I. « Et autres mutiles, » dans une clef manuscrite
352 APPEINDICE.
i(>9'2 ', qui fut fait dans une très-mauvaise saison, et par la pluie, qui dura pendant tout le siège. »
Le siège de Namur, commencé vers le 25 mai 1692, dura un peu plus d'un mois : la capitulation eut lieu à la fin de juin, et l'entrée dans la ville se fît le i^^ juillet. Le temps avait été mauvais, et le siège avait paru long. « La vérité, dit Racine, qui assistait au siège avec Valincour, et qui a écrit plusieurs lettres à Boileau « du camp « près de Namur, » la vérité est que notre tranchée est quelque chose de prodigieux, emhrassantà la fois plusieurs montagnes et plusieurs vallées, avec une infinité de tours et de retours, autant presque qu'il y a de rues à Paris. Les gens de la cour commençoient à s'ennuyer de voir si longtemps remuer la terre. « (^Lettre du 24 juin 1692.)
Les princes auxquels la Bruyère était attaché. Monsieur le Prince et Monsieur le Duc, prirent part au siège de Namur. La Bruyère les aurait-il accompagnés? Nous en doutons : Racine eût sans doute parlé de lui dans l'une de ses lettres.
Pages 121 et 122, n" 106. — Un jeune prince.... (1687.) Clefs diverses : « Monseigneur le Dauphin. »
Pages 126 et suivantes, n"' 118 et 119. — O temps/ S mœurs, etc. (1690 et 1691.)
Les auteurs des clefs ont en général bien compris les allusions que fait ici la Bruyère à ce qui se passait en Angleterre. Nous ne transcrirons pas toutes leurs annotations : ce serait répéter une partie des notes que nous avons placées au bas des pages, ou reproduire dans une forme peu intéressante le récit d'événements bien connus.
En regard des mots : Il a mordu le sein de sa nourrice (p. 182), on lit dans les clefs Goste : « Le prince d'Orange, devenu plus puissant par la couronne d'Angleterre, s'étoit rendu maître absolu en Hollande et y faisoit ce qu'il lui plaisoit. »
La phrase : Mais quentends-je de certains personnages ^ etc. (p. i33), a été ainsi annotée dans les clefs imprimées du dix-huitième siècle : «Allusion à ce qui se passa en 1690 {lisez: JH91), à la Haye,, lors du premier retour du prince d'Orange de l'Angleterre, où les ligués se
I . On a iinpiinic, par erreur, tantôt 1693, tantôt 169^, dans les clefs de Cosle,
rendirent, et où le duc de Bavière fut longtemps à attendre dans l'antichambre. »
Le congrès de la Haye eut lieu au commencement de 1691; Guillaume fît son entrée à la Haye le 26 janvier. Sur la familiarité avec laquelle Guillaume reçut les princes étrangers pendant son séjour en Hollande, voyez la Relation du voyage de Sa Majesté Britannique et de la réception qui lui a été faite ^ publiée en 1692, à la Haye, par Arnoud Leers, p. 24 et aS.
La Bruyère inséra ce morceau dans la 6« édition, dont V Achevé d'imprimer est du i^'' juin 1691. Il l'écrivit sans doute après le siège de Mons; de là cette phrase (p. i33) : Si l'ennemi fait un siège, il doit le lui faire lever ^ et avec honte.... Le siège de Mons , commencé le i5 mars par les troupes de Louis XIV, eut pour résultat la capitulation delà ville le lo avril, sans que Guillaume, qui en était tout près, pût la secourir. A moins que tout V Océan ne soit entre lui et l'ennemi, serait donc une raillerie de plus à l'adresse du roi d'Angleterre, désolé de n'avoir pu conserver Mons.
Page i35, n'' i. — Une chose folle..., (1687.)
