‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 178 sur 257 · Voyez tome I, p. 481 cl 482, note vni · texte numérisé non relu

Voyez tome I, p. 481 cl 482, note vni

4oo APPENDICE.

peut rappeler ces vers de Petit où se trouve le même souvenir de la férule :

Quoi? donner hardiment les dix raille louis Pour s'asseoir sur un banc semé de fleurs de lis!... Souvent Thémis en gronde, et hautement se plaint Que l'on mette en trafic son ministère saint, Qu'on jilace sur les bancs, chose bien ridicule , Des enfants dont la main sent encor \n férule y Et qui sans concevoir ni le droit ni le fait^ Sur des cas importants opinent du bonnet.

[Discours satjriques ^ satire jy,ii. 3 1 et 32.)

En marge de ces diverses réflexions sur la magistrature , nou^ lisons, dans un exemplaire du temps, Tannotation suivante, écrite à la main : « Les juges font un métier de leur profession, et leurs épices sont excessives. On peut dire qu'ils achètent la justice en gros et la vendent en détail. »

Page 187, n° 49- — La principale partie de l'orateur.... (1689.)

Clefs des éditions Coste : « // déguise ou il exagère les faits : M. Fautrier, avocat. » — Clefs manuscrites : « M. Vautrier, avocat.» — Autres clefs : « M. Vautier {ou Vaultier), avocat. »

Plusieurs clefs manuscrites semblent faire hommage à l'avocat Fautrier ou Vautier des premiers mots de l'alinéa, au lieu de le reconnaître dans le déclamateur dont la Bruyère fait le portrait.

« Vaultier, l'avocat le plus déchirant (c' est-à-dire le plus satirique) qui ait peut-être paru au Palais, dit le Gendre {Mémoires.^ p. 28), y attiroit un monde infini, quand principalement il plaidoit une cause grave. »

Pages 188 et 189, n°» 5i et 5*2. — La question est une invention merveilleuse....

Il avait paru en 1682, à Amsterdam, un livre intitulé : d Si la ior^ tare est un moyen setir de vérifier les crimes secrets , dissertation morale et juridique par laquelle il est complètement traité des abus qui se commettent partout en l'instruction des procez criminels et particulièrement en la recherche du sacrilège, ouvrage nécessaire à tous juges tant souverains que subalternes, et tous avocats consultants et

CLEFS ET COMMENTAIRES. /ioi

patrocinaux, par maistre Augustin Nicolas, conseiller du Roy et maistre des requestes ordinaire de son hostel au parlement de la Franche-Conté. »

Une condition lamentable est celle d^un homme.,., (1691.)

Clefs du dix-huitième siècle :

«M. le marquis de Langlade, mort innocent aux galères; le Brun, appliqué à la question, où il est mort. Le prejnier avoil été accusé d'un \ol fait à M, de Montgommery, et le voleur, qui avoit été son aumônier, fut trouvé depuis et pendu. Le second fut accusé d'avoir assassiné Mme Mazel, et pour cela mis à la question. L'assassin, nommé Berry, qui étoit lils naturel de ladite dame Mazel ', a paru depuis et a été roué en place de Grève. »

C'est sur l'accusation du comte de Montgommery et de sa femme que le marquis et la marquise de Langlade, qui habitaient la même maison et qui étaient leurs amis, furent, en septembre 1687, soupçonnés d'avoir commis un vol. Langlade, a})rès avoir courageusement subi la question ordinaire et extraordinaire, fut condamné aux galères pour neuf ans en février 1688, et mourut à l'hôpital des forçats, à Marseille, le 4 mars 1689. Mme de Langlade avait été bannie pendant neuf ans de la prévôté de Paris, et condamnée à la prison jusqu'à ce qu'elle tût remis à M. de Montgommery les dix mille écus qui lui avaient été volés, et payé les frais du procès. Les véritables auteurs du vol ayant été découverts, M. et Mme de Langlade furent réhabilités par un arrêt du Parlement en 1698; M. de Montgommery fut obligé de restituer les sommes qu'il avait reçues, et l'on recueillit, par une quête faite à la cour, cent mille francs, que l'on offrit à Mlle de Langlade.

