‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 242 sur 257 · Ambrosius, de Spîritu Sancto [liber Itl, cap. xi · texte numérisé non relu

Ambrosius, de Spîritu Sancto [liber Itl, cap. xi

* Il y a dans ce renvoi un singulier mélange d'exactitude et d'erreur. C'est au livre XX, chapitre xxi, non de la Cité de Dieu, mais de l'écrit de saint Augustin Contre Faustus, qu'il est ainsi parlé du culte des saints. Il en est aussi question dans la Cité de Dieu; mais c'est au chapitre xxvii du livre VIII.

** Les Collyridicns offraient des sacrifices à la vierge Marie. C'étaient des hérétiques qui, de la Thrace et de la haute Egypte, s'étaient, dit saint Epiphane, répandus dans l'Arabie. L'écrit dirigé contre eux par ce père fait partie du livre III de son grand ouvrage Contre les hérétiques.

DIALOGUK V. 6i5

ne peuvent déchoir. Voilà, dit mon frère, ce que nous enseignons; c'est la doctrine de l'Eglise, dont hi clarté et les vives lumières sont capables de dissiper tous les nuages dont vos Taux ministres l'ont voulu obscurcir. « Le nouveau converti, homme d'esprit, de bon sens et de bonne foi, n'eut pas de peine à se rendre à une instruction si solide : il reconnut aussitôt l'artilice dont on s'étoit servi tant de fois pour lui donner de l'horreur de la doctrine de l'Eglise, et détesta la mauvaise foi de ceux qui l'avoient trompé jusqu'alors.

Le directeur. C'en est assez sur cette matière : elle n'est pas du nombre de celles dont je veux vous entretenir en particulier; c'est un différend à démêler entre Monsieur le docteur et moi. Revenons à notre sujet. Vous me demanderez peut-être s'il ne vous sera pas permis d'entrer dans certaines pratiques de pénitence, et de vous imposer des mortifications ? ^on, ma fille : elles nuisent au corps et ne profitent point à l'âme; je vous l'ai déjà enseigné, demeurez en repos sur cet article*. A l'égard des saints mouvements et des bonnes inclinations, je vous les défends : ne vous les procurez point ; s'ils viennent sans qu'il y ait de votre faute , ne les cultivez point, ne les rejetez pas aussi, courez à l'asile de l'indifférence. Pour le choix d'une vertu particulière, je ne puis pas tolérer une affectation comme celle-là : c'est la rume de toute spiritualité.

La pénitente. Quoi ? mon Père , je ne pourrois pas aimer r humilité ?

Le directeur. Non vraiment, ma chère fille*.

1. « Udme étant appliquée directement à l'austérité et au dehors, elle est [toutej tournée de ce côté-là, de sorte qu'elle met les sens

en vigueur loin de les anéantir* Les austérités peuvent bien at-

tbiblir le corps, mais ne peuvent émousser la pointe des sens ni leur vigueur. » (Moyen court^ § x, p. 38 et 89.)

« Il n'y a plus rien pour elle, plus de règlement, plus d'austérités;... tous les sens et les puissances sont dans le désordre. »

(Livre des Torrents, partie I, chapitre viii, n^ i3, p. 224**0

2. «< Ijorsqu'eJle {l'âme parfaite) voit quelques personnes dire des

* Amortir^ dans le texte du Moyen court.

** L'ancienne édition des Dialogues donne à tort ce passage comme extrait du Mojren court.

La Bruyéme. II /\0

La. pénitente. La patience, la douceur, le pardon des injures?

Le directeur. Rien de tout cela, je vous prie; mais bien l'indifférence à toutes ces vertus et aux vices contraires.

La PÉNITENTE. Il s'ensuivroit donc, mon Père, de ce cpe vous dites, qu'aimer à être humble et à pardonner les injures seroit un péché?

