1720 ne nomment que Morin ; les clefs des éditions Coste imprimées en France ont supprimé la note qui concerne Dangeau, tout en conservant son nom.

Le marquis de Dangeau, dont nous parlerons plus longuement ciaprès (p. 549 et suivantes, note XIII), dut en effet une partie de son crédit à son très-remarquable talent de joueur ; mais il y aurait quelque injustice à dire qu'il dut au jeu tous ses titres. C'est en 1666 que le Roi lui donna le gouvernement d'Anjou. Il l'acheta trois cent soixantequinze mille livres du duc de Saint-Aignan, et reçut du Roi un brevet de retenue de cent cinquante mille livres. Il obtint plus tard une pension de six mille livres, et fut chargé de diverses commissions ou ambassades, etc.

I. La clef de 1697 place le nom de « Morin le joueur » en regard de la réflexion 74.

CLEFS ET COMMENTAIRES. 5o5

Morin, né à Béziers, était un joueur célèbre, qui gagna et perdit tour à tour des sommes considérables. Forcé de fuir ses créanciers, il alla se réfugier à Londres, et l'accueil qu'il y reçut auprès de la duchesse de Mazarin, dont il devint le tailleur de bassette, place à iliaque instant son nom dans les vers de Saint-Evremond. (Voyez tome III, p. 1 39 et suivantes, 3ii et suivantes, etc.) — Il ne faut pas le confondre avec Morin le Juif, beau-père du maréchal d'Estrées, du marquis de Dangeau, et de M, de Montmort.

Page 269, n° 75. — Mille gens se ruinent au jeu — (1690).

Les clefs nomment unanimement le président Robert, et celles du dix-huitième siècle contiennent la note suivante : « Le président des comptes, Robert, qui avoit apporté beaucoup d'argent de son intendance de Flandres, qu'il a presque tout perdu au jeu , en sorte qu'il est fort mal dans ses affaires, et a été obligé de réformer sa table et la dépense qu'il faisoit, et se réduire au petit pied. Encore ne se peut-il passer de jouer. »

Au mois d'août 1686, le président Robert perdit dix mille pistoles eliez le duc de Lauzun '. Il les paya au prince Philippe de Savoie, qui les gagnait, « sans vouloir de composition, » En décembre i^QO, peu de mois après la publication de ce passage de la Bruyère, il donnoit sa démission pour payer ses dettes. Voyez Dangeau, tome I, p. 870, et tome III, p. 268.

Louis Robert, seigneur de Fortille, qui était frère de l'abbé Robert, conseiller au Parlement, et parent du chancelier le Tellier, avait épousé une fille de Lépine, des bâtiments du Roi. Il fut successivement intendant des troupes que Louis XIV envoya à Candie en 1660, des troupes qui allèrent en Hongrie (1664), de l'armée du maréchal d'Aumont en Flandre (1667), intendant à Dunkerque (1669), intendant de l'armée du prince de Condé (1672), puis intendant de toutes les places conquises sur les Hollandois, et enfin intendant de l'armée du maréchal de Luxembourg (1678). Il devint président en 1^79.

On peut voir, par les extraits de sa correspondance qu'a publiés M. C. Rousset dans son Histoire de LouvoiSf tome I, p. 435 > avec quel zèle il a rempli ses fonctions en Hollande , a digne auxiliaire de l'implacable duc de Luxembourg , » et « ministre rigoureux des cruautés de son parent Louvois. »

1. Lauzun, qui aimait le gros jeu, allait de son côté souvent jouer chez Robert en 1684. Voyez les Mémoires de Mademoiselle de Montpensler, tome IV, p. 5o5.

r»o8 APPENDICE.

répandues partout. Aussi quand il vouloit plaire, il charmoit; .... mais orgueilleux à l'excès, entreprenant, hardi, insolent, vindicatif au dernier point , facile à se blesser des moindres choses , et trèsdifficile à en revenir. Son humeur étoit terrible et fréquente; il la connoissoir, il s'en plaignoit, il ne la pouvoit vaincre;... il devenoit alors brutal et capable de toutes les insultes et de tous les emportements imaginables. »

Comme on levoit,Barbezieux avait quelques traits de ressemblance avec Giton; mais ce portrait est l'un de ceux auxquels il ne fallait pas attacher de nom. Il y avait plus d'un Giton à la cour et à la ville.

Page 277 , n° 5. — Il y a dans la ville la grande et la petite robeK... (1689).

La délimitation entre les magistrats et les avocats n'était pas toujours « une chose facile » en effet. Les substituts des procureurs généraux par exemple, qui étaient des avocats appelés par les procureurs généraux pour les assister dans leurs fonctions , et qui conservaient le droit d'exercer leur ministère d'avocat dans les causes où le Roi n'était pas intéressé, appartenaient-ils à la « grande » ou à la « petite robe? » Un édit de juin 1697 ^^'^^^ reconnu qu'ils faisaient partie du Parlement; mais s'ils s'étaient inscrits, suivant leur droit, sur le tableau des avocats , ils ne prenaient rang dans les cérémonies publiques qu'à la suite des avocats plus anciens. Cette question de préséance avait été réglée en 1662 et i663 (voyez V Histoire du barreau de Paris, par M. Gaudry, tome I, p. 409 > 4io et 482); mais elle revint en 1689, à l'occasion d'un substitut du procureur du Roi de Fontainebleau , qui était en même temps avocat et procureur postulant ; peu de temps après la publication de la réflexion de la Bruyère, un arrêt du Parlement confirma les prétentions des avocats : voyez V Arrêt de la cour du Parlement du 18® mars 1689, ^^f^^"^ ^^ règlement pour la préséance des avocats sur les substituts des procureurs

I. a Les présidents et les conseillers; les avocats et les procureurs, » écrivent en marge divers annotateurs; « les officiers et les avocats, » écrivent d';;utres.

du Roi (Charpentier, in-4° ; un exemplaire en est conservé à la bibliothèque du Louvre clans le Recueil Saint-Genis, à sa date). Notons d'un autre côté que les avocats au Parlement, qui, suivant la Bruyère, refusaient « d'être du second ordre, » étaient membres de la même confrérie ou communauté que les procureurs. Il n'y avait pas toujours, au surplus, entente parfaite entre les deux corps. A cette époque, il appartenait aux avocats aussi bien qu'aux procureurs de faire des écritures judiciaires : de là des conflits, auxquels mit fin un arrêt du ly juillet 1693 : voyez V Histoire du barreau de Paris, tome I, p. 43 1 et suivantes.

Un avocat Robert avait- il engagé une lutte de préséance contre un magistrat, ou soutenu que « la noblesse de son emploi » faisait de lui l'égal d'un magistrat? Les clefs du dix-huitième siècle et quantité de clefs marginales placent à côté de la seconde partie de l'alinéa de la Bruyère le nom de « M« Robert, avocat, » ou quelquefois de « Robert de Saint-Martin. » Nous ne savons de la vie de Louis Robert, le plus célèbre des avocats de ce nom vers le milieu du dix-septième siècle', rien qui nous explique cette annotation. Son père, Anne Robert, avocat plus célèbre encore, avait défendu jadis les prérogatives du barreau contre le Parlement ; mais le débat, qui d'ailleurs remontait à une époque éloignée, n'avait rien de commun avec le sentiment que la Bruyère prête aux avocats. Voyez l'Histoire du harreau de Paris ^ tome I, p. 491*

Page 278, n° 6. — Vous moquez-vous de rêver en carrosse (1690).

