‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 143 sur 257 · Dans la clef de 1725, on a substitué presque à beaucoup · texte numérisé non relu

Dans la clef de 1725, on a substitué presque à beaucoup

avec le Roi. Ils répandoient fort, pour lui faire de la peine, qu'il parloit souvent à Sa Majesté contre les ministres ; mais cela ne produisit d'autres effets que d'engager ces Messieurs à avoir plus d'égards pour lui. »

Ce « courtisan passant tous les courtisans passés, » comme l'appelle Mme de Sévigné (tome V, p. 55 1), cet (( extravagant qui savoit faire des romans mieux que personne, » comme lelui disait à lui-même Bussy [Mémoires j édition de M. Ludovic Lalanne, tome II, p. 219), ce Griselidis des courtisans , comme le nomme encore Choisy {Mémoires y collection Petitot, tomeLXIII, p. 3o4), nous semble bien être l'un de ces hommes « extraordinaires » dont parle la Bruyère.

Il faut toutefois noter que dans les dernières années de la vie de la Feuillade, le Roi s'était secrètement refroidi à son égard. « Il est vrai que cette année me fut heureuse, » dit un jour Louis XIV en parlant de l'année 1691, s'il faut en croire Choisy fp. 366), (f je fus défait de trois hommes que je ne pouvois plus souffrir ; MM. de Louvois, Seignelay et la Feuillade. »

Page 45, n" 97. — Von exlgeroit de certains personnages,... {1687.)

Clef de 1696 : a Monsieur le duc d'Orléans. Le roi' Jacques. » — Clefs du dix-huitième siècle : « Jacques II, qui s'étoit rendu illustre dans le temps qu'il commandoit la flotte d'Angleterre en qualité de duc d'York, et qui depuis ce temps-là n'a fait aucune action de vigueur. »

Le duc d'Orléans était brave * ; il avait gagné la bataille de Cassel (1677), et l'on savait qu'il aurait pu tenir à la guerre une autre place que celle où le maintenait la jalousie du Roi.

Quelques annotateurs ont écrit en marge de ces mots : certains personnages qui ont une fois été capables d^une action noble, etc., le nom de (ç Boisselot, » et en marge de ceux-ci : cette conduite sage et judicieuse qui se remarque même dans les hommes ordinaires, le nom de ff Montcassel. » Ces deux personnages n'ont eu de célébrité qu'après

I. «Il étoit naturellement intrépide, et affable sans bassesse, aimoit l'ordre, étoit capable d'arrangement et de suivre un bon conseil. Il avoit assez de défauts pour qu'on soit obligé on conscience de rendre justice à ses bonnes qualités. » (La Fare, Mémoires, collection Petitot^ tome LXV, p. 229. — Conférez Choisy, Mémoires, collection Petitot, tome LXIII, p. 432; Saiut-Simonj Mémoires, tome XII, p. g5 et 99.) — Walckenaer a compris que les clefs désignaient le Régent, et non son père : il n'y avait cependant aucune raison de se méprendre.

la publication de la i*"^ édition des Caractères, où se trouve la réflexion qui leur a été appliquée.

Boisseleau* était capitaine aux gardes lorsque Louis XIV, au mois de février 1(^89, l'envoya en Irlande avec le titre de major général. Après la défaite de la Boyne, ce fut lui qui, au mois d'août 1690, défendit contre Guillaume d'Orange la ville de Limerick, abandonnée par Lauzun et Tyrconnel. La résistance qu'il opposa aux Anglais et qui les força de lever le siège lui fit grand honneur, et Saint-Simon a soin de la rappeler en notant sa mort à l'année 1698 *. Louis XIV, à son retour en France, le félicita d'avoir « travaillé » pour la gloire de la nation, et le nomma brigadier. Chargé par la suite de divers commandements, il fut nommé, en 1698, au gouvernement de Char, leroy, et devint mauéchal de camp en 1696. La défense de Limerick a été l'action la plus éclatante de sa vie militaire. Vers 1696, il se retira dans une de ses terres, et il y mourut en 1698 *, Quelle qu'ait été l'obscurité de ses dernières années, rien ne justifie l'application qui lui est malignement faite de cette remarque de la Bruyère, que d'ailleurs il faut réserver pour de plus hauts personnages.

Le nom de Montcassel, placé en regard d'un trait qu'il était superflu d'annoter, désignerait le lieutenant général Macarthy, officier irlandais, qui, après avoir servi en France sous le nom supposé de « Mouskry, » dit Dangeau (tome III, p. 77 et i44^)» fut> ^^ 1689, l'un des plus braves généraux de Jacques II, et reçut, en récompense de ses services, le titre de vicomte de Mountcastel. Blessé et fait prisonnier à la bataille de Newton-Butler (août 1689^ il dut la liberté, non pas à un échange, comme Dangeau le donne à entendre (tome III, p. 36), mais à l'oubli d'un serment (voyez Macaulay,

1. Ce nom est écrit Boisselot dans les Mémoires de Saint-Simon et dans VÊtat de la France ; Boisseleau dans le Journal de Dangeau : cette dernière orthographe est la meilleure, car elle est adoptée par Macaulay [Storjr oj England, etc., volume VI, cliapitre xvi), qui a cité des extraits de sa correspondance, et par M. Rousset (^Histoire de Louvois ^ \i\re IV, chapitre xn), qui a consulté ses lettres au Dépôt du ministère de la guerre,

2. ail avoit été capitaine aux gardes, et s'étoit acquis une grande réputation en Irlande par l'admirable et longue défense de Limerick, assiégé par le prince d'Orange en personne, par laquelle il retarda longtemps la conquête de toute cette île. » [Mémoires de Saint-Simon, tome II, p. 29.2.)

