‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 170 sur 257 · Chansonnier Maurepas, tome V, p. lOi, notes · texte numérisé non relu

Chansonnier Maurepas, tome V, p. lOi, notes

3. Lettres de Mme. de Sévigné, tome VIII, p. i35 et i36, lettre de Bussy, du 19 novembre 1687. — Monsieur le Prince était alors Henri-Jules de Bourbon, fils du grand Condé.

4. Puisque nous rencontrons ici le souvenir de l'un des personnages avec lesquels vivait la Bruyère, achevons de le faire connaître en reproduisant en-

18o APPEINDTCK.

Louis Petit avait encore, avant la Bruyère, noté < etle façon de s'anoblir par le changement d'un(> lettre dans son nom :

Mais combien de maisons encore toutes neuves

Sont illustres pourtant grâces aux fausses preuves!

Le généalogiste est payé pour cela :

Il tire d'un héros la fiU' d'un Quinola ;

D'un franc bourgeois enté sur une tige antique,

11 cache adroitement et l'aune et la boutique.

Un de que l'on ajoute à son nom inconnu.

Qui sans cet ornement paroîtioit un peu nu.

Une lettre à propos dans ce nom ménagée^

Ou selon l'occurrence une lettre changée.

Fonde sa qualité, lui prête des aïeux.

Que l'on tire à plaisir des nobles les plus vieux.

[Discours satyriques et moraux, 1686, satire xu, p. 89 et 90.)

Pages 167 et 168, n° 10. — Le besoin (Pari^^ent a reconcilie la noblesse.... (1687.)

Une clef manuscrite cite le mariage du maréchal de Tourville avec Mlle Laugeois (voyez tome I , p. 488 et 489, note xvin); une autre celui du maréchal de Lorges avec Mlle Fréraont {ibidem^ p. 478, note i). Aces deux exemples combien d'autres eût-on pu ajouter!

tièrement les deux nassages que lui consacre Saint-Simon, et qui montrent en lui un compagnon fort peu aimable :

« C'étoit, dit-il (tome VIII, p. 122). un homme sage, avec de l'esprit, fort mêlé dans la meilleure compagnie, mais qui l'avoit gâté en l'élevant au-dessus de son petit état, et qui l'avoit rendu important jusqu'à l'impertinence. C'étoit un gentilhomme tout simple et brave, mais qui n'étoit rien moins que Poton qui est le nom du fameux Saintrailles. » Et en mentionnant sa mort (171 3, tome XI, p. 24) : « C'étoit un homme d'honneur et de valeur, le meilleur joueur de trictrac de son temps, et qui possédoit aussi tous les autres (jeux) sans en faire métier. II avoit l'air important, le propos moral et sentencieux, avare , et avoit accoutumé à des manières impertinentes tous les princes <iu sang et leurs amis particuliers, qui étoient devenus les siens. Il n'étoit ni Poton ni Saintrailles, mais un très-petit gentilhonmie, et point marié. »

CLKFS ET COMMEINTAIRKS. 38

l*;ij;es i(^S et i()(), n" i j. — Il n'y a rien à perdre à être anhlc....

(jfigo.)

« La richesse de certains hommes qui se disent pauvres est connue, dit Brillon paraphrasant la pensée de la Bruyère ; elle fait du bruit, cause même de l'indignation ; les places publiques, les marchés, les foires sont une légère partie de leur domaine. Il y a à s'étonner que sous un nom emprunté ils n'aient pas mis une enchère aux cinq grosses fermes.

<t Des pauvres qui sont obligés de se servir du titre de nobles ' pour augmenter impunément leurs acquisitions méritent d'autres mouvements que ceux de la pitié. A quoi tient-il ici que je m'emporte? » {TJicophraste mofferne, p. 326 et Say.)