Clef de 1697 : ff M. de la Briffe, procureur général. » — Clef de l'édition de 1697 • * ^^' ^^ Saint-Pouange. 2» — Clefs suivantes: « M. de Saint-Pouange on M. de la Briffe. »

Peu de temps avant l'impression de cette réflexion, au mois de septembre 1689, Arnauld de la Briffe, maître des requêtes, avait été nommé procureur général du parlement de Paris.

« La Briffe, maître des requêtes, si brillant'*, écrit Saint-Simon (tome I, p. 146), se trouvoit accablé du poids de cette grande charge [celle de procureur général), et n'y fut pas longtemps sans perdre la réputation qui l'y avoit placé. » — Il mourut en 1700, dit-il ailleurs

1 . Il était ])ère de Claude Robert le procureur du Roi au Cbàtelet, et de Robert de Cliâtillon (voyez ci-dessus, p. 465, note III).

2. Voyez sur lui les vers de la Fontaine, dans sa dernière lettre au prince de Conti (édition Walckenaer, tome VI, p. 58o).

5io APPENDICE.

(tome II, p. 427), « d'une longue maladie, du chagrin dans lequel il vécut dans cette charge, des dégoûts et des brocards dont le premier président Harlay l'accabla. »

La Briffe avait été conseiller au Châtelet de Paris , maître des requêtes , président au grand conseil , intendant, conseiller au Parlement, puis conseiller d'honneur, et enfin procureur général.

Sur Saint-Pouange, voyez plus haut, p. 479» note V.

Page 279. — Aux Gomons, aux Duhamels.

Un Jean Gomont, petit-fils d'Antoine Laval et de Marie Laval, et fils de Charles Gomont et de Guilleroette Forest , fut reçu avocat le 12 avril i63i. Non loin de lui figure sur la liste des avocats de Blanchard, Jean de Gaumont , reçu le 27 novembre i636 *. Auquel s'applique l'allusion de la Bruyère? Au premier sans doute. Blanchard prend soin de nous renseigner minutieusement sur la famille de Jean Gomont, nous donnant jusqu'au nom des parents de sa mère, fille d'Edouard Forest, lieutenant civil et criminel à Reims, et de A", de Rolland : eût-il relevé ces détails pour un avocat obscur? Dans les documents cités par M. Chéruel, dans les actes de la succession Mazarin, dans Foucault, le nom est d'ailleurs écrit Gomont ^ et dans la Bru j ère Gomon. Bien que la manière dont s'écrivent les noms propres soit un faible argument pour cette époque, encore semble-t-elle ici devoir nous tirer d'indécision. Blanchard, il est vrai, ne donne pas au nom de notre Gomont la particule de, qu'il reçoit dans les Mémoires de Foucault et ailleurs ; mais c'est là une différence insignifiante.

L'avocat Gomont, quel qu'il soit, ne plaidait plus en 1688, car le tableau imprimé de cette année ne nomme personne de ce nom, et un avocat célèbre n'était point de ceux que l'on pût oublier. Les dates d'admission que nous avons données permettent de supposer qu'il ne vivait plus, et les expressions de Foucault : « ancien et célèbre avocat, » rendent également vraisemblable cette conjecture.

Le nom Duhamel se rencontre fréquemment sur la liste des avocats de cette époque : Léon Duhamel, reçu le 28 avril i633; Pierre Duhamel, reçu le 9 mars i634 ; Georges du Hamel, celui de la Bruyère, reçu le 5 décembre 1639; Jacques Duhamel , reçu le 11 août i643; Charles-Nicolas Duhamel, reçu le 4 mars i655. Dès le seizième

I. Nous laissons de côté G;ibrîel de Gaumont, reçu le 24 novembre i636, puisque nous savons que Jean est le prénom de l'avocat le plus célèbre parmi ceux qui ont jiorté le nom de Gomont ou Gaumont. Il y eut des Gomont et des Gaumont dans la magistrature, la diplomatie, les offices de finance, etc.; mais le Go/rion dont il s'asjit est sans aucun doute un avocat comme Duhamel.

CLEFS ET COMMENTAIRES. 5ii

siècle ce nom avait été porté avec honneirr au barreau par Nicolas Duhamel, mort en i6ii : voyez les Opuscules de Loisel, passim, et la liste manuscrite des avocats de G. Blanchard, p. i4i et 196 de la copie de la Bibliothèque des avocats. Nous ne savons quels liens de parenté pouvaient unir à ces divers personnages l'avocat dont la Bruyère veut particulièrement parler.

Ptige 280, n° 7. — Il y a. un certain nombre de jeunes magistrats — (1689).

<r M. le président de Mesmes et autres, » est-il dit dans toutes les clefs. La clef Cochin et les clefs des éditions Coste imprimées en Hollande ajoutent : a M. de Mesmes, fils du président à mortier, a épousé au mois de mars 1695 la fille de M. Fedtau de Brou, président au grand conseil, dont il a eu en dot trois cent cinquante mille livres *. On veut que la mère lui ait encore assuré deux cent mille livres après sa mort. [La demoiselle est petite, un peu boiteuse, passablement belle et toute jeune.] »

Jean-Antoine de Mesmes, qui se nommait M. de Neufcîiâtel du vivant de son père, était fils de Jean-Jacques de Mesmes, président à mortier, membre de l'Académie française. Il n'avait que vingt-sept ans, et n'était conseiller que depuis trois mois, lorsque mourut son père (janvier 1688). Pour maintenir la charge dans sa famille, il fut question de la donner à son oncle M. d'Avaux, qui la lui eût remise quand il aurait atteint « l'âge pour la remplir ; » mais le jeune conseiller obtint la charge pour lui-même, à la condition de ne l'exercer et de ne prendre son rang de président qu'à l'âge de trente ans. Cette condition ne fut pas exécutée, car il fut reçu président à la chambre des vacations à la fin de septembre 1689. (Dangeau, tomes II, p. 92, et III, p. 2.) Il devint premier président au Parlement en 171 2,

Le long portrait qu'en a fait Saint-Simon (tome X, p. 67-60), et que nous citerons en partie, permet d'affirmer qu'il était l'un des jeunes magistrats dont parle la Bruyère : « C'étoit un grand et gros homme, défigure colossale, trop marqué de petite vérole, mais dont toute la figure, jusqu'au visage, avoit beaucoup de grâces comme ses manières, et avec l'âge quelque chose de majestueux. Toute son étude fut celle du grand monde, à qui il plut, et fut mêlé dans les meilleures compagnies de la cour et dans les plus gaillardes. D'ail-