Suivant toutes les clefs, Théotime est « M. Sachot, curé de Saint- Gervais, qui exhortoit toutes les personnes de qualité à la mort; » et son successeur « dans cet emploi » est « le P. Bourdaloue. »
Jacques Sachot, docteur en théologie, curé de Saint-Gervais, a été en effet un confesseur souvent appelé auprès des mourants : « Il aimoit beaucoup à remplir ses devoirs, et faisoit surtout paroître un zèle extraordinaire à exhorter les mourants, » dit le Mercure du mois de mars 1686 (p. 268), en annonçant sa mort. Il n'est pas étonnant que le très-grand succès des prédications de Bourdaloue ait inspiré à beaucoup de gens le désir d'être exhorté p?r lui. Mme de Sévigné nous le montre en 1680 confessant le marquis de Pomenars avant une opération (tome VI, p. 189), et en 1695 assistant le maréchal d« Luxembourg à ses derniers moments (tome X, p. 228).
Il ne semble pas toutefois que M. Sachot eut jamais cessé d'être, sinon un confesseur des dernières heures, du moins un directeur à la mode, car il se faisait en i685 des chansons sur le grand nombre de La Bruyère. 11 ^3 .
femmes qu'il dirigeait, a II étoit glorieux, vain, grand bavard, et se croyoit le plus habile homme du monde ; il étoit ravi d'avoir un troupeau de dévotes qui lui obéît et le regardât comme un oracle ; mais sa vanité y avoit seule part, » est-il dit dans une note du Chansonnier Maurepas (tome V, p. 435), dont l'auteur le défend contre une accusation de galanterie (voyez aussi ibidem, p. 4^1, note 4)-
La viande noire est hors de mode^ dit la Bruyère. Les délicats qui, suivant le conseil de Saint-Évremond (tome III, p. 70), accommodaient leur goût à leur santé, ne mangeaient pas de viande noire :
c Du mouton tendre et succulent; du veau de bon lait, blanc et délicat; la volaille de bon suc, moins engraissée que nourrie; la caille grasse prise à la campagne, un faisan, une perdrix, un lapin, qui sentent bien chacun dans son goût ce qu'ils doivent sentir, sont les véritables viandes qui pourront faire en différentes saisons les délices de votre repas, » écrit Saint-Evremond au comte d'Olonne eu 1674. — C( Si une nécessité indispensable, ajoute-t-il, vous fait dîner avec quelques-uns de vos voisins que leur argent ou leur adresse aura sauvés de l'arrière-ban, louez le lièvre, le cerf, le chevreuil, le sanglier, et n'en mangez point. Que les canards et quasi les cercelies s'attirent les mêmes louanges. De toutes les viandes noires, la seule bécassine sera sauvée en faveur du goût, avec un léger préjudice de la santé. » [Ibidem^ p. 71.)
Pages i35-l42, n° -2. — La curiosité vUest pas un goût.... (1691.)
Les auteurs des clefs ont nommé un peu au hasard, tombant quelquefois juste, se trompant sans doute plus souvent encore, un certain nombre de curieux en regard des caractères où la Bruyère a décrit divers genres de curiosités. Il serait facile d'augmenter considérablement la liste. Nous n'inscrirons ici que les noms déjà cités par d'autres avant nous.
Pages i35 et i36. — Le fleuriste a un jardin dans un faubourg.,..
Clef de 1696 : « M. Cambout, avocat au conseil, ou des Costeaux, fleuriste. » — Ces deux noms, qui appartiennent à deux personnages différents, n'en font plus qu'un dans la plupart des clefs suivantes, dont le premier est généralement écrit Caboust : «. M. Caboust, sieur des Costeaux, avocat au Parlement, » ou « fleuriste. » La clef de 1700 et un ceitain nombre de clefs manuscrites ne nomment ici que Caboust, réservant des Coteaux jîour l'alinéa suivant.
