L'édition de 1 0 9 3 ajoute ici : « dont il s'agit
9- ^oyez plus loin les Jugements des contemporains sur les Maximes.
bien juger; je dis habile et délicat ', parce que je tiens qu'il faut être pour cela l'un et l'autre; et quand je me pourrois flatter de l'être, je m'imagine que j'y trouverois peu de choses à changer. J'y rencontre partout de la force et de la pénétration2, des pensées élevées3 et hardies, le tuur de l'expression noble, et accompagné d'un certain air de qualité, qui n'appartient pas4 à tous ceux qui se mêlent d'écrire. Je demeure d'accord qu'on n'y trouvera pas tout l'ordre ni tout l'art que l'on y pourroit souhaiter, et qu'un savant qui auroit un plus grand loisir-' y auroit pu mettre plus d'arrangement; mais un homme qui n'écrit que pour soi et pour délasser son esprit, qui écrit les choses à mesure qu'elles lui viennent dans la pensée, n'affecte pas tant de suivre les règles que celui qui écrit de profession, qui s'en fait une affaire6, et qui songe à s'en faire honneur. Ce désordre néanmoins a ses grâces7, et des grâces que l'art ne peut imiter. Je ne sais pas si vous êtes de mon goîit, mais quand les savants8 m'en devroient vouloir du mal, je ne puis m'empêcher de dire que je préférerai toute ma vie la manière d'écrire négligée d'un courtisan qui a de l'esprit à la régularité gênée d'un docteur qui n'a jamais rien vu que ses livres. « Plus ce qu'il dit et ce qu'il écrit paroit aisé, et dans un certain air d'un homme qui se néglige9, plus cette négligence, qui cache l'art sous une expression simple et naturelle10, lui donne d'agrément. » C'est de Tacite que je tiens ceci ; je vous mets à la marge (voyez au bas de lapage)il le passage latin, que vous lirez si
i. « — et assez habile pour en Jaire la critique et pour y remarquer des défauts; je dis habile et délicat. » (Edition de i6q3.)
2. « que j'y trouverois peu de choses à augmenter ou à diminuer. En
effet, il y a partout de la force et de la pénétration. » (Ibidem.)
3. Dans les impressions de i665 B, C et D : « des pensées relevées. »
4. « — un tour d'expression noble et grand, accompagné d'un certain air de qualité à dire les choses, qui ne s'acquiert point par l'étude, et qui n'appartient pas » (Edition de 1693.) — Voyez, plus loin, les Pensées de Mme de
Schomberg, etc.
5. « tout l'ordre ni toute la justesse que l'on pourroit souhaiter dans
un ouvrage dune longue méditation, et qu'un savant qui jouiroit d'un grand loisir » (Edition de 1693.)