Voyez les Mémoires, p. 5i
" Le comte d'Olivarès, duc de San-Lucir.
différentes, et tout l'Etat, qui avoit également ' souffert durant la faveur du cardinal de Richelieu, attendoit un changement avec trop d'impatience, pour ne recevoir pas avec joie une nouveauté dont chaque particulier espérait de profiter. Les intérêts différents des principaux du Royaume et des plus considérables du Parlement les obligèrent bientôt à prendre parti entre la Reine et Monsieur; et si les brigues qu'on faisait pour eux ri'éclatoient pas davantage, c^est que la santé du Roi, qui semblait quelquefois se rétablir, leur faisait craindre qu'il ne fût averti de leurs pratiques, et qu'il ne fit passer pour un crime les précautions qu'ils prenoient d'établir leur autorité après sa mort.
Ce fut dans cette canjancture-là que je crus qu'il importoit à la Reine d'être assurée du duc d'Enghien. Elle approuva la proposition que je lui fis de se l'acquérir, et m'étant rencontré dans une liaison* trèsparticulière d'amitié avec Coligny, en qui le duc d'Enghien avait toute confiance, je leur représentai à l'un et à l'autre les avantages que la Reine et le duc d'Enghien rencontreroient à être unis, et qu'autre Pintérêt particulier qu'ils avoient de s'apposer à l'autorité de Monsieur, celui de l'État les y obligeait encore. Cette proposition-là. étoit assez avantageuse au duc d'Enghien pour la recevoir agréablement. Il m'ordonna donc de contribuer à la faire réussir, et comme le commerce que j'aurois eu avec lui eût pu être^ suspect au Roi ou à Monsieur, principalement dans un temps où l'on venait de lui donner le commandement de l'armée, et qu'en toutes façons il importoit extrêmement de le tenir secret, il désira que ce fût à Colignjseulqxieje rendisse les répanses de la Reine, et que nous fussions les seuls témoins de leur intelligence. Il n'y eut aucune condition par écrit ; et Coligny et moi fûmes dépositaires de la parole que la Reine donnait au duc d'Enghien de le préférer à Monsieur, non-seulement par des marques de son estime et de sa confiance, mais aussi dans tous les emplois d'où elle pourrait exclure Monsieur par des biais dont ils conviendroient ensemble et qui ne pourroient point porter Monsieur à une rupture ouverte avec la Reine. Le duc d'Enghien promettait, de son côté, d'être inséparablement attaché aux intérêts de la Reine, et de ne prétendre que par elle toutes les grâces qu'd désirerait de la cour. Le duc d'Enghien partit peu de temps après pour aller commander f armée en Flandres, et donner commencement aux grandes choses qu'il a si glorieusement exécutées*.
Le Roi, de qui la maladie augmentoit tous les jours, voulant don-