I. En peu de temps
a. C'est-à-dire le ])rivilége d'être assise en présence de la Reine, quand celle-ci tenait son cercle. « C'e'tait à la fois, dit V. Cousin {la Jeunesse de Madame de Longueville, 3« édition, p. 819), l'ambition la plus petite et la plus extraordinaire ; car enfin la duché-pairie était dans sa maison depuis ifisa, grâce à Marie de Médicis; elle lui appartenait après son père ; il ne s'agissait que d'attendre ce qui ne lui pouvait manquer; et alors il eût été fort bien reçu à solliciter, pour la duchesse sa femme, les honneurs du tabouret; mais prétendre les emporter d'avance, quand il n'était ni chef de famille ni de maison souveraine, et vouloir être duc par brevet en 1648, quand il pouvait l'être de droit d'un jour à l'autre, comme il le fut en i65o, en vérité nous nous étonnerions d'un si misérable amour-propre, si la Rochefoucauld ne nous enseignait que l'amour-propre est le mobile de toutes les actions. >• — Voyez les Mémoires de Mathieu Mole, tome II, p. 65-68, où se trouve la teneur des lettres patentes de duché-pairie du père de la Rochefoucauld, présentées le 2 septembre i63i à l'enregistrement.
3. « L'avis que j'en donnai à la cour, dit la Rochefoucauld, dans son apologie (voyez, ci-après), y fut reçu apparemment d'assez bonne grâce. » Le Cardinal lui écrivit à cette occasion, le 9 septembre 1648, une lettre que V. Cousin a transcrite dans la Jeunesse de Madame de LonguevlUe (3* édition, j^ppendice^ p. 470 et 471), et dont nous avons revu le texte sur la copie d'où il a tiré le sien et qui se trouve à la bibliothèque Mazarine {Lettres françaises de Mazarin, H 1719, tome III, fol. 4^4 verso, et fol. ^16 et verso) : « Monsieur, aussitôt que j'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire , je l'ai lue moi-même d'un bout a l'autre à la Reine, afin de lui faire mieux connoître avec quel zèle et quelles utilités vous servez le Roi. Sa Majesté en a témoigné grand sentiment, et m'a dit qu'elle n'attendoit pas moins de l'affection que vous aviez pour elle en particulier, qu'elle sait bien
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liien loin de me tenir les paroles que le Cardinal m'avoit données , il avoit accordé des lettres de duc à six personnes de qualité, sans se souvenir de nioi^ J'étois
être seule capable de vous donner ces bons mouvements, et de vous faire contribuer de tout votre pouvoir à la gloire de sa régence et de son administration. J'ai e'té ravi de pouvoir, en suite de ce que vous me mandez, assurer Sa Majesté de l'entière obéissance oii est la province de Poitou, par les bons ordres que vous avez donnés pour étouffer dans leur naissance les petits désordres qui y étolent arrivés. Il est superflu de vous exciter par aucune* persuasions à commencer [sic) d'avoir toujours l'œil que toutes choses se passent comme elles doivent, et Sa Majesté n'attendra que de bonnes nouvelles d'un endroit où vous avez l'autorité en main. Ses intentions sont les meilleures du monde pour l'avantage et le soulagement du peuple, autant que le soutien de la guerre qu'elle a sur les bras, et qu'elle n'a encore pu finir par l'ojiiniâtreté de nos ennemis, le pourra permettre. Mais certes, si, après tant de grâces considérables que vous savez qu'elle a fait, on prétendoit en acheter d'autres par des voies illégitimes, la province, pensant de rendre sa condition meilleure, ne feroit que l'empirer, et il vous sera facile de lui faire connoitre que ce ne seroit que s'attirer sur les bras, au grand regret de Sa Majesté et de ceux qui ont l'honneur de la conseiller, la plus grande partie des troupes dont les armées sont à présent composées, et que l'hiver qui approche donnera lieu de pouvoir retirer des endroits où elles agissent présentement. Je veux espérer que chacun demeurera dans son devoir ; néanmoins, si vous voyez que quelque chose branle, donnez-en, s'il vous plait, avis promptement par deçà, afin qu'on vous envoie des forces convenables pour maintenir l'autorité et faire obéir le Roi. Vous demandez de si bonne grâce la grâce et l'élargissement de ceux que vous avez fait arrêter, que, par les témoignages que vous rendez que la faute n'est pas si grande qu'on le croyoit, et qu'ils sont en bonne volonté de la réparer par leur conduite à l'avenir, que Sa Majesté remet à votre disposition d'en user comme vous aviserez, et enfin vous donne leur grâce, si vous les en jugez dignes et assez repentants de leur faute, ainsi que vous apprendrez plus particulièrement par les dépêches de M. le Tellier. C'est tout ce que je vous dirai pour cette fois, et que je suis avec beaucoup d'estime et une passion très-forte, etc. »
I . Sur cette affaire des tabourets, voyez les Mi'mo'ires de Mme de Motteville , tome II, p. 262 et suivantes, ceux de Retz, tome II, p. 540 et suivantes, et encore ci-après VÀpologle.
dans le premier mouvement qu'un traitement si extraordinaire me devoit causer *, lorsque j'appris, par Mme de Longueville, que tout le plan de la guerre civile s'étoit fait et résolu à Noisy *, entre le prince de Conti ', le duc de Longueville, le coadjuteur de Paris, et les plus considérables du Parlement*. Elle me mandoit encore qu'on espéroit d'y engager le prince de Condé ; qu'elle ne savoit quelle conduite elle devoit tenir dans cette rencontre*, ne sachant pas mes sentiments, et qu'elle me prioit de venir en diligence à Paris, pour résoudre ensemble si elle devoit avancer ou retarder ce projet. Cette nouvelle me consola de mon chagrin, et je me vis en état de faire sentira la Reine et au cardinal Mazarin®
I. Voyez dans le recueil des Lettres de la Rochefoucauld, en quels termes il écrivit alors (7 décembre), de Poitiers, à Chavigny, qui lui-même inclinait à la Fronde.
