‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 99 sur 257 · Var. (édit. 5) : qu'il n'y est pas obligé · texte numérisé non relu

Var. (édit. 5) : qu'il n'y est pas obligé

2. Parmi les doux plaisirs d'une paix fraternelle, Paris voyoit fleurir son antique chapelle . Ses chanoines vermeils et brillants de santé S'engraissoient d'une longue et sainte oisiveté.

Sans sortir de leurs lits, plus doux que leurs hermines, Ces pieux fainéants faisoient chanter matines, Veilloient à bien dîner, et laissoient en leur lieu A des chantres gagés le soin de louer Dieu.

(Boileau, le Lutrin, chant I, vers 17- 240

Et encore « le vigilant Girot, » dans le chant IV, s'adressant au

chantre (vers 1 1 - 1 4) :

Quel chagrin, lui dit-il, trouble votre sommeil ? Quoi ? voulez-vous au chœur prévenir le soleil ? Ah ! dormez ; et laissez à des chantres vulgaires Le soin d'aller sitôt mériter leurs salaires.

3. La justesse de ces derniers mots a été contestée à bon droit par l'avocat Brillon dans les Sentiments critiques sur les Caractères (p. 467 ^t 468) : « Les chanoines, dit-il, auroient trop d'avantage, si avec celui de ne point aller à matines , ils étolent encore payés d'avoir dormi. On sait qu'il y a deux choses dans les fruits d'un bénéfice, le gros et les distributions manuelles : le gros est une certaine somme accordée au titulaire indépendamment de ses assistances ; les distributions manuelles sont, pour ainsi parler, le droit de présence à l'église. Or un chanoine qui ne va pas à matines n'a pas l'honoraire dû à ceux qui y assistent; il n'est donc pas payé d'avoir dormi ; au contraire, son sommeil lui coûte, et il achète la liberté de son repos pendant la nuit. » Reprenant pour son compte, dans son Théophraste moderne (p, 3 12), la pensée de la Bruyère, et la renfermant dans ses justes limites, Brillon l'a exprimée ainsi qu'il suit ; « Heure pénible que celle des matines I II ne tient pas aux

La. Bruyère. 11 12

27. Qui pourroit s'imaginer, si l'expérience ne nous le mettoit devant les yeux, quelle peine ont les hommes à se résoudre d'eux-mêmes à leur propre félicité , et qu'on ait besoin de gens d'un certain habit, qui par un discours préparé , tendre et pathétique , par de certaines inflexions de voix, par des larmes, par des mouvements qui les mettent en sueur et qui les jettent dans l'épuisement, fassent enfin consentir un homme chrétien et raisonnable, dont la maladie est sans ressource , à ne se point perdre et à faire son salut? (éd. 4-)

28 . La fille an Aristippe est malade et en péril ; elle envoie vers son père , veut se réconcilier avec lui et mourir dans ses bonnes grâces. Cet homme si sage, le conseil de toute une ville, fera-t-il de lui-même cette démarche si raisonnable? y entraînera-t-il sa femme? ne faudra-t-il point pour les remuer tous deux la machine du directeur?

20, Une mère , je ne dis pas qui cède et qui se rend à la

chanoines que l'usage n'en soit réformé. Les chantres y vont , et les chanoines gagnent en dormant le gros du bénéfice. » — « Ce caractère, suivant Walckenaer (p. 740) et quelques autres éditeurs de la Bruyère, est évidemment dirigé contre des chanoines de la Sainte- Chapelle. » Cette interprétation, inspirée par le souvenir du Lutrin de Boileau , est trop restreinte : la critique est générale et s'adresse à la plupart des chapitres de chanoines, ainsi que le montre bien l'ensemble du morceau. Il n'y a d'ailleurs de grand vicaire, d'archidiacre et de pénitencier que dans un chapitre de cathédrale ; or le chapitre de la Sainte-Chapelle n'était pas le chapitre épiscopal de Paris. Déplus, le trésorier, qui est ici un dignitaire du second ordre, inférieur à l'écolâtre, était le personnage le plus important de la Sainte-Chapelle : « Le trésorier, dit Boileau dans l'argument qu'il a mis en tête du chant I du Lutrin^ remplit la première dignité du chapitre dont il est ici parlé, et il officie avec toutes les marques de l'épiscopat. »

vocation de sa fille , mais qui la fait religieuse , se charge d'une âme avec la sienne, en répond à Dieu même, en est la caution. Afin qu'une telle mère ne se perde pas, il faut que sa fille se sauve, (éd. 5.)