Le DIRECTEUR. Uu péché ? non ; mais une imperfection , chose à la vérité dont les confesseurs et les casuistes ne conviendront pas : aussi faut-il avouer que la vie intérieure n'a rien de commun avec les confessions et les confesseurs , ni même avec les cas de conscience : ce sont choses toutes séparées. Ils vous exhorteront par exemple d'entrer dans le goût des choses spirituelles , ou bien ils approuveront que vous ayez un goût sensible dans l'oraison, qui est, à le bien prendre, une chose purement humaine, que dis-je? abominable. D'autres fois ils ne vous parleront que de la paix d'une bonne conscience et de la tranquillité qu'apporte avec soi la pratique de la loi de Dieu et des bonnes œuvres : écueils dangereux où cinglant à pleines voiles, comme il vous paroît, dans les routes salutaires de la haute perfection, on vient se briser et se perdre.

Le moyen sûr, ma chère fille, de les éviter, c'est d'entrer dans le port de la parfaite résignation à la volonté divine. Alors, ma fille, alors, vertus ou vices, piété ou sacrilèges, grâces de Dieu ou réprobation, espérance ou désespoir de son salut, tout est indifférent à une parfaite abandonnée*.

paroles d'humilité et s'humilier beaucoup, elle est toute surprise et étonnée de voir qu'elle [ne] pratique rien de semblable; elle revient comme d'une léthargie, et si elle vouloit s'humilier, elle en seroit "*■ reprise comme d'une infidélité, et même elle ne le pourroit faire, parce que l'état d'anéantissement par lequel elle a passé, l'a mise au-dessous** de toute humilité; car pour s'humilier, il faut être quelque chose, et le néant ne peut s'abaisser au-dessous de ce qu'il

est: l'état présent l'a mise au-dessus de toute humilité et de

toutes vertus par la transformation en Dieu. » (Livre des Torrents^ partie II, chapitre i, n» 4, p- 247.)

I. « L'indifférence de cette amante est si grande, qu'elle ne peut

11 y a : elle en est dans l'ancienne édition des Dialogues. Au-dessus^ dans l'ancienne édition des Dialogues.

Une seule chose lui convient, que les de'crets immuables de Dieu soient accomplis en elle. Mais tandis que je vous parle, Madame, il me paroît que quelque chose vous passe par l'esprit : parlez hardiment et avec confiance, car il s'agit de votre salut.

La pénitente. Il s'agiroit de peu de chose, mon Père, puisque vous voulez que j'y sois si indiflërente. Mais comme vous me permettez que sur les voies de mon salut , auquel je ne puis m'empêcher de prendre encore beaucoup d'intérêt, je vous expose mes doutes et mes scrupules , je vous avouerai que je faisois en moi-même une oraison dominicale à notre manière, je veux dii^e en l'ajustant à nos principes et à notre doctrine .

Le directeur. Dites, ma fille : le projet en est louable. La pénitente. Ecoutez ma composition.

Le directeur. J'écoute.

La pénitente. Dieu qui n'êtes pas plus au ciel que sur la terre et dans les enfers, qui êtes présent partout, je ne veux ni ne désire que votre nom soit sanctifié : vous savez ce qui nous convient; si vous voulez qu'il le soit, il le sera, sans que je le veuille et le désire. Que votre royaume arrive ou n'arrive pas, cela m'est indifférent. Je ne vous demande pas aussi que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel : elle le sera malgré que j'en aie ; c'est à moi à m'y résigner. Donnez-nous à tous notre pain de tous les jours , qui est votre grâce, ou ne nous la donnez pas : je ne souhaite de l'avoir ni d'en être privée. De même si vous me pardonnez mes crimes, comme je pardonne à ceux qui m'ont offensé, tant mieux ; si vous m'en punissez au contraire par la damnation, tant mieux encore, puisque c'est votre bon plaisir. Enfin, mon Dieu, je suis trop abandonnée à votre volonté pour vous prier de me délivrer des tentations et du péché.

pencher, ni du côté de la jouissance, ni du côté de la privation. La mort et la vie lui sont égales , et quoique son amour soit incomparablement plus fort qu'il n'a jamais été, elle ne peut néanmoins désirer le paradis , parce qu'elle demeure entre les mains de son époux, comme les choses qui ne sont point. Ce doit être là l'effet de l'anéantissement plus profond. » {Explication du Cantique des cantiques^ chapitre viii, verset i4, p. 209.)

