‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 366 sur 373 · I. Il revint en i685. Son exil ne dui-a que vingt ans · texte numérisé non relu

I. Il revint en i685. Son exil ne dui-a que vingt ans

Page 3 14, n" 44. — Les hommes ne veulent pas.... (1690).

Clefs marginales manuscrites : « Le duc de BeauvlUiers. » On conçoit que la modestie et le désintéressement du duc de Beauvilliers aient reçu de la part de quelques-uns cette interprétation maligne, qui nous paraît une calomnie,

A la mort du maréchal de Villeroy (28 novembre i685), les personnages les plus considérables, le duc de Montausier, le duc de Créqui , le duc de Saint-Aignan et d'autres , sollicitèrent la charge de chef du conseil des finances, qui valoit près de cinquante mille livres de rente. « Le Roi, dit Saint-Simon (tome XI, p. 198 et 194)» leur préféra le duc de Beauvilliers, qui avoit trentesept ans, et qui n'avoit garde d'y songer. Il en étoit si éloigné que la délicatesse de sa conscience, alarmée de tout ce qui sentoit les finances, ne put se résoudre à l'accepter lorsque le Roi la lui donna. La surprise du Roi d'un refus de ce qui faisoit l'ambition des plus importants de sa cour ne servit qu'à le confirmer dans son choix. Il insista et il obligea le duc à consulter des personnes en qui il pouvoit prendre confiance, et de tirer parole de lui qu'il le feroit de bonne foi, avec une droite indifférence, et qu'il se rendroit à leur

avis s'il alloit a le faire accepter Au bout de sept ou huit jours,

le Roi lui en demanda des nouvelles, et le poussa jusqu'à lui faire avouer qu'il avoit trouvé tous les avis de ceux qu'il avoit consultés pour qu'il ne refusât pas davantage. Le Roi en fut fort aise, le somma de sa parole, et le déclara deux heures après, au grand éton-

nement de sa cour En 1689, le Roi lui demanda s'il feroit autant

de difficultés pour être gouverneur de Monseigneur le duc de Bourgogne.,., qu'il en avoit apporté pour la place de chef du conseil des finances. Il n'en fit aucune et l'accepta.» — Voyez tout au long dans le même volume (p. 188 et suivantes) l'éloge qu'a fait Saint-Simon du duc de Beauvilliers, ce courtisan « doux, modeste, égal,... sincèrement humble;.,, et si détaché de tout, ajoute Saint-Simon,... que je ne crois pas que les plus saints moines l'aient été davantage. » Malgré toutes ses vertus, Beauvilliers n'était pas aimé de tous, et Saint-Simon en fait l'aveu : de son a attention continuelle sur luimême,.., naissoit un contraint, un concentré, dirai-je même un pincé, qui éloignoit de lui. »

Page 3i5, n° 45- — Je ne vois aucun courtisan (1689).

Ni les plaisanteries de Mme de Sévigné, ni la réflexion de la Bruyère

n'ont empêché les courtisans de répéter ce même a discours » qui leur était a commun, j> et Bussy lui-même, qui en avait « quelquefois ri » avec Mme de Sévigné (voyez ci-dessus, p. 3i5, note a), le répétera plus d'une fois pour son compte : voyez sa Correspondance j année 1691 (tome VI, p. 5o8, 5 11, 5i3 et 5 14).

Il faut avouer néanmoins quil s'est trouvé des hommes.... (1689).

Clef des éditions Coste : « Différente manière d'agir du cardinal de Richelieu et du cardinal Mazarin *. Le premier savoit refuser sans déplaire. Le second faisoit plaisir de mauvaise grâce. »

La Bruyère n'allait pas chercher si loin ses modèles.

Page 3i6, n° 46- — L'on remarque dans les cours des hommes avides.... (1689).

Clefs de 1697 et suivantes : « Feu M. de Villeroy, archevêque de Lyon, qui en étoit également gouverneur. » — Les clefs des éditions Coste ajoutent le nom du « chevalier de Hautefeuille, ambassadeur de Malte. »

Camille de Neuville de Villeroy était archevêque de Lyon, primat des Gaules, commandeur des ordres du Roi, abbé d'Ainaj-, de l'Ile- Barhe et de Foigny, lieutenant général au gouvernement de Lyonnais, Forez et Beaujolais. Il mourut en juin 1698.

