‹ Œuvres de La Rochefoucauld (volume 4)Chapitre 523 sur 616 · Avoit trop méprisé, (1688-1754.) — 5. P. 58-6l · texte numérisé non relu

Avoit trop méprisé, (1688-1754.) — 5. P. 58-6l

cette raison-là ' seule lui devoit donner l'exclusion, et que l;i Reine avait condamné trop publiquement la conduite du cardinal de Richelieu pour conserver dans les affaires une personne qui j était mise de sa main^, et qui ëtoit auteur de la déclaration que le Roi venoit de faire, dont la Reine paroissoit aigrie au dernier point.

Cette confiance-\R fit négliger au duc de Beaufort et à Péieque de Beauvais beaucoup de précautions durant les derniers jours de la vie du Roi, qui leur eussent été bien nécessaires après sa mort; et la Reine était encore assez irrésolue en ce temps-là pour recevoir les impressions qu'an eût voulu lui donner. Elle me cachoit moins l'état de son esprit qtïaux autres, parce que, n'ayant point eu ^'autres intérêts que les siens, elle ne me soupçonnoit point d'appuyer d'autre parti que celui qu'elle choisiroit. C'étoit elle qui avoit voulu que je fusse ami du duc de Beaufort^ dans une querelle qu'il eut contre le maréchal de la Meilleraye, et qui m'avoit ordonné de voir le cardinal Mazarin, afin d'éviter un sujet de plainte au Roi, qui étoit persuadé qu'elle empêchoit ses serviteurs de voir ceux en qui il avoit confiance : de sorte que, ne lui étant point suspect, je pouvois connoître plus facilement que personne l'impression que les raisons de l'un et de l'autre parti faisoient dans son esprit.

Elle commençait à craindre Phumeur impétueuse et altière du duc de Beau fort*, qui, ne se contentant pas d^ appuyer les prétentions du duc de Vendôme, son père, sur le gouvernement de Bretagne, appuyait encore celles de tous ceux qui avoient souffert durant l'autorité du cardinal de Richelieu, non-seulement pour attirer presque toutes les personnes de condition par leur intérêt particulier et dans une cause qui leur paroissoit juste, mais encore pour avoir un prétexte de choquer par là le cardinal Mazarin, et, en remplissant les principales charges de l'Etat, faire des créatures et donner des marques si éclatantes de sa faveur, qu'on en pût attribuer la cause à tout ce qui eût été le plus capable de satisfaire son ambition et même sa vanité. D'un autre côté, la Reine considéroit qu'après avoir confié ses enfants au duc de Beaufort, ce seroit une légèreté que tout le monde condamneroit que de la voir passer en si peu de temps d'une extrémité à l'autre, sans aucun sujet apparent.

La fidélité du cardinal Mazarin et celle de M. de Cliavigny ne lui étoient point assez connue pour être assurée qu'ils n'eussent point de part à la déclaration ; et ainsi, trouvant des doutes de tous côtés, il lui étoit malaisé de prendre une résolution sans s'en re-

1. Que cette liaison-là. (1662-1754) — L'édition de 1717, généralement conforme à celles de la i"^' série (1662-1688), est la seule, a\ant 1804, fjui donne raison,

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