Le directeur. Je vous assure, Madame, que cela n'est pas mal : le Pater nos ter ainsi réformé édilieroit sans doute toutes les âmes du parfait abandon, et j'ai envie de l'envoyer à nos nouvelles Églises pour être inséré dans la formule du simple regard. Qu'en dites-vous?

La pénitente. En attendant, mon Père , que je sois aussi contente de mon oraison que je voudrois l'être, je suis bien aise que vous ne la désapprouviez pas, et encore plus d'avoir eu le loisir de vous la réciter avant que je vous souhaite le bon soir; car la nuit s'approche, et m'oblige à me séparer de vous.

Le directeur. J'y consens, ma chère Dame; mais il ne faut plus être si longtemps sans nous voir. Vous avez besoin d'être soutenue : la moindre chose vous feroit faire une grande chute. Vous devez regarder la maison de votre mari comme un piège qui vous est tendu, et dont vous ne sauriez trop vous défier. Je vous ai déjà exhortée à la quitter ; il faut faire cela sagement, et abandonner votre mari avec une prudence chrétienne. Madame, Dieu aura soin de vous, sans que vous vous en mêliez.

Les quiétistes abandonnent l'Evangile, l'Eglise et la tradition, pour suivre ce qu'ils appellent faussement volonté de Dieu. Béatitude et purgatoire des quiétistes en cette vie. État d'union essentielle selon eux, dans lequel l'âme, pour demeurer en Dieu, n'a plus besoin de Jésus-Christ médiateur.

La pénitente. Voilà, mon Père, cet excellent ami, dont je vous ai entretenu plusieurs fois : c'est mon beau-frère, de qui je vous ai promis la connoissance , l'homme du monde après vous à qui j'ai plus d'obligation. J'espère recevoir de vous deux de pareils remerciements , de vous avoir fait connoître l'un à l'autre, et par là mis en état de vous estimer réciproquement, comme vous le devez.

Le docteur. Je souhaite, mon Révérend Père, que cette entrevue soit utile à celle qui a bien voulu la ménager. Que ma sœur apprenne de vous ou de moi, ou de tous deux ensemble , si cela se peut , les choses les plus essentielles à son salut. Nous lui devons tous deux la vérité, et moi plus particulièrement, et par l'alliance que j'ai avec elle, et par la reconnoissance sur l'honneur qu'elle me procure aujourd'hui, en me présentant à un homme de votre mérite.

Le directeur. Votre réputation. Monsieur, est venue jusqu'à moi, et par Madame votre belle-sœur, et par d'autres endroits. Votre présence promet encore des choses au delà de votre réputation : il me semble qu'avec un peu de bonne foi de part et d'autre, on peut aller loin dans l'éclaircissement de la vérité, si on la préfère du moins aux sentiments communs et aux pratiques reçues, qui n'ont pour l'ordinaire d'autre avantage sur elle que le temps et le grand nombre.

Le docteur. Que voulez-vous dire, mon Père? qu'en matière de religion, ce n'est pas assez qu'une chose, par exemple un dogme ou une maxime, pour être vraie, ait été crue de tout temps, même dès l'établissement de la religion; qu'elle ait été crue de tous ceux qui jusqu'à présent ont professé la religion?

Le directeur. iN"on vraiment, ce n'est pas assez.

63o DIALOGUES SUR LE QUIÉTISME.

Le docteur. Je l'ai jugé ainsi, et qu'il falloit encore pour être vraie, qu'elle fût vraie en soi.

Le directeur. Vous y êtes, et il va du plaisir à parler à des gens comme vous.

Le docteur. Je vous suis obligé; mais il faudroit pourtant que vous eussiez la bonté de me dire à quelle autre marque du moins vous connoissez" qu'une maxime de religion est vraie. Par exemple, ce que l'Eglise jusqu'à ce jour a appelé la joie du Saint-Esprit , la paix d'une bonne conscience , est, selon vous, quelque chose d'humain, et d'abominable devant Dieu : par où êtes-vous persuadé que cette doctrine est véritable? et dans cette persuasion, évitez-vous cette union céleste? vous refusez-vous à cette tranquillité de l'âme, suite si naturelle de la pratique de la vertu?

