‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 218 sur 469 · Brotier écrit toujours ainsi la Rochefoucault, par un · texte numérisé non relu

Brotier écrit toujours ainsi la Rochefoucault, par un

2. Voici ceux de ses numéros que nous avons rejetés, à ce titre, dans les notes. A la suite de chacun d'eux nous plaçons ici le chiffre de la maxime a laquelle il correspond dans notre édition :

Outre ces quarante variantes, parmi lesquelles il s'en trouve un certain nombre

ll9

Dans ses deux éditions de 1796 et de 1802, le marquis de Fortia suit l'exemple de Brotier, dont il ne réduit guère le travail ; car le nombre des maximes supprimées qu'il conserve est encore de cent dixsept ' .

Si Brotier et Fortia avaient trop donné, par contre Aimé-Martin (1822) et Duplessis (i853) donnèrent, selon nous, trop peu : soixantecinq maximes seulement2. Notre relevé cependant ne diffère pas notablement du leur. En écartant avec soin les maximes qui nous ont paru faire vraiment double emploi pour le fond, et ne devoir paraître dans l'édition que sous forme de variantes, nous sommes arrivé au nombre de soixante-dix-neuf maximes supprimées par l'auteur et réellement distinctes des maximes définitives.

Parmi ces soixante-dix-neuf maximes supprimées, il y en a trenteneuf qui se trouvent dans le manuscrit de la Rocheguyon. Ce sont nos numéros 563-565, 568, 56g, 571-573, 575-58o, 584-586, 58g, 5gi, 5g3, 595-597, 5gg, 6oi-6o3, 606, 607, 6i5, 618-620, 622, 624, 626, 62g-63i.

Voici comment sont réparties, dans les quatre premières édi-

qui n'offrent que de très-insignifiantes différences de rédaction, Brotier donne dans ce supplément, sous les numéros 58, 75, 77, 96, 1 18, cinq pensées dont le texte est absolument identique avec les maximes définitives 177, 224, 228, 35i, 335, placées par lui, comme par nous, dans le premier et principal recueil des 5o4. En revanche, il a omis dans le supplément, et ne donne nulle part, nos numéros 572, 573, 588 et 5g4, qui ont, il est vrai, quelque rapport avec les maximes 49, 5o, 92 et 344, mais en diffèrent assez pour en être distingués.

1. Fortia a retranché les numéros 58, 75, 77 et n5 de Brotier, comme faisant double emploi avec les maximes définitives 177, 224, 228, et la 76e des maximes supprimées.

2. Le dernier chiffre d'Aimé-Martin est lxiv, mais il donne, après le numéro m, un 11 bis. Comme Duplessis, qui n'a fait ici que le suivre, il a de plus que nous une maxime, sa 17e, que nous avons rapprochée en note de la 88e, et il en a de moins que nous quinze, qu'il a considérées comme de simples variantes. Les voici, d'après le rang qu'elles ont dans notre édition. Nous indiquons en regard le chiffre de la maxime à laquelle chacune d'elles se rapporte, chez Duplessis comme chez Aimé-Martin.

623 dernière phrase de i84 ; Duplessis ne la mentionne pas.

épigraphe.

58oi

On peut remarquer que parmi ces quinze maximes se trouvent les quatre omises par Brotier.

tions, les pensées que l'auteur a retranchées de sa 5e : deux maximes, les numéros 64o et 64 i, ne sont que dans la 4e éditioa (1675) ; deux, les numéros 587 et 5go, sont dans la 2e (1666), la 3e (1671) et la 4e (1675) ; dix, les numéros 577, 58i, 584, 6o3, 607, 608, 617, 61g, 622, 63a, se trouvent à la fois dans les quatre premières éditions (i665, 1666, 1671, 1675); une, le numéro 571, n'est que dans la ire (i665) et dans la 2e (1666); les autres, en tout soixante-quatre, ne sont que dans la ire (i665.) — Deux seulement des maximes supprimées, notre première et notre dernière, se lisent dans le Supplément de i6g3.

Quand une maxime se trouve à la fois dans plusieurs des quatre premières éditions, nous donnons, selon notre coutume, le texte de la dernière où elle a paru, c'est-à-dire la dernière forme qu'elle a reçue de l'auteur, et nous mettons en note les variantes que peuvent offrir les éditions précédentes. Nous n'avons pas besoin de dire que nous relevons également dans le commentaire les variantes du manuscrit de la Rocheguyon.

Enfin, pour que rien ne manque à l'histoire du texte delà Rochefoucauld, nous indiquons les principales différences qu'y ont introduites successivement les éditeurs.

