Ibidem, p. i3o
3. Voyez le premier dans le tome I de cette édition, p. 126, n° 32.
7e édition, qu'il en adressa un exemplaire à Bussy, et cela, sans lui donner avis que cette édition nouvelle contenait une réflexion qui pouvait lui plaire. Bussy, c'est une objection que l'on pourrait faire à l'encontre de notre hypothèse, ne semble point s'être jamais reconnu là où nous croyons le reconnaître.
Pages 144 et 145, n" 8. — Une personne à la mode ressemble à une Jleur hleue.... (1691.)
On lit dans quelques clefs manuscrites que c'est « en 1689 ou environ » , que « les dames ornoient leur tête » de bouquets de bleuets ; d'autres donnent l'année lôgS et sont démenties par la date de la publication de cet alinéa.
Page 146, n° 11. — Un homme fat et ridicule,... (1687.)
Clefs du dix-huitième siècle : cf M. Bourlon. y> — Clef manuscrite : « M. Bourbon. » — Autre clef manuscrite : « M. Mourlon, intendant de Mlle de Guise, s
Il y eut plusieurs magistrats du nom de Bourlon au Parlement et à la chambre des comptes. S'agit-il de Nicolas-Louis de Bourlon, conseiller, maître des comptes en 1674, qui était sans doute fils de Matthieu Bourlon, conseiller maître à la même chambre?
Nous trouvons déplus à cette même époque, Bourlon, écuyer du Roi, et capitaine des levrettes de la chambre'.
Page 148^ n° i3. — N..., est riche, elle mange bien.... (1691.)
Les coiffures changent.... Ces mots nous donnent, à un mois près, la date à laquelle la Bruyère inséra cet alinéa dans le chapitre de la Mode. Nous l'avons vu ailleurs ^ imprimer des remarques depuis longtemps écrites et devenues inexactes avant l'impression. Celle-ci a été écrite au moment même où il allait mettre sous presse la ()^ édition, peut-être même pendant l'impression. C'est au mois d'avril 1691 que, par ordre du Roi, les femmes abandonnèrent les coiffures hautes, qui étaient à la mode depuis dix années envi-
i . Il est superflu de noter ici les Bourlon qui étaient dans le clergé. 2. Voyez ci-dessusj p. 146, n" 11.
CLEFS ET COlMMENTAIRES. 367
ron*. Au commencement de juin, alors que l'impression de l'édition était aclievée, le retour aux coiffures plates était encore une nouvelle, et une nouvelle digne d'intérêt, car le 5 juin l'abbé de Clioisy en faisait part à Bussy ^.
Mais ou revint bien vite aux coiffures élevées. A peine Iphis Feutelle mise à la mode, que sa coiffure était déjà « hors de mode » une seconde fois. En 1692, la Bruyère écrit qu' fc il faut juger des femmes depuis la chaussure jusqu'à la coiffure exclusivement 2> (tome I , p. 172, no 5), tant la chaussure et la coiffure sont élevées.
La mode des coiffures hautes résista longtemps. En 1699, nouvelle diminution pendant un voyage de la cour à Fontainebleau ; en 1701, tentative nouvelle et peut-être plus durable. Mais quand on baissait la coiffure, on haussait les patins ^.
i . a Parlons maintenant de la plus grande affaire qui soit à la cour. Votre imagination va tout droit à de nouvelles entreprises ; vous croyez que le Roi, non content de Mons et de Nice , veut encore le siège de Namur : point du tout; c'est une chose qui a donné plus de peine à Sa Majesté et qui lui a coûté plus de temps que ses dernières conquêtes; c'est la défaite àesfontanges à plate couture: plus de coiffures élevées jusques aux nues, plus de casques, plus de rayons, plus de bourgognes ^ jjlus de jardinières ; les princesses ont paru de trois quartiers moins hautes qu'à l'ordinaire ; on fait usage de ses cheveux , comme on faisoit il y a dix ans. Ce changement a fait un bruit et un désordre à Versailles qu'on ne sauroit vous représenter. Chacun raisonnoit à fond sur cette matière, et c'étoit l'affaire de tout le monde. On nous assure que M. de Langlée a fait un traité sur ce changement pour envoyer dans les provinces : dès que nous l'aurons, Monsieur, nous ne manquerons pas de vous l'envoyer. » {Lettre de Mme de Sévigné au duc de Chaulnes, datée de Grignan, le i5 mai 1691, tome X, p. 24 et 25.)
