‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 158 sur 257 · Ibidem, tome LIX, p · texte numérisé non relu

Ibidem, tome LIX, p

:Vj4 appendice.

plus basse. » On peut citer un certain nombre de témoignages à l'appui du sentiment commun de la Bruyère et du père de Voltaire.

a Vigneul Marville parle à peu près de même* {(jue la Bruyère), dit M. Marty-Laveaux dans la Notice biographique placée en tête du tome I de son édition de Corneille (p. xxxi) :

« A voir M. de Corneille, on ne l'auroit pas pris pour un homme « qui faisoit si bien parler les Grecs et les Romains et qui donnoit « un si grand relief aux sentiments et aux pensées des héros. La « première fois que je le vis, je le pris pour un marchand de Rouen, a Son extérieur n'avoit rien qui parlât pour son esprit ; et sa cona versation étoit si pesante qu'elle devenoit à charge dès qu'elle « duroJt un peu. Une grande princesse, qui avoit désiré de le voir a et de l'entretenir, disoit fort bien qu'il ne falioit point l'écouter « ailleurs qu'à l'Hôtel de Bourgogne. Certainement M. de Corneille a se négligeoit trop, ou pour mieux dire, la nature, qui lui avoit été « si libérale en des choses extraordinaires , l'avoit comme oublié « dans les plus communes. Quand ses familiers amis, qui auroieut « souhaité de le voir parfait en tout, lui faisoient remarquer ces légers « défauts, il sourioit et disoil : « Je n'en suis pas moins pour cela « Pierre de Corneille. » Il n'a jamais parlé bien correctement la V. langue françoise ; peut-être ne se mettoit-il pas en peine de cette « exactitude, mais peut-être aussi n'avoit-il pas assez de force pour a s'y soumettre. »

« Fontenelle, à la fin du portrait , fort intéressant pour nous et fidèle sans aucun doute, qu'il nous a laissé de son oncle, ne rend pas i\n témoignage beaucoup plus favorable de son talent de lecteur: n M. Corneille, dit-il, étoit assez grand et assez plein, l'air fort simple « et fort commun, toujours négligé, et peu curieux de son extérieur. « U avoit le visage assez agréable, un grand nez, la bouche belle, les (( yeux pleins de feu, la physionomie vive, des traits fort marqués et « propres à être transmis à la postérité dans une médaille ou dans « un buste. Sa prononciation n'étoit pas tout à fait nette; il lisoit * ses vers avec force, mais sans grâce ^. »

« Enfin Corneille, confirmant par avance ces divers témoignages, a dit de lui-même :

L'on peut rarement m'écouter sans ennui.

Que quand je me produis par la bouche d'autrui ^. »

I. Mélanges d'histoire et de littérature, recueillis par Vigneul Marvilie (Bonaventure d'Argonue), 1701, tome I, p. 167 et 168.

1. OEuvres de Fontenelle, tome lll, p. 124 et laS (édition de 1742J. 3. OEuvres de Corneille, tome X, p. 477.

Boisrobert et Segrais, également cités par M. Marty-Laveaux', lui reprochaient, l'un de barbouiller ses vers, l'autre de n'en point sentir la beauté.

// ne juge de la bonté de sa pièce que par l'argent qui lui en revient^ écrit la Bruyère. Charpentier répétait la même accusation : « Corneille..., avec son patois normand, lit-on dans un passage du Carpenteriana (reproduit encore dans la même Notice biographique^), vous dit franchement qu'il ne se soucie point des applaudissements qu'il obtient ordinairement sur le théâtre, s'ils ne sont suivis de quelque chose de plus solide. »

Pages ICI et 102. — f^oulez-vous quelque autre prodige? Concevez un homme.... (1691.)

Chacun nomma Santeui en lisant ce caractère.

« Ce bonhomme, écrivait le président Bouhier en parlant de Santeui, étoit en effet un composé assez bizarre de sérieux et de bouffon, de sage et de fou : en sorte qu'on eût dit que c' étoit deux hommes, comme l'a fort bien représenté la Bruyère dans le. beau portrait qu'il en a fait parmi ses Caractères sous le nom de Tkéodas, portrait qui plut si fort à Sanleul lui-même que je me souviens d'avoir vu, entre les mains de la Bruyère, une de ses lettres où il l'en remercioit et où il signoit Votre ami Tiiéodas^ fou et sage, a {Somenirs de Jean Bouhier, président au parlement de Dijon, publiés par M. Lorédan Larchey, p. 71.)

Dans une lettre adressée à Santeui, que l'on trouvera ci-après dans la correspondance, la Bruyère rappelle ce caractère de Théodas : « Voulez- vous que je vous dise la vérité, mon cher Monsieur? Je vous ai fort bien défini la première fois : vous avez le plus beau génie du monde, et la plus fertile imagination qu'il soit possible de concevoir ; mais pour les mœurs et les manières, vous êtes un enfant de douze ans et demi. »

Tout ce que l'on sait de Santeui confirme chacun des traits du caractère. Il convient particulièrement d'en rapprocher la lettre que B. de la Monnoye écrivit sur lui quelques jours après sa mort :

a Vous ne sauriez croire, dit-il après avoir raconté les dernières heures de son ami, combien les personnes qui aiment l'esprit le regrettent ici. On ne pouvoit le pratiquer sans l'aimer. Ses saillies, ses plaisanteries, au travers desquelles il faisoit paroître un sens exquis, étoient les plus agréables du monde. Je voudrois que vous

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