Le directeur. Je le sens mieux. Monsieur, que je ne le puis dire ; ce n'est pas par entêtement, comme on pourroit se l'imaginer, que cela arrive, mais par impuissance de se mêler de soi, parce que l'on est dans un état où l'on ne se connoît plus, où l'on ne se sent plus*. Vous demanderez à une âme : « Qui vous porte à faire ou à éviter telle chose ? c'est donc que Dieu vous l'a dit? qui vous a fait connoître ou entendre ce qu'il vouloit ? — Je n'entends rien, je ne pense à rien connoître ; tout est Dieu et volonté de Dieu^. »

a. Il y a connoissiez dans le texte.

1 . « L'âme ne se sent plus, ne se voit plus, ne se connoît plus ;

elle ne voit rien de Dieu, n'en comprend rien, n'en distingue rien; il n'y a plus d'amour, de lumières, ni de connoissance. » {Livre des Torrents, partie I, chapitre ix, n^ 6, p. aSi.)

« Cette âme ne se sentant pas, n'est pas en peine de chercher ni de rien faire : elle demeure comme elle est, cela lui suffît. Mais que fait-elle? Rien, rien et toujoiu-s rien. » {Ibidem, partie I, chapitre IX, n» 9, p. 233.)

2. « Toutes les créatures la condamneroient que ce lui seroit moins qu'un moucheron, non par entêtement et fermeté de volonté comme on se l'imagine, mais par impuissance de se mêler de soi, parce qu'elle ne se voit plus. Vous demandez à cette âme : « Mais qui vous « porte à faire telle ou telle chose ? C'est donc que Dieu vous l'a dit, « vous a fait connoître et entendre ce qu'il vouloit? — Je ne con- « nois rien , n'entends rien ; je ne pense à rien connoître, tout est

DIALOGUE VI. 63i

Le docteur. Vous savez donc, mon Père, ce que c'est du moins que la voIont(' de Dieu?

Le directeur. Point du tout, Monsieur : aussi ne suis-je pas capable d'entendre nulle raison , ni d'en rendie aucune de ma conduite.

Le docteur. Que vous soutenez pourtant excellente lors que vous fuyez la paix de la bonne conscience , comme une chose abominable aux yeux de Dieu.

Le directeur. Cela est vrai : j'agis en cela infailliblement, et je ne puis en douter, depuis que je n'ai pas d'autre principe que le principe infaillible.

Le docteur. Qui est la volonté de Dieu?...

Le directeur. Cela s'entend.

Le docteur. Que vous ne connoissez ne'anmoins en aucune manière ?

Le directeur. Je vous l'ai dit : je ne sais ce que c'est que volonté de Dieu.

Le docteur. C'est trop le répéter, je l'ai bien retenu. Mais, mon Père, si les prélats de l'Eglise et les docteurs de la religion osoient vous apprendre cette volonté de Dieu que vous ignorez, vous enseigner la vérité, et vous détromper du mensonge ?

Le directeur. Vous n'y êtes pas, Monsieur : toutes les créatures me condamneroient, que ce me seroit moins qu'un moucheron*.

Le docteur. Je vous entends , vous ne connoissez sur le fait de la religion nulle autorité sur la terre. Mais êtes- vous tous de ce sentiment? J'ai de la peine à le croire.

Le directeur. Tous sans exception : vous pouvez vous fier à moi.

« Dieu et volonté de Dieu. Je ne sais ce que c'est que volonté de «. Dieu — Aussi ne suis-je ^«^ capable d'entendre* nulle raison, ni

« d'en rendre aucune de ma conduite J'agis cependant infailli-

« blement, et ne puis douter^ depuis que je n'ai point d'autre prince cipe que le principe infaillible. » (JÀvre des Torrents^ partie II, chapitre ii, no 7, p. aSô.)

I. Voyez no 60 ci-dessus. \Le numéro 60 des Dialogues est la note vrécédente .^

* D^en rendre^ dans l'édition des Dialogues.