2. « Les coiffures hautes sont condamnées; au moins le Roi a-t-il prié les princesses de ne s'en plus servir. » ( Correspondance de Bussj , tome VI , p. 4^5.) Bussy répondait le 8 juin : ce Je sais le meilleur gré du monde au Roi du rabaissement des coiffures ; je ne pouvois plus souffrir les femmes, et quoique je n'aie plus affaire de leur beauté, je ne m'accommode point de leur désagrément. » [Ibidem^ p. 486.)
3, On dit que le bon sens ici va revenir : Paris cède à la mode, et change ses parures. Le peuple imitateur, ce singe de la cour,
A commencé depuis un jour D'humilier enfin l'orgueil de ses coiffures. Mainte courte beauté s'en plaint, gronde, tempête, Et pour se rallonger consultant les devins, Apprend d'eux qu'on retrouve, en haussant ses patins, La taille que l'on perd en abaissant sa tête.
Voilà le changement extrême Qui met en mouvement nos femmes de Paris —
{pEuvres de CAaK^iew, lettre écrite pendant l'hiver de 1701 pour Mme la
Pages 148 et 149, n" i4- — Ij^his volt à V église..., (i6gi.)
Clef manuscrite : <rM. le Rebours, avocat au grand conseil. » Le personnage dont il s'agit était sans doute le {ils, soit de M. le Rebours, seigneur de Prunelay, maître des compte.^, mort en 1680, soit de Thierry le Rebours, seigneur de Bertrandfosse, alors président honoraire au grand conseil, soit enfin de Claude le Rebours, alors conseiller au Parlement. Ces trois le Rebours étaient frères.
Page l5o, n° 16. — Le courtisan autrefois.... Cela ne sied plus : il porte une perruque.... (1687.)
Les clefs du dix-îiuitième siècle nomment : « M. le duc de Beauvillier. » Son nom est beaucoup mieux placé un peu plus bas : voyez la note x.
Pages i5l et 1^1, n" 21. — Négliger vêpres.... (1694.)
Si l'on négligeait vêpres à la cour , c'est que Louis XIV assistait beaucoup plus souvent au salut qu'aux vêpres, et que l'on n'allait guère à la cliapelle que lorsqu'il y était. « Il manquoit rarement le salut les dimanches, s'y trouvoit souvent les jeudis, et toujours pendant toute l'octave du saint sacrement, dit Saint-Simon en parlant du Roi (tome XIII, p. 100) Il alloit à vêpres les jours de communion. 3) Or il communiait cinq fois l'an. Il assistait aux vêpres, nonseulement le jour, mais les lendemain et sui'lendemain de ses communions.
Page i52. — Un dévot est celui qui sous un roi athée seroit athée. (iGga.)
a Ce petit paragraphe, dit Walckenaer (Jîef nargues., etc., p. 735), a été ajouté dans la septième (édition), et pourtant dans cette édition, où l'auteur a donné une table de toutes ses augmentations, il n'a pas fait mention de celle-ci : il semble avoir voulu glisser ainsi, inaperçu, le trait le plus acéré qu'il eût décoché contre les faux dévots, jj
Nous avons relevé (p. iSa, note 3) la faute d'impression de la 9^ édition : seroit dévot. Elle a donné lieu à une critique d'une page et
marquise de Lassay, à S. A. S. Madame la Duchesse, tome I , p. 1 17 et 118, édition de 1774).
CLEFS ET COiM.MEJNTAiRES. 369
demie, de la part de Brillon, qui ne sachant point que le mot dévot avait remplacé le mot athée par suite d'une distraction ou d'une correction maladroite de l'imprimeur, s'est efforcé de démontrer dans ses Sentiments critiques (p. 44^ ^^ 447) q^'il eût été mieux de dire : serait athée.