3- Saint-Simon le fait mourir lieutenant généi-al; mais Dangeau, mieux informé sans doute, ne lui donne place que parmi les maréchaux de camp : voyez au tome V du Journal de Dangeau , p. 842 , la dernière mention qui soit faite d'une nomination qui le concerne, et de plus VEtat de la France de 1697, tome II, p. 433.

4. Ce nom est imprimé Monsery à la page 36; mais c'est à la leçon Mouskry qae s'arrêtent les éditeurs.

3oo APPENDICE.

Slorr of England, volume Y, chapitre xv). Dès qu'il fut arrivé en France, Louis XIV le nomma lieutenant général, et le mit à la tête lies quatre régiments irlandais qui faisaient partie de l'armée française. Dangeau nous montre «c milord Montcassel » servant en Savoie (1690), où il est blessé; en Catalogne (1691); en Roussillon (1692), etc. Il mourut à Baréges en 1694.

Ce nom de Montcassel, selon toute apparence, a été introduit dans une clef par la méprise d'un copiste, qui aura pris pour un nom d'homme celui d'une ville. En regard des mots : une action noble, etc., divers annotateurs ont mentionné la bataille de Cassel ou de Montcassel^ y rappelant ainsi la bataille gagnée en 1677 contre Guillaume d'Orange par le duc d'Orléans, auquel, comme nous l'avons dit, ce passage a été appliqué. De la ville de Cassel on aura fait milord Montcassel,

Il est encore un nom que donnent ici un assez grand nombre de clefs manuscrites, celui de « le Pelletier, ministre. » Quelle « action noble, héroïque, » etc., lui a valu son inscription à cette place? Il serait difficile de le dire. Sa retraite volontaire est la seule raison qui ait pu rappeler son souvenir aux annotateurs des Caractères ".

Page 45, 11° 98. — Il coûte moins a certains honunes.... On veut seulement qu'ils ne soient point amoureux. (1687.)

Allusion, suivant toutes les clefs, à la conduite de M. de Harlay, archevêque de Paris, « qui a toujours eu beaucoup d'estime pour les dames, » ajoute la clef de 1720. La clef Cochin et les clefs de Hollande contiennent cette note : « M. de Harlay, qui a toujours eu

1. La ville de Cassel (département du Nord) est située sur une montagne isolée au milieu d'une plaine.

2. Après avoir été conseiller, puis président au Parlement, prévôt des marchands et conseiller d'Etat, Claude le Pelletier était devenu contrôleur général. « Lorsque ce contrôleur général, dit Saint-Simon (tome II, p. 4'> et4^j)» vit venir la guerre de 1688, la confiance intime qui étoit entre M. de Louvois et lui lui en fit prévoir toutes les suites. C'étoit à lui à en porter tout le poids par les fonds extraordinaires, et ce poids l'épouvanta tellement, qu'il ne cessa d'importuner le Iloi jusqu'à ce qu'il lui permît de quitter sa place de coutrAleur général.... Pelletier demeura simple ministre d'État; et comme, hors de se trouver au conseil , il n'avoit aucune fonction , il demeura peu compté par le courtisan , qui l'appela le ministre Claude. » Chargé de l'administration des postes à la mort de Louvois (1691), il se retira entièrement du conseil et de la cour en 1697, et vécut dans une entière retraite jusqu'à sa mort (1711).

CLEFS Kï COMiMENTAIRRS. 3oi

quelque maîtresse, longtemps Mlle de Varenne, depuis Mme de Bretonvilliers, ensuite Mme la duchesse de Lesdlguières, et enfin la fille d'un marchand, auprès de laquelle on veut qu'il soit mort subitement à Conflans, le 6 août 1695. »

Ce caractère, publié dès la i»"^ édition, huit ans avant la mort de François de Harlay de Champvallon, archevêque de Paris, put lui être appliqué avec quelque apparence de raison; car il était accusé de galanterie. « Son profond savoir, » dit Saint-Simon , en parlant des dégoûts qu'il essuya dans les derniers temps de sa vie (tome ï, p. 289 et 290), « l'éloquence et la facilité de ses sermons, l'excellent choix des sujets et l'habile conduite de son diocèse, jusqu'à sa capacité dans les affaires et l'autorité qu'il y avoit acquise dans le clergé, tout cela fut mis en opposition de sa conduite particulière, de ses mœurs galantes, de ses manières de courtisan du grand air. Quoique toutes ces choses eussent été inséparables de lui depuis son épiscopat et ne lui eussent jamais nui, elles devinrent des crimes entre les mains de Mme de Maintenon, quand sa haine, depuis quelques années, lui eut persuadé de le perdre ; et elle ne cessa de lui procurer des déplaisirs. »

Ce n'est pas seulement dans les clefs des Caractères qu'ont été mentionnés les noms des maîtresses de François de Harlay.

