‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 370 sur 373 · Voyez les Mémoires de Saint-Simon, tome I, p · texte numérisé non relu

Voyez les Mémoires de Saint-Simon, tome I, p

2. Achille de Harlay, à cette époque procureur général au Parlement, devînt premier président en septembre 1689.

3. Cette terre venait de la succession de sa mère, Jeanne-Marie de Bellièvre, morte en 1657.

La Bruyère, i 35

cents francs, d'une fois autant; et à ses autres domestiques à proportion, pour les mettre à couvert de toutes sortes de tentations. Vous m'avouerez, ma fille, que voilà un beau et noble cliangement, et dont une belle âme, comme celle de ce magistrat, est bien flattée. Mme de Mouci, sa digne sœur, voyant sa dépense et sa table augmentées, lui donna l'autre jour pour douze mille francs de vaisselle d'argent toute neuve, et ne veut pas que son frère la remercie, parce qu'elle dit qu'elle n'en a que faire, et que ce n'est rien du tout. Franchement, ma fille, voilà ce que j'envie, voilà ce qui me touche jusqu'au cœur, de voir des âmes de cette trempe ; c'est faire un bon usage des richesses, c'est mettre la vertu au premier rang. » {Lettre du 9 octobre 1689, tome IX, p. 246.)

Pages 354 et 355, n" 46. — Les meilleures actions s'altèrent il n'use point

de réponses graves et sentencieuses (i6gi).

Clefs du dix-huitième siècle : «Le même de Harlay, premier président. »

Saint-Simon vient encore en aide aux annotateurs : k Une austérité pharisaïque le rendoit redoutable, dit-il du président de Harlay, par la licence qu'il donnoit à ses répréhensions publiques, et aux parties, eT aux avocats, et aux magistrats, en sorte qu'il n'y avoit personne qui ne tremblât d'avoir affaire à lui D'ailleurs siuis honneur effectif, sans mœurs dans le secret, sans probité qu'extérieure, sans humanité même, eu un mot un hypocrite parfait, sans foi, sans loi, sans Dieu et sans âme, cruel mari, père barbare, frère tyran, ami uniquement de soi-même, méchant par nature, se plaisant à insulter, à outrager, à accabler, et n'en ayant de sa vie perdu une occasion. On feroit un volume de ses traits, et tous d'autant plus

perçants qu'il avoit infinimenl d'esprit. » (TomeI,p. 142.} « Les

sentences et les maximes étoient son langage ordinaire, même dans les propos communs ; toujours laconique, jamais à son aise, ni personne avec lui. » (Tome V, p. 38o).... « C'est dommage qu'on n'ait pas fait un Harleana de tous ses dits, qui caractériseroient ce cynique, et qui divertiroient en même temps, et qui le plus souvent se passoient chez lui, en public et tout haut en pleine audience. Je ne puis m'empêcher d'en rapporter quelques échantillons.... » (Jhldeniy p. 382.)

Page 355. — Au cabinet....

Nous avons exprimé l'avis (p. 355, note 2) qu'en écrivant le mot cabinet, la Bruyère n'a pas voulu faire allusion à une assemblée par-

ticnlière, rendez-vous de telles ou telles «honnêies gens» qu'il aurait eus en vue. Mais nous devons ajouter que s'il y avait lieu d'accepter l'interprétation de Walckenaer, rasseml)lée à laquelle s'a])pliquerait l'allusion serait, sans aucun doute, celle qui s'était longtemps réunie autour des frères du Puy dans la bibliothèque de Tliou.