I. La dot était de trois cent cinquante mille livres en argent comptant et cinquante mille francs a en autres effets. » Le mariage, annoncé en mars, n'eut "lieu qu'en mai; il fallut attendre une dispense de Rome. (Dangeau, tome V, p. 173, 204, 209.)

leurs il n'apprit rien , et fut extrêmement débauché Cette vie

libertine le lia avec la jeunesse la plus distinguée, qu'il recherchoit avec soin, et ne Aoyoit que le moins qu'il pouvoit de Palais et de gens de robe. Devenu président à mortier par la mort de son père, il ne changea guère de vie; mais il se persuada qu'il étoit un seigneur, et vécut à la grande.... Dailleurs d'excellente compagnie, charmant convive, un goût exquis en meubles, en bijoux, en fêtes, en festins, ei en tout ce qu'aime le monde ; grand brocanteur et panier percé saiis s'embarrasser jamais de ses profusions, avec les mains toujours ouvertes, mais pour le gros, et l'imagination fertile à s'en procurer; poli, affable, accueillant avec distinction, et suprêmement glorieux, quoique avec un air de respect pour la véritable seigneurie, et les plus bas ménagements pour les ministres et pour tout ce qui tenoit à

la cour C'en est assez maintenant sur ce magistrat, qui à toute

force vouloit être un homme de qualité et de cour, et qui se faisoit souvent moquer de lui par ceux qui l'étoient en effet, et avec qui il vivoit tant qu'il pouvoit '. »

La clef marginale de l'exemplaire R 2810, 7, de la Réserve de la Bibliothèque impériale nous donne également le nom de « M. le Fèvre de la Faluère, conseiller au Chàtelet, )) frère sans doute de le Fèvre de la Faluère qui devint plus tard conseiller aux enquêtes du Parlement, et qui était fils du premier président avi parlement de Rennes . Claude le Fèvre , après avoir été substitut du procureur général au Parlement et bailli de Saint-Germain-des-Prés, était devenu conseiller au Chàtelet en 1674.

Page 280, 11° 8. — Un homme de robe (1689).

Clef Cochin : « Feu [Jean- Jacques) de Mesmes, président à mortier, lecteur du Roi [mort en 1689). » — Clefs de 1697, 1720, etc. : « M. le premier président de Harlav. j — Les clefs de 1739 et suivantes ajoutent : a ou M. Talon. » — Il s'agit de Denis Talon, avocat général au Parlement de 1662, reçu président à mortier en janvier 1691, qui mourut en 1698.

I . Ces divers traits du caractère du président de Mesmes étaient bien connus, et ils sont consignés dans le Chansonnier Maure pas (tome IX, p. io4) ' « 1' fréquentoit fort les jeunes gens à la cour et les princes du sang.... Il n'aimoit pas qu'on l'appelât du nom de président, et pour lui faire plaisir il falloit l'appeler simplement M. de Mesmes. Il faisoit fort grande chère chez lui, et donnoit souvent à souper en gras pendant le carême, ce qui jiaroissoit extraordinaire, pour ne pas dire ridicule, en la personne d'un magistrat de cette importance, qui doit être réglé dans sa conduite. >•

CLEFS ET COMMENTAIRES. 5i3

Piigc 2.S(), n° 9. — Les Crispins se cotisent (1689).

La plupart des clefs donnent les noms de : a MM. Charpentier ou Mallot.iLa clef de l'édition de 1697, 4*^^' comme la clef imprimée séparément en 1697, ne nomme que MM. Mallot, ajoute cette désignation : a officiers de rohe. » — Suivant la clef de 1720, MM. «Malo» et Charpentier « sont trois frères, » comme MM. le Pelletier.

Le nom Malot figure sur les listes des gens d'affaires en i66î ou IÔ63. Un Malot, demeurant rue Neuve-Saint-Eustache, est inscrit parmi les « fameux curieux en ouvrages magnifiques, » dans le livre commode de 1692. — Un Philippe Charpentier était à cette époque conseiller au Parlement * .

Page 280, n° 10. — J'entends dire des Satinions (1690).

Voici l'une des interprétations où se sont rencontrés tous les commentateurs, ou pour mieux dire tous les lecteurs contemporains de la Bruyère.

Les Sonnions sont les Leclerc de Lesseville : toutes les clefs répètent leur nom, et nous le retrouvons en marge de l'une des copies du Mémoire sur les véritables origines de Messieurs duParlcment qu'écrivit Ch. R. d'Hozier, sur la demande du Roi, en 1706 : « Voyez, est- il écrit à côté du nom Leclerc de Lesseville, les railleries que fait la Bruyère de cette prétendue noblesse dans ses Caractères^ chapitre de la Vllle^. » Et de même pour l'auteur des Notes sur les tableaux vendus^ pillés, saccagés et sauvés de mon pauvre château de la Goupilllère (p. 83), écrites en 1698, par Mme du Prat, les Leclerc de Lesseville sont également, et sans aucun doute, les personnages « que la Bruyère a si joliment peints et si malignement traités » sous le surnom de Sonnions.

Voici la note que donne la clef Cochin, et que répètent les clefs de 1739 et suivantes, les clefs des éditions d'Amsterdam la reproduisant complètement, celles des éditions de Paris s'arrêtant après la phrase : « M. Leclerc de la Neuville est de celte famille. »

« MM. de Lesseville, descendus d'un tanneur de Meulan, mort fort riche, et qui a laissé deux enfants : l'un conseiller aux requêtes

1. Suivant une clef marginale, l'un des Charpentier était maître des requêtes. La liste des maîtres des requêtes que j'ai sous les yeux ne le mentionne pas.

2. Cette note se trouve sur la copie qui est à la bibliothèque du Louvre (in-folio F 760), p. 78. — Voyez encore le Chansonnier Maurei^as y tome XXVIII, p. io5.

La Bruyère, i 33

5i4 ' APPENDICE.

du Palais, et l'autre au grand conseil, dont il est mort doyen, et qui ne voulut se rendre à Mantes en 1662, quand le grand conseil s'y rendit du temps de la Fronde, de crainte que l'on n'approfondît dans son voisinage son extraction. De ces deux branches sont venus MM. de Lesseville, qui sont dans presque toutes les cours souveraines, y en ayant un maître des requêtes', un autre conseiller au Parlement^, l'autre au grand conseil^, et l'autre en la chambre des comptes*. Ils vivent tous de fort bonne intelligence, portant les mêmes livrées, qu'ils renouvellent tous ensemble. Us ont pour armes trois croissants d'or en champ d'azur. La branche cadette a chargé son écu d'un lambel. M. Leclerc de la Neuville est de cette famille. [L'on veut qu'après la bataille d'Ivry, en 1690, Henri IV s'étant retiré du côté de Mantes et manquant d'argent, ayant appris que ledit Leclerc et Pelletier, qui étoient deux riches tanneurs, le dernier de Mantes, pouvoitnt lui en prêter, les manda à cet effet , et tira d'eux deux cent mille livres (clefs imprimées : « vingt mille écus »), dont il voulut leur donner son billet; mais que Pelletier lui ayant représenté qu'il falloit donc créer un huissier exprès pour faire payer le Roi, ils se contentèrent de sa parole. Il leur donna ensuite des titres de noblesse, dont s'est servi depuis le Pelletier, ayant quitté son négoce, et non Leclerc] » — « Le Pelletier, ajoute la clef de lySg, est aïeul de MM. Pelletier d'aujourd'hui, dont il y en a eu un premier président, et son fils est à présent président à mortier^. »

Tallemant des Réaux a consacré quelques lignes de ses Historiettes (voyez tome I, p. 896 et 897, édition de MM. Monmerqué et Paulin Paris) à la famille le Clerc de Lesseville : « Il y avoit en ce temps un tanneur à Meulan, qui devint aussi prodigieusement riche sans prendre aucune ferme du Roi, car il ne se mêla jamais que de son métier et de vendre des bestiaux. Il se nommoit Nicolas le Clerc, et quoiqu'il

1 . Charles-T^icolas le Clerc de Lesseville, maître des requêtes en 1 7 1 1 .