« Mlle de la Varenne, est-il dit dans une note du Chansonnier Maurepas (tome V, p. 69, année 1680), manière de courtisane dont l'archevêque de Paris étoit amoureux, au vu et au su de tout le monde. Il alloit publiquement souper chez elle, ou elle venoit souper à l'Archevêché tous les soirs. Ils ne se quittoient que fort tard. Ils passoient des journées entières dans sa belle maison de Conflans. Il lui donnoit un argent considérable, jusque-là qu'elle s'étoit fait douze mille livres de rente, sans compter les meubles, l'argenterie, et les bijoux dont elle étoit ornée, la charmante maison qu'elle avoit achetée au faubourg Saint-Germain, Elle jouoit du luth en perfection et savoit fort bien la musique. »

Bussy parle avec quelques détails de l'histoire des amours de François de Harlay et de Mlle de la Varenne dans une lettre du i5 janvier 1680 {Correspondance de Bussy, tome V, p. 89, édition de M. Lalanne), et l'abbé Blache en raconte longuement les incidents scandaleux dans un passage de ses Mémoires (voyez la Revue rétrospeciive, tome I, p. i65 et suivantes, ou le tome V de la Correspondance de Bussy j p. 612-624).

L'intimité de l'Archevêque et de Mme de Bretonvilliers * , que

I . Claude-Elisabeth Perrot, femme de Bénigne le Ragois, sieur de Bretonvilliers, président à la chambre des comptes de i657 à 1671, mort en 1700.

3o2 APPENDICE.

Bussy no'nnie /a Cathédrale, a précédé, et non suivi, celle de ce prélat et de Mlle de la Varenne : Bussy et Blache démentent les clefs sur ce point * .

Les relations de M. de Harlay et de Mme de Lesdiguières ^, qui prêtèrent de même à la médisance, se prolongèrent jusqu'à la mort de l'Archevêque. Aussi bien l'accusation qui termine la note de la clef Cochin et des clefs de Hollande semble-t-elle démentie par le témoignage de Saint-Simon et par celui de Mme de Sévigné : « Il ne se trouva de ressource, j> dit Saint-Simon, en parlant de la disgrâce qui atteignit l'archevêque de Paris pendant les dernières années de sa vie, « qu'à se renfermer avec sa bonne amie la duchesse de Lesdiguières, qu'il voyoit tous les jours de sa vie, ou chez elle ou à Conflans, dont il avoit fait un jardin délicieux, et qu'il tenoit si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promenoient tous deux, des jardiniers les suivoient à distance pour effacer leurs pas avec des râteaux. Les vapeurs gagnèrent l'Archevêque; elles s'augmentèrent bientôt, et se tournèrent en légères attaques d'épilepsie. Il le sentit et défendit si étroitement à ses domestiques d'en parler et d'aller chercher du secours quand ils le verroient en cet état, qu'il ne fut que trop bien obéi. Il passa ainsi ses deux ou trois dernières années. Les chagrins de cette dernière assemblée ' l'achevèrent. Elle finit avec le mois de juillet ; aussitôt après, il s'alla reposer à Conflans. La duchesse de Lesdiguières n'y couchoit jamais, mais elle y alloit toutes les après-dinées, et toujours tous deux tout seuls. Le 6 août, il passa la matinée à son ordinaire jusqu'au dîner. Son maître d'hôtel vint l'avertir qu'il étoit servi. Il le trouva dans son cabinet, assis sur un canapé et renversé; il étoit mort. Le P. Gaillard fit son oraison funèbre à Notre-Dame ; la matière étoit plus que délicate, et la fin terrible. Le célèbre jésuite prit son parti : il loua tout ce qui méritoit de l'être, puis tourna court sur la morale. Il fit un chef-d'œuvre d'éloquence et de piété "*. » (J^lémoii-eSy tome I, p. 290.)

1 . Voyez de plus spr François de Harlay et -Mme de Bretonvilliers la lettre de Mme de Sévigné du i5 juin 1680 (tome VI, p. 459), et les Lettres historiques et galantes de Mme du Noyer, tome I , p. 384 et 385, édition de Londres, 1757.

2. Paule-Françoise-Marguerite de Gondi , mariée en 1676 à François- Emmanuel de Bonne de Créquy, qui fut successivement comte, puis duc de Sault, et duc de Lesdiguières.

3. Il s'agit de l'assemblée du clergé de 1695, où il avait eu « infiniment à souffrir, » suivant l'expression de l'abbé le Gendre : voyez ses Mémoires ^ p. 198-200.

