Voyez le Lexique
2. Billets et obligations. {Note de la Bruyère.) — Au moyen âge, le droit ecclésiastique et le droit civil défendaient le prêt à intérêt. Cette interdiction, chaque jour violée, n'avait qu'en partie disparu
pratiquée par d'honnêtes gens, et d'être condamnée par d'habiles docteurs.
38. On a toujours vu dans la république de certaines charges qui semblent n'avoir été imaginées la première fois que pour enrichir un seul aux dépens de plusieurs ; les fonds ou l'argent des particuliers y coule ^ sans fin et sans interruption^. Dirai-je qu'il n'en revient plus, ou qu'il n'en revient que tard? C'est un gouffre, c'est une mer qui reçoit les eaux des fleuves, et qui ne les rend pas; ou si elle les rend, c'est par des conduits secrets et souterrains, sans qu'il y paroisse , ou qu'elle en soit moins grosse et moins enflée; ce n'est qu'après en avoir joui longtemps, et qu'elle ne peut plus les retenir, (éd. 4-)
Sg. Le fonds perdu , autrefois si sûr, si religieux et si inviolable, est devenu avec le temps, et par les soins de
du temps de la Bruyère. Il n'était pas permis, quoiqu'on le fit à chaque instant, de tirer intérêt d'une somme prêtée sur billet ou sur obligation* \ l'intérêt n'était licite que dans les cas oîi, par un contrat de constitution de rente, on abandonnait le capital à l'emprunteur jusqu'à ce qu'il lui plût de le i^endre.
1. Coule est au singulier dans toutes les anciennes éditions.
2. Greffe, consignation. {Note de la Bruyère.) — Cette annotation, qui ne parut que dans la ge édition, était devenue nécessaire pour remettre sur la voie les commentateurs qui avaient fait fausse route. Le passage contenait une allusion, prétendaient-ils, soit au surintendant des finances, soit au receveur des confiscations. Mais pourquoi la Bruyère eût-il parlé de la surintendance des finances? Il n'y avait plus de surintendant depuis la chute de Foucquet. D'un autre côté, comment cette réflexion eût-elle pu s'appliquer aux receveurs des confiscations? ne refusaient-ils pas à bon droit de rendre aux particuliers l'argent qu'ils avaient légalement confisqué? Vis-à- "vis des greffiers, qui ne devaient retenir les sommes provisoirement déposées entre leurs mains que jusqu'à la solution d'un procès, la plainte de la Bruyère était au contraire fort légitime.
Le billet est un acte d'écriture privé ; V obligation un acte public.
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ceux qui en étoient chargés, un bien perdu ^ . Quel autre secret de doubler mes revenus et de thésauriser? Entrerai-je dans le huitième denier, ou dans les aides ^? Serai-je avare, partisan, ou administrateur^? (éd. 6.)
Vous avez une pièce d'argent, ou même une pièce 4^. d'or; ce n'est pas assez, c'est le nombre qui opère : faites-en, si vous pouvez, un amas considérable et qui s'élève en pyramide, et je me charge du reste. Vous n'avez ni naissance , ni esprit , ni talents , ni expérience , qu'importe? ne diminuez rien de votre monceau, et je vous placerai si haut que vous vous couvrirez devant votre maître, si vous en avez ; il sera même fort éminent, si avec votre métal, qui de jour à autre se multiplie, je ne fais en sorte qu'il se découvre devant vous*.
Orante plaide depuis dix ans entiers en règlement de 4r. juges pour une affaire juste, capitale, et où il y va detoute sa fortune : elle saura peut-être dans cinq annéesquels seront ses juges, et dans quel tribunal elle doit plaider le reste de sa vie. (éd. 4-)
1 . ff Allusion à la banqueroute faite par les hôpitaux de Paris et les Incurables, en 1689. Elle a fait perdre aux particuliers qui avoient des deniers à fonds perdu sur les hôpitaux la plus grande partie de leurs biens : ce qui arriva par la friponnerie de quelques administrateurs que l'on chassa. » [Clefs.) — Le fonds perdu est une somme d'argent dont on abandonne le capital , moyennant une rente viagère.
