‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 142 sur 257 · Marie-Françoise- Angélique du Val de Fontenay-Mareuil · texte numérisé non relu

Marie-Françoise- Angélique du Val de Fontenay-Mareuil

3. Léon Potier de Gesvres, né en i656, abbé d'Aurillac et de Bernay^ ])rotonotaire apostolique, puis archevêque de Bourges (1694), et plus tard cardinal.

4. « En arrivant, de plein saut : » Saint-Simon se trompe. Si l'abbé de Gesvres revint en France à la suite du marquis de Lavardin et sous le pontificat d'Innocent XI, ce fut en 1689 ; or il n'a été archevêque de Bourges qu'eu 1694.

5. François-Bernard Potier, marquis de Gesvres, né en i655, reçu en survivance de la charge de premier gentilhomme de la chambre en 1670. 11 avait épousé Mlle de Boishanc. Il prit plus tard le titre de duc de Tresmes.

A quatre-vingts ans, le duc de Gesvres épousa, dit encore Saint- Simon (tome IV, p. ^7), « Mlle de la Chénelaye, du nom de Romillé, belle et bien faite et riche, que l'ambition d'un tabouret y fit consentir. Le Roi l'en détourna tant qu'il put, lorsqu'il lui en vint parler ; mais le bonhomme ne sachant faire pis à son fils, à qui ce mariage fit grand tort, n'en put être dissuadé. »

Le duc de Gesvres, qui, bien avant la pviblication des Caractères^ s'était montré un (c étrange père, » se raccommoda plus tard avec son fils aîné, grâce à l'influence de sa seconde femme. Vivant à la cour, la Bruyère ne pouvait ignorer la mésintelligence du père et du fils; de plus, il est possible qu'il en ait entendu conter les détails dans la famille de Belleforière : la marquise de Gesvres, belle-fille du duc de Gesvres , était belle-sœur de la jeune marquise de Belleforière, amie de l'auteur des Caractères.

Nous avons déjà rencontré le nom de Banse le fils à côté de cette phrase : « Celui qui s'empêche de souhaiter que son père y passe bientôt est homme de bien. » Voyez tome I, p. 266 et 267, n" 68, et p. 5o4, no 36. — Peut-être s'agit-il du père de Hugues-Alexandre Bence, nommé conseiller au Châtelet en 1692.

Après les noms du duc de Gesvres et de Banse, les clefs des éditions Coste imprimées en Hollande ajoutent : « Ou M. Talon, cidevant avocat général, et depuis président à mortier *, qui a fait enfermer son fils unique à Saint-Lazare en 1695, parce qu'il s'étoit amouraché de la fille d'un chirurgien, bien qu'il fût conseiller à la cour des aides , et a fait mettre la fille à la Pitié après l'avoir fait raser. Elle est depuis sortie par arrêt du Parlement. j>

La clef Cochin, qui laisse de côté le duc de Gesvres et Banse, et ne nomme que Talon, reproduit les détails qui précèdent, et continue ainsi : « Le fils s'est toujours déclaré pour elle, quelque parti qu'on lui ait proposé, et a témoigné qu'il ne vouloit rien être de robe, de sorte que M. Talon a été obligé de le sortir de Saint-Lazare et de l'envoyer à l'armée de Piémont en 1696, et à servir d'aide de camp à M. de Lanion ^. Monsieur son père s'est défait de sa charge de président en faveur de M. de Frémont, maître des requêtes ^, fils de M. Frémont, garde du trésor royal, qui n'en doit jouir qu'après

1 . Denis Talon avait acheté une charge de président au Parlement en novembre 1690, et avait été reçu en janvier 1691. Il avait été avocat du Roi au Châtelet, puis en i652 avocat général au Parlement. Il avait épousé la 6Ue de Boulay Favier, intendant d'Alençon.