2. Charles-Bertrand le Clerc de Lesseville, conseiller au Parlement en 17 li, ou peut-être N. le Clerc de Lesseville, conseiller en 1735.

3. Nous ne savons à quelle date un le Clerc de Lesseville est entré au grand conseil.

4. Eustaclie- Auguste le Clerc de Lesseville, conseiller maître en 1724.

5. Le premier président dont il s'agit, petit-fils de Claude le Pelletier, contrôleur général des finances, est Louis le Pelletier, seigneur de Rosambo, qui fut reçu en 1736, se démit en 1743, et mourut en 1770. Son père, Louis le Pelletier, seigneur de Montméliant et de Morfontaine, premier président de 1 707 à 17 17, s'était démis à cette époque et était mort en 1730. Son fils Louis le Pelletier, seigneur de Rosambo et baron de Poussé pétait président à mortier depuis 1736. Il mourut en 1670. (Voyez sur ces deux personnages, Saint-Simon, tome X, p. 53.) Ce passage relatif à la famille le Pelletier fut l'un de ceux que l'on retrancha des clefs imprimées en France pour les éditions Coste.

CLEFS ET COMMENTAIRES. 5i5

se fût fait enfin secrétaire du Roi, on ne l'appela jamais autrement. » Il avait acheté la terre de Lcsseville, auprès de Meulau : son (ils, qui était maître des comptes à Paris et qui avait soixante mille livres de rente, en prit le nom.

Le Mémoire de d'Hozier, que nous avons déjà cité, permet de rectifier à la fois la note des clefs et les dires deTalIcraant sur l'histoire de la famille de Lesseville. Ce n'est pas le tanneur lui-même, comme l'écrit Tallemant, qui devint secrétaire du Roi, mais son fils, marchand bourgeois de Paris , et Nicolas , qui mourut doyen de la chambre des comptes en ifioi, était ainsi le petit-fils, et non le fils, du tanneur de Meulan. Si Tallemant oublie un degré dans la généalogie de la famille, les clefs en suppriment deux.

Le Mémoire de d'Hozier ne fait pas descendre les le Pelletier, comme les le Clerc, d'un tanneur de Meulan , mais d'un bailli du Maine, qui vivait en i5o8.

Page 282. — Un autre, avec quelques mauvais chiens — (1692).

Clefs du dix-huitième siècle : oc Le feu président le Colgneux, qui aimoit beaucoup la chasse, dont il avoit un gros équipage à sa terre de Mort-Fontaine, oîi il alloit quand le Palais le lui pouvoit permettre. Il n'étoit pas riche. Son aïeul étoit procureur au Parlement : l'on trouve encore des expéditions signées de lui. Il épousa en secondes noces la veuve de Galand, fameux partisan, qui lui apporta de grands biens, dont il stipula l'usufruit par son contrat de mariage : ce qui l'a fait subsister. Il ne s'étoit pas même mis en dépense d'une robe de chambre neuve pour ce mariage ; en sorte qu'étant obligé, selon l'usage de Paris, de se rendre à la toilette de sa nouvelle femme, qu'il apprit être des plus magnifiques, il fut obligé, par l'avis de son valet de chambre, d'y aller en robe de cérémonie (ou robe du Palais) j et en robe rouge fourrée, supposant qu'il ne pouvoit rien montrer de plus agréable aux yeux d'une dame qui ne l'avoit épousé que pour sa dignité, que la robe qui en faisoit la marque : ce qui fît rire l'assemblée. Il a épousé en troisièmes noces Mlle de Navaille *, dont il a eu un fils, qui, bien qu'unique, ne sera pas riche. — Ou Jacquier, sieur de Rieux-Montirel, conseiller de la cour, fils de Jacqui des vivres {vojez ci-dessus, p. 287 et note 3), fort entêté delà chasse. t>

Jacques le Coigneux, marquis de Plailly, de Mont-Auliand et de Mort-Fontaine ( fils de Jacques le Coigneux , président à mortier, mort en i65i), fut conseiller au Parlement en 1644, président aux enquêtes en 1648, président à mortier en i65i, et mourut le 24 avril 1686. Il était frère de François le Coigneux de Bachaumont, l'un des

I. Et non Neuville, comme il est souvent imprimé dans les clefs.

5i6 APPENDICE.

auteurs du Voyage en Provence. Voyez sur lui et les siens Tallemant des Réaux, tome IV, p. i et suivantes.

François Jacquier était conseiller au Parlement depuis 1681.

Quelques clefs marginales placent, je ne sais pourquoi, le nom de Terrât, chancelier du duc d'Orléans, à côté du nom de Mènandre,

Page 283, n'' 1 1. — Quel est l'égarement de certains particuliers.../ (1690).

Clef de 1697 : a M. le président Gilbert. » — Clefs du dix-huitième siècle : « M. le président de Saiut-V allier, d

Louis-Charles Gilbert, fils du marchand de toile Gilbert (voyez plus haut, p. 478, note II), et frère de Mme Fleuriau d'Armenonville, était président de la chambre des comptes depuis 1691.

Le président de Saint-Vallier est sans doute Melchior Cochet de Saint- Vallier, qui devint président de la deuxième chambre des enquêtes du Palais en 1696.

Quelques-uns. . . . Von ne sait point dans Vile ' qu^ André brille au Marais (1690).