2. C'est-à-dire, dans la ferme du huitième denier ou dans celle des aides : sur le huitième denier^ voyez tome I, p. sSo, note i. Les aides étaient des impôts indirects qui portaient principalement sur les boissons.
3. C'est-à-dire, administrateur d'un hôpital. 4- Boileau exprime la même pensée dans la ^«^/reviir, vers 179-
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42. L'on applaudit à la coutume qui s'est introduite dans les tribunaux d'interrompre les avocats au milieu de leur action, de les empêcher d'être éloquents et d'avoir de l'esprit, de les ramener au fait et aux preuves toutes sèches qui établissent leurs causes et le droit de leurs parties*; et cette pratique si sévère, qui laisse aux orateurs le regret de n'avoir pas prononcé les plus beaux traits de leurs discours , qui bannit l'éloquence du seul
I . Cette coutume s'introduisit , suivant les Clefs , sous le premier président de Novion. Nicolas Potier de Novion, nommé premier président du Parlement en 1677, fut obligé de se démettre de ses fonctions, par suite d'abus d'autorité et de malversations, au mois de septembre 1689, c'est-à-dire plusieurs mois après la publication de la 4^ édition, la première qui contienne cet alinéa. Le passage suivant du Théophraste moderne^ où l'avocat Brillon a parapbrasé la remarque de la Bruyère, montre que la retraite du premier président de Novion n'avait pas mis fin à la « coutume » qu'il avait introduite , et qu'elle subsistait encore en 1700, bien que menacée de disparaître :
« L'éloquence fastueuse est enfin bannie du barreau; elle est rentrée dans la cbaire où elle n'auroit jamais dû se produire.
« Les clioses extraordinaires arrivées dans ce siècle rappelleront, comme on le craint, cette éloquence autrefois signalée dans les moindres occasions. La curiosité publique force les avocats de s'attacher aux beaux discours. Un homme qu'on croit assassiné se représente et confond les imposteurs, qui s'acharnent à lui persuader que luimême en est un ; trois femmes réclament un même mari j deux familles s'empressent à reconnoître le cadavre d'un homme que de part et d'autre l'on souhaite mort : ces questions n'admettent point la simplicité des causes ordinaires ; chacun s'attend à de grands et magnifiques récits ; le barreau devient un auditoire célèbre , où les chaises se donnent à l'argent, et les places à la recommandation. Ce concours impose la nécessité de se montrer orateur. Quatre audiences termineroient une affaire importante ; les juges seroient instruits, les clients satisfaits : pour donner quelque chose à l'admiration, le détail est prolongé. Donc, donc, je le répète, on ne fera jamais mieux que de supprimer, en faveur de l'expédition , ces lourds plaidoyers qui la retardent.
« Pour l'intérêt des clients, le patron {favocat) devroit renoncer à sa propre gloire ; mais il se rachètera toujours des courts plaidoyers par de longues écritures, » [Théophraste moderne^ p. 411 et 412.)
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endroit où elle est en sa place, et va faire du Parlement une muette juridiction, on Tautorise par une raison solide et sans réplique, qui est celle de l'expédition : il est seulement à désirer qu'elle fût moins oubliée en toute autre rencontre, qu'elle réglât au contraire les bureaux comme les audiences, et qu'on cherchât une fin aux écritures S comme on a fait aux plaidoyers, (éd. 4-)
Le devoir des juges est de rendre la justice; leur mé- 43tier, de la différer. Quelques-uns savent leur devoir, et font leur métier.
Celui qui sollicite son juge ne lui fait pas honneur; car 44ou il se défie de ses lumières et même de sa probité, ou il cherche à le prévenir, ou il lui demande une injustice ^.
Il se trouve des juges auprès de qui la faveur, l'auto- 4^ rite, les droits de l'amitié et de l'alliance nuisent à une bonne cause, et qu'une trop grande affectation de passer pour incorruptibles expose à être injustes ^. (éd. 4')