L'auteur de la note emploie opuscules au féminin
3. La raison donnée n'est pas péremptoire. L'auteur pouvait aussi bien emprunter à ses Maximes au profit de ses Réflexions, qu'à ses Réflexions au profit de ses Maximes. On le verra, du reste, la plupart des Maximes qui se retrouvent dans les Réflexions, et que nous avons consignées dans les notes sous leurs numéros, appartiennent à la 4e édition (1675) et à la 5e (1678) ; or la ire est, comme l'on sait, de i665.
(\. Ce jugement est assez sévère, mais assez juste en somme. Cependant il n'y a pas lieu d'en conclure que les Réflexions auxquelles il peut s'appliquer soient de la jeunesse de l'auteur. Dans la i4e, il parle de la mort de Turenne tué le 27 juillet 1675 ; dans la 17e, de la paix de Nimègue conclue en août 1678 (voyez p. 3^t , note 5), et lui-même mourait dix-huit mois après, le 17 mars 1680, à l'âge de soixante-sept ans. Il faudrait plutôt dire que les moins achevées parmi ces Réflexions sont les dernières que l'auteur ait écrites, et qu'il n'a pas eu le temps de les revoir. La Rochefoucauld, on le sait,
être à propos d'entrer sur cela dans quelque détail, afin que si jamais on avoit envie de donner ce recueil au public, on ne le lit qu'avec les égards qui sont dus à la mémoire et au mérite de l'auteur.
« Voici les morceaux qui m'ont paru le plus capables de répondre à sa réputation l : de la Société ; — de VAir et des Manières ; — de la Conversation ; — de la Confiance ; — du Goût ; — du Faux ; — de la Différence des esprits ; — de l'Inconstance ; — de la Retraite ; — des Evénements de ce siècle2.
« Nota. — Ce dernier morceau est l'antépénultième dans le manuscrit ; mais l'ordre qu'on suit ici est le plus naturel, et une petite note qui est à la fin du morceau sur la Différence des esprits, donne lieu de conjecturer que c'étoit l'ordre que l'auteur avoit dans l'esprit.
« Par rapport aux ebapitres de V Inconstance et de la Retraite, il y a une observation à faire : c'est qu'ils n'ont pas été revus par l'auteur, qu'ils ont été écrits par un secrétaire sans intelligence ; qu'indépendamment des fautes d'orthographe, il y en a qui défigurent le sens et qui quelquefois le rendent inintelligible, que par conséquent il faudrait revoir les deux chapitres avec la plus grande attention 3.
n'était pas un écrivain de premier jet ; il n'arrivait à sa forme définitive qu'à force de retouches : pour s'en assnrer, il n'y a qu'à comparer sa ire édition des Maximes avec la 5e. Il y a telle pensée où il ne reste presque plus un mot de la rédaction primitive.
1. Il faut faire remarquer encore que l'auteur de cette note suit l'ordre même du manuscrit de la Rocheguyon, tant pour les pièces qu'il choisit que pour celles qu'il élimine, sauf pour celle qui est intitulée des Evénements de ce siècle. Comme en avertit le nota qui suit, il rejette à la fin cette Réflexion qui, par son étendue et par son caractère purement historique, diffère en effet des autres, et peut former comme un petit traité à part.
2. Il parait que l'auteur de cette note s'est ravisé, ou qu'on s'est ravisé après lui, car les trois dernières Réflexions qu'il indique n'ont pas été publiées.
3. Heureusement personne ne s'est chargé de cette revision, et nous pouvons donner ces deux morceaux intacts comme les dix-sept autres : s'ils ne comptent pas parmi les meilleurs du recueil, du moins sont-
La. Rochefoucauld, i 18
« Voici les morceaux qu'il ne seroit pas à propos qu'on rendît publics, avec les raisons qui m'en font porter ce jugement :
« Du Vrai. — Ce n'est pas qu'il n'y ait dans ce morceau des choses bien vues et bien pensées, mais en totalité il y a quelque chose de louche, parce que l'auteur n'a pas vu assez nettement, ou du moins n'a pas assez développé ce qu'il entend par vrai et par vérité.
« De rAmouretde la Mer. — L'auteur lui-même l'a raturé1.
« Des Exemples. — Morceau peu approfondi et peu réfléchi.