2. Larion dans le ma'uuscrit; mais il s'agit sans nul doute du comte de Lanion, afors lieutenant général,

3. Nicolas de Frémont, d'ahord conseiller an Châtelet, })uis au Parlement, maître des requêtes en 1690.

CLEFS ET COIMMENÏAIRES. 29^

la mort de ce président, [etj qui l'a achetée moyennant six cent mille louis i^lisez : livres). »

Au dernier mot de cette note il faut, comme nous l'avons fait, substituer sans hésitation le mot livres ; mais cette erreur de copiste corrigée , la note contient encore d'autres inexactitudes. Lorsqu'en 1691 le Roi créa dans le Parlement divers offices nouveaux, une charge de président à mortier fut vendue 4^0000 francs' à Denis Talon, et le prix en fut fixé par faveur royale à 5oo 000 livres : Talon obtenait ainsi le droit de demander à son successeur 5oo 000 francs , c'est-à-dire , 5o 000 francs de plus qu'il n'avait donné lui-même. Mais aurait-il pu exiger davantage et vendre sa survivance 600 000 francs, ainsi qu'il est dit dans la note citée ci-dessus? Nous en doutons. Il ne pouvait d'ailleurs la céder sans l'agrément du Roi, et nous ne savons pas qu'il ait jamais été question de M. de Frémont pour sa charge. Lorsque Talon mourut (1698), ce fut l'avocat général Chrétien-François de liamoignon qui obtint du Roi la permission de traiter de la charge qu'il laissait vacante,

La mésintelligence que signale cette note, entre Denis Talon et son fils Omer Talon, nous place, comme on le voit, à une date postérieure à la publication de la remarque de la Bruyère.

Omer Talon, marquis de Boulay, ne fut pas longtemps magistrat. Il se défit dès 1695 de son titre de conseiller à la cour des aides, et acheta en 1700, deux ans après la mort de son père, le régiment d'Orléanais. Il en était encore colonel quand il mourut devant Turin, au mois d'août 1706. Il laissait un fils, Louis-Denis Talon, qui devint président à mortier en 1782, et une fille, qui épousa le général Mcntcalm.

Nous avons vu cités jusqu'ici des noms de pères qui ont rendu leurs fils plus ou moins malheureux ; que ces nomr. aient été bien ou mal choisis, les commentateurs qui les ont écrits sur leurs listes nous semblent avoir bien compris la Bruyère. Le texte même de la phrase et celui des réflexions qui l'avoisinent ne permettent pas, à notre avis, de chercher un autre sens. La remarque a cependant reçu des interprétations différentes : les étranges pères dont la vie ne semble occupée quà préparer à leurs enfants des raisons de se cofi'

1 . Tel est le chiffre qu'écrit Dangeau au moment même où se fait la vente (tome ni, p. 248); huit ans plus tard (tome VI, p. 809), il écrit 35o 000 livres, et ajoute, pour arriver aux 5oo 000 livres auxquelles le prix de la charge est définitivement fixé, que « le Roi augmenta la fixation de 5o Oùo écus. » C'est sans nul doute le premier chiffre qui est exact. Quoi qu'il en soit, les charges de président à mortier valaient 5oo ooo livres, et ne rapportaient que li 000 livres de rente : voyez Dangeau, tome VI, p. 307.

soler de leur mort, sont dans une clef manuscrite les pères qui « par leur conduite ruinent leur famille, » tels que k le duc de Mazarin*, » et dans la clef de 1720 ceux qui ont acquis une grande fortune. Voici l'annotation de la clef de 1720 :

« Il y a d'étranges pères ^ etc. Enfants de famille dont les pères ont amassé de grands biens, ou M. de Montagnac. »

Ainsi réuni par la conjonction ou à la phrase qui précède, le nom de ce personnage inconnu nous montre que la clef de 1720 a été composée de plusieurs clefs juxtaposées.

Page aS, n" 34. — Il rCy a rien que les hommes.,.. (1687.)

<ic Contre les médecins, » est-il dit à tort dans la clef Cochin et dans la clef de 1720.

Pages 23 et 24? ïi° 35. — Irène se transporte a grands frais..,. (1694-)

Clefs du dix-huitième siècle : « On tint ce discours à Mme de Montespan, aux eaux de Bourbon, où elle alloit souvent pour des maladies imaginaires. »

Le témoignage de Saint-Simon vient en aide aux commentateurs : (C Elle aimoit à voyager par inquiétude et mésaise partout, dit-il, ... et alloit aux terres de d'Antin, à Fontevrault, à Bourbon, sans besoin des eaux. » (Journal de Dangeau, tome XI, p. 38 1 , note de Saint- Simon.) Mme de Montespan allait souvent en effet prendre les eaux de Bourbon^. On l'y avait vue en 1689 (Dangeau, tome II, p. 386} ; mais elle y était sans doute retournée entre cette date et celle où parut le caractère d'Irène. Elle a s'étoit fait un usage familier de Bourbon depuis un assez grand nombre d'années, et où depuis quelque temps elle n'alloit que de deux ans en deux ans , )) dit le Mercure galant, en annonçant sa mort (juin 1707, p. 238). Elle mourut à Bourbon même, le 27 mai 1707, âgée de soixante-six ans. Cette fois encore elle y était venue « sans besoin, comme elle faisoit souvent, » dit Saint-Simon [Mémoires, tome VI, p. 44)- A ses derniers moments, « les frayeurs de la mort, qui, toute sa vie, l'avoient si continuellement troublée, se dissipèrent subitement et ne l'inquiétèrent plus. )<

1 . Armand-Charles marquis de la Meilleraye, duc de Mazarin, mari d'Hortense Mancini.