Mme Mazel, qui recevait grande compagnie, et donnait à jouer ^ et à souper deux fois par semaine, avait été assassinée le 27 novembre 1689 : Jacques le Brun, son domestique, fut condamné à mort par le Châtelet. L'arrêt ayant été infirmé, on commençait de nouvelles enquêtes, quand le Brun, brisé par la torture, mourut dans les premiers jours du mois de mars 1690. Le vrai coupable, Gerlat, dit Berry, fut arrêté le 27 mars. Un arrêt du Parlement réhabilita en 1691 la mémoire de le Brun.

1. Ce n'est pas lui, mais l'abbé Poulard, son complice, disait-on, qui passait pour être lils naturel de Mme Mazel.

2. Elle était l'une des femmes dont parle la Bruyère dans son Discours sur Théophraste : voyez tome I, p. 22, note 4. Elle avait, au moment où elle fut assassinée, deux cent soixante-dix-huit livres dans la bourse où elle enferm;)it l'argent des cartes.

La, Bruyère, ii 2 fi

Page 189, n" 53, — Si Von me racontoit qu'il s^est trouvé autrefois.... (1691.)

Clef de 1696 : (.(.Un prévôt ., Lasnier Grand-Maison, prévôt de l'Ile. — Un homme de crédit^ M. de Saint-Pouange, à qui l'on prit un diamant au sortir de l'Opéra. » — Dans les clefs imprimées du dix-huitième siècle, le prévôt qui fait rendre à M. de Saint-Pouange « une boucle de diamants y> dérobée à l'Opéra se nomme simplement Grand-Maison , et il est qualifié soit grand prévôt de l'hôtel , soit grand prévôt de la connétablie.

La confusion que l'on fait entre deux personnages et entre les fonctions diverses qui portaient l'appellation commune de prévôtés, montre que l'aventure dont il s'agit était assez peu connue. Une clef manuscrite nous avertit que Lasnier, dont elle fait un « prévôt de l'Ile,» et Grand-Maison, qu'elle qualifie «lieutenant de robe courte ', » sont deux personnages distincts. Une autre ^ nous donne le véritable nom et le titre officiel de Grand-Maison : a Le sieur Francine de Grand-Maison, prévôt général des connétables et maréchaux de France aux gouvernements de Paris et de l'Ile de France, y est-il dit, fit rendre à M. de Saint-Pouange un diamant de prix, etc. »

Les prévôts des maréchaux étaient chargés de la sûreté des chemins et de la répression des délits qui s'y commettaient. Celui qui avait cette mission dans l'étendue de l'Ile de France se nommait simplement prévôt de l'Ile, et tel était le titre habituel de Francine de Grand-Maison, qui mourut en décembre 1688^.

1 . Clef de l'exemplaire de M. Danyau : « Lasnier, lieutenant de robe courte, ou de Grandmaison, prévôt de l'Ile. »

2. Voyez l'exemplaire souvent cité de la Réserve de la Bibliothèque impériale.

3. En annonçant sa mort, le Mercure (décembre 1688, p. 3o3) lui donne les titres suivants : « M. de Francine, seigneur de Grand-Maison, prévôt général de l'Ile de France, intendant général des eaux de Sa Majesté, maréchal de bataille de la milice de Paris et major de la même ville. » Était-il le fils de Pierre Francine, mort en avril 1686, avec les titres de maître d'hôtel ordinaire du Pioi, et d'intendant des eaux et fontaines ? S'il en est ainsi, il eut reçu de celui de ses frères qui épousa la fille de Lulli*, l'intendance des eaux et fontaines, car c'est le gendre de Lulli qui en avait la survivance : ce dernier l'aurait abandonnée quand il jiritsoin de l'Opéra, après la mort de Lulli. Francine

* Voyez tome I, p. 422. — Il y avait un autre Francine dans l'armée [Journal de Dangeau, toroe II, p. 189).

CLEFS ET COMMENTAIRES. 4oî

A défaut des annotations des clefs, le Mercure historique et politique nous eut donné le commentaire de la réflexion de la Bruyère. « Il s'est vu autrefois à Paris, est-il dit dans le numéro d'août 1688 (tome V, p. 843 et 844)7 î"^ ^^^ voleurs avolent pour protecteurs les principaux officiers de la justice. Que ne conte-t-on point de ceux qu'on appelle communément Coupeurs de bourses, etc. ? D'abord que l'on avoit un ami auprès de celui-ci*, il vous faisoit retrouver tout ce que vous aviez perdu, et le commerce étoit si étroit entre eux, qu'il les apostoit lui-même pour vous déniaiser, principalement lorsque l'on se faisoit fort d'être au-dessus de leurs ruses. Mais enfin toutes ces galanteries, qui sentoient beaucoup le fripon, ne sont plus à la mode il y a déjà quelque temps. Le Roi, après en avoir purgé Paris, a fait tout son possible pour mettre le même ordre dans tout son royaume. Mais enfin le moyen d'oublier les bonnes coutumes? Comme on devient forgeron à force de manier le fer, de même un lieutenant criminel, ou quelque autre juge semblable, à force d'avoir communication avec les voleurs, devient voleur lui-même. Chacun sait les

