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que, déférant trop aux sollicitations de dames puissantes qui protégeoient les monastères, et trop peu aux représentations que lui firent les magistrats, il tourna les choses de manière qu'on accordoit aux religieuses plus qu'elles n'eussent osé espérer. Il leur étoit permis par cette nouvelle jurisprudence, dans les villes où il y a parlement, de prendre huit mille francs de dct et cinq cents livres de pension, et dans les autres villes, trois cent cinquante livres de pension et deux mille écus pour dot. Est-il couvent en province où les religieuses, quelque intéressées qu'elles soient, osassent demander et se flattassent d'ohteuir autant que par cette déclaration on leur permet de recevoir? »
Page 180, 11° 33. — Faire une folie..., c'est épouser Mélite.,.. (1689.)
Clefs des éditions Coste : « M. le marquis de Richelieu, Mlle de Mazarin, fille du duc de ce nom. »
Le marquis de Richelieu * avait enlevé d'un couvent, en 1682, la fille du duc de Mazarin*, et l'avait épousée en Angleterre. Il l'avait épousée sans dot^; mais Mlle de Mazarin ne ressemblait nullement à Mélite. Une clef manuscrite applique cette remarque à Armand- Jc.'in du Plessis, duc de Richelieu, et à Anne-Marguerite d'Acigné, qu'il épousa en secondes noces dans l'année 1684, et qui mourut en 1698. « Elle étoit Acigné, dit Saint-Simon (tome II, p. 177), de très-bonne maison de Bretagne. »
P<igc 180, n° 34. — Il étoit délicat autrefois de se marier,... (1687.)
Les clefs des éditions Coste citent , comme maris auxquels la Bruyère pouvait opposer les maris d'autrefois : « M. le prince de Montauban, M. de Pons, M. de la Salle, M. Belot. »
1. Louîs-Arm;incl du Plessis, marquis de Richelieu, ué en lôSij mort en 1730, neveu d'Armand-Jean duc de Ricbciieu, noininé ci-après.
2. Marie- Charlotte de Mazarin, fille d'Armaud-Charles duc de Mazarin et de la Meilleraye, et d'Hortense Mancini,née en 1662, morte en 1729.
3. Deux ans plus tard, Mazarin accorda son pardon, et donna cent raille francs et le gouvernement de la Fère à son gendre, à condition qu'il épouserait une seconde fois sa fille, et que ce second mariage se ferait en France. Le Roi accorda des lettres de grâce, a C'étoit la première grâce, dit Dangeau (tome I, p. 62), que le Roi eût accordée pour un enlèvement. » '
Le nom du prince de Montauban* était bien choisi. « C'étoit, dit Saint-Simon (tome IV, p. 36o et 36i), un homme obscur et débauché que personne ne voyoit jamais, et qui pour vivre avoit épousé la veuve ^ de Rannes, tué lieutenant général, et mestre de camp général
des dragons^ C'étoit une bossue, tout de travers, fort laide, pleine
de blanc, de rouge et de filets bleus pour marquer les veines, de mouches, de parures et d'affîquets, quoique déjà vieille, qu'elle a conservés jusqu'à plus de quatre-vingts ans qu'elle est morte. Rien de si effronté, de si débordé, de si avare, de si étrangement méchant que cette espèce de monstre, avec beaucoup d'esprit et du plus mauvais , et toutefois de l'agrément quand elle vouloit plaire. Elle étoit toujours à Saint-Cloud et au Palais-Royal quand Monsieur y étoit, à qui on reprochoit de l'y souffrir, quoique sa cour ne fût pas délicate sur la vertu. Elle n'approchoit point de la cour, et personne de quelque sorte de maintien ne lui vouloit parler quand rarement on la rencontroit. Elle passoit sa vie au gros jeu et en débauches, qui lui coûtoient beaucoup d'argent. A la fin Monsieur fit tant que sous prétexte de jeu, il obtint un voyage de Marly'*. Les Rohans, c'est-à-dire alors Mme de Soubise, l'y voyant parvenue, la soutint de son crédit; elle joua, fit cent bassesses à tout ce qui la pouvoit aider, s'ancra à force d'esprit, d'art et de hardiesse. Le jeu l'appuya beaucoup. Son jargon à Marly amusa Mme la duchesse de Bourgogne ; la princesse d'Harcourt la protégea chez Mme de Maintenon, qu'elle vit quelquefois. Le Roi la faisoit causer quelquefois aussi à table ; en un mot , elle fut de tous les Marlys , et bien que l'horreur de tout le monde , il n'y en eut plus que pour elle, en continuant la licence de sa vie, ne la cachant pas, et sans se donner la peine du mérite des repenties. »
Au moment où la Bruyère publiait ses Caractères, les querelles de M. et de Mme de Montauban avaient déjà occupé le public : a II y eut, écrit Dangeau à la date du i6 février 1686 (tome I, p. 296), un grand fracas entre M. et Mme de Montauban, et elle s'enfuit la nuit de son logis ; elle veut se séparer, et lui veut la ravoir. »
La famille de Pons était fort nombreuse, sans parler des personnages qui, en dehors de cette famille, portaient le même nom, tel