Ce nom de Caboul, placé en regard du caractère du fleuriste, est, je crois, l'une des meilleures rencontres qu'aient faites les commentateurs. La Bruyère avait dû voir souvent cet avocat, qui s'occupait des affaires du grand Condé, et, à ses heures de loisir, des fleurs de Chantilly. La correspondance de Condé, conservée dans les archives de Mgr le duc d'Aumale, renferme un certain nombre de lettres où Cabout entretient tour à tour le prince de fleurs et d'affaires. Ainsi le lo octobre 1684, il annonce sa visite à Chantilly pour le samedi suivant, se proposant de mettre en terre le lendemain des anémones, qu'il appelle des cnnemones^ et de les ranger a dans l'ordre qu'il s'est proposé pour que S. A. en ait encore plus de plaisir, les voyant en place au printemps prochain. » — a L'on vous en dira. Monseigneur, tout ce que l'on en voudra, ajoute-t-il, mais rien ne presse de les placer, et il ne seroit pas même trop tard quand la chose seroit différée jusques à la fin du mois. »
Citons encore ce passage d'une lettre du i3 août i685, où il s'agit de tulipes, d'anémones et d'oeillets : a J'ai reçu, Monseigneur, pour Votre Altesse, du sieur de la Motte d'Harfleur, deux cents tulipes de couleur, et six de panachées dont il fait grand cas. J'ai aussi dans sa boîte huit pattes d'ennemones, dont il me fait un récit qui n'est pas médiocre. En tout cas, c'est un fort honnête homme, qui voudroit bien pouvoir contribuer quelque chose au divertissement de Votre Altesse et à la beauté de ses jardins à fleurs.... Je ne sais si Votre Altesse a encore quelques-uns de ses œillets en fleurs ; mais jVn ai depuis quinze jours un qui ne défleurira de plus de trois jours : nous n'avons jamais eu un plus beau couleur de feu, sur un plus grand blanc ; il est des plus grands et faisant parfaitement sa fleur sans crever. Et j'ose répondre qu'elle {Son Altesse) peut dès à présent compter au moins sur deux marcottes de celles que j'en ai faites sur un très-vigoureux pied, aussi bien de tout ce que j'en ai et qu'elle n'en a pas. »
Descôteaux est le célèbre flûtiste de ce nom, ami de Philibert, autre flûtiste qui fut impliqué dans le procès de la Voisin'. Un passage du Journal de Matthieu Marais^, signalé par M. Fournier dans le journal la Patrie en 1864, et dans sa Comédie de la Bruyère (tome I,
1. Voyez tome 1, note vi, p. 457 et 458, et les Lettres historiques et calantes de Mme duNojer^ ^l^l^ tome III, p. 296 et suivantes. — Pour ses bonnes fortunes et son succès à la cour, M. Fournier renvoie aux Mémoires de Boisjourdain , tome II, p. 265, et aux Poésies de Lainez, 1738, in-8°, p. 29.
2. Revue rétrospective, deuxième série, tome IX, année 1887, p. 438 et 43g.
p. 212), nous montre en lui « un des grands fleuristes de l'Europe, » reconnu par ses contemporains dans le caractère de la Bruyère.
« J'ai vu pendant les fêtes, écrit Matthieu Marais dans les premiers jours de novembre 1723, Descôteaux , que je croy ois mort . Il a soixantedix-neuf ans. C'est lui qui a jjoussé la flûte allemande au plus haut point, et qui a perfectionné la prononciation du chant, suivant les règles de la grammaire et la valeur des lettres, qu'il sait mieux que personne. Il chanta des paroles de Verger très-exactement. Il a encore au suprême degré le goût des fleurs, et c'est un des grands fleuristes de l'Europe. Il est logé au Luxembourg, où on lui a donné un petit jardin, qu'il cultive lui-même'. La Bruyère ne l'a pas oublié dans ses Caractères sur cette curiosité outrée de ses tulipes, qu'il baptise du nom qu'il lui plaît. Il veut être philosophe, et parler Descaries ; mais c'est bien assez d'être musicien et fleuriste. »
Trois années après la publication du caractère du Fleuriste^ la Bruyère put entendre Descôteaux chez Monsieur le Duc, au petit Luxembourg : il y joua avec Filbert (Philibert) et Vizé, le 24 nobre 1694. Voyez le Journal de Dangeau, tome V, p. 112.
Page i36. — Parlez à cet autre de la richesse des moissons.,..
