‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 140 sur 616 · Le 24 août · texte numérisé non relu

Le 24 août

7. Le 12 octobre 1646. Cette place, véritable nid de pirates et point d'appui principal des Espagnols pour leurs opérations dans les Pays-Bas, était réputée imprenable ; elle avait ime sorte de Todtleben dans le marquis de Leyde, fait remarquer V. Cousin,

On commençoit à se lasser de la domination du cardinal Mazarin : sa mauvaise foi, sa foiblesse et ses artifices étoient connus ; il accabloit les provinces par des impôts, les villes par des taxes, et il avoit réduit au désespoir les bourgeois de Paris par la suppression des rentes de l'Hôtel de Ville ' . Le Parlement portoit impatiemment ces désordres ; il essaya d'abord d'y remédier par des remontrances à la Reine et par des voies respectueuses; mais il se disposoit à en prendre d'autres, puisque celles de la douceur étoient inutiles *. Le

dans la Société française au dix'Septième siècle, tome I, p. 123. Le siège de Dunkerque' est raconté dans le Grand Cyrits, sous le nom de siège de Cumes. Voyez également, sur ce brillant fait d'armes du duc d'Enghien , V Histoire de Coiide\ par Desormeaux, tome I, p. 35 1 et suivantes; V Histoire du siège de Dunkerque, par Sarrazin, 1649, in-4°, et surtout la Description historique de Dunkerque, 2 vol. in-fol., l'So, tome I, p. 166 et suivantes.

1. et L'on peut dire avec vérité, écrit Relz (tome II, p. 548), que les rentes de l'Hôtel de Ville de Paris sont particulièrement le patrimoine de tous ceux qui n'ont que médiocrement du bien. Il est vrai qu'il y a des maisons riches qui y ont part; mais il est encore plus vrai qu'il semble que la providence de Dieu les ait encore plus destinées pour les pauvres : ce qui, bien entendu el bien ménagé, pourroit être très-avantageux au service du Roi, parce que ce seroit un moyen sûr, et d'autant plus efficace qu'il seroit imperceptible , d'attacher à sa personne un nombre infini de familles médiocres, qui sont toujours les plus redoutables dans les révolutions. La licence du dernier siècle a donné quelquefois des atteintes à ce fonds sacré. » Sur les rentes de l'Hôtel de Ville, voyez la note D de V Appendice du tome II des Registres de P Hôtel de Fille pendant la Fronde, publiés par MM. le Roux de Lincy et Douëtd'Arcq, 1847-

2. Quel contraste entre le froid récit de l'auteur des Maximes et le lumineux préambule de Retz (tome I, p. 298 et 294) ! « Il {le Parlement) gronda sur l'édit du tarif; et aussitôt qu'il eut seulement murmuré, tout le monde s'éveilla. L'on chercha en s'éveillant, comme à tâtons, les lois : l'on ne les trouva plus ; l'on s'effara, l'on cria, l'on se les demanda; et, dans cette agitation, les questions que leurs explications firent naître, d'obscures qu'elles étoient et véné-

loo MEMOIRES. [1647]

Cardinal n'avoit pas ménagé le duc d'Enghien sur la charge d'amiral vacante par la mort du duc de Brezé^ son beau-frère, qui avoit été tué; le prince de Condé avoit fait paroître son mécontentement, et s'étoit retiré à Valéry^. JNIme de Longueville ', dont j'avois alors toute la confiance , sentoit aussi vivement que je le pouvois désirer la conduite du cardinal INIazarin envers le duc d'Enghien, pour les intérêts de sa maison. Ces commencements d'aigreur furent quelque temps méprisés par le Cardinal : il se fioit à ses artifices et à sa fortune , et plus encore à l'esprit de servitude de la nation. Il haïssoit le Parlement, qui s'opposoit aux édits par des assemblées et par des remontrances '', et il atten-

rables par leur obscurité, devinrent problématiques; et dès là, à l'égard de la moitié du monde, odieuses. Le peuple entra dans le sanctuaire : il leva le voile qui doit toujours couvrir tout ce que l'on peut dire, tout ce que l'on peut croire du droit des peuples et de celui des rois, qui ne s'accordent jamais si bien ensemble que dans le silence. La salle du Palais profana ces mystères. »

1. Jean-Armand de Maillé, marquis de Brezé, fils du maréchal de ce nom, créé duc de Fronsac en i634; il était neveu de Richelieu par sa mère, Nicole du Plessis, et frère de la duchesse d'Enghien. Il périt devant Orbitello, ville de Toscane, dans un combat naval livré aux Espagnols, le 14 juin 1646. Outre sa charge de surintendant de la navigation (voyez plus haut, p. 74, note 2), il laissait vacant le gouvernement de Brouage, de la Rochelle et des iles voisines.

2. Valéry, dans le Giltinais (Yonne), à environ cinq lieues de Sens. Cette résidence, qui devint le lieu de sépulture de la maison de Condé, avait été donnée à Louis !<*■■ de Bourbon, prince de Condé, par la veuve du maréchal de Saint-André.

3. Elle revint de Munster, sans son mari, à la fin de l'hiver de 1647.

4. On trouvera l'exposé de tout ce mouvement parlementaire, fort connu d'ailleurs, dans l'Histoire du temps ou le iérltahle récit de ce qui s^ est passé dans le parlement de Paris depuis le mois d'août 1647 jusques au mois de novembre 1649. Retz, dans ses Mémoires, a plus d'une fois copié, en l'abrégeant, cet ouvrage, dont le Journal du

MÉMOIRES. [1648] loi

doit une occasion de l'abaisser. Il donnoit cependant des espérances au duc d'Enghien pour l'adoucir ; il ménageoit même un peu plus les particuliers, et bien qu'il fût également opposé à ma fortune , je ne lui voyois pas toujours la même dureté pour moi. Il étoit maître absolu de l'esprit de la Reine et de Monsieur, et plus sa puissance augmentoit dans le cabinet, et plus elle étoit odieuse dans le Royaume ; il en abusoit toujours * dans la prospérité, et il paroissoit toujours foible et timide dans les mauvais succès. Ces défauts, joints à son manque de foi et à son avarice , le firent bientôt haïr et mépriser, et disposèrent tous les corps du Royaume et la plus grande partie de la cour à désirer un changement. Le duc d'Enghien, que je nommerai désormais le prince de Condé par la mort de son père ^, commandoit l'armée de Flandres, et venoit de gagner la bataille de Lens'. Le Cardinal, ébloui d'un si grand événement, songea moins à s'en servir contre les ennemis de l'Etat que contre l'Etat même, et, au lieu de profiter en Flandres de cette victoire, il tourna toutes ses pensées à se venger du Parlement *. Il crut devoir autoriser de la présence du Roi la violence qu'il avoit préméditée, et

Parlement et la Suite du frai Journal fia Parlement, cites plus loin, forment le complément.

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