‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 334 sur 469 · MADEMOISELLE DK VERTUS A MADAME DE SABLÉ [I · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DK VERTUS A MADAME DE SABLÉ [I

Que me dites-vous de ces Maximes qu'on a montrées à M. le

comte de Saint-Paul2 ? Je ne sais ce que c'est3, mais il me semble qu'il ne faudroit point trop le laisser entretenir par ce M. de Neuré 4 ; car c'est une personne qui apparemment n'est pas contente de Mme de Longueville, et qui a bien envie,' à ce qu'on m'a dit, de rentrer dans cette maison. Si vous disiez à M. le comte de Saint-Paul qu'il ne faut pas qu'il s'amuse à les lire ? Il a une grande déférence pour vous, et ainsi cela lui deviendroit suspect.

MADAME DE LA FAYETTE A MADAME DE SABLÉ [l663]S.

Je viens d'arriver à Fresnes, où j'ai été deux jours en solitude

i. Extrait du tome VII des Portefeuilles de Vallanl, folio 121. — Nous donnons un extrait do cette lettre parce qu'elle montre jusqu'à quel point, dans l'entourage de Mme de Longueville, on redoutait, pour le jeune comte de Saint-Paul, la lecture des Maximes. Elle n'est pas datée, mais comme, dans un passage qui n'a pas trait à notre sujet, il est fait mention de la mort récente de la comtesse de Maure, amie de Mme de Sablé, cette lettre est évidemment de 1 663. — Mlle de Vertus (Catherine-Françoise de Bretagne) était soeur de la duchesse de Montbazon. Elle mourut à soixante-quinze ans, le 21 novembre 1692. Elle s'était convertie peu de temps avant Mme de Longueville, qu'elle entraîna vers Port-Royal, et dont elle devint bientôt, comme le dit M. Sainte-Beuve {Port-Royal, tome IV, p. 457), l'amie intime et le plus actif aide de camp, pour toutes les affaires domestiques et autres. On en voit la preuve dans cette lettre même, qui fut peut-être écrite à l'instigation de Mme de Longueville.

2. Charles-Paris d'Orléans, comte de Saint-Paul ou de Saint- Pol, puis duc de Longueville, né en pleine Fronde, le 29 janvier 1669, à l'hôtel de ville de Paris (d'où son second prénom), tué au passage du Rhin en 1672. De notoriété publique, il était fils de la Rochefoucauld. Voyez la Notice biographique.

3. Bien que la Rochefoucauld l'eût beaucoup connue autrefois, et qu'il en eût même couru quelques mauvais bruits (voyez Port-Royal de M. Sainte- Beuve, tome IV, p. 4g4 et 4g6), il n'est pas probable, en efTet, que Mlle de Vertus ait eu communication des Maximes en manuscrit. Elle était pour cela trop engagée avec Mme de Longueville.

4. Mathurin de Neuré, mathématicien, astronome, ami de Gassendi, et précepteur des fils de Mme de Longueville. Moréri nous apprend qu'il s'était brouillé avec, la duchesse, et qu'il avait composé contre elle un libelle, qu'elle eut à peine le temps de faire saisir avant 1 impression.

5. Nous ne donnons de cette curieuse lettre et de la suivante que ce qui a trait à la Rochefoucauld. — Comme nous l'avons dit à la page 371, nous ne savons où est maintenant l'original du numéro iv; mais nous avons, pour ré-

avec Mme du Plcssis ' Nous y avons lu les Maximes de M. de la

Rochefoucauld. lia 1 Madame, quelle corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le cœur, pour être capable d'imaginer tout cela2 ! J'en suis si épouvantée, que je vous assure que, si les plaisanteries étoient des choses sérieuses, de telles maximes gàteroicnt plus ses affaires que tous les potages qu'il mangea l'autre jour chez vous.

MADAME DE LA FAYETTE A MADAME DE SABLÉ [l663J

^ ous me donneriez le plus grand chagrin du monde, si vous ne me montriez pas vos Maximes 3 ; Mme du Plessis m'a donné une curiosité étrange de les voir, et c'est justement parce qu'elles sont honnêtes et raisonnables que j'en ai envie, et qu'elles me persuaderont que toutes les personnes de bon sens ne sont pas si persuadées de la corruption générale que Test M. de la Rochefoucauld —

PENSÉES DE MADAME DE SCHOMBERG SUR LES MAXIMES DE M. DE LA ROCHEFOUCAULD [ l664 ] *"•

Je crus hier, tout le jour, vous pouvoir renvoyer vos maximes,

pondre de son authenticité, la double caution de M. Edouard Fournier et de Delort, qui tous les deux l'ont publié d'après la pièce autographe.