Clefs Coste et clefs manuscrites : « Le sieur Marlet, l'avocat. » -— Le nom est écrit Merleî sur quelque? clefs marginales.
A ce nom d'un « personnage obscur, » Walckenaer substitue celui de Rambouillet, père du célèbre Rambouillet de la Sablière, dont il a déjà été question au tome I, p. 2 85, note 7. « C'était, dit Walckenaer {Remarques et Éclaircissements .^ip . 780), ce riche financier qui, dans le vaste enclos qui a pris son nom dans le faubourg Saint- Antoine, faisait cultiver les meilleurs fruits de Paris. (Conférez, ajoute Walckenaer, notre article la Sablière^ dans la Biographie universelle^ ou dans les Fies de plusieurs personnages célèbres ^ Laon, i83o, in-S^, tome II, p, 209, ou dans l'édition que nous avons donnée des Poésies d'Antoine Rambouillet de la Sablière et de François de Maucroix , 1825, in-80, p. XI et XII.) On envoyait chercher pour la table du Roi des fruits de l'enclos de Rambouillet, qu'on appelait aussi des Quatre- Pavillons. »
I. Avant de venir au Luxembourg, il habitait le faubourg Saint^Antoine, « centre embaumé de la culture qu'il adorait, » dit M. Fournier (tome I, p. 21 1), d'après le Livre commode des adresses pour 1692, p. 63 et 109.
Page 137. — Un troisième,.., t'ous parle.,., de Diognète....
Diognète est, suivant la clef Cochin, le duc d'Auniont ; suivant les clefs Coste, le P. Menestrier; et d'après quelques clefs manuscrites, le Vaillant, le Noslre, ou Longpré.
Louis-Marie-Victor duc d'Aumont, pair de France, premier gentilhomme de la chambre, etc., qui mourut en 1704, à l'âge de soixante-douze ans, figure comme amateur de tableaux sur la liste des antiquaires et curieux de Paris, publiée par Spon dans la Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon (Lyon, ifiyS, p. 212-218), et réimprimée pour V Académie des Bibliophiles par M. Louis Lacour en 1866.
Claude-François Menestrier (1671-1705) est l'antiquaire qui a publié VHistoire de Louis le Grand par les médailles^ et tant d'au'res ouvrages.
Jean-Foy Vaillant (1632-1706), médecin et célèbre numismate, avait un beau cabinet de médailles antiques, rue Saint-Jacques. Martin Lister le nomme le meilleur numismate de l'Europe, dans son livre publié à Londres en 1699, sous ce titre : A Journey to Paris in the year 1698, et réimprimé à Londres en 1828 par Henning, sous ce titre : An Account of Paris; voyez chapitre iv, p. 90 et 91 de cette seconde édition.
Le Nostre avait un cabinet de tableaux, de bronzes et de médailles, dont Seignelay lui avait offert quatre-vingt mille francs, et dont, en 1693, il fit présent à Louis XIV. {Journal de Dangeau , tome IV, p. 288 ; Mercure galant^ mai, p. 296; et Lister, An Account of Paris ^ chapitre m, p. 63-65 de l'édition Henning.)
Page i38. — Fous voulez, ajoute Démocèdey voir mes estamiies?...
Annotation de la plupart des clefs : « M. de Gagnères [ou Gainières), écuyer de feu Mlle de Guise, ou M. de Beringhen, premier écuyer du Roi {(jue quelques clefs nomment : Monsieur le Premier). »
François-Roger de Gaignières, mort en 17 15, à l'âge de soixantedix-sept ans environ, avait une très-belle collection de livres, estampes, manuscrits, cartes et plans, qu'il offrit à Louis XIV, et dont s'enrichit la Bibliothèque du Roi. Voyez, sur sa collection, Saint-Simon, tome XVII, p. 3io et suivantes; Dangeau, tome VIII, p. 878 et suivantes ; Lister, An Account of Paris ^ p. 88; le Prince, Essai sur la Bibliothèque du Roi,, édition de M. L. Paris, p. 187 et suivantes; M. Feuillet de Couches, Causeries d''un curieux^ tome II, p. 4^5, etc.