Frère Elienne Texierde Hautefeuille, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem, grand prieur d'Aquitaine, ambassadeur extraordinaire de la religion de Malte, lieutenant général des armées du Roi, commandeur des commanderies delà Croix en Brie, dePéztnas en Languedoc, Châlons et Vitry en Champagne, la Roche et Villedieu en Poitou, abbé comiTicndataire de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, mourut à Paris, le 3 mai, à soixante-dix-sept ans.

« C'étoit un vieillard, dit Saint-Simon (tome IV, p. 117), qui a^oit fort servi et avec valeur, qui ne ressembloit pas mal à un spectre, et qui avoit usurpé et conservé quelque familiarité avec le Roi, qui lui marqua toujours de la bonté. Il étoit farci d'abbayes et de commanderies, de vaisselle et de beaux meubles, surtout de beaucoup de beaux tableaux, fort riche et fort avare. » — Vo} ez sur le bailli de Hautefeuille le Dictionnaire des Bienfaits du Roi, la Table de la Gazette de France, etc.

La clef marginale de l'exemplaire déjà cité de la Bibliothèque im-

I . a Le cardinal Mazarin, dit Montglat, ne pouvolt t>bliger de bonne grâce, et il offensoit en donnant. » (^Mémoires, collection Petitot, p. 112.)

périale nomme après le bailli de Hautefeuille et de Villeroy : « le marquis de Saint-Romain, conseiller d'État d'épée, qui avoit deux abbayes ; et les grands prieurs de l'ordre de Saint-Lazare '. »

Nous avons déjà rencontré Saint-Romain dans ces notes : voyez ci-dessus, p. 469 et 470, note XL Saint-Simon lui fait l'application de l'expression de la Bruyère : a amphibie de beaucoup démérite conseiller d'État sans être d'épée , avec des abbayes sans être d'Église. »

Il faut remplacer dans la note marginale les mots « grands prieurs de Saint-Lazare » par les mots « grands maîtres, » Dangeau, que diverses clefs manuscrites qualifient, en marge de cet alinéa, du titre de « grand prieur de Saint-Lazare, » était a: grand maître des ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel, et de Saint-Lazare de Jérusalem, Nazareth et Bethléem tant deçà que delà les mers. » (Voyez ses Mémoires y tome IV, p, 408.) Il fut nommé le 9 décembre 1698, trois ans après la publication de cet alinéa. Son prédécesseur était Philippe de Nérestang, capitaine des gardes de Henri IV.

fit Les chevaliers de Saint-Lazare, est-il dit dans le Dictionnaire de Trévouxy peuvent se marier, et avoir néanmoins des pensions sur les bénéfices. »

Page 3 16, n" 48. — Ménophile emprunte ses mœurs..., (1691).

Clef de 1697 et clefs imprimées du dix-huitième siècle : a le P. de la Chaise, jésuite, le confesseur du Roi. » Des clefs manuscrites lui adjoignent « feu le P. Joseph, capucin, » le célèbre confident de Richelieu, mort en i638, auquel la Bruyère assurément ne pensait guère. La phrase ne semble pas mieux s'appliquer au P. de la Chaise.

Page 317, n° 5o. — Von court les malheureux.... Voyez un heureux.... (1690) .

Clefs du dix-huitième siècle : « M. Boucherat, chancelier de France. »

Boucherat, après avoir été conseiller à la chambre des comptes, conseiller aux requêtes du Palais, et maître des requêtes (i643), fut fait chancelier en i685. Son mérite était fort au-dessous de sa for-

I. On eût encore pu citer de Marsan, « qui vécut de l'Église, deux fois l)igame, sans l'avoir jamais servie, » dit Saint-Simon (voyez les Mémoires de Dangeau, tome XII, p. 263), faisant allusion sans doute à la pension de dis mille francs qu'avait Marsan sur l'évêché de Gdiors (voyez ci-après, p. 543 et .544, note VII) .

La Bruyère, i 34

53o APPENDICE.

tune. Il est possible qu'à sa nomination sa joie ait été grande et sa vanité fort surexcitée : on sait que, dès qu'il fut chancelier, il œ ferma sa porte aux carrosses des magistrats, puis des gens de condition sans titre, enfin des prélats. » (Voyez les Mémoires de Saint-Simon, tome I, p. 288.) Mais pourquoi attacher son nom à ce passage, applicable à tant d'autres? Il y avait d'ailleurs près de six ans que Boucherai était chancelier lorsque cet alinéa fut publié.