4. Tel n'était pas l'avis de l'abbé le Gendre, qui avait conservé pour la mémoire de l'archevêque de Paris, son protecteur, les sentiments de la plus vive gratitude ; a Quelque mérite qu'eût M. de Harlay, écrit-il dans ses Mé~

CLEFS Eï COMMENTAIRES. 3o3

a La mort de Monsieur de Paris, ma très-belle , écrit de son côté Mme de Sévigné, vous aura infailliblement surprise : il n'y en eut jamais de si prompte. Mme de Lesdiguières a été présente à ce spectacle; on assure qu'elle est médiocrement affligée. » [Lettre du 12 août 1695, tome X, p. 3o4 et 3o5.)

Mme de Sévigné était sans doute mal informée sur un point : il est vraisemblable que Mme de Lesdiguières n'assista pas à la mort du prélat. Suivant l'abbé le Gendre, dont le récit (voyez ses Mémoires^ p. 200) s'accorde avec celui de Saint-Simon, il mourut d'une apoplexie, faute d'avoir été secouru. Il avait alors soixante et onze ans.

Plusieurs clefs manuscrites ajoutent au nom de l'archevêque de Paris (dont quelques-uns ne donnent que les initiales) celui du marquis de Seignelay. Mais la remarque semble particulièrement applicable aux membres du clergé.

Page 46, n°99.— Quelques hommes, dans le cours de leur vie...» Tels étaient pieux.... (1687.)

Toutes les clefs placent ici le nom du cardinal de Bouillon'. En 1671, alors qu'il avait vingt-huit ans et qu'il était cardinal depuis plus de deux ans, Gui Patin disait de lui qu'il avait « toutes les belles qualités requises à un honnête homme 2) (tome III , p. 77^, édition de M. Réveillé-Parise). A voir la façon dont le Cardinal est traité dans les mémoires de la fin du dix-septième siècle ou des premières années du dix-huitième, on peut douter que Gui Patin en eût fait longtemps cet éloge, a Sa vie en aucun temps n'eut d'ecclésiastique et de chrétien que ce qui servoit à sa vanité, » dit Saint-Simon (tome XII, p. 28), qui ne parle jamais de lui qu'avec une singulière âpreté. « Son luxe fut continuel et prodigieux en tout ; son faste le plus recherché et le plus industrieux pour établir et jouir de toute la grandeur qu'il imaginoit. Ses mœurs étoient infâmes; il ne s'en cachoit pas....

moires (p. 201), quelque bien qu'il eût fait à une infinité de gens, et que volontairement il n'eût fait de mal à personne, la cour et la ville ne laissèrent pas également de se déchaîner contre lui immédiatement après sa mort.... Ce fut à qui le déchireroit ; il n'y eut pas jusqu'au jésuite qui fit son oraison funèbre qui ne parlât de lui en des termes à faire croire que le prélat étoit damné, a Quels talents n'eut-il point ! dit ce pitoyable rhéteur (c'étoit le P. Gaillard) , quel usage en fit-il ? Dieu le sait. »

I. Emmanuel-Théodose de la Tour, cardinal de Bouillon, nommé cardinal en 1669, à vingt-six ans, grand aumônier de France en 167 1. Il mourut à Rome en 171 5.

3o4 APPENDICE.

Peu d'hommes distingués se sont déshonorés aussi complètement que celui-là, et sur autant de chapitres les plus importants. »

Au mois de septembre i685, c'est-à-dire peu de temps avant la publication des Caractères, il avait encouru une disgrâce qui ne devait être ni la dernière ni la plus grave : voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome VII, p. 444, 445 et 461 . a Le cardinal de Bouillon est chassé pour plusieurs raisons trop longues à déduire, écrivait Mme de Maintenon, le 27 septembre i685 (voyez ibidem^ p. 445, note i). Il est peu plaint dans sa disgrâce, parce qu'il est peu estimé. »

Von en sait d\7utres....

Clef de 1697 : « M. l'abbé de la Trappe. » — Clefs du dix -huitième siècle : a M. Boutillier de Rancé, qui a été abbé de la Trappe, où il a mené une vie dure, triste et austère ' ; ou M. le cardinal le Camus, évêque de Grenoble [qui a été fort débauché et qui a fait de certains alléluias de la cour fort impies^]. »

On sait la conversion d'Armand- Jean le Boutilhier de Rancé, sa retraite dans l'abbaye de la Trappe et la réforme qu'il y introduisit. Il est douteux que la pensée de la Bruyère se soit portée vers lui lorsqu'il écrivait ce passage : Rancé n'avait connu ni « l'adversité » ni le 0: loisir d'une mauvaise fortune. » Si son nom vient à cette place, c'est en souvenir de la romanesque explication que le public donnait de sa conversion et de sa retraite à la Trappe ^.

1. Clef Coclîin : « M. Boutillier de Rancé, à présent abbé de la Trappe, où il mène, etc. ; il a quitté son abbaye depuis le mois de juillet 1696 (lisez: 1695) et est maintenant simple religieux. » Assertion exacte, à la date près : voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 233 et 386. L'abbé de la Trappe mourut en 1700.

2. Allusion aux chansons que Bussy et quelques amis improvisèrent dans une partie de plaisir qui eut lieu à Roissy pendant une semaine sainte, et à laquelle le Camus prit part. Voyez V Histoire amoureuse des Gaules, tome I, p. 277 et suivantes , édition de M. P. Boiteau; et les Cours galantes de M. Desnoiresterres , tome II, p. 6 et suivantes.