2. Sur le séjour qu'elle y fit en 1676, voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome IV, p. 898-483 passim.

[Ibidem^ p. 47.) — « Elle pensoit sans cesse à la mort, » avait déjà dit Saint-Simon dans ses annotations sur Dangeau (tome XI, p. 38i), insistant sur les frayeurs terribles qu'elle en avait.

Pages 3o et 3i, n" 64. — Nous faisons par vanité.... Tel vient de mourir.... (1687.)

Clefs du dix-huitième siècle : « Feu M. le prince de Conti.Il mourut de la petite vérole en veillant auprès de la princesse, sa femme, atteinte du même mal, [qu'il n'aimoit pas',] et qui en est relevée. »

Louis- Armand de Bourbon, prince de Conti, né en 1661, avait épousé en 1680 Mademoiselle de Blois , fille de Louis XIV et de Mme de la Vallière. La princesse de Conti devint malade de la petite vérole le 10 octobre i685. « M. le prince de Conti, écrit Dangeau, à la date du 12, a pris le parti de s'enfermer avec Madame sa femme, quoiqu'il n'ait jamais eu la petite vérole. » La fièvre le saisit le i^*" novembre, et il succomba le 9, emporté par la petite vérole, alors que sa femme était entièrement rétablie. « Tout le monde est dans une extrême affliction de la mort de ce pauvre prince, dit Dangeau, et les circonstances rendent encore la chose plus pitoyable. » [Journal de Dangeau, tome I, p. 280 et 249.) — Voyez sur cette mort la lettre de Mme de Sévigné du a4 novembre i685, tome VII, p. 477 et 478.

Pages 32-34, n" 67. — Les hommes parlent.... De même une honne tête,... Un homme ainsi fait peut dire.... qu'il ne connoît aucun livre.... (1689.)

Clef de 1697 et clefs du dix-huitième siècle : « M. de Louvois. » — Voyez ci-après, p. 434 et 435.

Page 39, n° 83. — On est prompt à connaître ses plus petits avantages,,.. On sait à peine que Von est borgne.... (1689.)

Clefs du dix-huitième siècle : « M. le chevalier de Soissons, qui est borgne*. »

1 . Nous rappelons que nous plaçons entre crochets les passages qui n'ont été imprimés que dans les cïefs des éditions Coste publiées en Hollande.

2. Suit dans la clef Cochin et dans la clef de 1723 une note un peu confuse,

^i)(j APPFNDICE.

Ce a vieux bâtard obscur du dernier comte de Soissons, » dit Saint-Simon (tome I, p. 229), « n'avoit pas le sens commun, u'avoit jamais servi, ni fréquenlé, en toute sa vie, un homme qu'on pût nommer. »

Il suffisait que le chevalier de Soissons fût borgne et qu'il eût la réputation de manquer d'esprit pour que l'on écrivît ici son nom; mais cette annotation, à cette place où il n'en fallait aucune, est l'une des moins heureuses qu'aient faites les commentateurs.

Pages 43 et 44, n° 94. — Il se trouve des hommes.... (1687.)

La clef de 1697 et les clefs du dix-huitième siècle font à juste titre l'application de cette réflexion au duc de Lauzun. Voyez sur ce personnage le tome I, p. 534-536, note xxvi, et p. 554-557, note ni.

Pages 44 et 45, n° 96. — Il y a des gens qui gagnent a être extraordinaires.... (1692.)