Page 3i7, n° 5i. — Un homme qui vient d'être placé (1691).

Les clefs des éditions Coste imprimées en Hollande appliquent cette réflexion, l'une de celles qu'il fallait se garder d'annoter, àPontchartrain, qui avait été nommé contrôleur général des finances en septembre 1689 et secrétaire d'Etat en novembre 1690. Celles des éditions Coste imprimées en France ont remplacé ce nom par celui de « M. de la Rivière. »

Page 3 18, n° 53. — Il faut des fripons a la ceicr.... (1687).

Les clefs du dix-huitième siècle nomment « Deschiens, Monnerot, Salaberri, Villette, Brunet, Bourvalais, etc., » autant de partisans que leur fortune désignait à la haine publique.

Page 819, n" 56. — Timante, toujours le même.... (1689).

Clef de 1697 *• « M. de Pomponne. » — Clefs suivantes : « M. de Luxembourg et M. de Pomponne. » — Clefs du dix-huitième siècle : « M. de Pomponne, disgracié depuis la paix de Nimègue. et privé de sa charge de secrétaire d'Etat, qu'on a depuis appelé et fait ministre d'Etat (1679), fort considéré; ou M. de Luxembourg, disgracié lors de l'affaire des poisons (1679-1680), et depuis revenu en faveur et à la tète des armées, mort le 6 janvier 1695. »

Simon Arnauld de Pomponne, qui s'était démis en 1679 de sa charge de ministre et secrétaire d'Etat pour les affaires étrangères, rentra au conseil du Roi et reprit le titre de ministre d'Etat le 24 juillet 1691. C'est donc à tort que l'on a vu dans le caractère de Timante, publié deux ans plus tôt, une allusion à son rappel. — Sur le maréchal de Luxembourg, que nomment aussi les clefs, voyez ci-dessus, p. 524 et SaS, note V.

Page 320, n° 57. — Que iPamis ^ que de parents...! C'est mon ami (1G90).

Clef de l'édition de if>97 et clefs suivantes : « Discours de M. le duc, à présent maréchal de Villeroy *, lors de Télévalion de M. le Pelletier au contrôle général des finances (i683). Il s'écria qu'il en étoit ravi parce qu'ils étoient parents, bien que ce ne fût pas vrai. >

Saint-Simon insiste à diverses reprises sur la bassesse et la souplesse de Villeroy : « Il avoit cet esprit de cour et du monde que 1 grand usage donne, et que les intrigues et les vues aiguisent, etc., etc. » [Mémoires, tome XII, p. 146.) Son père, Nicolas de Neuville, maréchal de Villeroy, qui fut gouverneur de Louis XIV, avait plus d'esprit, mais n'avait pas moins de « bassesse, » je répète le mot de Saint-Simon, a On lui demandoit — pendant la régence, écrit ailleurs Saint-Simon, qui succéderoit à Bullion, surintendant des finances, qui venoit de mourir. « Je n'en sais rien, dit-il, mais je sais bien « que je suis très-humble serviteur de celui qui sera surintendant. » .... C'étoit encore lui qui disoit qu'il falloit toujours tenir le pot de chambre aux ministres tant qu'ils l' étoient, et quand le pied venoit à leur glisser, le leur verser sur la tête, » (Voyez les Mémoires de Dangeau, tome I, p. 269. ) Et cependant il eût vivement repris son fils, s'il l'eût entendu se glorifier d'être parent des le Pelletier, lui qui disoit, si l'on en croit la même note de Saint-Simon, « qu'il aimeroit toujours mieux avoir affaire à un ministre homme de qualité, son ennemi , qu'à un ministre bourgeois, son ami. »

Lorsque Boucherat devint chancelier (novembre 168 5) , Bussy Rabutin écrivit par deux fois à Mme de Sévigné que le chancelier était « son allié et son bon ami. » (Voyez les Lettres de Mme de Sé~ vigne f tome VII, p. 472 et 482.)

Page 320, n" Sq. — Celui qui dit : Je dînai hier à Tibur.... (1692).

Annotations de toutes les clefs : « Tibur ^ Meudon , maison que M. de Louvois avoit fait bâtir. — Plancus, M. de Louvois. »

Louvois était mort le 16 juillet 1691, quelques mois avant la pu-

I. Le duc de Villeroy fut nommé maréchal en 1693. — La note que nous avons reproduite (p. 45 1) sur les Villeroy est iilacée à la suite de cette phrase dans les clefs du dix-huitième siècle.

biication de cet alinéa, a Pareilles choses arrivèrent après sa mort, » est-il écrit sur les marges de quelques exemplaires.

