‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 153 sur 469 · Var. : que nous faisons à nous-mêmes. (1G · texte numérisé non relu

Var. : que nous faisons à nous-mêmes. (1G

3. Var. : La pitié est un sentiment de nos propres maux dans un sujet étranger ; c'est une prévoyance habile des malheurs où nous pouvons tomber, gui nous fait donner du secours aux autres, pour les engager à nous le rendre dans de semblables occasions, de sorte que les services que nous rendons à ceux qui en ont besoin (Manuscrit : à ceux qui sont accueillis de quelque infortune') sont, à proprement parler, des biens anticipés que nous nous faisons à nous-mêmes. (i665.)

— sont, à proprement parler, des biens que nous nous faisons

anticipés. (Manuscrit.) — Quoique l'honnête homme ne doive se piquer de rien (maxime 2o3), on a vu (ci-dessus, p. 9 et 10) que la Rochefoucauld, dans son Portrait, se pique de n'être pas sensible à la pitié.

— L'annotateur contemporain fait observer avec raison que le caractère donné ici à la pitié n'est autre que celui que l'auteur attribue à la reconnaisssance, dans les maximes 223, 22^, 225 et 298.

— Aristote (Rhétorique, livre II, chapitre vin) : « La pitié est une

douleur que nous sentons à la vue d'un mal immérité qui arrive

à autrui, et que nous prévoyons pouvoir un jour nous atteindre, nous-mêmes ou quelqu'un des nôtres. » — Ce qu'Aristote et la Rochefoucauld mettent au compte de la prévoyance, Virgile (Enéide, livre I, vers 63o) et la Bruyère le mettent au compte du souvenir :

Non ignara mali, miseris succurrere disco,

« Eprouvée par le malheur, je sais compatir aux malheurs des autres. »

— « Les gens déjà chargés de leur propre misère sont ceux qui entrent davantage, par la compassion, dans celle d'autrui. » (De l'Homme, n° 79.) — La Bruyère ajoute éloquemment (n° 81) : « Une grande âme est au-dessus de l'injure, de l'injustice, de la douleur, de la moquerie, et elle seroit invulnérable, si elle ne souffroit par la compassion. » — Dans un autre passage (du Cœur, n° 48, tome I, p. 207),

i4o REFLEXIONS OU SENTENCES

La petitesse de l'esprit fait l'opiniâtreté1, et nous ne croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons -. (éd. i*.)

C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes passions, comme l'ambition et l'amour, qui

on croirait qu'il s'est proposé de réfuter la Rochefoucauld : « S'il est vrai que la pitié ou la compassion soit un retour vers nous-mêmes qui nous met en la place des malheureux, pourquoi tirent-ils de nous si peu de soulagement dans leurs misères ? » — Il n'est pas besoin de dire que J. Esprit se rencontre avec la Rochefoucauld, puisque, nous en avons eu plus d'une preuve, il y avait entre eux et Mme de Sablé fonds commun : « La pitié, dit-il (tome I, p. 373), est un sentiment secrètement intéressé ; c'est une prévoyance habile, et on peut l'appeler, fort proprement, la providence de l'amour-propre. » Plus loin (tome I, p. 3y6 et p. 386), il n'y voit qu'un ajfoiblissement, « un amollissement de l'àme ; » enfin (tome I, p. 377), il affirme que « les personnes humides, » c'est-à-dire celles en qui « la pituite domine, » sont plus accessibles à la pitié que toutes les autres. — Voyez la 2e des Réflexions diverses.

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