Clef de 1697 : a M. de Pineresse. » — Clefs du dix-huitième siècle: « M. Noblet, fils du sieur Noblet, commis de M. Jeannin de Castille, qui a mangé plus de trente mille écus en dépenses sourdes [et ridicules auprès de Mlle Guyot de Boisval, qui étoit en même temps maîtresse des sieurs leFèvre etMazure, qui en ont profité]. Ce Noblet étoit maître d'hôlel de Monsieur. Il a vendu sa charge, et pour lui donner de quoi vivre, sa mère a été obligée de lui substituer son bien. s> — « Ou M. de Peinville, » ajoutent les clefs des éditions Costa. — Diverses clefs marginales donnent ce dernier nom, que l'on écrit tantôt « d'Epinville, » tantôt « de Painville. » — « De Pineresse » ne serait-il pas le même nom mal lu? — Quoi qu'il en soit , nous ne savons dire quel est le personnage dont il s'agit. Serait-ce François Glué d'Epinville, nommé conseiller au grand conseil en 1668, et alors conseiller honoraire? ou encore le Poinville dont parle Tallemant des Réaux , c'est-à-dire Galiyot Gallard , seigneur de Poinville, maître des requêtes en i656, que l'auteur des Portraits des maîtres des requêtes nous présente comme ce assez honnête

I. Nous avons eu tort d'hésiter, p. 283, note i, entre l'île JVotre-Dame, nujourd'hui Saint-Louis , et l'île de la Cité. C'est toujours , paraît-il , à la première que Tallemant des Réaux , Mme de Sévigné , et leurs contemporains appliquent la dénomination Vile.

CLEFS ET COMMENTAIRES. Si;

homme, autant, ajcute-t-11, que sa naissance le peut permettre, » et qui mourut en lôgS? (Voyez Tallemant, tome V, p. io3, ii5, etc )

Page 284, n° 12. — IVarcisse se lève le matin (1687).

Clef de 1697 : oc L'abbé de Villars. » — Clefs du dix-buitième siècle : « M. Garnier, seigneur de Montereau, frère de Mme de Brancas, président à mortier au parlement de Metz, fils de M. Garnier, trésorier des parties casuelles , qui avoit laissé huit enfants, qui héritèrent chacun d'un million. Ils furent tous taxés à la chambre de justice à cent mille écus chacun, qu'ils payèrent. »

Henri-Félix de Villars , abbé de Moutier en Argonne , agent du clergé de i685 à 1690, mourut à Florence en 1691, au retour d'un voyage à Rome. Il avait une abbaye importante en Champagne. Il était fils du marquis de Villars, ambassadeur en Espagne, en Danemark, etc.

Page 285, n" i3. — Foila un homme (1690).

Clefs de 1697 ^^ suivantes : « Le prince de Meckelbourg. » Louis-Christian, duc de Meckelbourg-Schwerin , chevalier du Saint-Esprit, passa une partie de sa vie à Paris. Le Roi le fit enfermer quelques mois à la Bastille, en 1684 > pour inexécution d'un traité. Il mourut en 1692, à la Haye. Sa femme, « qui a fait tant de bruit par sa beauté, ses galanteries et ses intrigues, » comme le dit Saint-Simon, était sœur du maréchal de Luxembourg et avait épousé en premières noces le duc de Châtillon, tué à Charenton en 1649. (\oyez\es Mémoires de Dangeau, tome V, p. i43.)

Après l'explication qu'il a donnée (et que nous avons reproduite p. 286, note 2) de la phrase : « c'est son visage que l'on voit aux almanachs, » etc., Walckenaer ajoute (p. 696) : « Il y a une belle collection (incomplète pourtant) de ces almanachs, exécutés sous Louis XIV, à la Bibliothèque royale. Plusieurs sont d'un grand intérêt sous le rapport de l'art et par la fidélité des portraits; celui de l'année 1689, qui est précisément l'époque à laquelle la Bruyère écrivait le caractère i3 du chapitre vu, de la Ville ^ est d'une belle exécution. Cet almanach, dont la description tiendrait plusieurs pages, est accompagné de vers, d'emblèmes et d'allégories, et abonde en beaux portraiis. C'est une virulente diatribe contre Guillaume, stathouder de Hollande et roi d'Angleterre ; il est intitulé : « Couronnement d'un usurpateur, fondé sur les pernicieuses maximes de Machiavel, et ap-

5i8 APPENDICE.

puyé des exemples des plus détestables tyrans de l'antiquité. » — Les almanacbs de la bibliothèque de la rue Ricbelieu ont été disséminés à leur date, depuis que ces lignes sont écrites, dans la collection des Dessins sur l'histoire de France. — Sur les almanacbs de cette époque, voyez le Mercure galant de décembre 1692, p. 276 et suivantes.

Page 287. — Et jusques au fort de Bernardi

Il nous sembl qu'au moment où la Bruyère publiait ces lignes (1690), l'acadénne de Bernardi avait cessé de faire faire à ses élèves les exercices à feu qui, suivant les récits bien payés sans doute du Mercure, avaient souvent pour témoins un certain nombre de personnes de qualité et attiraient parfois jusqu'à six mille curieux. Le Mercure nous donne pour la dernière fois en janvier i685 les détails d'un siège ; et la « place du Fort, » qui appartint encore quelque temps à l'académie, ne paraît plus servir après cette année qu'à des carrousels. L'époque la plus brillante de l'académie fut celle de la direction de Jacques Bernardi , écuyer du Roi , qui avait pour associé de Cbâteauneuf-Carbonuel, cbargé d'enseigner l'histoire, la géographie et le blason. Jacques Bernardi mourut dans les derniers mois de 1 681, laissant sa maison à un neveu. Comme les quatre autres académies sans doute, l'académie Bernardi déclina peu à peu, et en 1692, lorsque toutes les académies furent réduites à deux et se partagèrent les pensionnaires en nombre égal, elle quitta la rue de Condé pour se transporter au carrefour Saint-Benoît.

Ce qui nous intéresse le plus dans son histoire , c'est que l'académie Bernardi eut pour élève le chevalier de Belleforière de Soyecourt, l'un des jeunes amis de la Bruyère (voyez ci-dessus, p. 367). Il était l'un des pensionnaires que « plusieurs dames d'un rang distingué » venaient voir monter à cheval au mois de novembre 1680; et il prenait part dans les derniers mois de l'année suivante à une petite guerre qui eut un jour pour témoins « Mme de**, ambassadrice charmante, » et <r Mlle de S. » Cette dernière serait-elle Mlle de Soyecourt, sa sœur? Nous en doutons, car Mlle de S. est ime personne « qui ne quitte jamais » Mme de**. Quoi qu'il en soit, il se pourrait que la Bruyère fût allé , soit seul , soit avec Mme de Soyecourt, a jusques au fort de Bernardi, » pour y voir combattre le chevalier de Soyecourt. — Pour plus de détails sur l'académie de Bernardi, voyez le Mercure galant des mois d'octobre 1^77, novembre 1678, 1679, 1680 , mai, novembre et décembre 1681, décembre i683, novembre 1684, janvier i685, mai 1688; et \e Livre des Adresses d'Abraham du Pradel, édition de 1691, p. 8, et édition de 1692, p. 72.

Page 289. — Scapin porte desjleurs de lis....

Clefs du dix-huitième siècle : <r M. d'Alogny, maréchal de Rochefort, porte trois fleurs de lis d'argent en champ de gueules. M. le comte d'Estaing porte trois fleurs de lis d'or dans un champ d'azur au chef d'or. Le sieur de Saint-Mesmin à Orléans porte quatre fleurs de lis d'or en champ d'azur, et M. de Goulaine de Bretagne , mipartie de France et d'Angleterre , ce qui fut accordé à cette race pour avoir négocié l'accommodement des deux couronnes à la satisfaction des deux rois, qui lui donnèrent pour récompense chacun la moitié de leurs écus, dont il composa ses armes. »

Les clefs eussent pu citer beaucoup d'autres exemples. Voyez sur ces familles et sur ces armoiries les Recherches sur les fleurs de lys et sur les villes f les maisons et les familles qui portent des fleurs de lys dans leurs armes, insérées dans le Dictionnaire généalogique de la Chesnayedes-Bois, tome III, i^e édition (1757), in-8.

