partie I, p. Ç
La contemplation est une simple vue — de Dieu présent, appuyée sur la foi que Dieu est partout et qu'il est tout. » {Ibidem, p. 71 et 72.)
« Il y a deux manières d'aller à Dieu : l'une par la réflexion et le raisonnement, et l'autre par une foi simple et par une connoissance générale et confuse. On appelle la première méditation, et la seconde recueillement intérieur et contemplation acquise. La première est pour ceux qui commencent, la seconde est pour ceux qui sont avancés ; la première est sensible et matérielle, et la seconde plus pure et plus spirituelle. » (Molinos, Introduction à la Guide spirituelle, section i, p. i.)
I . « L'oraison parfaite de contemplation met l'homme hors de
Le docteur. Mais, mon Père, parlons de bonne foi ; croyezvous que les païens n'eussent pas l'idée de Dieu, de Jupiter maître et souverain des Dieux et des hommes ?
Le directeur. Sans doute ; mais que concluez-vous de là ?
Le docteur. Patience, mon Père. Ne croyez-vous pas aussi que les païens ont eu attention à Dieu ? qu'ils lui ont fait des vœux ? qu'ils lui ont adressé des oraisons ? Vous faudroit-il rapporter ce qu'on lit encore dans leurs poètes?
Le directeur. Cela n'est pas nécessaire.
Le docteur. Je vous demande donc, mon Père, quelle idée de Dieu, quelle vue, quelle connoissance de ce souverain Etre pouvoient-ils avoir ? Pensez-vous qu'elle fût bien claire et bien distincte ? Et si elle n'étoit pas telle , que pouvoit-elle être, je vous prie, que confuse et indistincte ?
Le directeur. Mais, Monsieur, vous me permettrez de vous interroger à mon tour : croyez-vous, vous autres, avoir une connoissance de Dieu bien nette et bien distincte ?
soi, le délivre de toutes les créatures, le fait mourir et entrer dans le repos de Dieu. Il est en admiration de ce qu'il est uni avec Dieu, sans douter qu'il soit distingué de Dieu. Il est réduit au néant et ne se connoît plus; il vit et ne vit plus; il opère et n'opère plus; il est et n'est plus. » (La Combe, analyse de Poraison mentale*.)
« L'union du Père avec le Fils, et du Fils avec le Père passera par transfusion dans notre esprit. » (Ibidem** .)
« Il y a deux repos : l'un qui est la cessation de toute œuvre, l'autre [, qui est**'^] la jouissance de la fin. Tel est le repos du parfait contemplatif, qui sait s'élever à Dieu au-dessus de soi en esprit et se reposer en lui par fruition, fruitive qulescere. {Ibidem**** .)
* Denique cum valde provecta fuerit hxc eadem orandi ratio ^ excèssum parit hominis a se ipso, et ab omnibus creaturis ;... tum féliciter in Domino mortuus, ingreditiir in requiem Domini sui. Miratur se unum factum cum DeOj nec tamen dubitat quin sit a Deu vere distinctus. Redac-
tus est ad nihilum, et se amplius nescit Fructus porro sunt . . . . \>n>ere,et
non vivere; operari^et non operari; esse et non esse. (Pages i3oet i3i.)
** Iliaque unitas., quœ nunc est Patris cum Filio.^ et Filii cum Pâtre, in nostrum fuerit sensum mentemque transfusa. (Page 49-)
*** Il y a dans l'ancienne édition des Dialogues: « l'autre en la jouissance, etc. »
**** Requies est duplex: alia cessatio ab omni opère ;.. . alla fruitio finis: ... hujus modi est quies contemplantis, qui utique novit elevare se ad Deum supra seipsum in spiritu^ ac in eo fruitive quiescere. (Page 70.)
DIALOGUE VIÏ, 645
Le docteur. Non, mon Révérend Père, pendant que nous sommes sur la terre : aussi n'y établissons-nous pas de paradis, ni de parfaite béatitude; nous l'espérons pour l'autre vie, où nous i)laçons une vue de Dieu assez claire et assez distincte pour contribuer à notre parfait bonheur.
Mais pour revenir aux païens, vous persuaderiez -vous, mon Père, qu'ils n'aient pas eu l'idée de la présence de Dieu en tous lieux?
