Var. (édit. 5-7) : personne ne souffre
2. Et que c'étoit un fou tout plein cf esprit : nous rétablissons ici, comme nous l'avons déjà fait ci-dessus (p. io5, n^ 64), les lettres italiques supprimées à la 8^ édition. Ce désobligeant compliment : « vous êtes un fou tout plein d'esprit », avait sans doute été adressé plus d'une fois à la Bruyère : voyez ci-après, dans la correspondance de la Bruyère, les lettres de Jérôme de Pontchartrain , datées de 1694, où la « folie » de l'auteur des Caractères semble un sujet de plaisanterie habituel. C'est lui-même, et non Socrate, que l'auteur défend ici contre les attaques des critiques ; la Bruyère en fait presque l'aveu dans une lettre à Ménage, qui avait vu dans cette phrase une inexactitude historique : « Pour ce qui regarde Socrate, dit la Bruyère, je n'ai trouvé nulle part qu'on ait dit de lui en propres termes que c'étoit un fou tout plein d'esprit : façon de parler à mon avis impertinente et pourtant en usage, que j'ai essayé de décréditer en la faisant servir pour Socrate, comme l'on s'en sert aujourd'hui pour diffamer les personnes les plus sages, mais qui s'élevant au-dessus d'une morale basse et sévère qui règne depuis si longtemps, se distinguent dans leurs ouvrages par la hardiesse et la vivacité de leurs traits et par la beauté de leur imagination. Ainsi Socrate ici n'est pas Socrate ; c'est un nom qui en cache un autre. ...» Voyez ci-après la lettre entière; elle est le commentaire de cette remarque.
io8 DES JUGEMENTS.
sont des chimères. » Ils se trompoient : c'étoient des monstres, c'étoient des vices, mais peints au naturel; on croyoit les voir, ils faisoient peur. Socrate s'éloignoit du cynique; il épargnoit les personnes, et blàmoit les mœurs qui étoient mauvaises, (éd. 4-)
67. Celui qui est riche par son savoir-faire connoît un philosophe, ses préceptes, sa morale et sa conduite, et n'imaginant pas dans tous les hommes une autre fin de toutes leurs actions que celle qu'il s'est proposée luimême toute sa vie , dit en son cœur : «c Je le plains, je le tiens échoué , ce rigide censeur ; il s'égare , et il est hors de route ^; ce n'est pas ainsi que l'on prend le vent et que l'on arrive au délicieux port de la fortune ; » et selon ses principes il raisonne juste, (éd. 4-)
«< J-e pardonne, dit Antisthius ^, à ceux que j'ai loués dans mon ouvrage s'ils m'oublient : qu'ai- je fait pour eux ? ils étoient louables. Je le pardonnerois moins à tous ceux dont j'ai attaqué les vices sans toucher à leurs personnes, s'ils me dévoient un aussi grand bien que celui d'être corrigés; mais comme c'est un événement qu'on ne voit point, il suit de là que ni les uns ni les autres ne sont tenus de me faire du bien. (éd. 4-)
« L'on peut, ajoute ce philosophe, envier ou refuser à mes écrits leur récompense : on ne sauroit en diminuer la réputation ; et si on le fait , qui m'empêchera de le ^ mépriser? » (éd. 5.)
68. Il est bon d'être philosophe, il n'est guère utile de passer pour tel. Il n'est pas permis de traiter quelqu'un