3. a La princesse de Guémené, morte duchesse de Montbazon en 1657, mère de M. de Soubise, dit Saint-Simon (tome II, p. 166), étoit cette belle Mme de Montbazon dont on a fait ce conte, qui a trouvé croyance : que l'abbé de Rancé, depuis ce célèbre abbé de la Trappe, en étoit fort amoureux et bien traité; qu'il la quitta à Paris, se portant fort bien, pour aller faire un tour à la campagne -, que bientôt après, y ayant appris qu'elle étoit tombée malade, il étoit accouru, et qu'étant entré brusquement dans son appartement, le premier objet qui y étoit tombé sous ses yeux avoit été sa tête, que les chirurgiens, en l'ouvrant, avoient séparée; qu'il n'avoit appris sa mort que par là, et que la -surprise et l'horreur de ce spectacle, joint a la douleur d'un homme passionné

CLEFS ET COMMENTAIRES. 3o5

Nous avons déjà parlé, tome I, p. 442, du cardinal le Camus, dont le nom n'est pas mieux trouvé, à notre avis, que celui de l'abbé de la Trappe. Il a « commencé sa vie par les plaisirs; » dans la suite il est devenu « religieux, sage, tempérant ; » et si l'on ne peut dire qu'il ait connu « l'adversité, » du moins est-il vrai qu'il a connu la « disgrâce. » Mais c'est en 1671 qu'il est devenu "(religieux, sage, tempérant, » et en 1686 qu'il encourut le mécontentement de Louis XIV : ce ne sont donc pas les a disgrâces » qui l'ont rendu meilleur.

Page 47> n" io3. — Il y a des ouvrages qui commencent par A.,.. (1690.)

Toutes les clefs imprimées du dix-huitième siècle, et presque toutes les clefs écrites en marge des exemplaires, indiquent le Dictionnaire de r Académie : interprétation que nous croyons avoir ré-

futée p. 47 et 48, note 2.

Pages 48 et 49, n" 104. — // n'y a que nus devoirs qui nous coûtent.,.. IV*** aime une piété fastueuse.... (1689.)

Clef de 1697 • *^ ^* ^^ Monroy [Usez : Mauroy), curé des Invalides. Il est mort depuis peu dans l'abbaye de Sept-Fonds. » — Clefs du dix-huitième siècle : « Lestrot, administrateur et proviseur des prisonniers. — Ou feu M. Pellisson, maître des requêtes, qui avoit l'administration de l'économat des évêchés et abbayes, dont il distribuoit les revenus aux nouveaux convertis*. [Il avoit un neveu,

et heureux, l'avoit converti^ jeté dans la retraite, et de là dans l'ordre de Saint- Bernard et de sa réforme. » Réduisant « cette fiction » à ce qu'il y avait de vérité, Saint-Siraon raconte comment la mort si prompte de Mme de Montbazon, dont l'abbé de Rancé était l'ami intime comme celui de tous les personnages de la Fronde, acheva de le déterminer à une retraite qu'il méditait. La fiction que dément Saint-Simon paraît avoir été répandue par la publication d'un livre de Daniel de Larroque, imprimé à Cologne, en i685, sous ce titre : Les véritables motifs de la conversion de Vahhé de la Trappe. Voyez Paris démoli, par M. Edouard Fournier, p. 64 et 65.

I. Ce fut en 167 1 que « le Roi le fit économe des revenus des abbayes de Saint-Germain des Prés, de ('luuy, de Saint-Denys, et du tiers des économats des bénéfices consistoriaux, pour les employer, selon les ordres du Roi, à donner des pensions aux nouveaux convertis et faire d'autres œuvres de charité. » {Dictionnaire des bienfaits du Roi.)

La Bruyère, ii 20

3o6 APPENDICE.

nommé Terrier [Usez : Ferries *), qui avoit été huguenot, qui possède plusieurs bénéfices, qui est fort rempli de lui-même-*.] »

N*** n'est pas un personnage que ses fonctions obligent à s'occuper des pauvres ; c'est de son propre mouvement et tout spontanément qu'il se fait l'intendant de leurs besoins. Nous doutons même que le caractère puisse s'appliquer à un ecclésiastique, archevêque ou curé"^. Si N*** cependant était un ecclésiastique, il pourrait fort bien être l'abbé Mauroy, dont nous parlerons plus loin avec quelque détail : voyez p. 870 et 871, note xi. Les auteurs des clefs du dixhuitième siècle et de diverses clefs marginales nous semblent mal inspirés, lorsqu'ils lui substituent les noms de « Lestrot, administrateur et proviseur des prisonniers, » et celui de Pellisso'n, maître des requêtes, qui avait c l'économat des évêchés et abbayes. »

Page 5o, n° 107, — Fauste est un dissolu..., qu' Aurèle son oncle....