Pages i53 et i:)4, n" 23. — Quand un couitisati sent humble.... (1687 et 1690.)
Le vrai dévot, dans la pensée de la Bruyère, était, selon toutes les clefs, le duc de Beauvillier'. Les clefs du dix-huitième siècle contiennent sur ce personnage la note malveillante qui suit :
<r Le duc de Beauvillier, gouverneur des enfants de France, lils de M. le duc de Saint-Aignan, dont il s'est emparé de tous les biens sans payer les dettes. Il s'est jeté dans la dévotion. Il est chef du conseil des finances. 11 a fait faire à wSaint-Aignan en Berry un banc de menuiserie d'une élévation semblable aux chaires des évéques. »
« Depuis que Dieu l'eut touché, » dit Saint-Simon du duc de Beauvillier (tome XI, p. 189), « ce qui arriva de très-bonne heure, je crois pouvoir avancer qu'il ne perdit jamais sa présence, d'où on peut juger, éclairé comme il étoit, jusqu'à quel point il porta la piété. Doux, modeste, égal, poli avec distinction, assez prévenant, d'un accès facile et honnête jusqu'aux plus petites gens; ne montrant point sa dévotion, sans la cacher aussi, et n'en incommodant personne, mais veillant toutefois ses domestiques, peut-être de trop près; sincèrement humble, sans préjudice de ce qu'il devoit à ce qu'il étoit, et si détaché de tout, comme on l'a vu sur plusieurs occasions qui ont été. racontées, que je ne crois pas que les plus saints moines l'aient été davantage. L'extrême dérangement des affaires de son père lui avoit néanmoins donné une grande attention aux siennes (ce qu'il croyoit un devoir), qui ne l'empêchoit pas d'être vraiment magnifique en tout, parce qu'il estimoit que cela étoit de son état. »
Pages l54 i:>9, «" 24. — Onufi/ue /l'a pour tout lit (1691.)
Onuphrc, avons-nous dit, est le personnage de Tartuffe^ tel que le
I . Paul de Beauvillier, duc de Saint-Aiguan, j)air de France, premier gentilhomme delà chambre du Roi, chef du conseil royal des finances (i685). ministre d'État (1691), etc.
La BiuJYÈJîF.. II 24
comprend la Bruyère. A-t-il voulu faire la critique de la pièce de Molière, ou représenter une variété nouvelle de Tartuffe? Laissons à d'autres le soin d'élucider ce point*. Nous ferons du moins remarquer qu'entre Tartuffe et Onuplire plus de vingt années se sont écoulées, et que la mode de l'hypocrisie a changé. Le masque de Tartuffe, arraché par Molière, ne peut plus servir à personne, et l'hypocrisie a dû devenir plus habile. D'ailleurs, comme on l'a déjà dit souvent*, il ne faut pas oublier que Tartuffe est en scène, et que les exigences dramatiques se seraient difficilement accommodées d'un Tartuffe semblable à Onuphre.
Les comment;! teurs se sont égarés dans la recherche de l'original d'Onuphre, que la plupart ont voulu retrouver dans l'abbé Mauroy, deux fols nommé déjà dans les clefs (voyez ci-dessus, p. 286, et p. 3o5, note xv).