Page Sai, n" 6i. — Théodote avec un habit austère.... (1692).

Suivant toutes les clefs, Théodote est l'abbé de Choisy.

Plusieurs traits de ce caractère semblent convenir à l'abbé de Choisy; mais nous avons dit que l'abbé de Choisy était l'ami de la Bruyère, et d'ailleurs la fin de la réflexion montre assez qu'on ne peut la lui appliquer. Voyez, au surplus, l'éloge que la Bruyère fait de l'abbé de Choisy dans son Discours à l'Académie.

Pages 325 et 826, n" 66. — Les deux tiers de ma vie,... N** a pensé cela.... (1687).

Clefs manuscrites marginales : « Emmanuel-Tliéodorede Bouillon, cardinal. »

C'est encore là une application faite après coup. La première disgrâce du cardinal de Bouillon eut lieu en i685; mais son exil dura cinq ans, car il ne cessa qu'en août 1690, au retour de son voyage à Rome, où le Roi l'avait envoyé en août 1689. Voyez sur cette disgrâce les Mémoires de Dangeau, tome I, p. i43, 202; tome II, p. 162, 196, 452; tome III, p. 204, etc.; les Mémoires de Saint- Simon, tome XII, p. 24.

Page 826, n° 68. — Xantippe au fond de sa [irovince.... (1689).

Clefs de 1697 et suivantes : ce M. de Bontemps '. » Interprétation inexacte de la pensée de la Bruyère. Bonternps, petit-fils d'un chirurgien de Louis XIII, et fils de l'un des premiers

I. Clefs du dix-huitième siècle : a M. Bontemps, fils de M. Bontemps, premier cliirurgien du Roi, est gouverneur de Versailles et premier valet de cliambre. Son fils est gouverneur de Vannes , et sa fille a épousé le fils de M. Lambert de Torigni, président de la chambre des comptes [auquel elle a donné tant de chagrin, qu'elle lui a fait tourner l'esprit. Le duc d'Elbeuf d'à présent en a été très-amoureux, et elle de lui. 11 lui a mangé toutes ses pierreries, ce qui a commencé ses chagrins]. » — Ce qui est entre crochets n'a été imprimé que dans les éditions de Hollande. — Voyez sur Bontemps, petit-fils et non fils d'un chirurgien, les Mémoires de Saint-Simon, tome III, p. 64-66, et ceux de Dangeau, tome VIII, p. i5-i8. Il mourut en 1701.

valets de chambre du Roi, élevé par conséquent auprès de la cour, ne peut être Xantippe. Si grand d'ailleurs qu'ait été son crédit auprès du Roi, l'on ne peut dire qu'il fut favori.

Page 327, n" 74. — L'on parle d'une région.... Les grands de la nation s^ assemblent tous les jours, à une certaine heure, dans un temple qu'ils nomment église.... (1687}.

Louis XIV communiait parfois dans Téglise de la paroisse de Versailles, c'est-à-dire dans l'église Notre-Dame; mais c'est dans la chapelle du château qu'il entendait tous les jours la messe, et les dimanches le salut. — La construction de la chapelle que nous voyons aujourd'hui n'a été commencée qu'en 1699; mais le château eut toujours ime chapelle.

Page 33o, n° 80. — Diseurs de bons mots.... (1689).

Des clefs manuscrites donnent ici les noms des diseurs de bons mots de ce temps : « Philibert comte de Gramont; Gaston Jean-Baptiste duc de Roquelaure ; Antonin Nompar de Caumont duc de Lauzun ; Roger de Rabutin comte deBussy; Mme Cornuel, etc. »

Page 33i, n" 83. — La cour n'est jamais dénuée.^.. (1691).

Les clefs du dix-huitième siècle citent en exemple Bontemps et le marquis de Dangeau.

Page 332, 11° 84. — H y <^ des gens.... (1691).

Clefs du dix-huitième siècle : a le comte d'Aubigné. « — Voyez ci-dessus, p. 466, note IV.

