‹ Œuvres de La RochefoucauldChapitre 341 sur 469 · Voyez ci-dessus, p. 36o et note · texte numérisé non relu

Voyez ci-dessus, p. 36o et note

4. C'est la fin de cette phrase, à partir de : c'est un soleil, que V. Cousin a supprimée. Assurément co pathos était peu regrettable en lui-même ; nous le rétablissons toutefois par respect pour l'exactitude.

5. L'auteur de la lettre a sans doute voulu dire VEcclésiaste. C'est dans ce dernier livre, et non dans celui de V Ecclésiastique, que se lisent plusieurs sentences sur la corruption de l'homme qui viendraient à l'appui des Maximes de la Rochefoucauld. Par exemple : Non est homo justus in terra, qui faciat bonum (chapitre vu, verset ai), « il n'est pas sur la terre d'homme juste qui

EnGn, je n'y trouve rien à reprendre que ce qu'il dit qu'on ne loue jamais que pour être loué1, car je vous jure que je ne prétends nulles louanges de celles que je suis obligé de lui donner; et dans l'humeur où je suis, je lui en donnerois bien d'autres; mais il y a là-bas un fort honnête homme qui m'attend dans son carrosse pour me mener faire l'essai de notre chocolaté 2. Vous y avez quelque intérêt, et moi aussi, parce que vous êtes de moitié avec Mme la princesse de Guynu né, pour m'en faire ma provision.

LETTRE A MADAME LA MARQUISE DE SABLÉ, SUR LES MAXIMES DE M. DE LA ROCHEFOUCAULD [l664]3.

Je vous suis infiniment obligé, Madame, de m'avoir donné la pièce que je vous renvoie, et encore que je n'aie eu que le loisir de la parcourir dans le peu de temps que vous m'avez prescrit pour la lire, je n'ai pas laissé d'en retirer beaucoup de plaisir et de profit, et une estime si particulière pour l'auteur et pour son ouvrage, qu'en vérité je ne suis pas capable de vous la bien exprimer.

L'on voit bien que ce faiseur de maximes n'est pas un homme nourri dans la province, ni dans l'Université ; c'est un homme de qualité qui connoit parfaitement la cour et le monde, qui en a goûté autrefois toutes les douceurs, qui en a aussi senti souvent les amertumes, et qui s'est donné le loisir d'en étudier et d'en pénétrer tous les détours et toutes les finesses. Mais outre cela, comme la nature lui a donné cette étendue d'esprit, cette profondeur et ce discernement, joint à la droiture, à la délicatesse et à ce beau tour dont il parle en quelques endroits de cet écrit1, il ne faut pas s'étonner s'il a profasse le bien ; » Corda filiorum hominum implentur malitia (chapitre ix, verset 3), « les cœurs des enfants des hommes soat remplis de malice ; » Pecunice obediunt omnia (chapitre x, verset ig), « tout obéit à l'argent (à l'intérêt). »

i. Maxime 1 46.

a. C'est en eflet ainsi que le mot s'est écrit d'abord; Richelet (1680) et Furetière (1690) n'ont que cette forme-là; l'Académie (1694) a chocolat et chocolaté. V. Cousin donne chocolat.

3. Extrait du tome II des Portefeuilles de Vallant, folio 172. — Sur la lettre originale, la date a été grattée, mais le chiffre i664 est demeuré lisible. — C'est encore une pièce que V. Cousin ne donne que partiellement (Madame de Sablé, p. i5a-i54), avec d'assez nombreuses inexactitudes, dont nous ne relèverons que les principales. — Dans cette lettre, plus encore que dans la précédente, on reconnaîtra les idées et la forme jansénistes. On peut, croyons-nous, l'attribuer sans témérité à quelque docteur de Port-Royal.

4. \oyez ci-dessus (p. 74, notes 3 et 4) les variantes des maximes 99 et

nonce si judicieusement sur des matières qu'il avoit si parfaitement connues.

Pour ce qui est de l'ouvrage, c'est, à mon sens, la plus belle et la plus utile philosophie qui se fit jamais; c'est l'abrégé de tout ce qu'il y a de sage et de bon * dans toutes les anciennes et nouvelles sectes des philosophes, et quiconque saura bien cet écrit n'a plus besoin de lire Sénèque, ni Epictète, ni Montaigne, ni Charron, ni tout ce qu'on a ramassé, depuis peu, de la morale des sceptiques et des épicuriens2. On apprend véritablement à se connoîlre dans ces livres, mais c'est pour en devenir plus superbe et plus amateur de soi-même; celui-ci nous fait connoitre, mais c'est pour nous mépriser et pour nous humilier; c'est pour nous donner de la défiance, et nous mettre sur nos gardes contre nous-mêmes et contre toutes les choses qui nous touchent et nous environnent ; c'est pour nous donner du dégoût de toutes les choses du monde, et nous en détacher, nous détourner du côté de Dieu3, qui seul est bon, juste, immuable, et digne d'être aimé, honoré, et servi. On pourroit dire que le chrétien commence où votre philosophe finit4, et l'on ne pourroit faire une instruction plus propre à un catéchumène, pour convertir à Dieu son esprit et sa volonté"'; et cela me fait souvenir d'une excellente comparaison, que j'ai autrefois lue dans une épître de Sénèque6 : C'est une chose bien étrange, dit-il, de considérer un enfant, pendant les neuf mois qu'il demeure dans le ventre de sa mère, avant que de venir au monde : il a des yeux, et ne voit point; il a des oreilles, et il n'entend point; il ne sait ce qu'il doit devenir; il n'a aucune connoissance de la vie en laquelle il doit entrer. Que si cet enfant pouvoit raisonner, n'est-il pas vrai qu'il jugeroit bien que toutes ces facultés et tous ces organes ne lui sont pas donnés en vain par la nature ? que puisqu'il a une bouche, il ne doit pas prendre la nourriture comme une plante ? que puisqu'il a des pieds, des mains et des bras, il n'est