Jacques-Louis de Beringhen , premier écuyer du Roi , était un
Vis APPENDICE.
curieux beaucoup moins célèbre. Il est né en i65i et mourut en 1723. :
« On doit peut-être, dit Walckenaer [Remarques et Éclaircissements^ p. 781), inscrire plutôt l'abbé de Marolles et Quentin de Lorangère, qui avaient formé des suites fort complètes de l'œuvre de Callot. Le Catalogue raisonné des diverses curiosités du cabinet de feu M. Quentin de Lorangère.,.. par E. F. Gersaint (Paris, 1744) contient, p. 64, nn article qui est un curieux commentaire de ce passage de la Bruyère : « Une petite Vierge dans un rond un peu ovale, et peu « formé, de seize lignes de hauteur, sur treize lignes de largeur, « tenant l'enfant Jésus dans ses bras, avec un globe représentant le <c monde, gravée très- légèrement et pointillée sans nom de Callot.... Ce a morceau, et environ douze ou quinze autres de cet œuvre qui sont a à peu près aussi rares, ou uniques, viennent d'un fameux œuvre « de Callot, fait dans le temps même que vivoit ce maître,... Le a grand-père de M. Mariette d'aujourd'hui possédoit cet œuvre, qui « existe encore dans le même cabinet; mais feu M. de Lorangère a (ï acquis de lui ces morceaux, M. Mariette n'ayant pu résister aux in- (C stances réitérées de M. de Lorangère, ni au prix auquel il les porta c: pour les lui arracher. »
Page iSg. — Mais quand il ajoute que les livres,...
Les clefs Coste donnent le nom de ce M. Moret, conseiller, » qu'il faut lire « Morel , » ainsi qu'il est écrit sur diverses clefs manuscrites.
Il y avait à cette époque deux Morel au Parlement, l'un et l'autre fils de Zacharie Morel, maître de la chambre aux deniers : François (ou Jean) Morel, abbé de Saint-Arnoul de Metz, qui fut conseiller en 1674, et eut en 1680 et dans les années suivantes diverses missions diplomatiques; Zacharie Morel, qui fut conseiller à la quatrième chambre des enquêtes en 1682, et mourut doyen du Parlement en 1737. Un autre Morel (François-Philippe) devint conseiller clerc du Parlement en 1692.
Page iSg. — Quelques-uns par une intempérance de savoir....
Clefs Coste : « MM. Thevenot et la Croix. »
Melchisedech de Thevenot, «: connu parmi les savants pour ses grandes connoissances, surtout dans les langues et les mathématiques, » dit la Gazette de France.^ mourut à Issy, le 29 octobre 1692, âgé de soixante et onze ans. Il avait visité l'Asie Mineure en 1^76, et avait
séjourné quatre ans à Constantinople. Il fut nommé en 1684 garde de la Bibliothèque du Roi. — Son neveu, Jean Thevenot, dont on vantait également les connaissances en mathématiques , en géographie , en botanique , et qui savait beaucoup de langues , était mort en 1667, en Arménie.
François Petis de la Croix (i653-i7i3), professeur d'arabe au collège royal en 1692, secrétaire interprète du Roi en 1696 à la place de son père, avait été envoyé en 1670 par Colbert dans le Levant, pour se perfectionner dans la connaissance des langues et des usages de l'Orient. Après avoir passé trois ans à Alep, il était allé jusqu'à Ispahan pour y étudier le persan.
Pages 140 et 141. — Un bourgeois aime les bâtiments....
(( Toutes les clefs manuscrites nomment ici Amelot de Bisseuil ' , dont la maison, située Vieille rue du Temple, était une des curiosités de Paris, et surtout célèbre par sa belle porte. Elle était visitée par tous les étrangers. La longue et curieuse description de cette maison, qui se trouve dans toutes les éditions de Germain Brice^, mérite d'être lue par ceux qui s'occupent de l'histoire de l'art en France.