Les auteurs des clefs marginales manuscrites inscrivent au hasard les noms de gens qui, sans grand mérite, ont été élevés à de grands emplois, à de hautes dignités : l'abbé Jérôme le Pelletier, conseiller d'Etat et conseiller d'honneur au Parlement, mort en 1690 ; l'archevêque de Reims le Tellier; l'archevêque de Rouen Colbert; le chancelier Boucherai.

Page 335, n° 93. — Ai>ec un esprit sublime.... 0 Aristide.... (1689).

La clef Cocliin met cette apostrophe à l'adresse de Pomponne, qui fut disgracié de 1679 à 1691. Les clefs imprimées du dix-huitième siècle ajoutent à son nom celui du cardinal d'Estrées,qui fut toujours en faveur.

Page 335, n° 96. — Straton est né sous deux étoiles.... (1691).

Les clefs nomment d'un commun accord le duc de Lauzun', et c'est justice. « Il a été, dit Saint-Simon, un personnage si extraordi-

I . Voici la note que contiennent les clefs du dix-huitième siècle sur Antoine Nompar de Caumont Lauzun, d'abord connu sous le nom de comte de Puyguilhem : {<. M. le duc de Lauzun, qui a été favori du Roi, puis disgracié et envoyé en prison à Pignerol (26 novembre 167 1), où il a été pendant dix ans, ensuite revenu en cour (1682), rentré dans les bonnes grâces de Mademoiselle de Montpensier, qui lui a donné Saint-Fargeau et trente mille livres de rente sur les gabelles de Languedoc*; depuis brouillé avec elle, et enfin exclu delà cour. Le roi Jacques lui donna l'ordre de la Jarretière dans l'église de Notre- Dame de Paris, après y avoir ouï la messe devant la chapelle de la Vierge, en 1689. Il a été depuis fait duc à brevet (1692) à la sollicitation de la reine d'Angleterre, qui étoit sortie d'Angleterre avec le prince de Galles, en 1688. Il est cadet de la maison de Nompar de Caumont, neveu du maréchal de Gramont, qui l'attira à Paris, où il lui donna retraite chez lui [et, par reconnoissance, il débaucha sa fille, mariée depuis au prince de Monaco**. Ce fut au sujet de cette intrigue, dont il avoit fait confidence au Roi, qu'il se brouilla avec lui avec des emportements étranges, dont le Roi l'excusa, reconnoissant généreusement qu'il avoit trahi la confidence qu'il lui avoit faite. Il fut cependant mis à la Bastille pour le manque de respect, mais seulement pendant vingtquatre heures, et rentra dans les bonnes grâces du Roi, qu'il a perdues tout à fait par l'attachement qu'il prit avec Mademoiselle de Montpensier. Ce fut lui qui, en 1688, passa en Angleterre, d'où il ramena la Reine et le prince de Galles. Il est allé en Irlande avec le roi d'Angleterre, où il {le roi d" Angleterre sans doute) ne fit rien qui vaille, s'étant enfui des premiers au combat de la Boyne]. Il a épousé la seconde fille du maréchal de Lorges, au mois d'avril 1695. L'aînée a épousé le jeune duc de Saint-Simon. La mère est fille de M. Fremontj fameux homme d'affaires, et enfin garde du trésor royal. >> • — Ce qui est entre crochets n'a pas été imprimé dans les clefs des éditions Coste publiées en France. — Lauzun est mort en 1723, à quatre-vingt-dix ans.

* Dans ses Mémoires (tome IV, p. 45 1 et 452), Mademoiselle dit lui avoir donné en 1681 le duché de Saint-Fargeau, affermé vingt-deux mille livres, et dix mille livres de rente sur les gabelles du Languedoc.

** Voyez les Mémoires de l'abbé de Choisy, collection Petitot, p. 389; et Saint-Simon, tome XX, p. 45.

naire et si unique en tout genre, que c'est avec beaucoup de raison que la Bruyère a dit de lui dans ses Caractères qu'il n'étoit pas permis de rêver comme il a vécu. A qui l'a vu de près, même dans sa vieillesse, ce mot semble avoir encore plus de justesse. » {]\Iémoires ^ tome XX, p. 38.)

a La fortune, qui est une grande folle, écrivait Bussy le 2 février 1689, n'en a jamais donné tant de marques que dans la vie de Lauzun. C'est un des plus petits hommes, pour l'esprit aussi bien que pour le corps, que Dieu ait jamais fait ; cependant nous l'avons vu favori, nous l'avons vu noyé, et le revoici sur l'eau ; ne savez-vous pas un jeu où l'on dit : Je Vai vu vif ^ je l'ai vu mort, je Fat vu vif après sa mort? C'est son portrait.» {Lettres de Mme de Sévîgnéj tome VIII, p. 45i.)