Page 290, n° 14. — Théramène était riche (1690).

Clef de 1697 ^^ suivantes : ce M. de Terrât, chancelier de Monsieur, ï

Après avoir été secrétaire des commandements de Monsieur, Gaston-Jean-Baptiste Terrât devient au mois de février 1688 son chancelier moyennant cinquai^te mille écus, puis en 1708 le surintendant de ses bâtiments. A cette dernière charge étaient attachés des appointements de neuf mille francs et une pension de six mille : il « a prié Monsieur le duc d'Orléans, dit Dangeau (tome IX, p. i83), de ne lui donner ni les appointements ni la pension..., lui disant qu'il étoit assez riche pour n'en avoir pas besoin, et que n'ayant point d'enfants, il ne lui faut que l'estime et les bonnes grâces de son maître pour le rendre heureux. »

Nous ne savons à quelle époque il devint riche ; mais il l'était, et Saint-Simon le répète après Dangeau, en notant sa mort à l'année 1719. « Il étoit, dit-il (tome XVII, p. i5i), fort vieux et fort riche, fort homme d honneur et fort désintéressé.... Il vivoit fort honorablement et n'étoit déplacé en rien ; il étoit généralement aimé et estimé, et ne laissa point d'enfants. Je n'ai point su qui il étoit; je crois que c'étoit peu de chose; aussi étoit-il fort éloigné de s'en faire accroire. »

5ao APPENDICE.

Page 3oo, n° i5. — N** arrive avec grand bruit (1689).

Clef de 1697 : v M. de Barète. » — Clefs du dix-huitième siècle : « M. d'Aubigni, frère de Mme de Maintenon. » Sur d'Aubigné, voyez ci-dessus, p. 466 et 467, note IV.'

Page 3oi, n" 16. — H y <^ dans les cours des apparitions de gens aventuriers et hardis (1687).

Clefs du dix-huitième siècle : a Le marquis de Caretti , médecin empirique. »

Il est vraisemblable en effet que la Bruyère a en vue ce personnage, que nous retrouverons ailleurs, et particulièrement au chapitre de Quelques usages, n» 68, où l'allusion sera plus marquée.

L'extrait suivant des Mémoires de Saint-Simon (tome II, p. iSS-iSy, année 1698) contient toute la biographie de Caretti : « Un événement singulier, que le grand-duc manda à Monsieur, surprit extrêmement tout ce qui à Paris et à la cour avoit connu Caretti. C'étoit un Italien, qui s'y étoit arrêté longtemps, et qui gagnoit de l'argent en faisant l'empirique. Ses remèdes eurent quelque succès. Les médecins, jaloux à leur ordinaire, lui firent toutes sortes de que- / relies, puis de tours, pour le faire échouer, et s'avantagèrent tant qu'ils purent des mauvais succès qui lui arrivoient. Les meilleurs remèdes et les plus habiles échouent à bien des maladies; à plus forte raison ces sortes de gens qui donnent le même remède, tout au plus déguisé, à toutes sortes de maux, et qui, à tout hasard, entreprennent les plus désespérés, et des gens à l'agonie à qui les médecins ne peuvent plus rien faire, dans l'espérance que si ces malades viennent à réchapper, on criera au miracle du remède, et qu'on courra après eux, et que s'ils ne réussissent pas, ils auront une excuse bien légitime par l'extrémité que ces malades ont attendue avant de les appeler. Caretti vécut ainsi assez longtemps, et n'avoit d'autre subsistance que son industrie. Il avoit de l'esprit, du langage, de la conduite ; il réussit assez pour se mettre en quelque réputation . Caderousse, alors fort du monde, et depuis longtemps désespéré de la poitrine, se mit entre ses mains, et guérit parfaitement. Cela le mit sur un grand pied, qui fut soutenu par d'autres fort belles cures.

CLEFS ET COMMENTAIRES. 52i

« La plus singulière fut celle de M. de la Feuillade, abandonné solennellement des médecins, qui le signèrent, et que Caretti ne voulut pas entreprendre sans cette formalité.... Caretti le guérit parfaitement et en peu de temps • . Il étoit fort cher pour ces sortes d'entreprises, et faisoit consigner gros.

a Enrichi et en honneur, en dépit des médecins, et avec des amis considérables, il se mit à faire l'homme de qualité, et à se dire de la maison Caretti, héritier de la maison Savoli; que d'autres héritiers plus puissants que son père lui avoient enlevé cette riche succession et son propre bien, et l'avoient réduit à la misère et au métier qu'il faisoit pour vivre. On se moqua de lui, et ses protecteurs mêmes; personne n'en voulut rien croire; il le maintint toujours, et se trouvant enfin assez à son aise, il dit qu'il s'en alloit tâcher de faire voir qu'il avoit raison, et il obtint de Monsieur une recommandation de sa personne et de ses intérêts pour le grand-duc. Il fît après quelques voyages à Bruxelles et quelques cures aux Pays-Bas, et repassa ici, allant effectivement en Italie. Au bout de quatre ou cinq ans, il gagna son procès à Florence, et le grand-duc manda à Monsieur que sa naissance et son droit avoient été reconnus, qu'il lui avoit été adjugé cent mille livres de rente dans l'Etat ecclésiastique, et qu'il croyoit que le pape l'en alloit faire mettre en possession. En effet, cet empirique vécut encore longtemps grand seigneur. »

Au moment où la Bruyère écrivait cette réflexion sur les charlatans, Caret, Carette, Caretto ou Caretti était fort à la mode, bien que la mort de deux de ses malades , Mlle de Monlouet et le jeune de Bréauté , eût porté peut-être une légère atteinte à sa réputation, « jusque-là si bien établie » (voyez les Mémoires du marquis de Sourches, tome I, p. 3 14, et ceux de Dangeau, tome I, p. iSa). Il devait encore séjourner plusieurs années en France, et il partit pour l'Italie, avant d'être « congédié d ni complètement « décrédité. » Aux premiers jours de janvier i685 il donnait encore ses remèdes au duc de Luxembourg, qui mourut malgré ses pronostics (Dangeau, tome V, p. 129 et i3i). Voyez encore les Lettres de Mme de Sévigné^ année 1694, tomeX, p. 162, 166, 168, 174, 176, etc.

Page 3oa, n° 18. — Les cours ne sauraient se passer d'une certaine espèce de courtisans (1689).

Toutes les clefs, à partir de 1697, nomment Langlée, et il est en effet impossible de ne le point reconnaître dans ce caractère.

I. C'est en mai 1684 que Caretti donna ses soins au duc de la Feuillade. Lu guérison du duc de Caderousse est antérieure.

