Vak. (édit. i) ; et la rendre pieuse
DE LA MODE. i6i
beau danseur, et que Lorenzani fait de beaux motets*. Qui sait au contraire si l'homme dévot a de la vertu? Il n'y a rien pour lui sur la cassette ni à l'épargne ^, et avec raison : c'est un métier aisé à contrefaire, qui, s'il étoit récompensé, exposeroit le Prince à mettre en honneur la dissimulation et la fourberie, et à payer pension à Thypocrite. (éd. 8.)
L'on espère que la dévotion de la cour ne laissera pas 29. d'inspirer la résidence ^.
Je ne doute point que la vraie dévotion ne soit la 3o. source du repos ; elle fait supporter la vie et rend la mort douce : on n'en tire pas tant de l'hypocrisie, (éd. 4-)
Chaque heure en soi comme à notre égard est 3 1 . unique : est-elle écoulée une fois , elle a péri entièrement, les millions de siècles ne la ramèneront pas. Les jours, les mois, les années s'enfoncent et se perdent sans retour dans l'abîme des temps ; le temps même sera détruit* : ce n'est qu'un point dans les espaces immenses de l'éternité, et il sera effacé. Il y a de légères et frivoles circonstances du temps qui ne sont point stables, qui passent, et que j'appelle des modes, la grandeur, la
1. Favier, danseur de l'Opéra, qui avait donné des leçons de danse au duc de Bourbon^ l'élève de la Bruyère. — Paolo Lorenzani, ancien maître de musique d'Anne d'Autriche, et compositeur de musique religieuse.
2. C'est-à-dire : il n'y a pour lui aucune pension sur la cassette du Roi ni sur le trésor public.
3. Var. (édit. 1-7) : L'on croit que la dévotion de la cour inspirera enfin la résidence. — Il s'agit de la résidence des évêques dans leurs diocèses.
4. C'est, du moins au sens où on le prend souvent, ce mot de V Apocalypse (chapitre x, verset 6) : Tempiis non erit amplius , « il n'y aura plus de temps. »
La Bruyère, it ii
iSi DE LA MODE.
faveur, les richesses, la puissance, Tautorité, Findépendance, le plaisir, les joies, la superfluité. Que deviendront ces modes quand le temps même aura disparu? La vertu seule, si peu à la mode, va au delà des temps.
Il y a des gens qui n'ont pas le moyen d'être nol)les ^ .
Il y en a de tels que s'ils eussent obtenu six mois de délai de leurs créanciers, ils étoient nobles ^.
Quelques autres se couchent roturiers, et se lèvent nobles ^.
Combien de nobles dont le père et les aînés sont roturiers !
Tel abandonne son père, qui est connu et dont Ton cite le greffe ou la boutique*, pour se retrancher sur son aïeul, qui mort depuis longtemps , est inconnu et hors
1. Secrétaires du Roi. [Note de la Bruyère, qui n'a été insérée que dans les éditions 1-4.) — Les offices de secrétaire du Roi n'étant point les seuls qui rendissent nobles ceux qui les achetaient, nous ne nous étonnons pas que la Bruyère ait effacé la note. Lui-même prit le titre d'écuyer dès qu'il eut acheté une charge de trésorier des finances.
2. Vétérans. {^Note de la Bruyère.) — On nommait vétérans les secrétaires du Roi, et les conseillers de diverses cours souveraines (tels que ceux du Parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides de Paris), qui s'étant défaits de leurs charges après vingt ans d'exercice, conservaient les honneurs et privilèges attachés à leurs offices, et de plus étaient investis du droit de transmettre la noblesse à leurs enfants. Les officiers dont veut parler la Bruyère, poursuivis par des créanciers, et obligés par l'effet des poursuites de se démettre de leur charge avant la fin de leur vingtième année, ne peuvent atteindre la noblesse au premier degré, que devaient leur conférer les lettres de vétéran. Pendant l'exercice de leur charge, ils ont joui personnellement des privilèges de la noblesse ; mais ils perdent ces privilèges avec la charge.