Voici les annotations des clefs du dix-huitième siècle : (( Onuphre.... M. de Mauroy, prêtre de Saint -Lazare, depuis curé des Invalides, qui avoit été auparavant mousquetaire, et pour ses libertinages mis à Saint-Lazare, dont il embrassa la profession. [Il y vécut douze ans en réputation d'honnête homme, ce qui lui fit donner la cure des Invalides.] Depuis il reprit ses anciennes manières, mais gardant toujours les apparences. [11 se mit dans les intrigues de femmes, et si avant avec Mlle Doujat, nièce de M. Doujat, doyen du Parlement, qu'après l'avoir entretenue du temps et fait de grandes dépenses avec elle, et avoir, pour les soutenir, engagé le patrimoine des Invalides, il la maria au fils de M. le Boindre, conseiller au Parlement *, à laquelle il donna, de son chef, cinquante mille livres; mais cette intrigue s'étant dans la suite découverte, il a été condamné à une prison perpétuelle et envoyé à l'abbaye de Sept-Fonds, en BourbonnoJs, de l'ordre de Cîteaux, pour y passer le reste de ses jours, où il est mort depuis, fort repentant de sa vie déréglée.] »
La clef Cochin ajoute : « Ou l'abbé du Pin, docteur de Sorbonne, qui s'est attaché à Mlle Lemazier, veuve Villary de Passy, sœur de M. Lemazier, greffier des requêtes de l'Hôtel, père de celui qui vient de mourir le dernier, à laquelle il a mangé près de trois cent mille livres ; il s'est fait faire plusieurs dons qui ont donné lieu à un grand procès, sur lequel est intervenu arrêt en la grande chambre au mois de mai 1696, qui a cassé la donation, qui étoit de quinze mille livres.»
1. « Oq peut voir dans la Bruyère, dit la Mothe cité par l'abbé Trublet, un tableau de Vhjpocrite^ où il commence toujours par effacer un trait de Tartuffe, et enstuite en recouche un tout contraire. » {Mémoires sur Fontenelle, p. 53.)
2. Voyez particulièrement la Comédie de la Bruyère^ tome II, p. 35 1-355.
3. Sans doute Jean le Boindre, conseiller à la grande chambre du Parlement, en 1645. Son nom est en blanc dans la clef Corhiu.
Au moment où parut le caractère d'Onuphre, les méfaits de l'abbé Mauroy n'étalent pas encore découverts*.
Nous ne saurions dire de quel abbé du Pin il est question dans la clef Cochin. Ce n'est sans doute pas d'Ellies du Pin, auteur de la Bibliotlièque des auteurs ecclésiastiques, éditeur des Dialogues sur le Quiétisme de la Bruyère : l'abbé le Gendre, qui ne l'aimait guère (voyez ses Mémoires^ p. i6o-i64)> n'eût pas manqué, s'il eût été galant^ d'ajouter cette accusation à d'autres.
Page i55. — Le Combat spirituel, le Chrétien intérieur, et l^ Année sainte,...
Ces titres n'ont pas été imaginés par la Bruyère.
Le Combat spirituel est un ouvrage italien que l'on attribue généralement au théatin Laurent Scupoli, et qui a été plusieurs fois traduit en français (1608, 1659, 1675, 1688, etc.).
I. C'est à la date du 5 décembre 169 1 que Dangeau signale sa fuite :aM. de Mauroy, missiunnaire, qui étoit curé et directeur des Invalides, a fait banqueroute et a emporté plus de quarante mille écus. On a découvert beaucoup d'histoires scandaleuses; et même des dames de qualité sont mêlées dans cette affaire. » Mauroy n'avait certes pas emporté quarante mille écus, car il était parti pour l'abbaye de Sept-Fonds, où il voulait prendre l'habit; c'est là qu'il fut arrêté au commencement de janvier 1692. Il fut condamné aux galères en février 1693 ; le Roi commua la peine et l'envoya à Sept-Fonds, à la condition que s'il faisait la moindre tentative pour s'évader, il serait mis aux galères à perjîétuité.