L'assemblée du cabinet^ tel a été le nom de l'une des j)remières assemblées où « quelques honnêtes gens, » suivant l'expression de la Bruyère, se donnaient a rendez-vous pour !a conversation,» et c'est sur le modèle du cabinet que se sont formées les assemblées de Dangeau et tant d'autres : nous en avons pour garant l'abbé René Richard, « conseiller du Roi, historiographe des fondations royales de Louis le Grand, » qui publia en i685 un « Discours sur l'histoire des fondations royales et des établissements faits sous le règne de Louis le Grand en faveur de la religion, de la justice, des sciences, des beaux-arts, » etc. *. Si l'abbé Richard eût publié l'ouvrage dont ce discours était le prospectus, l'histoire du cabinet^ qu'il avait particulièrement promise à ses lecteurs , eût été certainement celle de l'assemblée des frères du Puy, et elle eût pu ajouter des détails intéressants à ceux que contiennent sur cette assemblée la Vie de Pierre du Puy par Rigault, la préface du catalogue de la bibliothèque de Thou par Quesnel, et la correspondance d'Ismaël Bouilliau'^. Dans cette correspondance, l'assemblée qui se tient dans la bibliothèque de Thou se nomme presque toujours le cabinet"^, et plus tard quand les

1. Après avoir annoncé l'histoire des Académies royales :« J'ajouterai, dit l'auteur, à celles dont je viens de parler, l'histoire du Journal des savants^ de la République des lettres et de Vassemblee du cabinet, qui sera un des plus curieux endroits de mon livre; et parce que cette assemblée du cabinet a été l'occasion de plusieurs conférences à qui on a donné le nom d'académies, je donnerai, immédiatement après les précédentes, une idée historique de toutes celles qui se sont tenues sur les sujets les plus curieux de physique, de mathématique, d'hisLoire, d'éloquence, de poésie, de géographie, de blason, chez MM. de Fontenay, l'abbé de la Rocque, la Rocque de laLontière, Chassebras, l'abbé Bourdclot, l'abbé d'Aubignac, et chez quelques autres savants à qui le Roi a donné des lettres patentes pour l'étabUssement de la leur. Je n'oublierai pas celles qui se sont aussi formées, sur le modèle de l'assemblée du cabinet, chez M. Ménage, M. l'abbé de d'Angeau, M. Bignon, premier président, et M. Hennequin, procureur général du grand conseil. » Voyez la réimj)ression de ce discours dans les Archives curieuses de l'histoire de France, de Cimber et Danjou, 2*= série, tome XT, p. 34.

2. La collection Bouilliau, qui se compose de 89 volumes, est conservée à la Bibliothèque impériale. Sans l'amicale obligeaace de M. Lud. Lalanne, qui a mis à notre disposition la liste qu'il a dressée des lettres contenues dans cette collection, nous aurions eu quelque peine à y trouver les renseignements que nous y cherchions.

3. Voyez par exemple les lettres de LuilHer, datées de i643 et extraites du

auteurs du Dictionnaire de Trévoux définiront l'une des acceptions du mot cabinet^ le souvenir de cette réunion leur viendra tout d'abord en pensée : « MM. du Puy ont longtemps tenu cabinet dans la bibliothèque de M. de Thou *. »

Ce qui attirait autour des frères du Puy les magistrats et les savants, tant étrangers que français, dont Rigault nous donne les noms, c'était moins le désir de prendre part à de scientifiques conférences que celui de se tenir au courant des nouvelles, et de se renseigner sur les affaires du temps. La mort du grand de Thou n'avait pas mis fin à ces réunions, qui avaient lieu chaque jour dans la bibliothèque de l'hôtel de Thou, situé rue des Poitevins. La mort de Pierre du Puy (i65i) et celle de Jacques du Puy (i656) ne les interrompirent pas non plus. Ismaël Bouilliau en prit la direction", aidé, et peut-être suppléé pendant son séjour en Hollande, par la Rivière, l'un des secrétaires de Jacques- Auguste de Thou, cet ancien parlementaire frondeur, qui, devenu en lôSy ambassadeur en Hollande, ouvrait libéralement sa bibliothèque à l'assemblée , même en son absence. Le cabinet se composait, en i657, de cinquante personnes environ , plus ou moins assidues aux réunions. N'en faisait point partie qui voulait , et l'on pouvait en être exclu après l'admission, pour cause d'indignité ou d'insuffisance".

tome XXIV de la collection Bouilliau, que M. Paulin Paris a publiées dans le tome IV des Historiettes de Tallemant des Réaux, p. 494 et 498, et les lettres delà Rivière dans la même collection. — Quelquefois aussile cabinet est appelé Vassemblée.