Clef de 1696: « M. le maréchal de la Feuillade. » — Clefs du

et d'ailleurs assez mal reproduite par les copistes, sur le comte de Soissons et sur l'héritage qu'il fit de « Mme de Nemours, veuve du comte de Nemours {Henri II de Savoie, dernier duc de Nemours), ci-devant archevêque de Reims, frère du comte de Nemours tué par M. de Beaufort, et qui prit le titre de comte après sa mort, n'ayant laissé que des filles. » — « Il a épousé, après la mort de ses frères (est-il dit dans cette note au sujet de Henri II duc de Nemours, relevé de ses vœux), Mlle de Longueville , qui depuis (en 1694) a hérité de l'abbé d'Orléans [Jean -Louis - Charles d'Orléans), dernier de la race des Dunois, et par conséquent de la principauté de Neufchâtel en Suisse, ce qui a donné lieu à un grand procès avec M. le prince de Tonti, qui a prétendu avoir cette principauté en vertu d'une donation de l'abbé d'Orléans. Mme de Nemours a donné depuis ladite principauté de Neufchàtel au chevalier de Soissons, à qui elle a fait beaucoup de bien. Depuis, par arrêt du Parlement du mois de février [lisez : janvier) 1696, M. le prince de Conli a été reçu à prouver que l'abbé d'Orléans étoit en démence lorsqu'il avoit fait ledit testament. » — Voyez sur cette affaire Saint-Simon, tome I, p. 184 et i85, 228-280, 3oi ; tome II, p. 227 et 228, 25o, 279, 280, 364; tome IV, p. 286; tome VI, p. 56-67; Dangeau, tome IV, p. 446-448; tome V, p. 345, etc.

Le chevalier de Soissons, fils naturel du comte de Soissons qui fut tué à la bataille de Sedan en 1641, épousa en 1694 Angélique de Montmorency Luxembourg, et mourut en 1703.

(iix-huitièine siècle : « Feu le maréclial c\e la Feuillade, de la maison d'Aubusson', gouverneur du Dauphiné, et colonel du régiment des gardes françoises, qui a érigé la statue du Roi à la place des Victoires, qu'il a fait bâtir sur les ruines de l'iiotel de lu Ferté [, a fait sa fortune par mille quolibets qu'il disoit au Roi]. Ce fut lui qui conduisit le secours que le Roi envoya à l'Empereur, qui lui fut si utile qu'il défit avec lui les Turcs à la bataille de Saint-Godard {Samt-Gothard), en 1664, et les obligea de passer le Raab avec perte de près de dix mille hommes. Cette défaite donna de la jalousie à l'Empereur, qui renvoya au Roi son secours, sans lui accorder presque de route : ce qui ruina beaucoup ^ les troupes. »

« La clef nomme pour ce caractère le duc de la Feuillade, a dit Walckenaer : c'est à tort. Il est encore plus certain que la Rruyère a eu en vue ici le duc de Lauzun que pour le n° 94. » (^Remarques et Éclaircissements y p. 718.) — Les premiers mots du caractère peuvent rappeler le souvenir de Lauzun, que nomment d'ailleurs quelques clefs manuscrites ; mais l'ensemble ne nous paraît applicable qu'au maréchal duc de la Feuillade, qui était mort depuis fort peu de temps lorsque parut cette remarque.

La Feuillade, dit la Fare {Mémoires^ collection Petitot, tome LXV, p. 185-187), fou de beaucoup d'esprit, continuellement occupé à faire sa cour,... fit sa fortune par ses extravagances; et une des choses qui lui a le plus servi, ce fut de se brouiller alternativement avec tous les ministres. » — « Il imagina des choses à quoi tout autre n'eût jamais pensé , » ajoute la Fare, et il conte l'expédition que la Feuillade fit en Candie à ses dépens, à la tête de deux cents gentilshommes volontaires, la provocation qu'il alla porter en Espagne à M. de Saint- Aunay, accusé d'avoir mal parlé du Roi (« cette aventure de don Quichotte ne laissa pas de plaire au Roi, » dit la Fare), et enfin la consécration de la statue qu'il éleva, sur l'emplacement de l'hôtel de la Ferté, au roi Louis XIV.

Le Roi accepta de bonne grâce, comme on sait, le culte qu'affectait de lui rendre la Feuillade .

'( Il avoit l'esprit vif, dit de son côté Gourville en parlant de ce dernier [Mémoires, collection Petitot, tome LU, p. 488), écrlvoit et parloitfort souvent en particulier au Roi; et je le trouvois instruit des premiers de tout ce qu'il y avoit de nouveau. Les courtisans trouvoient fort à redire à sa conrluite; mais avec tout cela il n'y en avoit point qui n'enviât son savoir-faire, et la liberté qu'il s'étoit acquise

1. François vicomte d'Aubusson, duc de la Feuillade, pair et maréclial de France en 1675, mort le 18 septembre 1691.

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