Un homme joue et se ruine : il marie néanmoins l'aï- 3o. née de ses deux filles de ce qu'il a pu sauver des mains d'un Amhreville ^ ; la cadette est sur le point de faire ses vœux, qui n'a point d'autre vocation que le jeu de son père. (ÉD. 6.)

Il s'est trouvé des filles qui avoient de la vertu, de 3i, la santé , de la ferveur et une bonne vocation , mais qui n'étoient pas assez riches pour faire dans une riche abbaye vœu de pauvreté^, (éd. 4-)

Celle qui délibère sur le choix d'une abbaye ou d'un 32,

1. L'expression un Amhrev'ille signifie sans cloute un fripon. — Ambreville, dont le nom est écrit Ambleville dans la 6^ édition et dans le Journal de Dangeau (tome I, p. 862), était un célèbre chef de « bohémiens, » c'est-à-dire de vagabonds et d'aventuriers, qui, gracié a pour plusieurs crimes, » fut brûlé en 1686 « pour avoir dit des impiétés abominables, » écrit Dangeau.

2. On lit dans XeMenagiana (tome I, p. 182), au sujet de Camus, évêque de Belley : v Ce fut lui qui prêchant un jour à Notre-Dame, dit avant que de commencer son sermon : c Messieurs, on recom- « mande à vos charités une jeune demoiselle qui n'a pas assez de « bien pour faire vœu de pauvreté. » — « Cela est très-spirituellement dit, ajoute la Monnoie dans ses annotations du Menagiana; mais qui l'a dit le premier? Je croirois que ce seroit Mateo Aleman , auteur de Gusman (TAlfarache^ imprimé pour la première fois en 1600 {Jïsez : iSgg). Le comédien Poisson a employé la même pensée en vers dans la 4* stance de sa Quête pour faire ses quatre filles religieuses :

.... Voyons donc ce que j'en dois faire. Guimpons-les, c'est le mieux, elles le veulent bien. Mais on ne fait pas vœu de pauvreté pour rien. Hé bien ! quêtons. La cour nous tirera d'affaire. »

i8o DE QUELQUES USAGES.

simple monastère pour s'y enfermer^ agite l'ancienne question de l'état populaire et du despotique ^. (éd. 40

33. Faire une folie et se marier par amourette^ c'est épouser Mélîte^ qui est jeune, belle, sage, économe, qui plaît, qui vous aime, qui a moins de bien qujî^gine qu'on vous propose, et qui avec une riche dot apporte de riches dispositions à la consumer, et tout votre fonds ^ avec sa dot.

34. Il étoit délicat autrefois de se marier; c'étoit un long établissement, une affaire sérieuse, et qui méritoit qu'on y pensât; l'on étoit pendant toute sa vie le mari de sa femme, bonne ou mauvaise : même table, même demeure, même lit; l'on n'en étoit point quitte pour une pension; avec des enfants et un ménage complet, l'on n'avoit pas les apparences et les délices du célibat.

35. Qu'on évite d'être vu seul avec une femme qui n'est point la sienne, voilà une pudeur qui est bien placée : qu'on sente quelque peine à se trouver dans le monde avec des personnes dont la réputation est attaquée , cela n'est pas incompréhensible. Mais quelle mauvaise honte fait rougir un homme de sa propre femme , et l'empêche de paroître dans le public avec celle qu'il s'est choisie pour sa compagne inséparable, qui doit faire sa joie, ses

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