1 . Le dictionnaire ajoute : a M. Ménage tenoit souvent cabinet chez lui. » L'assemblée de Ménage, on l'a vu ci-dessus, a été formée à l'imitation de celle des frères du Puy.

2. Après la mort de Jacques du Puy, Wicquefort écrivait delà Haye à Bouilliau, le 3o novembre i656 : a II ne faut pas pourtant permettre que notre belle assemblée se dissipe. Feu MM. Dupuy vous ont considéré comme celui qui étiez

seul capable de la pouvoir faire continuer J'offre de me trouver au lieu où

vous voudrez établir l'assemblée, et de vous fournir les plus exactes correspondances de l'Europe. » — Il semble que l'époque la plus brillante de l'histoire de l'assemblée soit celle 011 la présidaient les du Puy : « Vous êtes, écrit la Rivière le 11 mai 1657 à Bouilliau, qui était à la Haye, vous êtes si bien informé des affaires étrangères que je n'ai garde de vous en faire désormais aucune mention. Il faut avouer que le cabinet n'est plus pour ce regard ce qu'il ^ été autrefois. Elles s'y débitent avec tant d'incertitude, d'ambiguïté et de confusion, que le plus judicieux politique du monde, après mille réflexions et mille raisonnements, auroit bien de la peine à discerner le vrai d'avec le faux. »

3. Une lettre sans date de M. Viole de Lervilliers de Saint-Maur, conservée dans le tome XXII de la collection Bouilliau, apprend qu'on vient de l'exclure

Après la vente de la bibliothèque de Tbou, c'est-à-dire après l'année 167g, le cabinet se réunit encore quelque temps cbez l'un de ses membres, chez F. Salmon, je crois; mais ce qui en avait assuré le succès, c'était la situation particulière des du Puy et de Bouilliau près de la famille de Thou , et l'immense correspondance qu'ils entretenaient, en France et à l'étranger, avec les savants et les diplomates. Or Bouilliau , après avoir assisté à la ruine de la famille de Thou, et à la vente que fit de ses livres le dernier d'entre eux, l'abbé de Thou , s'était retiré dans l'abbaye de Saint-Victor, où il mourut en 1693. Depuis longtemps sa correspondance s'était ralentie, et même avait presque complètement cessé. Il est donc vraisemblable que l'assemblée survécut peu d'années à l'ambassadeur J. A. de Thou, qui mourut en 1677.

Page 356, n° 48. — Théognis est recherché dans son ajustement.... (1691).

Clef de 1697 et clefs du dix-huitième siècle ; ce M. de Harlay, archevêque de Paris. »

Saint-Simon reconnaît en l'archevêque de Harlay des a manières de courtisan du grand air, » et nous montre en lui « un grand évêque. ... un grand seigneur fort aimable, et un courtisan parfait quoique

fort noblement » Quand il perdit son crédit, le clergé, ajoute-t-il,

« se plut à se venger de la domination quoique douce et polie qu'il en avoit éprouvée. » Il mourut le 6 août 1695, c à Conflans, dont il avoit fait un jardin délicieux, et qu'il tenoit si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promenoient tous deux {la duchesse de Lesdiguières et luï)t des jardiniers les suivoient à distance pour effacer leurs pas avec des râteaux. » (i>7e/woiVe.î de Saint-Simon, tome I, p. 289 et 290.)

xni

Pages- 357 et 358, 11° 5o. — Pamphile ne s^ entretient pas.... (1689). — Un Pamphile est plein de lui-même.... (1691). — On ne tarit point sur les Pamphiles.... (1692).

