Ibidem, p. 344 et
La Bruyère, h a 5
trille, ou une attaque contre un barnabite en particulier? La troisième explication est la plus vraisemblable, à notre avis. En 1687, point de désaccord, que nous sachions, entre les deux clergés sur la doctrine ; l'ordre des barnabites n'est accusé d'aucune dissidence ; mais il est deux barnabites pour le moins dont les enseignements sont, pour des motifs divers, considérés comme dangereux. L'un est moliniste , l'autre quiétiste. Parlons d'abord du premier, qui ne nous semble pas devoir être celui de la Bruyère.
« On a arrêté, écrit Dangeau, le 3i janvier 1688 (tome II, p. 102), un barnabite à Paris, accusé d'être un peu moliniste ; il y a quelques docteurs en fuite , soupçonnés d'être tombés dans des erreurs trèsapprochantes de celle-là, et qu'on accuse d'avoir des commerces se= crets avec la cour de Rome. » Quel est le nom de ce barnabite? Étaitce un directeur accrédité? Nous ne savons rien de lui, et l'ignorance où nous sommes de tout ce qui se rattache à ce personnage, assurément peu connu, nous dispose mal à voir en lui le barnabite de la Bruyère. Remarquons qu'il s'agit d'un moliniste, bien que dans la Comédie de la Bruyère^ M. Fournier présente comme molinosiste le moine de Dangeau : d'une part le texte donné par les éditeurs de Dangeau contredit M. Fournier; de l'autre la mention que fait Dangeau de docteurs qui professent, ou à peu près, la même doctrine, et qui de plus sont accusés de relations secrètes avec Rome, nous paraît démontrer qu'il n'y a point de faute d'impression. Si c'était d'un molinosiste ou quiétiste que Dangeau voulût annoncer l'arrestation , la seconde nouvelle s'accorderait mal avec la première : quelles relations secrètes auraient pu entretenir des molinosistes avec la cour de Rome, alors qu'elle venait de condamner la doctrine de Molinos? D'ailleurs il n'y avait pas, en 1687, de docteurs en théologie qui fussent des molinosistes ou des quiétistes assez compromis pour avoir la pensée de s'enfuir.
Laissons donc de côté, jusqu'à meilleure information, le moliniste de Dangeau, et passons au barnabite quiétiste dont les menées ont pu provoquer la remarque de la Bruyère. Revenant un peu plus loin sur le barnabite des Caractères, M. Fournier reconnaît en lui le confesseur de Mme Guyon, et M. Fournier, ce nous semble, a raison. Il ne reste plus qu'à nommer ce confesseur, ou plutôt ce directeur de Mme Guyon ^ : c'est le P. la Combe, auteur de V Analyse dePOraison mentale^ livre condamné par l'Inquisition le 9 septembre 1688.