Clef manuscrite de l'exemplaire de M. le docteur Danyau : « Fauste {ou Aurèle?), Boutard le jeune, trésorier à Montpellier; Frontin, neveu (TAurèle, Boutard l'auditeur. »

« Boutard le jeune, trésorier à Montpellier, » est sans doute le personnage de ce nom, peu aimable et très-avare , dont parle Tallemant, dans l'historiette de Gombaud, dans celle de Chapelain (tome III, p. 248-250 et 264), et dans une historiette consacrée à Boutard lui-même (tome V, p. 144-146). « H fut secrétaire de M. de Fontenay-Marueil, en l'ambassade d'Angleterre (1629), dit Tallemant (tome V, p. i45). On l'accusoit d'avoir, là et ailleurs, fait quelques petites gaillardises. Il étoit avare , et dès qu'il vit Paris bloqué (1648), lui qui est garçon, il se défit d'une partie de ses valets : je trouve cela bien inhumain. Il est aujourd'hui président des trésoriers de France, à Montpellier : c'est quelque charge nouvelle; je pense qu'il y a de la maltote à son affaire. Il demeure, nonobstant cette charge, à Paris; je crois qu'il cherche à la vendre, d

1. Voyez V Histoire de V Académie , par Pellisson et d'Olivet, tome II, p. 278, édition de M. Livet.

2. Ce qui est ici entre crochets ne se trouve que dans la clef Cochin.

3. Aussi écarterons-nous la mention qu'une clef manuscrite fait ici de « l'archevêque de Paris. » — La même clef cite « le président de Novion. » Mais Potier de Novion, premier président du Parlement de 1678 à 1689, et que ses iniquités criantes, dit Saint-Simon, forcèrent de se retirer en 1689 (quatre ans avant sa mort), fit-il jamais un semblable étalage de charité? Eut-il jamais des créanciers ?

Les diverses dates auxquelles nous place l'historiette de Tallemant permettent, ce nous semble, de reconnaître dans Boutard le jeune l'oncle Aurèle, plutôt que le neveu Fauste.

Pages 5i et Sa, n° ii3. — Ce n'est pas le besoin chargent. ... (1687.)

Clefs du dix-huitième siècle : « Le marquis d'Orfort ou M. de Marville. »

Quel est ce marquis d'Orford? Ce ne peut être le comte d'Orford, c'est-à-dire l'amiral anglais qui jusqu'en 1700 environ porta le nom de Russel. On a sans doute mal lu le nom que portait une clef mal écrite : nous trouvons, au lieu d'Orford, sur l'exemplaire de la Réserve de la Bibliothèque impériale, déjà cité : « le marquis d'Hautefort, premier écuyer de la Reine, chevalier des ordres du Roi. »

Jean- François marquis d'Hautefort était, dit-on, l*original de l'Avare de Molière. Son nom est donc bien placé ici. Mme de Sévigné raconte ainsi sa mort, dans la lettre dixx 9 octobre 1680 (tome VII, p. io3 et 104) : (( M. d'Hautefort est mort.... Il n'a jamais voulu prendre du remède anglois, disant qu'il étoit trop cher; on lui dit ! ff Monsieur, vous n'en donnerez que quarante pistoles ; » il dit en expirant ; « C'est trop. » Il avait alors soixante et onze ans. Dans la vie de sa sœur Mme d'Hautefort (qui devint la maréchale de Schom berg), V. Cousin rappelle que ce personnage, « fameux à la fois par sa parcimonie pendant sa vie et par ses largesses après sa mort, » fonda un hôpital dans son marquisat d'Hautefort [Mme de Haute fort^

Page 54, H" 118. — Un vieillard qui a vécu à la cour..., (1687.)

Clefs imprimées du dix-huitième siècle : « M. de Villeroy, défunt;» c'est-à-dirç Nicolas Neufville, maréchal de Villeroy, gouverneur de Louis XrV, mort en i685.

On citait volontiers les mots de Villeroy. A ceux que nous avons reproduits plus haut (tome I,p. 53 1) d'après Saint-Simon, il en faut ajouter un autre, également noté par Saint-Simon {Mémoires de Dangeau, tome I, p. 2o3), qui témoigne de l'expérience que le vieux maréchal avait acquise à la cour. Dans le paquet saisi en t685, par ordre du Roi, sur un courrier des princes de Conti, il se trouvait une lettre du marquis d'Alincourt, petit-fils du maréchal de Villeroy. Cette lettre, dit Saint-Simon, « étoit fort impie et de beaucoup la

3o8 APPKNDICE.

moindre sur ce qui regardoit le Roi : ce qui fit dire au bonhomme maréchal de Villeroy que pour son petit-fils, qui ne s'en étoit pris qu'à Dieu, ce ne seroit rien, et que cela le mettoit bien au large ; mais que pour les deux autres [il s^ agit du duc de la Rocheguyon et du marquis de Liancourty son frère), c'étoient de grands impertinents'. »

Page 54, »" 120. — Phidippe, déjà, vieux, raffine sur la propreté et sur la mollesse.... (1689.)

Clefs du dix-huitième siècle : « Feu M. de Mennevillette, père du président de ce nom, ou M. le marquis de Sablé, fils de M. de Servien, secrétaire des finances et secrétaire d'Etat, à qui appartenoit Meudon, et qui a fait la terrasse. »

Nous avons déjà rencontré une fois (tome I, p. 444) ^' ^^ Mennevillette.

