‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 173 sur 257 · Mme Guyon se nommait Jeanne Bouvier de la Mothe · texte numérisé non relu

Mme Guyon se nommait Jeanne Bouvier de la Mothe

rigueur, j'en conviens, inspirer quelque doute sur sa parfaite orthodoxie.

(( Parmi les barnabites, dit-il (p. 17), il y avoit un P. de la Mothe, qui par le crédit de ses amis prêclioit depviis longtemps dans les endroits les plus célèbres, sans y avoir d'autres auditeurs que ses pénitents et dévotes ; je n'ai guère ouï dire de discours plus secs que les siens, et prononcés moins agréablement. C'étoit un mystique, qui paroissoit toujours en contemplation. »

Appliquée au P. de la Mothe, la réflexion de la Bruyère ne s'adresserait plus à un directeur quiétiste enfermé déjà le jour où elle est publiée, mais à un prédicateur que suit et suivra longtemps, dans les églises où il prêche', un troupeau fidèle de pénitents et de dévotes. Ce prédicateur nous représente assez mal le moine que la Bruyère nous montre, non pas en chaire, mais au confessionnal, non pas prêchant, mais dirigeant et confessant les paroissiennes du curé. La doctrine de la Moihe d'ailleurs, quelle qu'elle fût, ne se séparait pas assez nettement de celle du curé pour que ce dernier pût la déclarer hérétique et sacrilège , et pour que ses pénitents fussent appelés ses « adhérents : » le Gendre l'eût accusé de tout autre chose que de sécheresse, de mysticisme et de contemplation, s'il avait fait ouvertement profession de quiétisme. Aussi pensons-nous que le barnabite de la Bruyère est bien plus vraisemblablement la Combe, « le Molinos de France , » suivant une expression de le Gendre , que le P. de la Mothe.

Au surplus, s'il peut y avoir doute sur la personne du barnabite signalé par la Bruyère, du moins est-il presque certain pour nous que c'est déjà le quiétisme que poursuit ici l'auteur des Caractères^ près de neuf années avant d'écrire les Dialogues sur le Quiétisme.

Page 173, n° 23. — Il y a plus de rétribution dans les paroisses..., {1687.)

Les rétributions dont parle la Bruyère furent l'objet d'une réglementation, quatre ans plus tard : voyez le Règlement de Monseigneur C archevêque de Paris pour l^/tonoraire des curés et des ecclésiastiques de la ville et des faubourgs de Paris (in-4°, 1698, F. Muguet). Aucune taxe

I . Son nom se retrouve assez fréquemnaent jjarmi les prédicateurs désignés pour prêcher les carêmes et les avents dans les paroisses de Paris : c'est ainsi qu'il est annoncé pour prêcher le carême de 1684 à l'église Saint-Leu et Saint-Gilles, le carême de i685 à l'église Saint-Barthélémy, le carême de 1687 à l'église Saint-Cenoît, le carême de 1688 à Saint-Germain l'Auxerrois, etc.

CLEFS ET COMÎSIRNTAIRES. 889

n'y est Indiquée pour la confession, 11 est superflude le dire. Voltaire a cité dans son Dictionnaire plnlosoplii(jue^ au mot Taxe, les chapitres de ce Règlement qui sont intitulés : Mariages et Com'ois.

Pages 173 et 174, n" 9.4. — U'i pasteur frais et en parfaite santé..,,

Clef de 1696 : « Le curé de Saint-Merry. » — Clef Cochin : « M. de Blampignon, curé de Saint-Médéric, homme à bonnes fortunes et qui a toujours sous sa direction les plus jolies femmes de la paroisse'. » — Clefs du dix-huitième siècle : « M. de Blanipignon, curé de Saint-Médéric, ou feu M. Hameau, curé de Saint-Paul *. » — Clef manuscrite : -x M. de Lamet, curé de Saint-Eustache. »

Les auteurs de clefs ont cru voir tout particulièrement dans les deux premières lignes le portrait d'un ou deux curés; mais la « censure V de la Bruyère s'étend à presque tous les curés de Paris, qui se déchargeaient sur d'autres du soin de prêcher l'avent ou le carême. Voyez à la Bibliothèque impériale le recueil factice contenant les listes des prédicateurs de Paris de 164^^ à 1700 (L, 7, k, 6743, Ré' seri>e) .

Page 175, n" 25. — Tite, par vingt années...^ (1Ô89.)

Clefs du dix-huitième siècle : a: Tite^ Parceval (oMPeiceval), vicaire de Saint-Paul^. — Un autre clerc, M. le Sourd (ou le Seur), qui n'étoit pas prêtre quand il fut curé de Saint-Paul. » M. le Sourd, dit une clef, est le successeur de M. Hameau dans la cure de Saint-Paul.