Le directeur. Ils l'ont eue sans difficulté, car elle est naturelle.
Le docteur. Prenez garde, mon Père, à ce que vous dites.
Le directeur. Je ne me rétracte point : la multiplicité de leurs dieux, leur Jupiter, leur Junon , leur Pluton , leur Neptune, leurs Nymphes , leurs Dryades , leurs Oréades et leurs Napées, leur Alphée et leur Aréthuse, tout cela n'est autre chose chez les païens que Dieu, agissant dans tous les lieux du monde, animant toutes les diverses parties de la nature ; en un mot, que la présence continue de Dieu en tous lieux.
Le docteur. Et cette idée, dites-vous, est naturelle chez les païens?
Le directeur. Sans doute.
Le docteur. Car chez vous elle est quelque chose de divin et de surnaturel; elle est un don éminent du Saint-Esprit; elle produit l'union essentielle, la parfaite jouissance de Dieu, la souveraine béatitude de l'âme, sans qu'il soit besoin qu'il lui en coûte sa dissolution d'avec son corps. Admirez, je vous prie, la nouveauté et les suites de vos principes : que n'accordoit-on plutôt à vos sectaires l'idée de la justice de Dieu ? ils le révéreroient , ils le craindroient ; celle de la toute-puissance ? ils l'admireroient. La crainte, le respect, l'admiration sont des passions qui conviennent à l'homme par rapport à Dieu. Que ne leur passiez- vous l'idée de sa bonté et de sa miséricorde infinie? ils l'aimeroient : l'amour tend à l'union; ç'auroit été votre union essentielle. A quoi vous peut servir votre paradis anticipé , une idée sèche et obscure de Dieu présent en tous lieux, qui n'est que naturelle, et qui vous est commune avec les païens? Où trouvez-vous là les dons de Dieu, et la grâce qui justifie ?
Le directeur. Vous êtes si peu dans le fait, mon cher Mon-
sieur, que je ne sais comment et par quels moyens vous ramener d'aussi loin que votre imagination et vos raisonnements vous ont porté. Premièrement, Monsieur, nous n'aimons pas Dieu : apprenez-le une bonne fois. Voilà peut-être ce que vous ne saviez pas : qu'il n'y a pas parmi nous d'amour de Dieu, c'est-à-dire qui soit utile à l'âme. Souvenez-vous de me faire parler sur cet article dans quelque autre occasion; et pour l'ide'e de la miséricorde infinie de Dieu, demandez à Madame ce qu'il lui en a coûté de l'avoir reçue une seule fois dans son esprit. Qu'elle vous dise à quoi elle a été exposée, pour s'être malheureusement souvenue d'une image de sainte Thérèse, où il étoit question de miséricorde de Dieu", et si elle a envie de retourner aux Carmélites..
Quant à l'union essentielle, j'ose vous dire que vous n'avez pas les premiers éléments de notre doctrine sur cet article et sur tout ce qui en dépend. Si vous voulez même que je vous parle avec cette liberté que nous nous sommes laissée l'un à l'autre, votre ignorance sur ces matières me fait quelque sorte de compassion, et je croirois avoir beaucoup fait pour vous et pour Madame votre sœur, si je pouvois aujourd'hui vous en tirer.
Vous souviendroit-il de ce que je vous ai dit à propos du martyre spirituel dans la première conversation que nous avons eue ensemble? que la dévotion sensible que vous appelez charité, onction céleste , n'est rien moins qu'une disposition prochaine et immédiate à cette union ineffable de l'âme avec Dieu ; qu'elle ne lui est jamais si intimement unie , que lorsqu'il lui semble en être tout à fait abandonnée et comme livrée au démo^fi? Si elle commence à ne pouvoir plus parler ni entendre parler de Dieu, c'est une bonne marque; si elle sent un dégoût horrible des choses spirituelles, tant mieux encore : c'est alors que cette épouse fidèle est absolument résignée à son fidèle époux pour tous les états où il lui plaît de la mettre. Alors pour récompense de cette parfaite résignation, arrive le baiser de l'âme. Elle sent bien que cet attouchement lui fait de très-grands effets. Ici commence le mariage spirituel, et bientôt la consommation du mariage*.
a. Voyez ci-dessus, p. Sji.