Louis-François Servien , marquis de Sablé , mourut à Paris , en 1710. « Une autre mort arrivée en même temps, » dit Saint-Simon (après avoir parlé de la mort de Mmedela Vallière, tomeVllI,p. 354), <r parut moins précieuse devant Dieu, et fit moins de bruit dans le monde. Ce fut celle de Sablé, fils de Servien, surintendant des finances, qui avoit amassé tant de trésors, et qui en avoit tant dépensé à

embellir Meudon Il avoit marié sa fille au duc de Sully, frère de

la duchesse du Lude, et laissé ses deux fils, Sablé et l'abbé Servien, si connus tous deux par leurs étranges débauches, avec beaucoup d'esprit, et fort aimable et orné. Sablé vendit Meudon à M. de Louvois, sur les fins Sablé à M. de Torcy, mangea tout, vécut obscur, et ne fut connu que par des aventures de débauche, et par s'être fait estropier, lui, et rompre le cou à l'arrière-ban d'Anjou, qu'il menoit au maréchal de Créqui. »

Diverses clefs manuscrites (celle de 1698 entre autres) et la clef imprimée de 1697 placent en regard du caractère de Plùdippe le nom de l'abbé Danse, dont il sera question dans la note suivante. A l'abbé Danse, une clef manuscrite ajoute l'abbé Poucet, qui serait l'abbé

I . Walckenaer semble douter que ce caractère ait pu s'appliquer au maréclial de "Villeroy. « Celui qui répond parfaitement eu tout à ce caractère, dit-il dans la note qu'il lui consacre, est de Senneterre ou Senectaire, dont il est si souvent fait mention dans les Mémoires de Mme de Motteville, de Retz, de Tallemant, et aussi dans les Lettres de Mme de Sévigné. » — Henri de Saintr^ectaire, Senectaire ou Senneterre, est mort en 1662, bien longtemps avant ijue la Bruyère connût la cour. Il n'y a donc pas lieu de le nommer ici.

CLEFS KT COlVIMEiXTAIRES. ',09

Michel Poncet de la Rivière (fils de Matthias Poncet, dont il a été question au tome I, p. 4o5, et neveu del'évêque d'Uzès Michel Poncet), né vers 1672, nommé évéque d'Angers en 1706, mort en 1730'. Il y a là une méprise. Peut-être le copiste qui a écrit la clef dont nous parlons, après avoir reproduit exactement le nom de l'abbé Danse d'après une liste, a-t-il mal lu le même nom sur une autre liste, et croyant voir deux personnages distincts où il n'y en avait qu'un, a-t-il traduit Danse en Poncet.

Pages 55 et 56, n" 121. — Gnathon ne vit que [jour soi.... (1689. )

Clef de 1693, clef de 1697, et clefs du dix-huitième siècle : « L'abbé Danse, chanoine de la Sainte- Chapelle*, frère de Mme Dongeois, dont le mari est greffier du Parlement. »

C'est le même chanoine que l'on a voulu reconnaître dans ces vers du Lutrin :

Le seul chanoine Evrard, d'abstinence incapable, Ose encor proposer qu'on apporte la table.

(Chant IV, vers i65 et 166.)

Plus loin, le gras Evrard prononce un discours :

Pour moi, je lis la Bible autant que V Alcoran.... Vingt muids rangés chez moi font ma bibliothèque....

[Ibidem^ vers 195 et 198.)

Louis-Roger Danse est un gourmand célèbre. M. Feuillet de Couches a fait de lui lé portrait suivant dans les Causeries d'un curieux (tome II, p. 321), d'après des mémoires de Brossette qui lui appartiennent; ft Portant jusqu'au ridicule la passion de la propreté, il eût mangé, disait Despréaux, des cerneaux à la fourchette. Il avait un surtout qu'il passait par-dessus ses habits quand il se mettait à table, pour les préserver de la graisse et des sauces, et manger plus vite sans avoir de précautions à prendre. Allait-il manger en ville, il se faisait porter cet habit de table et ne le quittait qu'après le repas. Il était ami du comte de Bussy Rabutin et rimait de petits vers entre ses repas. î

Il mourut à Paris en octobre 1696.

f . Prédicateur distingué, il fut élu en 1728 à l'Académie française. Il prêcha pour la première fois devant la cour en 1696.

2. Suivant la clef de 1720, il avait été trésorier de la Sainte-Chapelle. C'est une inexactitude.

3io APPENDICE.

Dans les clefs qui nomment l'&bbé Danse pour le caractère de Phidipfje, le marquis de Sablé devient Gnatlwn.