1. Jean-Baptiste-Armand de Rohan, prince de Montauban. Il mourut en
2. Charlotte de Bautru. Elle se maria le 2 août 1682 avec le prince de Montauban, et mourut en 1725.
3. Nicolas d'Argouges, marquis de Bannes, tué en Allemagne en 1678.
4. Suivant une note du Chansonnier Maurepas (tome XXVII, p. 207), on prétendait que la princesse d'Harcourt avait reçu d'elle cinq cents écus pour lui obtenir ce voyage.
que le fils du comte de Ma^ans^ Peut-être les clefs font-elles allusion à M. de Pons, guidon de la gendarmerie de la garde du Roi, de a cette grande et illustre maison de Pons, » comme dit Saint- Simon, qui épousa en 1710 une ricîie héritière, « fille unique de Verdun » et veuve de M. de la Baume, fils aîné du maréchal de Tallart. « La femme, dit Saint-Simon (tome XVII, p. SyS), étoit aussi dépiteusement laide que le mari étoit beau, et aussi riche qu'il étoit pauvre; d'ailleurs autant de gloire, d'esprit, de débit et d'avarice l'un que l'autre.... Elle étoit très-méchante, très-difficile à vivre, maîtresse absolue de son mari , dont l'humeur étoit pourtant dominante, et qui régnoit tant qu'il pouvoit sur tous ceux qu'il fréquentoit. »
Quant au personnage que les clefs indiquent sous le nom de M. de la Salle, il nous semble assez difficile de reconnaître en lui^ comme on l'a fait, Louis Caillebot, marquis de la Salle, ancien maître de la garde-robe du Roi-, qui, à soixante-six ans, épousa en 1712 une fille de vingt ans, belle et bien faite', et sans dot. Ce mariage, dont Saint-Simon conte les détails (tome X, p. 260 et 261), occupa beaucoup la cour : « il a été très-heureux, dit Saint-Simon, et cette jeune femme a vécu avec lui à merveilles j vertu, complaisance, soin d'attirer du monde, et pourtant avec économie. » On pourrait mettre le nom de Mme de la Salle à côté de celui de Mclite un peu plus haut (p. 393, note xvii), si elle ne s'était mariée si tard.
Le nom de la Salle au surplus n'était pas rare. Un Antoine Monet de la Salle, qui vivait à cetie époque et qui mourut en I724> doyen des maîtres des requêtes et conseiller d'Etat ordinaire, est vraisembleblement le personnage auquel il est fait allusion, car ce personnage est qualifié f( maître des requêtes » sur un exemplaire du temps.
Nous avons déjà rencontré le nom de Belot (ou Blot, suivant l'orthographe de plusieurs clefs manuscrites) : voye?. tome I, p. 471» note XII. Ce nom était alors porté par un avocat célèbre, cité dans la Requête des Dictionnaires de Ménage''; mais il ne peut être question de lui, car il était né en i6o5 et avait alors quatre-vingt-deux ans.
1. Mémoires de Saint-Simon, tome XI, p. 4 1. — Une clef manuscrite porte : de Pont, au lieu de : « de Pon?.. »
2. Louis Caillebot, marquis de la Salle, sous-lieuten:mt de la compagnie des chevau-légers de la garde en 1674» brigadier de cavalerie en 1677, maître de la garde-robe du Roi en 1679. H vendit cette charge en 17 12. Nous l'avons nommé plus haut, p. 3']6, note n; voyez son histoire et son portrait dans Saint-Simon, tome X, j). 257-261 ; conférez le Mercure galant de mars 1682.