Voici le portrait que de son côté Saint-Simon nous donne de cette a espèce d'homme fort singulier dans une cour : » « C'étoit un homme de rien, de vers Mortagne au Perche, dont le père s'étoit enrichi et la mère encore plus. L'un avoit acheté une charge de maréchal des logis de l'armée pour se décorer, qu'il n'avoit jamais faite ; l'autre avoit été femme de chamhre de la Reine mère, fort bien avec elle, intrigante qui s'étoit fait de la considération et des amis, et qui avoit produit son fils de bonne heure parmi le grand monde, où il s'étoit mis dans le jeu. Il y fut doublement heureux, car il y gagna un bien immense, et ne fut jamais soupçonné de la moindre infidélité. Avec très-peu ou point d'esprit, mais une grande connoissance du monde, il sut prêter de bonne grâce, attendre de meilleure grâce encore, se faire beaucoup d'amis et de la réputation à force de bons procédés. Il fut des plus grosses parties du Roi du temps de ses maîtresses. La conformité de goût l'attacha particulièrement à Monsieur, mais sans dépendance et sans perdre le Roi de vue, et il se trouva insensiblement de tout à la cour de ce qui n'étoit qu'agréments et futile, et qui n'en est pas une des moindres parties à qui sait bien en profiter. Il fut donc de tous les voyages, de toutes les parties, de toutes les fêtes de la cour, ensuite de tous les Marlys et lié avec toutes les maîtresses, puis avec toutes les filles du Roi, et tellement familier avec elles, qu'il leur disoit fort souvent leurs vérités. Il étoit fort bien avec tous les princes du sang , qui mangeoient très-souvent à Paris chez lui, où abondoit la plus grande et la meilleure compagnie. Il régentoit au Palais-Royal, chez Monsieur le Grand et chez ses frères, chez le maréchal de Villeroy, enfin chez tous les gens en première place. Il s'étoit rendu maître des modes, des fêtes, des goûts, à tel point, que personne n'en donnoit que sous sa direction , à commencer par les princes et les princesses du sang, et qu'il ne se bâtissoit ou ne s'achetoit point de maison qu'il ne présidât à la manière de la monter, de l'orner et de la meubler.

« Il avoit été sur ce pied-là avec M. de Louvois, avec M. de Seignelay, avec le maréchal d'Humières; il y étoit avec Mme de Bouillon, avec la duchesse du Lude, en un mot avec tout ce qui étoit le plus distingué et qui recevoit le plus de monde. Point de mariages dont les habits et les présents n'eussent son choix, ou au moins son approbation. Le Roi le souffroit, cela n'alloit pas à plus ; tout le reste lui étoit soumis, et il abusoit souvent de l'empire qu'il usurpoit. A Monsieur, aux filles du Roi, à quantité de femmes, il leur disoit des ordures horribles, et cela chez elles, à Saint-Cloud, dans le salon de Marly. Il entroit encore, et étoit entré toute sa vie dans quantité de secrets de galanterie. Son commerce étoit sûr, et il n'avoit rien de méchant, étoit obligeant même et toujours porté à servir

CLEFS ET COMMENTAIRES. 5a3

de sa bourse ou de ses amis, et n'étoit mal avec personne. Il étoit assez vêtu et coiffé comme Monsieur, il en avoit aussi fort la taille et le maintien; mais il n'étoit pas, comme de raison, à beaucoup près si paré, et moins gros. Il étoit fort bien et fort familier avec Monseigneur.... Une espèce comme celle-là dans une cour y est assez bien ; pour deux c'en seroit beaucoup trop. Finalement les personnes les plus sérieuses et les plus importantes, et les moins en commerce avec lui, et celles-là étoient en petit nombre, le ménageoient, et il n'y avoit qui que ce fut qui se voulût attirer Langlée. » {Mémoires ^ tome II, p. 385-387.)

et Langlée mourut, dit encore Saint-Simon à la date de l'année 1708 (tome VI, p. Ï79), — sans avoir jamais été marié.... Le monde y perdit du jeu, des fêtes et des modes, et les femmes beaucoup d'ordures. Il laissa plus de quarante mille livres de rente, sa belle maison meublée et d'autres effets à Mlle de Guiscard, fille unique de sa sœur. »

« Langlée est fier et familier au possible, écrit Mme de Sévigné, qui nous fournit aussi plus d'un trait sur ce personnage. Il jouoit cet été avec le comle de Gramont ; en jouant au brelan, le comte lui dit sur quelque manière un peu libre : a Monsieur de Langlée, gardez ces c familiarités-là pour quand vous jouerez avec le Roi. » [Lettre du 5 janvier 1672, tome II, p. 4^6.) Voyez encore la lettre des 5 et 6 novembre 1676 (tome V, p. i34), où Mme de Sévigné raconte comment Langlée offrit une robe de brocart d'or à Mme de Montespan.

On lit dans plusieurs clefs : « Langlée et autres, » et quelques-unes nomment Dangeau en même temps que lui. Bien que divers traits conviennent à Dangeau, c'est Langlée seul, ce nous semble, que l'on peut reconnaître dans chaque ligne de cet alinéa. Comme le dit Saint-Simon, il n'y avait qu'un Langlée à la cour.

Page 3o5, n° 20. — Un homme de la cour (1689).

Allusion, suivant les clefs de 1697 et les clefs suivantes, au c duc de Bouillon et à son château de Sedan. » Il y a là une erreur ; Sedan n'appartenait plus à la famille de Bouillon. S'il y avait ici une allusion à l'orgueil et aux prétentions des Bouillon, il faudrait rappeler que le cardinal et le duc de Bouillon avaient voulu « ensevelira leur nom de famille «de la Tour » sous celui d'oc Auvergne, » faire prendre à un neveu le titre de prince-dauphin d'Auvergne ', etc. ; mais il ne s'agit pas ici de si grands personnages.

I. Voyez Saint-Simon, tome I, p. 218; tome V, p. 320, 321, etc.

Mais s'il Va tel quil ose le porter , il doit alors insinuer,...

Clefs des éditions Coste : « Monsieur de Tonnerre, évêque de Noyon. »

« Je passai à Noyon, dit Saint-Simon (tome I, p. 107), chez l'évêque, qui étoit un Clermont -Tonnerre, parent et ami de mon père, célèbre par sa vanité et les faits et dits qui en ont été les fruits. Toute sa maison étoit remplie de ses armes jusqu'aux plafonds et aux planchers ; des manteaux de comte et pair dans tous les lambris, sans chapeau d'évêque ; des clefs partout, qui sont ses armes, jusque sur le tabernacle de sa chapelle ; ses armes sur sa cheminée, en tableau avec tout ce qui se peut imaginer d'ornements, tiare, armures, chapeaux, etc., et toutes les marques des offices de la couronne; dans sa galerie ime carte que j'aurois prise pour un concile, sans deux religieuses aux deux bouts : c'étoient les premiers et les successeurs de sa maison ; et deux autres grandes cartes généalogiques avec ce titre de Descente de la très-auguste maison de Clermont-Tonnerre , des empereurs d'Orient.^ et à l'autre, des empereurs d' Occident . Il me montra ces merveilles, que j'admirai à la hâte dans un autre sens que lui. »

On sait comment ce vaniteux personnage fut nommé à l'Académie sur le désir qu'en avait exprimé Louis XIV, et comment l'abbé Caumartin, chargé de le recevoir, divertit le public à ses dépens. Voyez Saint-Simon, tome I, p. aiS-aiy.