Sur beaucoup de clefs manuscrites, en regard du caractère de Gnathon se trouve également inscrit « le gros Givry, » sans doute celui qui était commandant à Metz et mourut en 1697' {Journal de Dangeau, tome VI, p. 173). — Une clef donne encore le nom de « Lévy Girardin. » Le marquis de Lévy Girardin**, frère de M. de Girardin, ambassadeur à Constantinople , était maréchal de camp lorsqu'il mourut. En notant sa mort au commencement de décembre 1699 (to™6 VU, p. 207), Dangeau nous apprend que s'il n'était grand mangeur, il était du moins grand buveur : « C'étoit, dit-il, le plus fameux buveur qu'on ait jamais vu en France, et bon officier avec cela. » — Dans ses Lettres historiques et galantes (tome III, p. 39-41), Mme du Noyer confirme ce témoignage, et raconte comment l'on abusa de ses habitudes d'ivresse pour le marier à son insu. L'un des frères du marquis de Livry, l'abbé de Girardin, dit encore Mme du Noyer, était « un des plus redoutables buveurs qui fût dans l'empire bachique. »

Pages 56-58, n° 122. — Cliton n'a jamais eu.... (1690.)

Toutes les clefs : « M. de Broussin, » — « ou le comte d'Olonne, ameux délicats et friands de bons morceaux, » ajoute la clef Cochin,

De ces deux gourmands un seul était mort en ifigo : c'est Louis de la Trémouille, comte d'Olonne, qui reçut les derniers sacrements le 18 janvier 1686, et mourut le 3 février. Il était l'un des gourmets que l'on désignait du nom de coteaux"^ ^ et Saint-Évremont lui écrivit, en 1674 ou 1675, alors que des discours trop libres venaient de lui attirer la disgrâce du Roi, une lettre qui ne pouvait être adressée qu'à un Cliton. € S'il y a d'honnêtes gens au lieu où vous êtes, lui

1. Il avait été successivement nommé maître échevin de Metz (1667), bailli de robe courte de Metz ([674), mestre de camp d'un régiment de cavalerie (1674), qu'il vendit en i68r, lieutenant de Roi à Metz (1678), lieutenant de Roi à Mouzon, maréclial de camp, commandant à Metz, [Dictionnaire des bienfaits du Roi.) — Le marquis de Givry figure parmi les lieutenants généraux d'armée dans VÉtat de la France de 1694, tome II, p. 279.

2. J/État de la France de 1692 (tome II, p. 200), et VÉtat de 1694 (tome II j p. 298) le placent parmi les brigadiers de cavalerie nommés en 1688, et rappellent que Jacques II, roi d'Angleterre, le fit maréchal de camp 'de cavalerie «pour aller servir en Irlande, en février 1689, »

3. Sur la signification de ce mot, voyez tome I, p. 346, note 2.

CLEFS ET COMMENTAIRES. lu

dit-il, leur conversation pourra vous consoler des commerces que vous avez perdus ; et si vous n'y en trouvez pas, les livres et la bonne chère vous peuvent être d'un grand secours et d'une assez douce consolation. » Suivent quelques instructions sur le choix des livres, et de longs et savants conseils sur le choix des vins*, la condition des viandes", etc. Cliton mange beaucoup et bien : Saint-Évremont recommande à d'OIonne la sobriété autant que la délicatesse: « Et que ne doit-on pas faire pour apprendre à manger délicieusement, aux heures du repas, ce qui tient l'esprit et le corps dans une bonne disposition pour toutes les autres? On peut être sobre sans être délicat; mais on ne peut jamais être délicat sans être sobre. Heureux qui a les deux qualités ensemble ! » {OEuvres de Saint-Évremont, tome III, p. 66-75, édition de lyaS.)

Quant à M. de Bruslard, comte du Broussain, 0 fort connu par le goût qu'il avoit pour la bonne chère, » dit Dangeau (tome IV, p. 378), il mourut à Paris en octobre 1693. — « Gourmand célèbre, » dit de lui Saint-Simon dans l'une de ses additions au Journal de Dangeau {ibidem) y « frère {aîné) de du Rancher, gouverneur du Quesnoy, qui l'étoit bien aussi. »

Page 58, n" laS. — Ruffin commence a grisonner.... (1689.)

Clef de l'exemplaire de M. Danyau : a M. de Hautefort. » — Sur ce personnage, voyez ci-dessus, p. 307, note xvii.

Pages 58 et 59, n° 124. — N** est moins affaibli par Page.... (1687.) Clef manuscrite : a L'abbé de Moiras. »

1. «N'épargnez aucune dépense pour avoir des vins de Champagne, fussiezvous à deux cents lieues de Paris. Ceux de Bourgogne ont perdu leur crédit avec les gens de bon goût, et à peine conservent-ils un reste de vieille réputation chez les marchands. Il n'y a point de province qui fournisse d'excellents vins pour toutes les saisons que la Champagne. Elle nous fournit le vin d'Ay, d'Avenet [Ai'enaj), d' Au\i\lé {Hautvilliers)^ jusqu'au printemps; Tessy [Taissjr), Sillery, Versenay {T^erzenaj) , pour le reste de l'année.

« Si vous me demandez lequel je préfère de tous les vins, sans me laisser aller à des modes de goûts qu'introduisent de faux délicats, je vous dirai que le vin d'Ay est le plus naturel de tous les vins, le plus sain, le plus épuré de toute senteur de terroir; d'un agrément le plus exquis par son goût de pèche, qui lui est particulier, et le premier, à mon avis, de tous les goûts, »

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