Plus tard, Brillon se rétracta : « J'ai fait, » écrit-il au mot ('élcstinsy dans son D'ici ion na'we des arrêts (tome II, ]>. 44> édition de 1727), K une ridicule critique dans mon Théuphraste moderne de l'association des Célestins avec les secrétaires du Roi. Je pensois après la Bruyère que c'étoit un trait d'avarice de leur part. A vingt ans on n'est pas aussi expérimenté qu'à cinquante; mais à ce dernier âge on doit au moins se faire honneur de rétracter ses préjugés de la jeunesse. Je consens volontiers que les Célestins, que le voisinage de l'Arsenal a rendus mes amis, prennent ceci })our une nouvelle réparation de l'injure faite à leur vœu de pauvreté. »

Pages 169 et 170,11° 16. — Il y a des choses qui ramenées.... (1(589.)

Plusieurs clefs manuscrites citent comme l'un des abbés désignés « le chevalier de Lorraine, abbé de Saint-Jean des Vignes à Soissons, » le célèbre favori du duc d'Orléans.

La réflexion ne s'applique pas au chevalier de Lorraine, homme d'épée, auquel plusieurs traits ne conviennent point. Il n'en est pas moins vrai que le chevalier de Lorraine, maréchal de camp, était « le père et le chef» de plusieurs abbayes : 1 abbaye de Tiron, qu'il avait eue en 1672 ; celle de Saint-Jean des Vignes, qu'il reçut en 1678; enfin celles de Saint-Père en Vallée et de Fleury-sur-Loire, qui lui furent données en 1679.

I. « Religieux qui out les privilèges des seirétaires du Roi. »

En velours gris et à ramages comme une éininence...,

La Bruyère fait-il allusion au costume que prenait le cardinal de Bouillon « pour se donner une distinction? »

a II portoit, dit Saint-Simon (tome XII, p. 28), des habits gris^ doublés de rouge, avec des boutons d'or d'orfèvrerie à pointe, d'assez beaux diamants ; jamais vêtu comme un autre, et toujours d'invention, pour se donner une distinction. i>

Page 171, n° 18. — Les belles choses le sont moins hors de leur place.... L'on ne voit pas d'images profanes dans les temples.... (1687.)

« A une église de Paris, fait dire Monteil à l'un de ses Parisiens du dix-septième siècle, je vis une tenture où étaient représentés les amours de Vénus et d'Adonis parer, un jour de fêle, le pourtour de la chaire d'un prédicateur qui parla avec beaucoup de chaleur contre les désordres des passions et les mauvaises mœurs. Je le demande : y a-t-il rien de plus curieux que d'entendre un prédicateur prêcher une chose sur une chaire qui en prêche une autre?» (^Histoire des Français des divers états, tome IV, p. 419? 4® édition, i853.) Et l'auteur ajoute en note, à l'appui de ce passage : a On mettait vraisemblablement cette tenture à la chaire de l'église de Saint-Roch dans ce temps (dix- septième siècle), et dans celui qui a précédé la Révolution, car on l'y a mise depuis. Elle y était à la Fête-Dieu de 1822. » (Même volume, notes, p. 120.)

Pages 171 et 172, n° 19. — Declarerai-je donc ceque je pense de ce qu'on appelle dans le monde un beau salut.... (1694-)

Clef manuscrite : « La musique des pères théatins, dont ils ont fait tant de différents concerts. C'étoit Lorenzani qui étoit auteur de cette musique, quia scandalisé tout Paris, Les places étoient louées comme à la Comédie et à l'Opéra. »

Les saints en musique des théatins qui ont eu le plus de succès sont ceux qu'ils disaient pour les morts. Ils semblent avoir commencé en septembre 168 5. Le Mercure ^^alant de ce mois, après avoir mentionné celui du 26, annonce qu'il y en aura tous les mercredis dans l'église des théatins, avec musique du a fameux M. Lan-

renzani, maître de musique de la Reine, » et le Mercure d'octobre (p. 272) rend compte de ces cérémonies dans les termes suivants :

