Voyez la fin de la maxime
6. Cette maxime, dit Amelot de la Houssaye, fait allusion à Ma-
L'intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, même1 celui de désintéressé.
L'intérêt, qui aveugle les uns, fait la lumière des autres2, (éd. i*.)
Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes3, (éd. i.)
zarin; et par conséquent, aurait-il pu ajouter, à Anne d'Autriche. — Racine, dans ses Fragments historiques, explique ainsi la conduite de Mazarin : « La raison pourquoi le Cardinal différoit tant à accorder les grâces qu'il avoit promises, c'est qu'il étoit persuadé que l'espérance est bien plus capable de retenir les hommes dans le devoir que non pas la reconnoissance. » — Tacite avait déjà dit, en parlant de Vitellius (Histoires, livre III, chapitre lviii) : Largus promissis, et, quse natura trepidantium est, immodicus. « Il n'était pas avare de promesses ; il en était prodigue, comme les gens qui ont peur. »
i. Var. : et même. (i665.) — J. Esprit (tome I, p. 5g4) : « L'intérêt joue lui seul ce nombre infini de personnages qu'on voit sur le théâtre du monde. » — Vauvenargues (p. 84) trouve cette pensée commune. — Voyez la maxime 2^6.
2. Vak. : L'intérêt, à qui on reproche d'aveugler les uns, est ce qui fait toute la lumière des autres. (Manuscrit.) — — est tout ce qui fait la lumière des autres. (i665.)
3. L'auteur pensait probablement à Louis XIII, dont il dit tout au commencement de ses Mémoires : « Il avoit un esprit de détail appliqué uniquement à de petites choses. » — Fénelon (Télémaque, livre XXII) : « Un esprit épuisé parle détail est comme la lie du vin, qui n'a plus ni force, ni délicatesse. » — Vauvenargues (maxime 23o,
Œuvres, p. 4o2.) : « Si l'on en voit quelques-uns (quelques hommes)
que la spéculation des grandes choses rend en quelque sorte incapables
Nous n'avons pas assez de force1 pour suivre toute notre raison2, (éd. i*.)
des petites, on en trouve encore davantage à qui la pratique des petites a été jusqu'au sentiment des grandes. » — Par contre, Vauvenargues (dans sa maxime 55a, p. l\b i) pense que « les grands hommes le sont quelquefois jusque dans les petites choses ; » et, revenant à la charge dans sa Critique de la Rochefoucauld (p. 79), il estime « qu'il seroit plus vrai de dire » que ceux dont il s'agit sont nés incapables des grandes. — Tacite (Annales, livre XIII, chapitre xlix) fait dire à Thraséas : Magnarum rerum curam non dissimulatums, qui animum etiam levissimis adverterent. « Que des yeux ouverts sur les plus petites choses ne se fermeraient pas sur les grandes. » — D'un autre côté, Ph. de Comines, cité par Amelot de la Houssaye, blâme Louis XI du soin minutieux qu'il mettait aux plus petites affaires ; mais Tacite (Annales. livre IV, chapitre xxxn) dit encore : . . . Primo adspectu levia, ex queis magnarum sœpe rerum motus oriuntur. « Telle chose, au premier regard, paraît peu importante, qui produit souvent les plus grands efTets. » — La Bruyère (du Souverain on de la République, n° 2/i, tome I, p. 382) loue dans Louis XIV la science des détails; mais Saint-Simon et Fénelon lui en font un reproche. « Son esprit, dit le premier, naturellement porté au petit, se plut en toutes sortes de détails » (Mémoires, tome XII, p. 4oo). — « L'habileté d'un roi, dit le second,... ne consiste pas à tout faire par lui-même — Vouloir examiner tout par soi-même, c'est défiance, c'est petitesse ; c'est se livrer à une jalousie pour les détails qui consument le temps et la liberté d'esprit nécessaires pour les grandes choses » (Télémaque, livre XXII). — Vovezla maxime 569, et comparez avec la 16e des Réflexions diverses, où la Rochefoucauld revient sur cette pensée, et se rapproche du sens de Vauvcnargues.
1. Var. : pas assez de jorces. (1671 et 1675.) — Voyez ci-dessus, p. 4a, note 5.
2. Aimé-Martin (p. 34) rappelle que cette pensée fut ainsi retournée par Mme de Grignan : « Nous n'avons pas assez de raison pour employer toute notre force ; » et que Mme de Sévigné trouvait cette maxime plus vraie que celle de la Rochefoucauld. Vovez les Lettres de Mme de Sévigné, tome VI, p. 527. Du reste, la Rochefoucauld lui-même donnait raison par avance à Mme de Grignan, dans la
L'homme croit souvent se conduire lorsqu'il est conduit1, et pendant que par son esprit il tend à un but2, son cœur l'entraîne3 insensiblement à un autre1, (éd. i*.)
La force et la foiblesse de l'esprit sont mal nommées ;
maxime 3o, où il reconnaît que nous avons plus de force que de volonté. — « L'homme, dit Pascal (Pensées, article XXV, 27), n'agit point par la raison qui fait son être » — Sénèque (épitre lxxiv) pensait de son côté que la raison nous donne toujours assez de force, mais à la condition qu'on l'aime : Ama ralionem ; hujus te amor contra durissima armabit. « Aime la raison ; cet amour t'armera contre les plus rudes épreuves. » — La Bruyère (de l'Homme, n° 187) : « J'ose presque assurer que les hommes savent encore mieux prendre des mesures que les suivre, résoudre ce qu'il faut faire et ce qu'il faut dire, que de faire ou de dire ce qu'il faut. » — Voyez la maxime 243.
1. Var. : L'homme est conduit, lorsqu'il croit se conduire. (i665.)