Sans parler des Mémoires de Mademoiselle et des autres mémoires du temps, il faut lire dans Saint-Simon (tome XX, p. 39 et suivantes) le portrait de ce personnage « plein d'ambition , de caprices , de fantaisies, jaloux de tout, voulant toujours passer le but, jamais content de rien, sans lettres, sans aucun ornement ni agrément dans l'esprit', naturellement chagrin, solitaire, sauvage, fort noble dans toutes ses façons , méchant et malin par nature, encore plus par jalousie et par ambition, toutefois bon ami quand il l'étoit, ce qui étoit rare, et bon parent, volontiers ennemi même des indifférents, et cruel aux défauts et à trouver et donner des ridicules, extrêmement brave, et aussi dangereusement hardi ; courtisan également insolent , moqueur, et bas jusqu'au valetage.... extraordinaire en tout par nature.... » Saint- Simon lui a consacré un chapitre, où il expose tout au long son ambition, ses audaces, ses insolences, et « la singularité extraordinaire de sa vie. » A Pignerol, Lauzuu raconta « sa fortune et ses malheurs » à Foucquet, prisonnier depuis dix ans. « Le malheureux surintendant, écrit Saint-Simon {ibidem, p. 48), ouvroit les oreilles et de grands jeux quand il entendit dire à ce cadet de Gascogne, trop heureux d'être recueilli et hébergé chez le maréchal de Gramont, qu'il avoit été général des dragons, capitaine des gardes, et eu la patente et la fonction de général d'armée. Foucquet ne savoit plus où il en étoit, le crut fou , et qu'il lui racontoit ses visions , quand il lui expliqua comment il avoit manqué l'artillerie'*, et ce qui s'étoit passé après làdessus ; mais il ne douta plus de la folie arrivée à son comble, jusqu'à avoir peur de se trouver avec lui, quand il lui raconta son mariage

1. a Du reste, dit ailleurs Saint-Simon (p. 65), sa conversation étoit toujours contrainte par l'humeur ou par la politique, et n'étoit plaisimte que par sauts et par les traits malins qui en sortoient souvent. »

2. Le Roi avait voulu le nommer grand maître de l'artillerie en 1669.

consenti par le Roi avec Mademoiselle, comment rompu, et tous k & biens qu'elle lui avoit assurés. »

Quand la Bruyère imprimait le caractère de Straton^ Lauzun était revenu depuis quelque temps à la cour. Il s'était trouvé en Angleterre au moment de la révolution de 1688, et c'est à lui que Jacques II, se préparant à la fuite, avait confié la Reine et le prince de Galles ; aussi arrivant en France avec la reine d'Angleterre, avait-il trouvé bon accueil auprès de Louis XIV (voyez Dangeau, tome II, p. 23S et suivantes ; et Saint-Simon, tome XX, p. 54)- « Le romanesque et le merveilleux » de son aventure en Angleterre en faisaient tout d'abord ime sorte de héros ; mais bientôt on en contesta « le romanesque et le merveilleux, » et l'aventure devint et quasi tout unie. » (Voyez au bas de cette page, dans la note 2, les citations de Mme de Sévigné.) Le Roi cependant, quelques semaines après son arrivée, lui rendit les grandes entrées, un logement au château de Versailles, à Fontainebleau, à Saint-Germain, etc. « On peut juger, dit Saint-Simon (p. 54)t quel fut le ravissement d'un courtisan aussi ambitieux, qu'un retour si éclatant et si unique ramenoit des abîmes et remettoit subitement à flot.... Quel miraculeux retour de fortune! s'écrie encore Saint- Simon après avoir dit qu'en 1692 Lauzun devint duc. Mais quelle fortune en comparaison du mariage public avec Mademoiselle, avec la donation de tous ses biens prodigieux, et le titre et la dignité actuelle de duc et pair de Montpensier ! Quel monstrueux piédestal , et, avec des enfants de ce mariage, quel vol n'eût pas pris Lauzun, et qui peut dire jusqu'où il seroit arrivé ? »

Malgré tout, sa faveur nouvelle n'était qu'apparente, car Louis XIV tint toujours en suspicion son ancien favori, qui, en fin de compte, ne se releva jamais de sa chute qu'à moitié. Il n'apparaît pas bien clairement qu'en traçant ce rapide résumé du « roman « de sa vie (// a brillé j il a souffert ^ il a mené une vie commune), la Bruyère ait tenu grand compte de ce que, le 6 janvier 1689, Mme de Sévigné appelait « le second tome de M. de Lauzun'. » En 1691 Lauzun n'était pas encore duc, et depuis la campagne malheureuse qu'il avait faite en Irlande l'année précédente il vivait un peu effacé à la cour.