a. A Noisy-le-Roi, près de Villepreux, à deux lieues de Versailles; Mme de Longueville y a prenoit des eaux, dit Retz (tome II, p. 125), avec le prince de Conty. » — On voit quel rôle effacé et presque nul joue la Rochefoucauld dans ce premier enfantement de la Fronde. C'est Retz qui occupe ici le devant de la scène. Ce dernier avoue qu'en ces circonstances il éprouva un assez vif désir, tout intérêt politique à part, de se faire agréer de la belle duchesse, et il ajoute (tome II, p. laS et 124), avec ce ton délibéré qu'on lui connaît : « Ce ne fut pas la vue de l'impossibilité qui m'en fit rejeter la pensée Le bénéfice n'étoit pas vacant; mais il n'étoit pas desservi. M. de la Rochefoucauld étoit en possession; mais il étoit en Poitou. »
3. Armand de Bourbon, frère cadet du duc d'Enghien, né en 1629, mort en 1666. On l'avait d'abord destiné à l'Eglise, et il avait été pourvu de riches abbayes, en attendant le chapeau de cardinal; mais après la Fronde, il épousa (i654) une des nièces de Mazarin , Anne-Marie Martinozzi , fît la guerre en Catalogne et eu Italie, et fut successivement gouverneur de Guyenne et de Languedoc.
4. «Broussel, Longueil et Viole promirent tout au nom du Parlement, qui n'en savoit rien. » {Retz, tome II, p. I25.)
5. En cette rencontre. (1817, 36, 38.) C^. Et au Cardinal. {Ibidem.)
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qu'il leur eût été utile de m'avoir ménagé. Je demandai mon congé; j'eus peine à l'obtenir, et on ne me l'accorda qu'à condition que je ne me plaindrois pas du traitement que j'avois reçu , et que je ne ferois point d'instances nouvelles sur mes prétentions; je le promis facilement, et j'arrivai à Paris avec tout le ressentiment que je devois avoir \ J'y trouvai les choses comme Mme de Longueville m'avoit mandé - ; mais j'y trouvai
I. La Rochefoucauld revint à Paris en décembre 1648 : voyez ci-après, sur son retour, V Apologie du prince de Marcillac. Gourville, dans ses Mémoires (p. 220 et 221), donne à cette occasion de curieux détails : « M. le prince de Marcillac, écrit-il, étant revenu à Paris avec peu d'argent, parce que, outre que sa famille n'en avoit guère, on auroit fort souhaité qu'il n'y fût pas retoinné, m'ordonna d'aller parler de quelques affaires à M. d'Emery, pour lors contrôleur général (j'avois ce jour-là une casaque rouge, avec quelques galons dessus}. Peu de jours après, M. le prince de Marcillac ayant envoyé son intendant lui parler, M. d'Emery, à la première rencontre de 31. le prince de Marcillac, lui dit : « Quand vous aurez « quelque chose à me faire dire, envoyez-moi la casaque rouge o qui m'a déjà parlé une fois de votre part. » Cela m'en fît connoître, et me donna lieu de faire quelques affaires auprès de lui pour M. le prince de ^larcillac, qui auroit été obligé de quitter Paris, si ie ne m'étois avisé de demander à M. d'Emery un passeport pour faire sortir du Poitou huit cents tonneaux de blé. Je lui demandai en même temps s'il ne trouveroit pas mauvais d'en ajouter deux cents pour moi, afin que je pusse en avoir le profit. En souriant, il me dit qu'il le vouloit bien. Aussitôt que j'eus retiré mon passe-port, je pris la poste pour aller à Niort, où je trouvai moyen de le trafiquer, et d'en tirer une lettre de change de dix mille livres. Je ne saurois exprimer la joie qu'eut M. le prince de Marcillac de se voir en état de continuer son séjour à Paris; mais toute la famille en conçut beaucoup de chagrin contre moi. M. le prince de Marcillac me dit de prendre mes deux mille livres, et d'employer les huit autres pour son service ; mais avec le temps les dix y furent à peu près employées. » — Voyez ce qui est dit au tome I, dans la Notice biographique, au sujet des embarras d'argent où se trouva longtemps la Rochefoucauld.
2. On lit dans les Mémoires de Retz (tome II, p. 124 et i25) : « Comme M. de la Rochefoucauld n'avoit pas eu trop bon bruit dans
moins de chaleur , soit que le premier mouvement fût passé , ou que la diversité des intérêts et la grandeur du dessein eussent ralenti ceux qui l'avoient entrepris. Mme de Longueville même y avoit exprès formé ^ des difficultés, pour me donner le temps d'arriver et me rendre plus maître de décider : je ne balançai point à le faire, et je sentis" un grand plaisir de voir qu'en quelque état que la dureté de la Reine et la haine du Cardinal eussent pu me réduire , il me restoit encore des moyens de me venger d'eux ^ .
M. le prince de Conti entroit dans le monde : il vouloit réparer, par l'impression qu'd y donneroit de son esprit et de ses sentiments, les avantages que la nature avoit refusés à sa personne*. Il étoit foible et léger ; mais il dépendoit entièrement de Mme de Longueville ^, et elle me laissoit le soin de le conduire ®. Le duc
l'affaire des Importants, clans laquelle l'on l'avoit accusé de s'être raccommodé à la cour à leurs dépens (ce que j'ai su toutefois depuis, de science certaine, n'être pas vrai), je n'étois pas trop content de le trouver en cette société. Il fallut pourtant s'en accommoder. »