652 DIALOGUES SLR LE QUIÉTISIVIE.

Le docteur. C'est-à-dire, mon Père, que vous faites tous dans l'Eglise un schisme secret et intérieur, avec le moins de scandale qu'il vous est possible. Comprenez-vous, ma sœur, la doctrine du Père ? Peut-être qu'il ne s'étoit pas encore ouvert à vous jusque-là.

Mais, mon Révérend Père, le moyen de raisonner avec un homme qui n'a pour règle dans ses sentiments et dans sa conduite que le principe infaillible de la volonté de Dieu, dont il n'a nulle connoissance , et qu'il ne veut apprendre de personne ? Vous en rapporteriez-vous aux décisions de la Sorbonne, dont je pourrois peut-être vous rendre compte sur quelque article que ce pût être ?

Le DiRECTECR. Dcmaudcz à Madame votre belle-sœur.

Le docteur. Hé bien! Madame, vous me dites que non, je le vois bien. En croiriez-vous , mon Père, la doctrine des Pères, celle des conciles, celle des apôtres ?

Le directeur. Volonté de Dieu, mon cher Monsieur, Dieu même, principe infaillible, règle infaillible : voilà où je m'en tiens.

Le docteur. Mais, mon Père, vous en croyez donc la parole de Dieu, l'Evangile de Jésus-Christ?

Le directeur. L'Evangile, Monsieur, n'est pas Dieu : c'est seulement ce qu'il a dit.

Le docteur. En effet, mon Père, pour connoître la volonté de Dieu, que vous ignorez, dites-vous, quoiqu'elle soit votre règle infaillible, c'est peu de lire le livre de la parole de Dieu , où il nous révèle ses mystères , nous donne sa loi et ses commandements, où il nous prescrit expressément tout ce que nous devons croire et tout ce que nous devons faire. Ce n'est donc pas, mon Père, dans l'Evangile que vous avez trouvé le plan de cette nouvelle doctrine, qui met aujourd'hui tant de difïérence entre vous et moi? Comment, mon Père, entre autres rapports dont vous conviendrez , n'avonsnous pas cela de commun ensemble, que par le chemin des peines et par la voie des souffrances nous tâchons d'arriver à Dieu, dont la connoissance doit être notre souveraine félicité ?

Mon Père, parlons clairement, je vous prie, et sans équivoque : pour approuver ou pour réfuter votre doctrine, il est nécessaire de la bien entendre. Voulez-vous que je vous parle

iVanclienieiit ? Si l'on me demandoit ce que c'est que le quiétisme , je répondrois : « C'est une imitation telle quelle du christianisme ; c'est un enchérissement , un mauvais raffinement sur la relig^ion de Jésus-Christ. >/ Quand il ne seroit pas Dieu, ce (|u'on ne peut penser sans blasphème, et que sa loi ne seroit pas divine, il est le ])i'emier en date, sa religion est en possession de tous les cœurs et de tous les esprits, elle est celle de l'Etat.

Les esjirits outrés , subtils , ambitieux viennent troj) tard pour se faire valoir et s'attirer de la suite par une doctrine entièrement opposée à la cliré tienne. Ils ont été obligés de retenir ses mystères, une partie de sa créance, ses termes et son style , les mêmes apparences dans la morale et dans l'a pratique. Il faut vous tâter et vous examiner de bien ])rès j)our vous connoître. Par exemple, vous ne niez pas le purgatoire ?

i^E DIRECTEUR. N(m.

Le docteur. Ni la nécessité de la pénitence en cette vie ou en l'autre pour faire son salut et posséder la gloire de Dieu ?

Le directeur. Nous ne ])rêchons autre chose.

Le docteur. Nous de même. Ecoutez cependant. Nous plaçons, mon Père, le purgatoire et l'autre vie dans l'autre vie. Vous autres, vous placez le purgatoire et l'autre vie dans la vie présente. Dites-moi, mon Père : par l'oraison éminente et le fidèle abandon, n'acquérez-vous pas l'impeccabilité, l'inamissibilité de la grâce ?

Le i) [RECTEUR. Cela est vrai.

Le docteur. Ne vous trouvez-vous ])as dans la même innocence qu'Eve avoit en sortant des mains de Dieu avant de s'être laissé séduire* ?

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