Nous suivons, pour l'ordre des maximes supprimées, celui où elles se trouvent rangées dans la ire édition (i665), en y ajoutant, à mesure qu'elles se présentent, les pensées qui datent d'une édition postérieure à i665. Cet ordre est à peu près celui qu'ont suivi Brotier, Aimé-Martinet Duplessis. Le premier a pourtant, nous ne savons pourquoi, transporté beaucoup plus loin et placé près de la fin les maximes que nous avons numérotées 58i, 584, 587 et 590. Les deux derniers, conformes de tout point l'un à l'autre, ne diffèrent de nous que par deux ou trois interversions non motivées. — A la suite de chaque maxime nous indiquons celle ou celles des quatre premières éditions où elle se trouve. L'astérisque à la fin des maximes, après le chiffre de l'édition, marque, comme dans notre série principale, les pensées que l'auteur a retouchées.

PAR L'AUTEUR

DLXIII

jic'1?

L'amour-propre est l'amour de soi-même et de toutes choses pour soi * ; il rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes, et les rendroit les tyrans des autres, si la fortune leur en donnoit les moyens. Il ne se repose jamais hors de soi, et ne s'arrête dans les sujets étrangers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui est propre. Rien n'est si impétueux que ses désirs 2 ; rien de si caché que ses desseins, rien de si habile que ses conduites ; ses souplesses ne se peuvent représenter, ses transformations passent celles des métamorphoses, et ses raffinements ceux de la chimie. On ne peut sonder la profondeur, ni percer les ténèbres de ses abîmes : là il est à couvert des yeux les plus pénétrants ; il y 3 fait mille insensibles tours et retours ; là il est souvent invisible à lui-même ; il y conçoit, il y nourrit4 et il y élève, sans le savoir, un grand nombre d'affections et de haines ; il en forme de si monstrueuses5 que, lorsqu'il les a mises au jour, il les méconnoît, ou il ne peut se

i. Pascal [Pensées, article II, 8) : « La nature de l'amour-propre et de ce mot humain est de n'aimer que soi et de ne considérer que soi. » — Meré (maxime 53 1) : « C'est quelque chose de si commun et de si fin que l'intérêt, qu'il est toujours le premier mobile de nos actions, le dernier point de vue de nos entreprises »

2. L'édition de 1693 donne : « // n'est rien de si impétueux que ses désirs. »

3. Duplessis omet y devant fait, et, deux lignes plus loin, il devant y élève.

4. Les mots : « il y conçoit, il y nourrit, » manquent dans l'impression de i665G.

5. Il y a monstreases dans les impressions de i665 A et D ; monstrueuses dans celles de i665 B et C, et dans l'édition de i(3g3.

La Rochefoucauld, i 16

ihh MAXIMES SUPPRIMÉES.

résoudre à les avouer. De cette nuit qui le couvre naissent les ridicules persuasions qu'il a de lui-même : de là viennent ses erreurs, ses ignorances, ses grossièretés et ses niaiseries sur son sujet ; de là vient qu'il croit que ses sentiments sont morts lorsqu'ils ne sont qu'endormis, qu'il s'imagine n'avoir plus envie de courir dès qu'il se repose, et qu'il pense avoir perdu tous les goûts qu'il a rassasiés l. Mais cette obscurité épaisse qui le cache à lui-même, n'empêche pas qu'il ne voie parfaitement ce qui est hors de lui : en quoi il est semblable à nos yeux2, qui découvrent tout et sont aveugles seulement pour eux-mêmes. En effet, dans ses plus grands intérêts et dans ses plus importantes affaires, où la violence de ses souhaits appelle toute son attention, il voit, il sent, il entend, il imagine, il soupçonne, il pénètre, il devine tout, de sorte qu'on est tenté de croire que chacune de ses passions a une espèce de3 magie qui lui est propre. Rien n'est si intime et si fort que ses attachements, qu'il essaye de rompre inutilement à la vue des malheurs extrêmes qui le menacent ; cependant il fait quelquefois, en peu de temps et sans aucun effort, ce qu'il n'a pu faire avec tous ceux dont il est capable dans le cours de plusieurs années : d'où l'on pourroit conclure assez vraisemblablement que c'est par lui-même que ses désirs sont allumés, plutôt que par la beauté et par le mérite de ses objets ; que son goût est le prix qui les relève et le fard qui les embellit 4 ; que c'est après lui-même qu'il court, et qu'il suit son gré, lorsqu'il suit les choses qui sont à son gré. 11 est tous les contraires 5 : il est impérieux et obéissant, sincère et dissimulé, miséricordieux et cruel, timide et audacieux6. Il a de différentes inclinations, selon la

i. Rapprochez de la maxime 192. — J. Esprit (tome I, p. 202) : « On croit que les inclinations qui sont lassées, ou suspendues, ou rebutées, sont des inclinations détruites. »

2. Le reste de cette ligne et les vingt-neuf lignes qui viennent après, jusqu'aux mots « empressement, et » (page suivante, ligne i 2) ont été sautés dans l'édition de 1693, qui, par suite de cette lacune, nous donne cette phrase vide de sens : « en quoi il est semblable à nos yeux avec des travaux incroyables, etc. »

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