Pour toutes les clefs, imprimées ou manuscrites, Pamphile est le marquis de Dangeau, et le marquis de Dangeau tout seul. Mais il y a lieu de distinguer, ce nous semble, entre les trois alinéa de cette réflexion, écrits à différentes dates. Le premier et le second ne repré-

des conférences pour une cause dont il ne sait pas se rendre bien compte. Est-ce son a imprudence, » est-ce son « silence » qui lui vaut cette humiliation ? Quoi qu'il en soit, il se montre prêt à toutes les soumissions pour reprendre sa place dans l'assemblée.

55o APPENDICE.

sentent pas le même Pamphile : le début de l'un et de l'autre suffirait à le démontrer. Quant au troisième alinéa, c'est à divers Pamphiles, l'auteur nous en avertit, que sont empruntés les traits dont il se compose,

Dangeau est-il le Pamphile de 1689 ^" celui de 1691, celui de la quatrième édition ou celui de la sixième? Le premier a a des termes tout à la fois civils et hautains, une honnêteté impérieuse et qu'il emploie sans discernement : » ce n'est point là le Dangeau que nous montrent les Mémoires de Saint-Simon. Tel ne sera pas non plus le second Pamphile, et c'est celui-là que la Bruyère a peint d'après Dangeau.

Au moment où la Bruyère publie le premier alinéa, Philippe de Courcillon, marquis de Dangeau, a environ cinquante ans. Il est déjà un personnage considérable; on l'a vu lieutenant-colonel du régiment royal, puis aide de camp du Roi ; il a été chargé de naissions diplomatiques ; il a les entrées depuis 1680 ; il est gouverneur de Touraine depuis 1667, membre de lAcadémie depuis 1668, menindu Dauphin depuis 1680, chevalier de la Dauphine depuis i685; sa vanité est connue : Mme de Sévigné en a plaisanté lors de son mariage avec la comtesse de Lœwenstein ' ; enfin il est chevalier de l'ordre du Saint- Esprit depuis le 3i décembre 1688 ou le i^r janvier 1689. La Bruyère eût^x)nc pu dès la 4® édition dire tout au long quel homme était Dangeau, et déjà le montrer plein de lui-même.... de sa grandeur, de ses alliances,,.. Il l'aurait fait certainement si Dangeau eût été l'original du Pamphile de 1689.

A la rigueur même, il eût déjà pu le montrer « étalant » son ordre, puisque Dangeau était chevalier du Saint-Esprit depuis le i*^!" janvier 1689. Mais vers la fin de décembre 1688, la Bruyère

I. Il épousa en secondes noces, le 3i mars 1686, Marie-Sophie de Bavière de Lœwenstein, de la maison Palatine, fille d'iionneur de la Dauphine. « L'endroit le plus sensible, écrit Mme de Sévigné en parlant de ce mariage où l'ambition avait eu sa part , étoit de jouir du nom de Bavière , d'être cousin de Madame la Dauj)hine, de porter tous les deuils de l'Europe par parenté.... » Et après avoir raconté en quelques mots la colère de la Dauphine, faisant anéantir l'acte où Mme de Dangeau avait signé : Sophie de Bavière^ Mme de Sévigné ajoute : « Vous m'avouerez qu'à un homme gonflé de cette vision , c'est une chose plaisante que dès le premier pas retourner en arrière. Vous pouvez penser comme les courtisans charitables sont touchés de cette aventure; pour moi, j'avoue que tous ces maux qui viennent par la vanité me font un malin plaisir. » [Lettre du 3 avril 1686, tome VII, p. 492-494.) Dangeau, à roccasit)n de son mariage, avait fait insérer dans le Mercure d'avril 168G une notice généalogique qui rattachait sa famille à Hugues Capet. Il était comte de Givray, baron de Mesle, Husson, Bressuire et Saiute-Hermiue, seigneur de Cliausseraye, la Bourdaisière, etc.

