Voyez p. 190. — 3. Voyez p. 194 et igS
à discrétion^ îwi pendu pour intimider les Bourdelois; mais cela fît un effet tout contraire^ car celte nouvelle étant venue dans un temps oit les esprits étoient étonnés et chancelants, les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld firent pendre aussi le commandant de l'île Saint-George, qui s* et oit aussi rendu à eux à discrétion. Cette action étonna la cour, rassura les Bourdelois, et disposa de telle sorte les choses dans la ville, qu'on s'y résolut à'' attendre le siège et se défendre courageusement, se fiant en leurs propres forces et aux promesses des Espagnols^ qui les assuroient d'un prompt et puissant secours. Dans ce dessein, on se hâta de faire un fort à la Bastide, de quatre petits bastions. La Bastide est pis-à-vis de Bourdeaux.^ de Vautre coté de la rivière. On travailla avec soin aux autres fortifications de la ville; mais, comme beaucoup de bourgeois avoient des maisons dans le faubourg de Saint-Surin, ils ne voulurent pas permettre qu'on les brûlât ni même qu'on en rasât aucune, de sorte que ce qu'on put faire fut d'en couper les avenues et de percer les maisons. Cela ne fut fait que pour contenter le peuple, et non pas pour espérer de défendre un lieu de si grande garde avec des bourgeois et si peu de troupes qui restaient, lesquelles ne montaient pas à sept ou huit cents hommes de pied et trois cents chevaux. Néanmoins, comme on dépendait du peuple et du Parlement, il fallut les satisfaire contre les règles de la guerre et entreprendre de défendre le faubourg de Saint-Surin : il est ouvert de tous les côtés ; la porte de la ville qui en est la plus proche est celle de Dijos. Elle fut trouvée si mauvaise, parce qu'elle n'est défendue de rien et qu'on j arrive de plainpied, qu'on jugea à propos de la couvrir d'une demi-lune; mais, comme on manquait de tout, on se servit dhine petite hauteur de fumier qui était devant la porte, laquelle étant escarpée en forme de demi-lune, sans parapet ni sans fossé, se trouva néanmoins la plus grande défense de la ville.
Le Roi étant demeuré à Bourg, le cardinal Mazarin vint à l'armée; elle était de huit mille hommes de pied et de près de trois mille chevaux. On résolut d'attaquer le faubourg de Saint-Surin, d'autant plus facilement que, n'y ayant que les avenues de gardées, on pouvait sans péril gagner les maisons, entrer par là dans le faubourg, et couper même ce qui défendroit les barricades et l'église., sans qu'on pût se retirer dans la ville. On croyoit de plus que., la demi-lune ne pouvant être défendue, on se logerait à la porte de Dijos dès le premier jour. Pour cet effet, le maréchal de la Meilleraje fit attaquer les barricades et les maisons en même temps, et Palluau avait ordre aussi d'entrer par le palais Galien, et de couper entre le faubourg et la ville, droit à la demi-lune. Mais le maréchal de la Meiileraye ayant fait donner devant que Palluau fût arrivé, il trouva plus de résistance qu'il n'avoit cru. L'escarmouche avait commencé dès que les troupes du Roi s'étaient appro-
chées. On avoit mis force mousquetaires dans des haies et dans les vignes qui couvraient le faul'our^. Ils arrêtèrent d'abord les troupes du Roi avec grande perte. Choupes, maréchal de camp, y fut blessé, et plusieurs officiers tués. Le duc de liouillon était dans le cimetière de l'église de Saint-Surin avec ce qu'il avait pu faire sortir de bourgeois pour ''rafraîchir les postes, et le duc de la Rochefoucauld était à la barricade où se faisait la principale attaque. Elle fut emportée : lieauvais, Chafferat » et le chevalier de Tadias y furent pris ; le feu fut très-grand de part et d'autre, il r eut cent' ou. six-vingts hommes de tués du côté des ducs, et sept ou huit cents du côté du Roi. Le faubourg néanmoins fut emporté; mais on ne passa pas outre, et on se résolut d'ouvrir la tranchée pour prendre la demi-lune, et de faire une autre attaque par les allées de P Archevêché, fai déjà dit qu'U n'y avoit point de fossé à la demi-lune, de .sorte que, pouvant être emportée facilement, les bourgeois ne voulurent point entrer en garde et se contentèrent de tirer de derrière leurs murailles. Les assiégeants C attaquèrent trois fois avec leurs meilleures troupes. Ils entrèrent même dedans; mais ils en /«rent repoussés par le duc de la Rochefoucauld, qui y mena les gardes du prince de Condé et les siennes, dans le temps que ceux qui défendaient la demi-lune avaient plié. Il y avoit trais ou quatre officiers de Navadles qui y furent prisonniers, et le reste chassé ou tué. Les assiégés firent trois grandes sorties, à chacune desquelles ils nettoyèrent'^ la tranchée et brûlèrent le logement. Après treize jours de tranchée ouverte, le siège n'était pas plus avancé que le premier jour. Mais, comme ceux de Bourdeaux avoient trop peu d'infanterie pour relever la garde des portes attaquées, et que ce qui n'avoit point été tue ou blessé était presque hors de combat par la fatigue de treize jours de garde, les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld les firent rafrac- Ihir par la cavalerie, qui mit pied à terre, et ils y demeurèrent euxmêmes les quatre ou cinq derniers jours ^ sans en partir, afin d'y retenuplus de gens par leur exemple^.
