Voyez les maximes 352 et
Zj. Voyez les maximes 187 et 253.
ET MAXIMES MORALES. l55
On ne trouve guère d'ingrats tant qu'on est en état de faire du bien1, (éd. 3*.)
CGCVII
Il est aussi honnête d'être glorieux avec soi-même qu'il est ridicule de l'être avec les autres2, (éd. 3.)
On a fait une vertu de la modération, pour borner l'ambition des grands hommes 3, et pour consoler les gens médiocres de leur peu de fortune et de leur peu de mérite4, (éd. 3.)
i . Var. : On ne fait point d'ingrats tout le temps qu'on peut faire du bien. (Manuscrit.) — Cette réflexion revient à la maxime 298.
2. L'annotateur contemporain demande quel est le sens du mot de glorieux; Duplessis lui répond (p. 188) : « La Rochefoucauld veut dire qu'il faut avoir un grand respect de soi-même et de sa propre dignité, pour ne rien faire qui en soit indigne ; mais aussi qu'il seroit ridicule de faire sentir aux autres la supériorité que l'on peut ou que l'on croit avoir sur eux. Le mot glorieux est entendu ici dans un double sens très-admissible, et fait un excellent effet. » — Au fond, cette maxime de bienséance se rapporte à la 2o3e.
3. « La modération des grands hommes, dit Vauvenargues (maxime 72, Œuvres, p. 38i), ne borne que leurs vices. »
l\. La Harpe (tome VII, p. 267 et 268) répond, avec bien de la hauteur, à la Rochefoucauld : « Autant de mots, autant d'erreurs. L'homme ne fait point de vertus : la modération en est une, parce qu'elle est opposée à tous les excès, qui sont des vices. Les grands hommes ne sont point tous des ambitieux, et le désir de paraître modéré n'arrête point ceux qui ont de l'ambition ; et comment un moraliste peut-il faire entendre que la modération n'est le partage que des gens médiocres ? Cette maxime est incompréhensible dans tous les points. — Voyez les maximes 2g3 et 565.
i56 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
CCGIX
Il y a des gens destinés à être sots, qui ne font pas seulement des sottises par leur choix, mais que la fortune même contraint d'en faire1, (éd. 3*.)
CGGX
Il arrive quelquefois des accidents dans la vie d'où il faut être un peu fou pour se bien tirer2, (éd. 3.)
GGCXI
S'il y a des hommes dont le ridicule n'ait jamais paru, c'est qu'on ne l'a pas bien cherché3, (éd. 3*.)
i. Var. : Il y a des gens qui sont nés pour être fous, et qui ne font pas seulement des folies par eux-mêmes, mais que la fortune contraint d'en faire. (Manuscrit.) — Voyez la maxime i56.
2. Mme de Sablé (maxime 24) : « Les bons succès dépendent quelquefois du défaut de jugement, parce que le jugement empêche souvent d'entreprendre plusieurs choses que l'inconsidération fait réussir. — Caton le poëte avait déjà dit (livre II, distique 18) :
Insipiens esto, quum tempus postulat aul res.
« Sois déraisonnable, lorsque l'occasion ou la chose le demande. » — Aimé Martin (p. io2-io4) voit dans cette réflexion une allusion possible au marquis de Pomenars. dont Mme de Sévigné raconte si gaiement les folles aventures (voyez, entre autres passages, ceux du tome II, p. 235 et 236, 255, 296, 295, 4")- La pensée de la Rochefoucauld est d'une portée plus générale ; par exemple, on l'appliquerait fort bien à la guerre, et l'on se rencontrerait avec le maréchal de Bellegarde, qui, selon le marquis de Fortia, avait coutume de dire : « A la guerre, il ne faut pas être trop sage. » — Voyez les maximes i63 et 209.
3. Var. : S'il y a des gens dont on ne trouve point le ridicule, c'est qu'on ne cherche pas bien. (Manuscrit.)
ET MAXIMES MORALES. ib']
GCGXII
Ce qui fait que les amants et les maîtresses ne s'ennuient point d'être ensemble1, c'est qu'ils parlent toujours d'eux-mêmes, (éd. 3*.)
Pourquoi faut-il que nous ayons assez de mémoire pour retenir jusqu'aux moindres particularités de ce qui nous est arrivé, et que nous n'en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois nous les avons contées à une même personne2? (éd. 3*.)