1. M. de Blampignon prcrliait du moins quelquefois le carême ou l'avent hors de son église, s'il ne les prêchait à Saint-Merry; car il prêcha devant les carmélites de la rue du Bouloy pendant les avents de 1672 et de 1673, et le carême de 167.5. Il fut l'un des deux docteurs qui signèrent l'approbation des Dialogues sur le Quiétisnie. C'est le même Blampignon sans doute qui, simple bachelier en théologie, prêchait l'avent de 1660 aux religieuses de Saint-Thomas,

2. '< André Hameau, conseiller du Roi en la cour de parlement, docteur en théologie de la maison et société de Sorhonne, et curé de l'église et paroisse Saint-Paul, » figure dans un contrat passé en 1677 entre la veuve de Molière et les raarguilliers de Saint-Paul. (E, Soulié, Recherches sur ]\]olière, p. 299.) Une note du Chansonnier JSIaurepas (tome VI, p. 418) le donne pour peu savant et peu intelligent.

3. Ce vicaire serait-il le même que Perceval, docteur en théologie, aumônier et prédicateur du Roi, qui figure en 1660 et les années suivantes sur la liste des prédicateurs ?

M. Hameau vivait encore quand parut la remarque de la Bruyère : il figure sur la liste des membres du Parlement contenue dans VÉtat de la France de 1689.

Une clef manuscrite ajoute au vicaire de Saint-Paul ceux de Saint- Nicolas des Champs et de Saint-Eustache.

Page 178, n" 28. — La fille d^Aristippe,,.. (1689.)

Clefs des éditions Coste et clefs manuscrites : a Mlle Fodel *, fille de M. Morel, de la chambre aux deniers. »

Il a déjà été question plus haut (p. 358) de Zacharie Morel, maître de la cbambre aux deniers. Une clef manuscrite, qui nous a été communiquée par M. Ch. Livet, fait de « Mme Faudel » la femme d'un président.

Page 179, n"» 3o. — Un homme joue et se mine.... Un Amhreville.,.,

Ambreville était un personnage célèbre.

Le i^r juillet i683, Seignelay écrivait au procureur du Roi Robert : « Sa Majesté veut aussi que vous fassiez prendre tous les bohémiens qui sont à la suite d'Ambreville, et que si vous pouvez connoître que ledit d'Ambreville soit coupable de quelque crime, vous le fassiez prendre lui-même et lui fassiez faire son procès. » (Correspondance administrative sons le règne de Louis XIV ^ tome II, p. 69 1.) — Dangeau annonce en ces termes l'exécution de d' Amhreville à la date du vendredi 19 juillet 1686 : «On brûla à Paris Ambleville, fameux bohémien, pour avoir dit des impiétés abominables; le Roi lui avoit donné grâce pour plusieurs crimes, mais il n'a pas voulu lui en pardonner un si atroce. » Il avait une sœur du nom deLéance, qui, éloignée de Paris, ou du moins exilée à Saint-Germain en i683, fut enfermée à l'Hôpital général en juin 1686. « Sa Majesté m'ordonna en môme temps de vous écrire, dit Seignelay dans une lettre adressée au procureur général de Harlay, que son intention est qu'elle soit soigneusement gardée audit hôpital , en sorte que le public soit déchargé de cette femme, qui attire un si grand nombre de bohèmes à Paris. » {Correspondance administrative ^ ibidem^ p. 596.)

f{ D'Ambreville que l'on a brûlé (lisons-nous enfin dans le Mena-

I. Les imprimeurs des clefs ont mal lu ce nom, et ont écrit Fo'let.

glana, tome IV, p. 176) étoit un merveilleux pantomime. Il contrefaisoit un homme sans en omettre le moindre trait, et le rendoit remarquable à ceux qui ne l'auroient vu qu'une fois. Il étoit fort souple et fort adroit de son corps. A l'entreprise de Gigery, il étoit forçat sur les galères du Roi : un Maure bien monté venoit souvent insulter les François, et faire le coup de pistolet aux gardes avancées ; d' Ambreville se cacha derrière une masure , où il attendit le Maure, et quand il fut passé, il lui sauta en croupe, et le renversa mort de deux coups de poignard. »

Page 179, n*» 3t , — Il s'est trouvé des filles qui avaient de la vertu.,.,

La question que touche la Bruyère était l'une de celles qui occupaient le plus les esprits, et sur laquelle le clergé et la magistrature avaient peine à s'accorder. Un passage de l'abbé le Gendre {Mémoires y p. 168-171), que nous reproduisons en entier, résume les discussions qui s'agitaient, exprime les sentiments du clergé, et rappelle les décisions qui mirent fin au débat.