Voici la note que Saint-Simon a placée à côté de la mention de sa fuite, dans le /oMrna/ de Dangeau (tome III, p. 438) :
« Ce M. de Mauroy étoit un prêtre de la congrégation de la Mission, gentilhomme de bon lieu, savant et de beaucoup d'esprit et d'inirigue, grand directeur et grand cagot, qui avoit fait longtemps avec ses poulettes de quoi être brûlé, sans qu'on en eût le moindre soupçon, et avoit volé tant et plus M. de Louvois, avec qui la cure des Invalides lui avoit donné grande relation et à qui il tiroit tant qu'il vouloit d'aumônes, et pour des sommes très-considérables. L'éclat fut donc du plus grand scandale; néanmoins le Roi ne voulut pas qu'il fût poussé à bout, et le confina dans l'abbaye de Sept-Fonds, où il se convertit si bien, qu'il y fit profession, et y a été plus de trente ans l'exemple le plus parfait de la pénitence, de la miséricorde de Dieu et des vertus de cette maison, qui est la même vie et la même règle que la Trappe. Ce grand pénitent s'éleva à tant de sainteté, que l'abbé, homme rare en conduite, en esprit et en vertu, dont il est chez lui l'exemple, fit venir, sans le lui dire, les brefs de Rome nécessaires pour qu'il pût dire la messe, et ne Ty put jamais résoudre. Il est mort, depuis deux ou trois ans, si chargé de mérites, qu'il faudroit un volume pour écrire un si parfait retour a Dieu, qui ne lui avoit rien fait perdre de l'agrément naturel de l'esprit. »
fjC. C lire tien intcrïeur, ou la Conformité intérieure que doivent avoir Les chrétiens avec Jésus-Christ^ par un solitaire (Paris, i66i, 1662, etc.), est de Jean de Besnières Louvigny.
Deux ouvrages avaient paru sous le titre à^ Année sainte. L'un, attribué au P. Bordier de l'Oratoire, et publié en 1668, a pour titre : r Année sainte, ou Bref martyrologe propre pour les paroisses et familles chrétiennes, par un docteur en théologie de Paris. L'autre, composé par Loisel, curé de Saint-Jean en Grève, et publié en 1678, est intitulé : r Année sainte ou Sentences tirées de tous les écrits de saint François de Sales.
Pages iSq et 160, n" 2.5. — Riez, Zélie.... (1692.)
Clefs du dix-liuilième siècle : c( Mme de Pontchartrain. » — Clef manuscrite : «■ Mme de Moiitchevrt'iîil. »
Ijouis Phelippeaux, comte de Pontchartrain, avait été nommé contrôleur général eu 1689. Voici le ])ortrait que Saint-Simon nous a laissé (tome XI, p. 71 et 72) de Mme de Pontchartrain; il a bien, ce nous semble, quelque rapport avec le caractère de Zélie.
« Elle étoit lille de Mau])eou, président d'une des chambres des enquf^tes et peu riche, mais bon parti pour Pontchartrain, qui l'éloit encore moins quand elle l'épousa. On ne peut guère être plus laide ; mais avec cela une grosse femme, de bonne taille et de bonne mine, qui avoit l'air imposant, et quelque chose aussi de fin. Jamais femme de ministre ni autre n'eut sa pareille pour savoir tenir une maison, y joindre plus d'ordre à toute l'aisance et la magnificence, en éviter tous les inconvénients avec le plus d'attention, d'art et de prévoyance, sans qu'il y parût, et y avoir plus de dignité avec plus de politesse, et de cette politesse avisée et attentive, qui sait la distinguer et la mesurer, en mettant tout le monde à l'aise. Elle avoit beaucoup d'esprit sans jamais le vouloir montrer, et beaucoup d'agrément, de tour et d'adresse dans l'esprit, et de la souplesse, sans rien qui approchât du faux, et quand il le falloit, une légèreté qui surprenoit ; mais bien plus de sens encore, de justesse à connoitre les gens, de sagacité dans ses choix et dans sa conduite, que peu d'hommes même ont atteint comme elle de soji temps. Il est surprenant qu'une femme de la robe qui n'avoit vu de monde qu'en Bretagne, fût en si peu de temps au fait aux manières, à l'esprit, au langage de la cour; elle devint un des meilleurs conseils qu'on pût trouver pour s'y bien gouverner. Aussi y fut-elle dans tous les temps d'un grand secours à son mari, qui tant qu'il la crut, n'y fit jamais de fautes, et ne se trompa en ce genre que lorsqu'il s'écarta de ses