CLEFS ET COMMENTAIRES. 55i

avait sans doute mis la dernière main aux augmentations de la 4e édition, que l'on acheva d'imprimer le i5 février 1689. Ce n'est pas d'ailleurs le lendemain ou le surlendemain de sa nomination que le chevalier vint à dire : Mon ordre, mon cordon bleu^ offrant ainsi à la Bruyère l'occasion de noter un trait de plus pour l'image d'un nouveau Pampldle.

Celte image du second PamphUe était Lien ressemblante, cartons les commentateurs y ont attaché le même nom, et Saint-Simon avec eux : «Ses charges,... son argent, dit-il en parlant de Dangeau (tome V, p. 104), en avoient fait non pas un seigneur, mais, comme a si plaisammerit dit la Bruyère sur ses manières, un homme d'après un seigneur. »

Saint-Simon n'aimait pas Dangeau : maint endroit de ses Mémoires le prouve. Voici quel portrait il en a fait : « Philippe de Courcillon, dit le marquis de Dangeau,... fut une espèce de personnage en détrempe.... Sa noblesse étoit fort courte, du pays Chartrain, et sa famille étoit huguenote. Il se fit catholique de bonne heure, et s'occupa fort de percer et de faire fortune.... C'étoit lui grand homme, fort bien fait, devenu gros avec l'âge, ayant toujours le visage agréable, mais qui promettoit ce qu'il tenoit, une fadeur à faire vomir. Il n'avoit rien, ou fort peu de chose ; il s'appliqua à savoir parfaitement tous les jeux qu'on jouoit alors : le piquet, la bête, l'hombre, grande et petite ])rime, le hoc, le reversi, le brelan, et à approfondir toutes les combinaisons des jeux et celles des cartes, qu'il parvint à posséder jusqu'à s'y tromper rarement, même au lansquenet et à la bassette, à les juger avec justesse et à charger celles qu'il trouvoit devoir gagner. Cette science lui valut beaucoup, et ses gains le mirent à portée de s'introduire dans les bonnes maisons^ et peu à peu à la cour, dans les bonnes compagnies. Il étoit doux, complaisant, flatteur, avoit l'air, l'esprit, les manières du monde, de prompt et excclleiiit compte au jeu, où quelques gros gains qu'il ait faits, et qui ont fait son grand bien et la base et les moyens de sa fortune, jamais il n'a été soupçonné, et sa réputation tcujovirs entière et nette. La nécessité de trouver de fort gros joueurs pour le jeu du Roi et pour celui de Mme de Montespan l'y fît admettre ; et c'étoit de lui, quand il fut tout à fait initié, que Mme de Montespan disoit plaisamment qu'on ne pouvoit s'empêcher de l'aimer ni de s'en moquer, et cela étoit parfaitement vrai. On l'aimoit parce qu'il ne lui échappoit jamais rien contre personne, qu'il étoit doux, complaisant, sûr dans le commerce, fort honnête homme, obligeant, honorable ; mais d'ailleurs si plat , si fade, si grand admirateur de riens , pourvu que ces riens tinssent au Roi ou aux gens en place ou en faveur; si bas adulateur des mêmes, et depuis qu'il s'éleva, si bouffi d'orgueil et de fadaises , sans toutefois manquer à

personne, ni être moins bas, si occupé de faire entendre et valoir ses prétendues distinctions, qu'on ne pouvoit pas s'empêcher d'en rire. » (Tome XVIII, p. 54 et 55.) Et dès le début de ses Mémoires : « C'étoit le meilleur homme du monde, mais à qui la

