Voyez notre tome I, p
logues, il ne s'agit plus de remarques longuement méditées et lentement élaborées, où l'auteur avait dû, variant ses tours à l'infini, exprimer sa pensée sous la forme la plus saisissante et la plus originale : il s'agit d'une conversation facile et courante, rapidement écrite, et que l'auteur n'a pas eu le temps de reviser. D'ailleurs il y a du talent dans ces dialogues et beaucoup plus, je crois, que n'en aurait pu mettre l'abbé du Pin, réduit ii ses propres forces. Le Gendre lui accorde <c une grande fécondité, beaucoup de facilité à écrire, » mais peu « de correction dans le langage, ni d'élégance ni de délicatesse de style. » Les premiers dialogues ne manquent en général ni de correction, ni même d'élégance et de délicatesse.
On y reconnaît tantôt une pensée qui se rapprocbe de celles qu'on a lues dans les Caractères^ ^ tantôt une expression qui est bien de la langue de la Bruyère. Sans attendre le rapide examen que nous nous proposons de faire du style des Dialogues dans la préface du Lexique^ signalons, p. i55 de l'édition originale et ciaprès, p. 611 (note fl), un mot qui porte la marque de notre auteur : « les oraisons les plus triviales. » Si peu irrévérencieuse que soit l'expression trivial dans le sens où la Bruyère l'emploie le plus souvent*, est-ce un ecclésiastique qui l'eut ainsi placée? J'en doute, et l'abbé du Pin semble me donner raison, puisqu'il a substitué dans son Errata le mot communes à triviales'^.
Cette substitution d'un mot à un autre n'est probablement pas la seule que l'éditeur se soit permise. M. Edouard Fournier, qui a rejeté les conclusions de Walckenaer*, et avant lui le rédacteur du Journal des savants^, font deux parts bien distinctes dans les Dialogues, l'une appartenant à la Bruyère, l'autre à du Pin : d'un côté les
1 . Voyez par exemple divers traits sur les femmes, sur leurs directeurs, sur les faux dévots, sur les charlatans (p. 076, 583, 684, 600, 6o5), etc.
2. Voyez le tome I de cette édition, p. -^49. n" 12 ; le tome II, p. Sg, n° i25; et le Lexique.
3. Cette expression avait-elle échappé à son attention? Ou lui avait-elle paru innocente, et serait-ce la censure qui en aurait demandé la suppression ? — L'approbation des docteurs en théologie a été donnée le 2 décembre 1698; V Achevé (Timpriiner est du 5. Les censeurs ont donc lu l'ouvrage sur les feuilles d'imprimerie, et non dans le manuscrit. UErrata ne relève pas d'autres corrections qui puissent avoir été demandées par eux.