« .... Cette maison, située dans la Vieille rue du Temple, au coin de la rue des Blancs-Manteaux [et en face du marché des Blancs-Manteaux)^ était originairement composée de trois corps de bâtiments; il y en avait un qui donnait sur la rue des Singes.... L'architecte Collart, qui en a fait les dessins, les a fait graver dans un recueil publié en 1687. Le plan, les coupes, les vues perspectives, les détails des sculptures de la chapelle, de l'escalier, de la belle porte, de la cuisine même, sont représentés dans ce recueil, dans douze planches exécutées avec soin par l'habile burin de J. Marot. « Je ne vante pas, (f dit Collart dans le préambule de sa description, je ne vante pas « beaucoup le bâtiment de cette maison, mais la belle ordonnance, (( la magnificence de l'ouvrage, les belles peintures^ et sculptures
1. La famille Amelot se divisait en trois branches : les Amelot Carnetin, les Amelot de Gournay, et les Amelot de Chaillou. Amelot de Bisseuil était l'aîné de cette troisième branche : voyez le Dictionnaire des bienfaits du Roij au nom Amelot.
2. «Voyez Description nouvelle de ce qiCily a de plus rare dans la ville de Paris, par M. B**^* [Brice), Paris, iG85, in-12, tome I, p. l44-i5o; dans la seconde édition, 1687, in-12, avec le nom de l'auteur et fort augmentée, tome 1, p. 149-1 54; dans la 7* édition du même ouvrage, 17 17, tome ï, p. 482-487 ; et Jaillot, Recherches critiques, historiques et topographiques sur la ville de Paris, quartier Saint- Antoine, p. i3o. » (lYofe de JFalckenaer .)
î. Il s'y trouvait des peintures de Louis Boulogne et de la Fosse : voyez
36o APPENDICE.
« faites par les plus excellents maîtres de Paris. M. Amelot de Bisoc seuil fit commencer et raccommoder cette maison en lôSy; elle « fut finie dans le même temps en 1660....
« Ce qui est dit dans ce caractère, que le constructeur de cette maison y a achevé sa vie, se trouve confirmé par l'annonce de sa mort dans le Mercure galant de mai 1688, p. 160, ainsi conçue : u Messire Jean-Baptiste Amelot, seigneur de Bisseuil, maître des rea quêtes, mort le jeudi saint dernier, i5 avril, en sa belle maison « de la Vieille rue du Temple, qu'il avoit fait bâtir, et qui est fort c estimée par la délicalesse de Tarcliitecture qu'il y a fait observer. » (Walckenaer, Remarques, etc., p. 731 et 732.)
Amelot laissa trois filles, dont l'une, Charlotte-Angélique, épousa Jean-Baptiste du Deffant, marquis de la Lande, colonel d'un régiment de dragons, nommé quelquefois dans les clefs à côté d' Amelot; elle fut la belle-mère de la célèbre marquise du Deffant ' .
Beaumarchais occupait en 1787 l' entre-sol de la maison d'Amelot de Bisseuil ^.
Pages 141 et 142. — Diphile commence par un oiseau....
Clefs du dix-huitième siècle : « Santeuil, qui avoit toutes ses chambres pleines de serins de Canarie. »
Le chanoine Santeul élevait en effet beaucoup de serins , et il entrait a en fureur » contre eux quand « ils s'obstinoient à ne point chanter. » {Mémoires de le Gendre ^ p. 184'.) Le caractère de Diphile est-il le sien? la Bruyère y a du moins introduit plusieurs traits qu'il a empruntés à d'autres amateurs d'oiseaux : ainsi Santeul n'élève que des Canaries, et sans doute dans une seule volière, n'ayant pas de maison à leur abandonner; de plus, il n'a point d'enfants.
Relevant cette dernière dissemblance, M. Fournier propose de reconnaître en Diphile le « gouverneur des serins » de la princesse de Bourbon, mère de l'ancien élève de la Bruyère * ; mais Diphile est un
\e% Mémoires inédits de V Académie de peinture, tome I, p. 201, auxquels renvoie M. Fournier dans la Comédie de la Bruyère, tome I, p. 141 •