tête avoit tourné d'être seigneur; cela l'avoit chamarré de ridicules

Ce fut bien pis après sa charge [de chevalier d'honneur de la Dauphine)^ et ce mariage (at^ec Mlle de Lœwenstein). Sa fadeur naturelle, entée sur la bassesse du courtisan et recrépie de l'orgueil du seigneur postiche, fit un composé que combla la grande maîtrise de l'ordre de Saint-Lazare, que le Roi lui donna {en 1696), comme l'avoit Nérestang, mais dont il tira tout le parti qu'il put, et se fit le singe du Roi, dans les promotions qu'il fît de cet ordre, où toute la cour accouroit pour rire avec scandale, tandis qu'il s'en croyoit admiré. Il fut de l'Académie françoise, et conseiller d'Etat d'épée. » (Tome I, p. 36o et 36i.)

Mais Dangeau, quoi qu'en aient dit Saint-Simon et les commentateurs de la Bruyère, est-il bien Pamphile, ou pour mieux dire un Pamphile? L'un des savants éditeurs de son Journal l'a contesté dans l'une des notes de la Fie de Dangeau ', qu'il convient de reproduire :

« Il faut n'avoir pas lu la fine page de la Bruyère, y dit- on, pour se prêter un moment à la perfide supposition de Saint-Simon, Est-ce de Dangeau que le plus médisant eût pu écrire : « Si quelquefois il sourit « à un homme du dernier ordre, à un homme d'esprit, il choisit son K temps si juste, qu'il n'est jamais pris sur le fait? » Ou encore : a II

« est sévère et inexorable à qui n'a point encore fait sa fortune De

a maximes, il ne s'en charge pas, de principes encore moins.... Vif, s hardi, décisif avec ceux qui ne savent rien?... » Qu'ont de commun ces traits avec ceux de Dangeau ? Mais Saint-Simon a trouvé là le fameux mot : « Un Pamphile veut être grand, il croit l'être ; il ne l'est « pas; il est d'après un grand. » Et Saint-Simon travestit le mot trois fois avec bonheiu-. Si Dangeau est « d'après un seigneur, » il n'est. Dieu merci, point d'après Saint-Simon, ni d'après pas un autre qu'on cite ; et si ce seigneur est Louis XIV, je n'y vois point tant de mal. j

Des membres de phrase de la Bruyère que reproduit l'auteur de cette note, deux appartiennent au troisième alinéa, qui ne fait point partie du caractère de Pamphile-Dangeau. Ce sont les deux derniers : il faut les écarter de la discussion. Dangeau était-il homme à préférer la compagnie des grands à celle des gens d'esprit qui n'a-

I. Tome I, p. xcn. — Pour plus de détails biographiques sur Dangeau, voyez ce consciencieux travail, placé en tête de l'édition du Journal du marquis de Dangeau qu'ont donnée MM. E. Soulié, Dussieux, de Chennevières, Mantz et de Montaiglon,

valent pas de crédit? voilà le point en litige. Nous croyons, pour nous, que Dangeau, tel que le représentent les contemporains, devait accueillir mieux les uns que les autres, et c'est là ce que dit la Bruyère. Nous accorderons, si l'on veut, que plus tard l'excellent Dangeau , parvenu aux honneurs qu'a rêvés son ambition , accoutumé à sa gloire, s'est peut-être dégagé de cette petite faiblesse d'esprit que la Bruyère saisit au vol en 1690 et fixe dans son portrait satirique; encore en doutons-nous.

La clef de 1720 inscrit le nom de Chanlay à côté de ces mots: « un homme sage. » Les clefs des éditions Coste, déplaçant maladroitement l'annotation, l'appliquent au membre de phrase : a celui à qui ils ont recours, etc. » Sur Chamlay, voyez ci-dessus, p. 287 et 288.

Page 359, n° 5i. — Nous avons pour les grands.... (1691).

Suivant les clefs imprimées du dix-huitième siècle, le ministre dont la Bruyère fait la peinture dans cet alinéa est Louvois.

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