GGCXIV
L'extrême plaisir que nous prenons à parler de nousmêmes nous doit faire craindre de n'en donner guère à ceux qui nous écoutent3, (éd. 3.)
CGCXV
Ce qui nous empêche d'ordinaire de faire voir le fond
i. Var. : Ce qui fait que les amants ont du plaisir d'être ensemble. (Manuscrit.)
3. Var. : Pourquoi faut-il que nous ayons toujours assez de mémoire pour retenir tout ce qui nous est arrivé, et que nous n'en ayons jamais assez pour savoir combien de fois nous /'avons conté à une même personne? (Manuscrit.) — Voyez la maxime suivante, la 364e, et la 4e des Réflexions diverses.
3. Cette réflexion est comme la conclusion de la précédente. — Voyez les maximes i38, i3g, 364, 5io, et la 4K des Réflexions diverses. — Pascal (Pensées, article VI, 56) : « Voulez-vous qu'on croie du bien de vous ? n'en dites pas. »
i58 RÉFLEXIONS OU SENTENCES
de notre cœur à nos amis, n'est pas tant la défiance que nous avons d'eux, que celle que nous avons de nousmêmes1, (éd. 3*.)
GCGXVI
Les personnes foibles ne peuvent être sincères2, (éd. 3*.)
CCGXVII
Ce n'est pas un grand malheur d'obliger des ingrats, mais c'en est un insupportable d'être obligé à un malhonnête homme3, (éd. 3.)
CCGXVIII
On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n'en trouve point pour redresser un esprit de travers4. (éd. 3*.)
i. Var. : Ce qui fait que nous nous cachons à nos amis, n'est pas la défiance que nous avons d'eux, mais celle que nous avons de nous. (Manuscrit.') — Selon plusieurs autres maximes (62, i84, S27, 383, 4g4 et 609), cette défiance ne nous empêche pas d'avouer parfois nos défauts, par vanité, ou par adresse.
2. Var. : Les gens foibles ne sauraient avoir de sincérité. (Manuscrit.') — Voyez les maximes 62 et 445. — L'annotateur contemporain objecte que parfois elles ne sont que trop sincères.
3. Livre de l'Ecclésiastique (chapitre xxv, verset 11) : Beatus qui
non servit indignis. « Heureux qui ne dépend pas d'hommes indignes. » — Voyez les maximes 96 et 229. — La Bruyère (du Cœur, n° 46 tome I, p. 206) : « Je ne sais si un bienfait qui tombe sur un ingrat, et ainsi sur un indigne, ne change pas de nom, et s'il méritoit plus de reconnoissance. »
4- Var. : On a des moyens pour guérir des fous de leur folie, mais on n'en a point pour redresser des esprits de travers. (Manuscrit.) — Voyez les maximes 448 et 5o2.
On ne sauroit conserver longtemps les sentiments qu'on doit avoir pour ses amis et pour ses bienfaiteurs1, si on se laisse la liberté de parler souvent de leurs défauts2, (éd. 3.)
GCGXX
Louer les princes des vertus qu'ils n'ontpas, c'est leur dire impunément des injures3, (éd. 3*.)
GCCXXI
Nous sommes plus près d'aimer ceux qui nous haïssent que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons. (éd. 3.)
GCGXXII
Il n'y a que ceux qui sont méprisables qui craignent d'être méprisés*, (éd. 3.)
i. Bienf acteurs, dans les éditions de 167 1 et de 1675.
3. La Bruyère (de la Société et de la Conversation, n° 62, tome I, p. 236) : « L'on ne peut aller loin dans l'amitié, si l'on n'est pas disposé à se pardonner les uns aux autres les petits défauts. »
3. Vak. : Louer les rois des qualités qu'ils n'ont pas n'est que leur dire des injures. (Manuscrit.) — L'annotateur contemporain conclut ainsi : « Que l'on dit donc d'injures, et d'injures même dont on est payé ! » — Tacite rapporte (Annales, livre XIII, chapitre m) que quand Néron, faisant le panégyrique de l'empereur Claude, le loua de sa prévoyance et de sa sagesse, on ne put s'empêcher de rire, bien que le discours eût été composé par Sénèque. — Montaigne dit à peu près dans le même sens que la Rochefoucauld (Essais, livre I, chapitre xxxix, tome I, p. 354) : « C'est vne espèce de mocquerie et d'iniure de vouloir faire valoir vn homme par des qualitez mesaduenantes à son rang. »
4. « Faux, dit l'annotateur contemporain : il y a bien des gens de