« Les théatins continuent tous les mercredis leurs prières pour \e& morts, selon leur usage en Italie. Elles commencent par un De profundls que ces })ères chantent; ensuite on chante un psaume ou un motet qui convient à cette pieuse institution. Un prédicateur monte après en chaire, et fait une petite exhortation d'un peu plus d'un quart d'heure. Elle est suivie d'un autre motet, après quoi l'on donne la bénédiction du saint sacrement. Il y a de grandes indulgences accordées par le saint-siége à ceux et à celles qui y assistent. Les prédicateurs sont tous des gens choisis, et celui qui fait la musique, et qui a pris ce qu'il y a de plus excellents musiciens dans Paris, est ce fameux romain M. Lorenzani, qui étoit maître de la musique de la feue Reine.... Le grand monde qui se trouve à ces prières marque mieux que toutes sortes d'éloges combien on est satisfait de celte musique. »

Ce genre de spectacle, ainsi annoncé à grand bruit, produisit quelque scandale, ainsi que l'indique la lettre suivante de Seignelay, adressée à l'archevêque de Paris, sous la date du 6 novembre i685 : « On s'est plaint au Roi que les théatins, sous prétexte d'une dévotion aux âmes du purgatoire, faisoient chanter un véritable opéra dans leur église, où le monde se rend à dessein d'entendre la mu- sique; que la porte en est gardée par deux suisses, qu'on y loue les chaises 10 s. *, qu'à tous les changements qui se font, et à tout ce qu'on trouve moyen de mettre à cette dévotion, on fait des affiches comme à une nouvelle représentation. Sur quoi Sa Majesté m'ordonne de vous écrire pour savoir de vous s'il y a quelque fondement à cette plainte, et pour vous dire que dans le mouvement où sont les religionnaires pour leur conversion, il seroit peut-être à propos d'éviter ces sortes de représentations publiques* que vous

1. Les théatins avaient commencé en 1662 la construction « d'une église si grande, qu'elle ne convenoit ni à leurs facultés ni à l'emplacement » qu'ils occupaient [Dictionnaire historique de Paris^ par Hurtaut et Magny, tome IV, p. 6y6). Longtemps interrompus, les travaux ne purent être repris qu'en 17 14 «< au moyen d'une loterie. » Le P. Alexis de Bue, supérieur des théatins, avait sans doute compté sur le produit des concerts payants pour l'achèvement de l'église.

2. Un couplet d'une chanson du temps, qui ne porte point de date, mais qui est placée au milieu de chansons de 1680, dans le Chansonnier Maurepas (tome II, p. 217), nous apprend que les théatins avaient déjà eu recours à d'autres sortes de représentations :

Allons voir les machines Des pères théatins

savez leur faire de la peine, et qui peuvent augmenter l'éloignement qu'ils ont de la religion. » [Correspondance administrative sous le règne de Louis XIV ^ tome II, p. 602.)

La lettre de Seignelay dut niettre fin à « ces sortes de re])résentations,» ou du moins à l'appel que les théatins faisaient publiquement aux amateurs de musique : il n'est plus question dans le Mercure^ ni ailleurs, que nous s;)chions, de leurs saints hebdomadaires,

La remarque de la Bruyère, bien que publiée en 1^94) semble donc se rapporter aux saints de i685. Dans son Tliéophraste moderne^ imprimé en ifipQ, Brillon rappelle aussi les cérémonies musicales des théatins , et en parle comme de souvenirs lointains : « Alors j'étois jeune , » nous dit-il ' ; et la clef du Tliéophraste imprimée pour l'édition de 1701 explique ainsi les deux initiales T. T. de Brillon : « Tliéatins^ où l'on exécutoit autrefois de belles musiques. »