Il est superflu de rappeler la célèbre lettre qu'écrivit Mme de Sévigné sur le mariage de Lauzun avec Mademoiselle (i5 décembre 1670, tome II, p. 25) ; mais nous ferons remarquer, au sujet des deux étoiles que la Bruyère lui donne, que Vétoile de Lauzun revient assez souvent dans la correspondance de Mme de Sévigné^.

1. « Le second tome de M. de Lîiuzun est fort beau et digne du premier. II a eu l'honneur d'être enfermé une heure avec le Roi. » (Tome \ III, p. 388.)

2. <■( J'admire l'étoile de M. de Lauzun, qui veut encore rendre son nom éclatant, quand il semble qu'il soit tout à fait enterré. » [Lettre du 24 dé-

CLEFS ET COMMEINTAIRES. 537

En même temps qu'il insérait le caractère de Straton clans la 6"^ édition, la Bruyère en faisait disparaître une réflexion qui pouvait s'appliquer à Lauzun : voyez ci-dessus, p. 879, no 19, et ci-après, p. 554-557, note III.

Page 336, n° 97. — La faveur met r homme.... {1690).

Clefs imprimées du dix-huitième siècle : « M. le Pelletier, le ministre, »

Cette réflexion ne contient aucune allusion particulière; mais encore s'appliquait-elle à Claude le Pelletier moins qu'à tout autre ; car il quitta volontairement sa charge de contrôleur général des finances en 1689, puis ses emplois de ministre d'État et de surintendant des postes en 1697, sept ans après la publication de cet alinéa. Lorsqu'il eut cessé d'être contrôleur général, il a demeura peu compté par le courtisan, » dit Saint-Simon (tome II, p. 4^); ï^^^is il conserva jusqu'à sa mort tout son crédit auprès du Roi {ibidem j p. 47).

Pages 336 et 337, ^° 99* — -D^n-y cent ans, le monde.... Il s'avance déjà sur le théâtre d'autres hommes.... (1690).

Les auteurs des clefs imprimées du dix-huitième siècle croient devoir inscrire ici divers noms : Pontchartrain (contrôleur général des finances en 1689, secrétaire d'État en 1690, chancelier en 1693); Chamillart (contrôleur général des finances en 1699, ministre de la guerre en 1701); Chamlay (maréchal des logis des armées du Roi en 1670, intendant triennal des bâtiments en 1684).

cembre 1688, tome VIII, p. 354- — « L'étoile de M. de Lauzun repâlit : il n'a point de logement, il n'a point ses anciennes entrées ; on lui a ôté le romanesque et le merveilleux de son aventure {il s'agit de la fuite de la reine d'Angleterre, accompagnée de Lauzun)-, elle est devenue quasi tout unie : voilà le monde et le temps. » [Lettre du 14 janvier 1689, ibidem, p. 411 et 412.) — « Cela {il s'agit des mauvais propos de Lauzun sur le duc de Charost) ne fait point honneur à ce dernier {Lauzun), dont il semble que la colère de Mademoiselle arrête l'étoile : il n'a ni logement ni entrées ; il est simplement à Versailles. » {Lettre du 24 janvier 1689, ibidem, p. 43 1.) — « L'étoile de ce petit homme est tout extraordinaire. » [Lettre du 28 février 1689, ibidem, p. 495-)

Page 338, n° 2. — Si vous êtes ne vicieux , 6 Théagène.,.. (1691).

Philippe de Vendôme, grand prieur de Malte, était l'un des plus « vicieux » parmi les grands personnages du temps; de plus, il « ne voyoit que des subalternes obscurs » (Saint-Simon, tome V, p. 140). Il n'est donc pas surprenant que dans les clefs du dix-huitième siècle on ait placé son nom en regard de celui de Théagène. Les éditeurs modernes ont approuvé cette explication ; mais il nous paraît beaucoup plus vraisemblable que Théagène soit le duc de Bourbon, dont la clef de l'édition de 1697, la clef Cochin, et les meilleures clefs marginales manuscrites nous livrent ici le nom. Ne se fût-il trouvé dans aucun commentaire, encore eussions-nous pensé que cet alinéa, glissé dans la 6^ édition, contient un conseil discrètement et indirectement donné par l'auteur à son ancien élève.