« De I Incertitude de la jalousie. — H y a quelque chose de louche, sur quoi cependant il ne seroit pas difficile de répandre la clarté nécessaire.
« De V Amour et de la Vie. — Ce morceau est de petite manière ; les rapports y sont trop recherchés et souvent trop subtils ; la comparaison, trop longtemps soutenue, y devient fade. L'auteur a fait passer dans les Maximes ce qu'il y a de mieux pour le fond des idées, entre autres cette pensée : « Dans le déclin de l'amour, comme dans le déclin de la vie,... on vit encore pour les maux, on ne vit plus pour les plaisirs2. »
« Du Rapport des hommes avec les animaux. — Ce morceau est foible et plat.
ils parfaitement intelligibles, quoi qu'en dise l'auteur de la note, et nous n'y avons trouvé aucune faute défigurant le sens.
1. C'est-à-dire, biffé. Le morceau, en effet, est biffé en croix sur le manuscrit ; mais est-il bien sûr qu'il l'ait été par la Rochefoucauld lui-même ? On en peut au moins douter, car en tète de cette Réflexion (6e, aussi bien que de la 12e), on lit ces deux mots : à retrancher, lesquels ne sont pas de son écriture.
2. En effet, c'est la maxime 43oe de la 5e édition, avec quelques légères modifications.
De l'Origine des maladies. — Rature par l'auteur1.
« Des Modèles de la nature et de la fortune. — Il y a dans ce morceau, ainsi que dans quelques-uns des précédents, plus de recherche d'esprit que de vérité; on y trouve cependant quelques beaux traits. Le parallèle de Monsieur le Prince et de M. de Turennc est à conserver2.
« Des Coquettes et des Vieillards. — Ce morceau tient aux mœurs du temps9 ; il pouvoit avoir alors un mérite qu'il n'auroit plus aujourd'hui. »
Encore une fois, la plupart de ces appréciations, sauf les réserves que nous avons faites, sont assez fondées ; mais, de nos jours, la critique se soucie moins de l'intérêt des écrivains que de 1 intérêt des lettres. Quand les douze Réflexions négligées en 1 —3 1 4 seraient toutes aussi faibles que le prétend l'auteur de la note, elles n'en seraient pas moins précieuses, au moins comme moyen de comparaison entre les œuvres ébau-
1. On trouvera cette Réflexion sous le n° xn. — Voyez ci-dessus, p. 276, note 1.
2. Il fallait conserver, non-seulement ce parallèle, mais tout ce qui concerne Alexandre, César et Caton, c'est-à-dire tout le morceau. Ces pages peuvent compter assurément parmi les plus fortes que la Rochefoucauld ait écrites.
3. Il n'en serait que plus intéressant pour nous ; mais ce morceau est de tous les temps et d'une éternelle application.
4. M. Edouard de Barthélémy les a publiées, seules, sans les sept anciennes (a) (QEuvres inédites de la Rochefoucauld, 1 vol. in-8, Paris, Hachette, i863 : voyez la Notice bibliographique). Loin de nous la pensée de désobliger un homme qui aime les lettres et qui leur a rendu quelques services, même en ce qui concerne la Rochefoucauld ; mais son travail, on le verra dans nos notes, était bien souvent fautif ; aussi nous est-il permis de dire que le texte des Réflexions diverses de la Rochefoucauld parait aujourd'hui pour la première fois, dans toute sa pureté.
(a) Il en promet onze en tète de sa Préface, mais par le fait il en donne douze, car il met à part le morceau des Evénements de ce siècle ; il paraît même en donner treize, car il a marqué du numéro i la fin de la Réflexion du Faux, dont la plus grande partie avait paru dès 1781.
chées et les œuvres achevées de la Rochefoucauld. C'est à ce titre que nous les donnons au public : rien ne doit être perdu d'un tel écrivain, rien d'ailleurs ne lui pouvant faire tort.
Nous donnons les dix-neuf morceaux dans l'ordre où ils se trouvent au manuscrit, en marquant d'un astérisque (*) au titre ceux qu'avaient omis les premiers éditeurs. Nous indiquerons les variantes, ou, pour parler plus exactement, les altérations qui abondent dans les textes publiés jusqu'ici.