Les théatins cependant n'avaient pas abandonné dès i685 la pensée de donner de l)eauK saluts, et ils saisirent en i68f> l'occasion d'une grande cérémonie, dont l'éclat et la pompe ne pouvaient déplaire au Roi. Le 26 juin 1686, il y eut dans leur église un salut « pour rendre grâces à Dieu du retour de la santé du Roi. » On y chanta le Te Deum de Lorenzanl ; le nonce du pape y officia et donna la bénédiction du saint sacrement. « Le bruit qui s'étoit répandu de cette cérémonie, ajoute le Mercure (Juin i()86, p. 297), attira quantité de personnes de la première qualité, du nombre desquels étoient M. le prince de Meckelbourg '^ et M. le duc de Saint- Aignan, Il y eut le soir une grande illumination, au milieu de laquelle parut un soleil très-brillant. Cette illumination fut accompagnée d'un feu d'artifice, et le P. Alexis de Bue, supérieur de ce couvent, n'oublia rien de tout ce qui dépendoit de ses soins pour augmenter l'éclat de la fête.» On annonçait la célébration d'une messe solennelle tous les ans « pour la conservation du Roi;» mais nous ne retrouvons plus aucune mention de salut avec des motets mis en musique par Lorenzani.

Qui font danser leurs saints Comme les feuillantines.

[] n'est rien si charmant

I. a I)ois-je avouer une chose? Alors j'étois jeune. Le bruit d'une musique m'avertit qu'il y avoit une cérémonie aux T. T.... J'entre; mon oreille est eliarmée des voix, mon cœur est peu ému à la présence des saints mystères ;

l'exemple d'un clergé nombreux ne m'y porte point encore » {Tliéophraste

moderne, p. 280, édition de 1701.) En i68.'i Brillon avait quinze ans,

■2. Ce même personnage que les commentateurs ont reconnu dans le specia~ Leur de projcssioii dépeint |>ar la Bruvèie : voyez tt)Mie I, p. v'ilV, note ix..

CLEFS KT COAIlUENTAIKES. 385

Les places lelenues et payées....

Ainsi qu'on vient de le voir (p. 383), les places se payaient dix sols aux saluls des théatins ])our les morts. Peut-être est-ce à la suite de cette augmentation dans le prix des places, et pour en empêcher le retour, que l'on fit mettre « aux principales portes du temple » des « défenses solennellement écrites » d'exiger pour une chaise plus d'un sol'. Mais malgré ces affiches le prix s'en élevait souvent, et même très-haut : a Circus, dit Brillon'-', attiroit la foule à ses discours; l'église étoit remplie d'amphithéâtres; il falloit, pour trouver place, s'y rendre de bonne heure et donner un louis.... »

Des livres distribués comme au théâtre....

Ce n'étaient point seulement les livrets de ballets que l'on vendait dans les théâtres, et nous avons eu tort, p. 172, note i, de ne parler que de ces livrets.

« Une tragédie nouvelle, écrit Brillon ^, est annoncée : les acteurs qui se préparent à la faire valoir espèrent de l'impression un double gain; la pièce se débite dans le parterre et dans les loges; quelquesuns l'achètent, et suivent le comédien qui récite, prêts à le reprendre s'il manque de mémoire, anticipant les moments d'applaudir, relisant les beaux endroits. Comment les TipJiènes qui apportent dans la chaire tant d'usages profanes ne se sont-ils point avisés de celui-ci, qui pourroit les enrichir? Il ne reste, en effet, qu'à imprimer leurs discours et à les mettre dans la nef une heure avant qu'on ne les prononce; le profit du débit ira au déclamateur, et en tout il aura imité ce qui se pratique au théâtre. »

Page 173, n" 22. — Dans ces jours qu'on appelle saints ^ le moine...; (1687.)

Celte remarque est-elle une réflexion générale sur les démêlés du clergé séculier avec le clergé régulier, une dénonciation des sentiments que l'ordre des barnabites professait sur quelque point de doc-

1. Brillon, Théophraste moderne y chapitre des Prédicateurs, \). 35o.

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