« En marge d'un de mes exemplaires..., dit toutefois Walckenaer (p. 704), il y a le nom de Monsieur le Duc pour ce caractère. Mais, quoiqu'on pût le lui appliquer aussi bien qu'au grand prieur, il est bien certain que la Bruyère n'a jamais eu Jl' intention de faire un portrait satirique de Monsieur le Duc. Quoiqu'il liât des intrigues avec des femmes de la cour, sa vie étoit moins scandaleuse que celle du grand prieur. » Comment affirmer que dans le secret du cabinet la Bruyère n'ait pas adressé à Monsieur le Duc cette dernière leçon, qui n'est point du reste un portrait satirique? Théagène est encore jeune d'ailleurs, jeune comme le duc de Bourbon, qui a vingt-trois ans, et il n'est pas encore entièrement « corrompu , » comme l'est depuis si longtemps le grand prieur, né en i655.

« D'amis, il n'en eut point, dit Saint-Simon en parlant de Monsieur le Duc (tome VIII, p. 128), mais des connoissances plus familières, la plupart étrangement choisies, et la plupart obscures comme il l'étoit lui-même autant que le pouvcit être un homme de ce rang, s Théagène f on le voit, tint peu de compte du conseil de la Bruyère, si toutefois ce conseil passa jamais sous ses yeux.

Page 340, n° 7. — Il est vieux et usé.... (1689).

Les clefs du dix-huitième siècle nomment Saint-Pouange, dont nous

avons déjà parlé (voyez ci-dessus, p. 479, note V, et p, 509, note II). Le marquis de Saint-Pouange, qui avait alors quarante-six ans, était secrétaire du cabinet et commis principal de Louvois*, dont il était le cousin germain pai' sa mère, et auquel il était tout dévoué. Ce qui sans doute fît penser dans la suite que l'ambition de Saint-Pouange avait dii être mal satisfaite, c'est qu'après la mort de Louvois (1691) il resta principal commis sous le ministère de Barbezieux. Le Roi avait un instant pensé à donner à Chamlay la place de Louvois, mais il n'avait pas été question de Saint-Pouange, et le principal commis vit arriver au ministère Barbezieux, cet « apprenti commis* î de vingt-quatre ans, qui en avait depuis i685 la survivance, et qui , encore inexpérimenté , dut être placé pour quelque temps sous sa tutelle. Plus tard, en 1701, ce fut Chamillart que l'on nomma ministre de la guerre, et a Saint-Pouange, qui ne pouvoit plus, dit Saint-Simon (tome III, p. 58), servir de principal commis à un étranger, comme il avoit fait sous ses plus proches, » prit une sorte de retraite en achetant une charge de trésorier de l'ordre du Saint- Esprit. Il mourut fort riche en 1706.

Dans la distribution des emplois de moindre importance, il devait se trouver chaque jour une application plus juste à faire de la réflexion de la Bruyère.

Page 340, n° 11. — Les grands sont si heureux.... (1689).

Les clefs du dix-huitième siècle, appliquant cette réflexion à Louis XIV, citent Louvois comme l'un des a serviteurs, » l'une des (c personnes illustres » dont la perte fut peu regrettée. Louvois mourut deux ans après la publication de ce passage ; de plus, ce ne fut pas Pontchartrain qui le remplaça, comme paraissent l'indiquer les mêmes clefs, qui inscrivent son nom à côté des mots : elle assure que Fun....

Page 342 ,11° i5. — Quelle est Vincurahle maladie de Théophile?... (1691).

Selon toutes les clefs, Théophile est « M. de Roquette, évêqued'Autun, » et la phrase : A peine un grand est-il débarqué^ fait allusion à

1. Saint-Pouange oc étoit secrétaire du cabinet, et travailla toute sa vie sous M. de Louvois, dont il fut le premier de tous les commis, mais avec une autorité et une distinction qui le rendit un échappé de ministre, avec lequel tout militaire, quel qu'il fût, avoit à compter. » {Mémoires de Dangeau, tome III, p. 373, note de Saint-Simon.)

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