« Une des plus grandes {affaires) qu'il y eût alors, dit-il, et sur laquelle depuis vingt ans le Roi, le clergé et le Parlement n'avoient pu s'accorder, étoit la dot et les pensions des religieuses. Le Parlement en 1667, sur le réquisitoire de M. l'avocat général Talon, le fléau des moines et moinesses, avoit défendu sous très-rigoureuses peines ces dots et ces pensions, comme contraires au bien public, comme simoniaques et prohibées par les canons. Il appartient aux magistrats d'interpréter les lois civiles, parce qu'ils sont les dépositaires autant des intentions que de l'autorité du Prince; pour l'explication des canons, qui sont les lois ecclésiastiques, elle n'est point de leur ressort, et elle est réservée particulièrement aux prélats. Qui peut mieux pénétrer l'esprit de ces lois et en développer le sens, que ceux à qui est confié le dépôt de la foi et des mœurs?

ce Cet arrêt fit beaucoup crier; aussi intéressoit-il autant les bonnes familles que les couvents d'hommes et de filles. Si ces monastères sont des écoles de vertu, si ce sont des asiles contre la corruption du siècle, ce sont aussi des décharges pour les familles. A-t-on un grand nombre d'enfants, on est bien soulagé de pouvoir à un juste prix en placer honorablement une partie en des couvents. Pourquoi, disoit-on, s'élever contre les pensions? Elles sont si modiques qu'elles ne peuvent faire ni grand bien à ceux qui en jouissent, ni grand mal à ceux qui les donnent. D'ailleurs, ces pensions étant via-

gères, le fonds en demeure à la faniille. En quoi sont-elles illicites, en quoi sont-elles simoniaques ? La simonie consiste dans la tradition de quelque chose de temporel pour une chose spirituelle : qu'y a-t-il d'approchant dans les pensions, puisqu'elles ne sont destinées qu'à nourrir la religieuse ou qu'à lui fournil" ses petites commodités, ce qui soulage le couvent d'autant ?

« A l'égard des dots, il y avoit plus de difficultés, l'esprit de l'Eglise et son ancienne discipline étant que dans les couvents on ne reçoive de religieuses qu'autant qu'on en peut nourrir. Les canons leur défendent de prendre de l'argent ou de stipuler des conditions dotales pour admettre à la profession. Ceci ne doit s'entendre que des anciennes ahbayes, qui sont suffisamment reniées, ou de ces grosses communautés qui, quoique beaucoup plus modernes, disputent avec les abbayes de faste et d'opulence.

« En des maisons aussi puissantes, à quoi peuvent servir des dots, sinon à entretenir le luxe et les plaisirs d'une abbesse mondaine, ou à élever mal à propos des bâtiments superbes, dont la magnificence fait plus de honte que d'honneur aux maisons religieuses, où doit régner la modestie, si recommandée par leurs règles? Aujourd'hui l'abus est si grand que plus un couvent a de bien, plus il en faut pour y entrer; quelque vocation qu'ait une fille, dès qu'elle est pauvre, elle n'est plus censée en avoir. Chose étrange, qu'on ne puisse, sans être riche, être admis en aucun couvent à faire vœu de pauvreté ! et à renoncer à ses biens, qu il n'en coûte une partie! A l'égard des maisons qui n'ont pas de bien et qui ont peine à subsister, c'est une nécessité de prendre des dots, non pour admettre la novice à faire profession, mais en fin de pourvoir à sa nourriture et de fournir sa quote part des frais communs du monastère. Cette coutume, qui insensiblement a passé en loi, paroit d'autant moins odieuse qu'elle est autorisée par des papes, par des saints, et d'ailleurs fondée en raison. Saint Charles Borromée, dont on a une si grande idée, étoit si fort persuadé qu'il est permis dans ces couvents de stipuler des dots, que lui-même a dressé un modèle de ces contrats.

a Quelque différence que l'on mette entre les couvents pauvres et les couvents riches, l'arrêt indistinctement avoit proscrit toutes les dots, et Louis XIV, par un édit, avoit confirmé l'arrêt, désirant si fort de le voir bien exécuter, que l'assemblée du clergé de 1676, et, dix ans après, celle de i685, firent inutilement les remontrances les plus vives pour vaincre cette résistance ; ce ne fut même qu'en 1693 que parut la déclaration qui raodifioit l'éditn Monsieur de Paris' eut grande part à cette déclaration, et n'en fut point loué; la raison, c'est

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