1 . Isabelle de Choiseul-Praslin, femme de Henri du Plessis Guénégaud, ancien trésorier de l'Epargne. Le château de Fresnes, près de Meaux, appartint plus tard aux Daguesseau. Fresnes et l'hôtel de N'evers, que Mme du Plessis habitait à Paris, étaient assidûment fréquentés par les beaux esprits du temps.

a. Si cette lettre n'avait échappé à V. Cousin, quel parti n'en eùt-il pas tiré contre la Rochfoucauld !

3. Extrait du tome V des Portefeuilles Je l'allant, folios 288 et 28g. — Les Maximes de Mme de Sablé demeurèrent longtemps manuscrites, car elles ne parurent qu'après la mort de la marquise, en 1678, sous ce titre : Maximes de Madame la marquise de Sablé, et Pensées diverses de M. L. D. (M. l'abbé d'Ailly). — La presque similitude de nom les a fait attribuer souvent à Mme de la Sablière, qui, d'ailleurs, en avait composé d'autres, sous le titre de Maj:imes chrétiennes.

k- Extrait du tome II des Portefeuilles de Vallant, folios 178 et 179. — Nous conservons le titre que donne Vallant à cette pièce, adressée, sous forme de lettre, par Mme de SchombergàMmedeSablé. Comme elle eut un succès aussi grand que mérité, on en fit de nombreuses copies; il s'en trouve jusqu'à six dans le seul recueil de Vallant. Il y en a une, corrigée de la main de Vallant lui-même, sous la dictée de Mme de Sablé, sans nul doute, car ce secrétairemédecin ne se fût point permis semblable liberté avec la prose de la duchesse

mais il me fut impossible d'en trouver le temps. Je voulois vous écrire, et m'élendre sur leur sujet : je ne puis pas pourtant vous en dire mon sentiment en détail l. Tout ce qu'il m'en paroît, en général, est qu'il y a en cet ouvrage beaucoup d'esprit, peu de bonté, et force vérités que j'aurois ignorées toute ma vie, si l'on ne m'en avoit fait apercevoir. Je ne suis pas encore 3 parvenue à cette habileté d'esprit où Ton ne connoit, dans le monde, ni honneur, ni bonté, ni probité ; je croyois qu'il y en pouvoit avoir; cependant, après la lecture de cet écrit, l'on demeure persuadé qu'il n'y a ni vice ni vertu à rien 3, et que l'on fait nécessairement toutes les actions de la vie. S'il est ainsi que nous ne nous puissions empêcher de faire tout ce que nous desirons, nous sommes excusables, et vous jugez de là combien ces maximes sont dangereuses. Je trouve encore que cela n'est pas bien écrit en françois, c'est-à-dire que ce sont des phrases et des manières de parler qui sont plutôt d'un homme de la cour que d'un auteur*. Cela ne me déplaît pas, et ce que je vous en puis dire de plus vrai est que je les entends toutes, comme si je les avois faites, quoique bien des gens y trouvent de l'obscurité en certains endroits a. Il y en a qui me charment, comme : L'esprit est toujours la dupe du cœur6 •

de Schomberg. V. Cousin (Madame de Sablé, chapitre m, p. 1 65) pense que la marquise avait voulu en ôter tout ce qui pouvait déplaire à la Rochefoucauld ; l'observation, si elle est fondée, ne s'appliquerait qu'à une partie des corrections, car beaucoup d'entre elles ne sont que de simples retouches de style, faites peut-être par Mme de Schomberg elle-même, et que, dans ce cas, Mme de Sablé aurait fait simplement transcrire. Quoi qu'il en soit, nous donnons cette lettre dans son état primitif, et nous notons en leur lieu les principales suppressions ou corrections. — On sait que la duchesse de Schomberg était cette belle Marie de Hautefort que Louis X.III avait aimée platoniquement, et que la Rochefoucauld, au temps de sa jeunesse, aurait voulu aimer d'une autre façon, si l'on en croit V. Cousin (Madame de Hautefort, p. 29 et 3o ; et Madame de Sablé, p. 160).

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