Si on lui dit qu"* Hyacinthe a eu le gros lot, demander sHl est gentilhomme....

Une grande loterie fut tirée à Marly le 5 mars 1687. « Ce fut un épicier de Paris, dit Dangeau (tome II, p. 33), qui gagna le gros lot. » Ne serait-ce pas le souvenir de cette loterie, tirée au milieu de l'élite des courtisans pour le plus grand profit d'un épicier, qui revient ici à la Bruyère? « Vous savez, lit-on dans le Mercure de mars 1687 (i*"® partie, p. 343), que la grande loterie du Roi a été tirée. MM. Bernard et Tranchepain, marchands à Paris, qui y avoient mis ensemble dix louis, ont eu le gros lot, qui étoit de cinquante mille livres. Ils allèrent à Marly pour le retirer, et le Roi, qui le sut, voulut bien leur faire l'honneur de les voir. Sa Majesté les reçut parfaitement bien. »

Page 3io, n" 82. — Vient-on de placer quelqu'un dans un nouveau poste.... (1690).

Clefs du dix-huitième siècle : « Cela est arrivé à M. de Luxembourg, quand il entra dans le commandement des armées. »

CLEFS ET COMIMENTAIRES. 525

François de Montmorency, duc de Luxembourg, reçut en 1686 et les années suivantes le commandement de divers corps d'armée ; mais ce ne fut qu'après être devenu maréchal de France qu'il put obtenir le commandement en chef d'une armée : il remplaça Condé en 1675 à la tête de l'armée de Flandre, et commanda encore en chef les années suivantes.

En 1679 survint l'affaire des poisons, c'est-à-dire le procès de la Brinvilliers, qui le mit en disgrâce et le fit partir pour un exil dont il ne revint qu'en juin i68i.

Pages 3i I et 3i2, n° 38. — H J c^ d.es gens.... CeiCest ni Rousseau, ni un Fdbrj^ ni la Couture (1687).

Rousseau le cabaretier n'est pas le seul Rousseau dont les gens de la cour connaissaient à cette époque le nom et le visage. 11 y avait par exemple, Rousseau, l'huissier de la chambre du Roi, redoutable personnage dont les courtisans devaient se concilier les bonnes grâces, et dont l'insolence était odieuse à Racine. « Pour moi, il ne me saluoit plus, et avoit toujours envie de me fermer la porte au nez lorsque je venois chez le Roi, » écrit-il à son fils aîné, le 2 5 avril 1698, en lui apprenant l'arrestation de Rousseau, accusé de menées quiétistes. Il y avait encore Rousseau, le maître d'armes de la cour : depuis longtemps déjà une famille Rousseau était de père en fils en possession d'apprendre les armes aux enfants de France. Ces deux Rousseau étaient assez connus pour qu'on puisse les nommer à côté du cabaretier Rousseau ; mais nous n'hésitons pas à reconnaître ce dernier dans le Rousseau que nomme la Bruyère. La célébrité de son cabaret devait empêcher à cette époque toute méprise, au théâtre et ailleurs. La Bruyère, au surplus, reprochera encore plus loin aux jeunes gens de la cour et aux grands en général leur amour du vin. (Voyez p. 327, no 74, et p. §48, n» 28.)

Chacun comprenait tout aussi bien ce que signifiait l'expression un Fahry. Le procès de Fabry avait eu un tel retentissement qu'en 1679 Locke, le célèbre philosophe, en entendait encore faire le récit pendant un séjour à Paris et le notait sur son carnet de voyage : « Pomey and Chanson were burnt at Paris about the year 64, for « keeping a bawdy house of catemites. » [The llfe of John Locke by lord King, London, i83o, tome II, p. i54.) Mathieu Marais et Locke, ou du moins son éditeur, donnent différemment, comme l'on voit, le vrai nom de Fabry.

Dans les notes qu'il avait écrites sur les Caractères ^ M. Rœderer, commentant l'un des passages où la Bruyère fait une allusion du

même genre aux vices du temps (voyez ci-dessus, p. 827, n» 74), ei> rapprochait les témoignages de Saint-Simon et de la princesse Palatine, àâns leurs Mémoires, de Bourdaloue, dans le Sermon de la Nativité, prêclié en 1687 devant le Roi, et de l'auteur du pamphlet : la France devenue italienne. [OEuvres du comte P. L. Rœderer, tome V,. p. 341.)

vn

Page 3i3, n° 43. — On fait sa brigue — Qui oserait soupçonner d'Jlrtemon. ..? [\ 690) .

Clef de 1697 et clefs suivantes : « M. le marquis de Vardes, qui, au retour de son exil de vingt années, avoit fait une grosse hrigue pour être gouverneur de Monseigneur le duc de Bourgogne; à quoi cependant il auroit réussi sans sa mort arrivée dans ce temps-là, qui a fait mettre en sa place M. le duc de Beauvilliers. »

François-René du Bec, marquis de Vardes, gouverneur d'Aigues- Mortes, capitaine des cent-suisses de la garde du Roi, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, perdit les bonnes grâces du Roi en i665y lorsque Madame eut révélé à Louis XIV le complot qu'il avait formé avec la comtesse de Soissons pour perdre Mme de la Vallière en 1662. (( Il lui en coûta sa charge, dit Saint-Simon, et plus de vingt-cinq ans d'exil ' en Languedoc ; il en revint si rouillé qu'il en surprit tout le monde et conserva toujours du provincial. Le Roi ne revint jamais qu'à l'extérieur, et encore fort médiocre, quoiqu'il lui rendit enfin un logement et ses entrées. » (Voyez les Mémoires de Dangeau , tome II, p. 164 et i65). — Il mourut le 3 septembre 1688, à la suite d'une longue maladie. Il était à ce moment « un de ceux qu'on nommoit pour être gouverneur de Monsieur le duc de Bourgogne, » dit Dangeau, donnant sur ce point raison aux clefs; mais, outre qu'il n'eut pas cette place, il ne s'était retiré ni dans sa terre ni dans son gouvernement, comme le fait d'Artemon après avoir préparé oc toutes ses machines. »

Ce ne fut qu'en août 1689 que le duc de Beauvilliers fut nommé gouverneur du duc de Bourgogne.

La clef de 1697 et les clefs suivantes mettent le nom du duc de Beauvilliers à côté de celui de d'Jrtemon^ tout en inscrivant celui de Vardes en marge de l'alinéa. C'est à la marge de l'alinéa suivant que diverses clefs marginales donnent le nom de Beauvilliers , et par distraction sans doute les éditeurs l'auront déplacé.

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