CLEFS ET COMMEINTAIRES. iyi
ivis Avec tout cela, elle a voit trop loiigteiij})s tieinpé dans la houri^eoisle pour qu'il ne lui en restât pas quelque petite odeur. Elle avoit naturellement une galanterie dans l'esprit raffinée, charmante, et une libéralité si noble, si simple, si coulant de source, si fort accompagnée de grâces, qu'il étoit impossible de s'en défendre. Personne ne s'entendoit si parfaitement à donner des fêtes. Elle en avoit tout le goût et toute l'invention, et avec somptuosité et ;iu dehors et au dedans, mais elle n'en donnoit qu'avec raisons et bien à propos, et tout cela avec un air simple, tranquille et sans jamais sortir de son âge, de sa place, de son état, de sa modestie. La plus secourable parente, l'amie la plus solide, la plus effective, la plus utile, la meilleure en tous points et la plus sûre. Délicieuse à la campagne et en liberté; dangereuse à table pour la prolonger, pour se connoître en bonne chère sans presque y tàter,et pour faire crever ses convives; quelquefois fort plaisante sans jamais rien de déplacé ; toujours gaie^ quoique quelquefois elle ne fût pas exempte d'humeur. La vertu et la piété la plus éclairée et la plus solide, qu'elle avoit eue toute sa vie, crût toujours avec la fortune. Ce qu'elle donnoit de pensions avec discernement, ce qu'elle marioit de pauvres lilles, ce qu'elle en faisoit de religieuses, mais seulement quand elle s'étoit bien assurée de leur vocation, ce qu'elle en déroboit aux occasions, ce qu'elle mettoit de gens avec choix et discernement en état de subsister, ne se peut nombrer. »
Et un peu plus loin (p. 74), Saint-Simon termine ainsi le portrait : € Le chancelit r, ravi de faire aussi ces bonnes œuvres, l'en laissoit entièrement maîtresse. Leur union , leur amitié , leur estime étoit infinie et réciproque. Ils ne se séparoient de lieu que })ar une rare nécessité, et ils eouchoient partout dans la même chambre. Ils avoient mêmes amis, mêmes parents, même société. En tout ils ne furent
qu'un Elle y mourut [à Versailles) le jeudi 12 avril, à ..., à
ans, universellement regrettée de toute la cour, qui l'aimoit et la respectoit, et f)leurée des pauvres presque avec désespoir. Le chancelier alla cacher le sien tlans son petit appartement de l'institution
de l'Oratoire Son fils fut le seul de toute la famille qui essuva
cette perle avec tranquillité, et même des domestiques. »
V^oyez de plus, sur Mme de Pontchartrain, la notice publiée dans le Mercure calant de juin 1708, p. 373-391.
Mme tle Montchevreuil ' n'a jamais pu être « badine et folâtre. »
t . Marguerite Bouclier d'Orsay, gouvernante des filles d'honneur de la Dauphine (« emploi, dit Saint-Simon, tome I, p. 37, qu'elle prit par pauvreté » en 1680), plus tai'd (1^90) chargée de la direction de Mademoiselle de Blois, morte en 1699. Elle avait épousé en i653 Henri de Mornay, marquis de Moutebevreuil, qui l'ut gou\erneur du duc du Maine et du c«u»te de Vermandois,
Le portrait qu'en font les mémoires et les chansons du temps montre bien qu'avant de « tenir à la faveur, » elle n'a jamais a, ri j comme Zêlie^ encore moins « éclaté. »
