Voyez ci-après, p, 606-609, et p
celui qui fat inauguré le 5 avril 1694^. C'est sans cloute bien peu de temps après cette époque que la Bruyère commença ses Dialogues. 11 y travailla lentement, puisqu'ils étaient encore inachevés lorsqu'il en fit la lecture, deux ans plus tard, à Antoine Bossuet.
Ce dernier n'est point d'avis que la Bruyère ait imité les Provinciales^ et cette opinion est l'un des arguments qu'on a fait valoir contre l'authenticité des Dialogues qui ont été publiés. Walckenaer les déclare « strictement imités des fameuses lettres de Pascal. Le cadre est le même , ajoute-t-il ; le mode d'argumentation le même*. » Cela est-il bien vrai? nos Dialogues sont-ils une pure imitation des Provinciales? La négative pourrait être soutenue sans paradoxe; mais lors même qu'il y aurait un rapport étroit entre les deux ouvrages, que conclure de la phrase d'Antoine Bossuet, sinon qu'il aurait , avec trop de bienveillance , accordé à son ami le mérite de l'originalité?
Arrivons à une objection plus grave. On ne reconnaît pas la Bruyère dans ce livre, dit-on. Que l'on n'y trouve point de portraits, ni d'allusions satiriques aux événements du temps, cela est certain : si l'on y a fait des suppressions, il est vraisemblable qu'elles ont précisément porté sur les morceaux qui rappelaient la manière de l'auteur des Caractères ; mais est-on bien sûr que la Bruyère ne se soit pas justement proposé de renoncer dans les Dialogues à ses habitudes, et d'écrire ce nouvel ouvrage sur lui ton nouveau? Il est un passage de la préface des Caractères^ écrit en 1690, où la Bruyère exprime la crainte de faire dire à quelquesuns : « Ne finiront-ils point, ces Caractères^ et ne verrons-nous jamais autre chose de cet écrivain'?» Ainsi qu'il le prévoyait, on l'accusa en effet de ne jamais faire que des caractères : on l'en accusa quand il prononça son discours de réception à l'Académie; on l'en accusa plus vivement encore lorsqu'il publia la Préface de ce Discours. N'aurait-il point voulu montrer cette fois qu'il pouvait composer un ouvrage sans y mettre la moindre personnalité? Je le crois trèsfermement pour ma part.
Il faut convenir que le style des Caractères et celui des Dialogues se ressemblent peu. Aussi ferons-nous à la collaboration de l'abbé du Pin, si l'on veut, une part plus grande que celle qu'il avoue. Mais avant d'aborder ce point, reconnaissons que le style ne pouvait être le même en l'un et l'autre ouvrage. Dans les Dia-
t. Voyez la Gazette de France du 10 avril 1694, p. 200, où il y a une légère erreur de date, qu'il est aisé de corriger.