Cependant les députés de Monsieur et du parlement de Pans arrivèrent à Bourg, pour faire des propositions de paix. Le Coudray-Montpensier entra à Bourdeaux avec deux conseillers de Pans, Lemeusnier et Bitaut. La cour désirait la paix , craignant l'événement du siège de Bourdeaux, dont la résistance étoit d'autant plus apcmû7r/qu'il espéroit le secours d'Espagne et celui du maréchal de la Force qui était sur le point de se déclarer; mais le Parlement souhaltoit la paix. Les cabales de la cour et du duc d'Épernon agirent puissamment pour/ disposer le reste de la v'ile. L'infanterie était ruinée,
I, Voyez la note"4 de la page 202.
a. Voyez p. i96-204«
et le secours que j'ai dit avoit mangue trop souvent pour s'y pouvoir encore raisonnablement assurer : tout cela ensemble fit résoudre le Parlement à envoyer des députés à Bourg. H convia Madame la Princesse et les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld d'y en envoyer aussi., mais comme ils n'avoient tous deux d'autres intérêts que la liberté des Princes et qu''ils ne pouvaient désirer la paix sans cette condition-lh, ils se contentèrent de ne s'opposer point à une chose (\vCaussi bien ils ne pouvaient empêcher. Ils refusèrent d'y envoyer personne eX. prièrent seulement les députés de ménager leur sûreté et la liberté de Madame la Princesse., du duc d'Enghien et de tout ce qui avoit été dans son parti, avec le rétablissement de chacun. Les députés allèrent à Bourg., y conclurent la paix sans en communiquer les articles à Madame la Princesse, ni aux ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld. On permit à Madame la Princesse et au duc d'Enghien d'aller à Montrond, oh le Roi entretiendrait une très~petite garnison pour la sûreté de Madame la Princesse, ^'i'/i serait choisie de sa main. Le duc de Bouillon se retira à Turenne, et le duc de la Rochefoucauld, qui étoit, comme j'ai dit, gouverneur de Poitou, se retira aussi chez lui, sans faire les fonctions de sa charge, et sans avoir aucun dédommagement pour sa maison de Verteuil que le Rai avoit fait raser ^. Madame la Princesse, le duc d'Enghien et les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld partirent ensemble de Bourdeaux, pour aller à Coutras. Le maréchal de la Meilleraye , qui allait à Bourdeaux^ rencontra sur l'eau Madame la Princesse et lui proposa de voir le Roi et la Reine, lui faisant espérer que le Roi accorderait peut-être aux prières ou aux larmes d'une femme ce qu'il avait cru devoir refuser lorsqiCon le lui avoit demandé les armes à la main. Enfin, nonobstant la répugnance que Madame la Princesse avoit d'aller à la cour, les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld lui conseillèrent de suivre Pavis du maréchal de la Meilleraye, afin qu'an ne pût au moins lui reprocher d'avoir oublié aucune chose pour la liberté de son mari. L'arrivée de Madame la Princesse à la cour fit plusieurs effets : un changement si soudain fit croire à Mademoiselle qu'on traitait beaucoup de choses sans la participation de Monsieur. Les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld eurent de grandes conférences séparément avec le cardinal Ma/arin , dans le dessein de le faire résoudre à donner la liberté aux Princes ou de le rendre suspect à Monsieur. Ils lui représentoient que les Princes lui en seroient d'autant plus obligés qu'ils savoient bien qu'il n'cftoit pas en état d'y être contraint par la guerre ; qu'il lui étoit assez, glorieux que toute l'Europe vit qu'il avoit ruiné et rétabli Monsieur le Prince quand il avoit voulu ; que le procédé des