a Montchevreuil , dit Saint-Simon (tome I, p. 87), étoit un fort honnête homme, modeste, brave, mais des plus épais. Sa femme, qui étoit Boucher d'Orsay, étoit une grande créature, maigre, jaune, qui rioit niais, et montroit de longues et vilaines dents, dévote à outrance, d'un maintien composé, et à qui il ne manquoit que la baguette pour être une parfaite fée. Sans aucun esprit, elle avoit tellement captivé Mme de Maintenon qu'elle ne voyoit que par ses yeux, et ses yeux ne voyoient jamais que des apparences et la laissoient la dupe de tout. Elle étoit pourtant la surveillante de toutes les femmes de la cour, et de son témoignage dépendoient les distinctions ou les dégoûts et souvent par enchaînement les fortunes. Tout jusqu'aux ministres, jusqu'aux filles du Roï, trembloit devant elle; on ne l'approchoit que difficilement; un sourire d'elle étoit une faveur qui se comptoit pour beaucoup. Le Roi avoit pour elle une considération la plus marquée. Elle étoit de tous les voyages et toujours avec Mme de Maintenon. »
a Mme de Maintenon, écrit de son côté Mme de Caylus dans ses Souvenirs (édition de M. Asselineau, p. 102), plaça encore dans la maison de Madame la Dauphine Mme de Montchevreuil, femme de mérite, si l'on borne l'idée de mérite à n'avoir point de galanterie. C'étoit d'ailleurs une femme froide et sèche dans le commerce, d'une figure triste, d'un esprit au-dessous du médiocre, et d'un zèle capable de dégoûter les plus dévots de la piété, mais attachée à Mme de Maintenon, à qui il convenoit de produire à la cour une ancienne amie d'une réputation sans reproche, avec laquelle elle avoit vécu dans tous les temps, sûre et secrète jusqu'au mystère. »
XIIÏ
Pages 160 et i6(, n° 28. — C est une pratique ancienne.... (1694.)
Et que Lorenzani fait de beaux motets. — Les motets de Lorenzani ont été imprimés en 1693 par Ballard. Voyez sur ce personnage le Mercure galant, passim, et la Biographie des musiciens de M. Fétis,
capitaine et gouverneur du château de Saint-Germain en Laye (i685), et chevalier de l'ordre du Saint-Esprit (1688).
Pages i65 et i66, n" 5. — Quelle est la roture.... (1689.)
Clefs du dix-huitième siècle : «r Quelques-uns même ne vont pas
la chercher Allusion au pélican [que portent pour armes MM. le
Camus].» Les mots placés entre crochets n'ont presque jamais été reproduits dans les clefs imprimées, ce qui rend la phrase inintelligible dans la plupart des éditions Coste.
Sur les trois le Camus (Nicolas le Camus, procureur général, puis premier président de la cour des aides, le cardinal le Camus et Jean le Camus, lieutenant civil), voyez tome I, p. 48o et 481, note vr.
Le trait de la Bruyère allait mieux encore à l'adresse des Bazin qu'à celle des le Camus : les derniers avaient pris pour armes le pélican de leur enseigne; les premiers, les trois couronnes de leur enseigne. « Il est généralement admis, dit M. P . Paris dans son édition de Tallemant (tome V, p. 214), que les Bazin étaient de riches marchands de toiles et de draps de la ville de Troyes, qui fabriquèrent les premiers cette légère étoffe croisée à laquelle est resté le nom de hazin. L'enseigne de la maison, ajoute-t-on, était yiux trois couronnes , et les Bezons ont eu le bon esprit de l'adopter pour leurs armes. La Chesnaye des Bois n'en rattache pas moins le maréchal de Bezons, fils de notre Claude B^zin de Bezons, à une maison noble de Normandie. » Le Claude Bazin, sieur de Besons dont il s'agit, fils de Pierre Bazin , trésorier de Fiance à Soissons, et père, suivant M. Paris, du maréchal de Besons*, était de l'Académie française, et mourut en 1684. En donnant cette noble origine à la famille des Besons, la Chesnaye se met en contradiction avec Saint-Simon : <c Son père étoit conseiller d'Etat , » dit Saint-Simon (tome XIII, p. iSq), après avoir fait le portrait du maréchal ; « et son frère aîné, qui étoit mort, Tavoit été aussi , tous deux avec réputation. Leur nom est Bazin, de la plus courte bourgeoisie, et Besons, dont ils portoient tous le nom, est ce village sur la Seine, près de Paris, si connu par la foire qui s'y tient tous les ans, dont le père avoil acquis la seigneurie, »
Quatre ans plus tard, en 1693, le Noble lançait dans sa comédie