tours de passe-passe qu'a joués ; et c'est pour cela qu'un homme

qui par sa naissance faisoit honneur à cette charge n'a pas jugé à propos de la garder longtemps.

« Si cela se fait donc encore quelquefois à Paris, nonobstant la présence du soleil dont les rayons ne souffrent point de pareils monstres, » ajoute le Mercure^ on ne doit point s'étonner que de pareils abus se produisent au loin, et il cite un exemple d'un scandale, du même genre, dont le récit vient de Lyon et n'a aucun rapport avec la remarque de la Bruyère.

Page 190, u° 54. — Combien d'hommes qui sont f^rts.... (168g.)

Clefs des éditions Coste : «M. le président de Mesmes, et le lieutenant civil. »

Nous avons parlé (tome I, p. 5ii, note m) du président de Mesmes^, dont les galanteries étaient fort connues, et (p. 480, note vi) du lieutenant civil Jean le Camus ^.

de Grand-Maison laissa la prévôté de l'Ile à un fils, qui la céda en 17 18 : voyez le Journal de Dangeau, tome XVII, p. 416, où il faut corriger « prévôt de Lille » en a prévôt de Vile. »

1. Il y u ici une faute d'impression, ou plutôt de rédaction; 11 s'agit de l'un des protecteurs que les voleurs avaient parmi les officiers de la justice.

2. Jean-Antoine de Mesmes, président à mortier en 1688, membre de l'Académie française en 17 10, premier président en 1712, est mort en 1723, âgé de soixante et un ans.

3. Jean le Camus, frère puîné du cardinal le Camus et du premier président

Pages 190 et igi, u" 57. — Il est vrai qu'il y a des hommes.... (1690.)

Clefs des éditions Coste : « L'abbé de la Rivière, évêque de Lan grès. »

Louis Barbier de la Rivière, évêque de Langres en i656, mort le 3o janvier 1670, est cet abbé de la Rivière, aumônier et favori de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII, dont il est question dans les mémoires antérieurs à l'époque où nous placent les Caractères (voyez les Historiettes de Tallemant des Réaux, tome II, p. 98 et 99, note de M. P. Paris; la Correspondance de Bussy, tome I, p. 267, etc.). Nous ne savons rien qui justifie l'allusion qu'indiquent les clefs.

Pages 191 et 192, n° 58. — S'il n^y avoit point de testaments.... (1690.)

Clefs des éditions Coste : « La princesse de Carignan ; le président Larché. » — Clefs manuscrites : «Les héritiers de M. le Boultz, conseiller au Parlement. »

Marie de Bourbon, fille de Charles comte de Soissons, femme de Thomas-François de Savoie, prince (ie Carignan, qu'elle avait épousé en 1624 (et qui mourut en i656), belle-mère de la comtesse de Soissons (Olympe de Mancini), était morte le 4 juin 1692. Son testamentj où elle avait déshérité trois de ses enfants, donna lieu à quelques discussions de famille, dont la fin est ainsi annoncée par Dangeau (tome VI, p. 2o5), à la date du 8 octobre 1697 : « J'appris que M. le prince de Carignan s'est accommodé avec Mme la comtesse de Soissons la mère, et ses enfants, de tous les biens qu'ils avoient en France. Il donne à Mme la comtesse de Soissons quarante mille écus d'argent comptant pour payer ses dettes et quarante mille francs de pension ; il donne à Mlle de Carignan et à Mlle de Soissons chacune dix mille écus d'argent comptant et vingt mille francs de pension; à M. le comte de Soissons et à M. 4e prince Eugène ', son frère, cinq mille francs de pension chacun; ils ont beaucoup moins que leurs sœurs, parce que Mme la princesse de Carignan, leur grande mère, les avoit déshérités^. » — On dit, écrit ailleurs Dangeau

de la cour des aides, était lieutenant civil depuis 1684, et mourut eu 1710, âgé de soixante-treize ans.

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