XIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
On trouve, au dix-septième siècle, plusieurs fiimilles de la Bruyère, dont quelques-unes étaient nobles, et les ge'néalogistes du siècle suivant, qui ont tenté, sans y réussir, de reconstituer celle du moraliste, n'ont pu, en la rapprochant d'elles, la bien distinguer et limiter. Aujourd'hui, grâce aux recherches de Jal et à celles que nous avons faites de notre côté, soit dans les archives, depuis incendiées, de la ville de Paris, soit dans quelques études de notaires, il devient du moins facile de nommer jusqu'au quatrième degré les aïeux de notre Jean de la Bruyère, et de reconnaître, entre ses homonymes contemporains, ceux que lui rattachait un lien de parenté^.
Le nom de sa famille avait eu quelque retentissement dans les dernières années du seizième siècle. Son trisaïeul paternel, apothicaire dans la rue Saint-Denis, qui, comme lui et comme l'oncle qu'il eut pour parrain, s'appelait Jean de la Bruyère, et son bisaïeul, Mathias de la Bruyère, lieutenant civil de la prévôté et vicomte de Paris, ont été les plus ardents promoteurs de la Sainte-Union à Paris : suivant de Thou, ce sont eux, entre autres, qui y ont fondé la Ligue en 1576, entraînant par leurs instigations, nous dit-il, les débauchés, les ambitieux, les misérables qui ne pouvaient rien espérer que d'une guerre civile, et de riches bourgeois qu'aveuglaient leurs sentiments de haine pour les protestants^.
gînaire, et il n'y avoit point pris naissance. » (Dictionnaire géographique^ 1762-1766, tome IV, p. 835.)
I. Voyez, à la suite de la Notice^ le Tableau généalogique. Peutêtre pourra-t-on, en poussant les recherches plus loin, relier nos la Bruyère à une ou plusieurs familles du même nom qui vivaient à Paris au treizième et au quatorzième siècles : un Guillaume de la Bruyère, procureur au Parlement, fut inhumé, l'an i3oo, dans l'église Saint-Magloire (conférez l'Épitaphier in-folio de la Bibliothèque de l'Arsenal, tome III, p. 1087 bis^ et V Histoire de la ville de Paris, par l'abbé Lebeuf, édition Cocheris, tome II, p. aSS); et un Etienne de la Bruyère figure parmi les membres de la confrérie de Saint-Jacques-aux-Pèlerins, en i338 (voyez les Archives hospi~ talières de Paris, par H. Bordier et Brièle, 1877, a* partie, p. 3i).
a. Principium Lutetiœ factum, ut primaria urbs ceteris toto regno exemplo sua prœiret : uhi, instigantibus inter alios Petro Bruerio, seplasiario^ ac Matthia^ ejus filio^ prxfecti parisiensis assessore^ huic
SUR LA BRUYÈRE
On a souvent confondu le père et le fils, dont les noms reviennent tour à tour dans les récits de la Ligue*. Anime's des mêmes passions, ils ont eu toutefois un rôle diffe'rent, le père se jetant au milieu des agitations populaires, le fils servant la même cause de tout le pouvoir et de toute l'influence que lui donnaient d'importantes fonctions, mais plus discrètement, ainsi qu'il convenait à un magistrat.
Membre du Conseil des Seize, Jean de la Bruyère se fait remarquer par une activité' qui le signale aux railleries et aux colères des royalistes ^ ; en souvenir de sa profession, ils le nomment « le sire Safranier de la Liguée » On le voit se mêler à tous les actes du Conseil, signer les lettres qu'on adresse au Pape ou au roi d'Espagne, faire montre de zèle en tout temps et en tout lieu; mais il ne fut, en somme, qu'un personnage secondaire parmi les chefs de la bourgeoisie ligueuse.
fœderi certatîm plerique^ qui v'ita per infamîam in aléa et lustris acta decoxerantj nomen dederunt; quihus omnibus^ aut ad amhitionem et inexplebilem avaritiam satiandam aut ad ruinas domesticas sarciendas hello civili opus erat. Multi prxterea ex opulentioribus civibus^ qui^ odio Protestantium cxci^ parum pericula quse ex talibus in légitima regno fœderationibus in publicse tranquiUitatis perniciem sequi soient^ animo proçidebant^ imprudentia summa factiosorum fidem secuti fuerant. [Thuani Historiarum liber LXiii, édition de 1733, tome III, p. 493.) De Thou fait ici de la Bruyère un parfumeur {seplasiarius) ; mais ailleurs (livre cil, tome V, p. io5) il lui donne sa qualification véritable : pharmacopola,
I. Voyez particulièrement la Chronologie novenaire de Palma Cayet et les Mémoires de Pierre de PEs toile ^ passim.
a. « .... Si jamais la justice règne, toutes les forêts ne suflBront pas faire gibets et roues pour les Seize et leurs agents; et principalement pour ceux qui sont nommés par la harangue faite par les bourgeois de Paris au légat Gaétan (5 janner 1690), par laquelle les Seize sont nommés : le premier desquels est de la Bruière..,. » (^Le Maheustre^ dans le Dialogue entre le Maheustre et le Manant : voyez la Satire Ménippée, édition de Ratisbonne, 1726, tome III, p. 461.) Le lieutenant civil Mathias de la Bruyère fût chargé, en décembre iSgS, de rechercher l'auteur de ce Dialogue ligueur : P. de l'Estoile l'accuse de n'avoir pas dirigé son enquête de manière qu'elle réussît.
3. « .... Au surplus, dit ailleurs le Maheustre en parlant des Seize