100, qui dans la ire édition (i6G5) portent les numéros 109 et 110; dès la 2e (1666), la Rochefoucauld, en les modifiant, a fait disparaître le mot tour.

1 . On avait d'abord écrit : de sage el de bon sens ; puis on a effacé sens, pour y substituer goust, qu'on a ensuite également effacé. V. Cousin n'a pas tenu compte de la seconde correction, et donne : « de sage et de bon goût. »

■2. Voyez ci-dessus, p. 3So, note a.

3. Y. Cousin donne à tort: « et en nous en détachant, nous tourner

du cote du bien. » Il omet par suite et logiquement les deux adjectifs bon, juste, qui en effet ne sauraient être employés pour qualifier le mot bien.

4. « . ... que les chrétiens commencent où votre philosophie finit. » (V. Cousin.)

5. A partir de cette phrase, V. Cousin supprime deux pages du manuscrit, jusqu'à : « quand il n'y auroit que son écrit au monde.... » (p. 386, ligne 9).

6. Cette comparaison de l'enfant dans le sein de sa mère revient plusieurs l'ois dans les Epîtres de Sénèque. Mais ce passage nous renvoie sans doute à la ccue, à la fin de laquelle l'idée est développée longuement et de la façon la plus brillante.

pas dans l'existence des choses pour être toujours en la forme d'une boule, parmi des ordures, dans une prison étroite et ténébreuse? et, de ces réflexions, il viendroit assurément à la connoissance de la vie qu'il doit mener sur la terre. Il en est de même, dit Sénèque, de l'état des hommes qui sont en cette vie présente, à l'égard de la future: ils ressemblent, pour la plupart, à ces enfants foibles et impuissants dont nous venons de parler; ils vivent sans réflexion; ils se laissent conduire à la coutume; ils s'abandonnent à leurs passions; mais s'ils prenoient garde qu'ils ont une âme vaste et noble qui s'élève au-dessus de la matière; qu'ils ont des puissances qui ne peuvent être remplies ni rassasiées par la possession d'aucune créature; qu'ils ont des désirs qui ne peuvent être limités ni par les lieux, ni par les temps, et qu'enfin ils ne ressentent ici que des misères, au lieu de la félicité à laquelle ils aspirent naturellement, ils concluroient sans doute qu'il y doit avoir un autre monde que celui-ci, et que Dieu ne les a mis sur la terre que pour v mériter le ciel.

Mais je n'ai jamais mieux vu la force de ces raisonnements qu'après la lecture de l'écrit de votre ami, et il me semble que j'étois nonseulement changé, mais encore transfiguré, pour me servir du terme de ce philosophe romain1. Je n'aurois rien à souhaiter en cet écrit, sinon qu'après avoir si bien découvert l'inutilité et la fausseté des vertus humaines et philosophiques, il reconnût qu'il n'y en a point de véritables que les chrétiennes et les surnaturelles : non pas que je veuille dire qu'il n'y a point de fausses vertus parmi les chrétiens, ou que ceux qui en ont de véritables les aient parfaites et sans mélange de vanité ou d'intérêt; je ne sais que trop, par expérience, la malignité et les ruses de la nature corrompue; je sais que son venin se répand partout, et qu'encore qu'elle ne règne et ne domine pas dans les âmes solidement dévotes, elle ne laisse pas d'y vivre, d'y demeurer, et se remuer et se débattre souvent, pour se remettre au-dessus de la raison et de la grâce. Mais il faut demeurer d'accord qu'un homme, vivant selon les règles de l'Evangile, peut être dit véritablement vertueux, parce qu'il ne vit pas selon les maximes de cette nature dépravée et qu'il n'est point esclave de sa cupidité, mais qu'il vit selon les lois de l'esprit et de la raison, et que s'il commet quelquefois des fautes, en faisant môme le bien, comme il ne se peut faire autrement, il en tire des motifs et des occasions continuelles de mépris de soi-même, d'humilité, et de soumission à la justice et à la providence de Dieu ;

i. La vie épîlre de Sénèque commence ainsi : Intelligo, Lucili, non emendari me tantum, sed transfigurari . « Je comprends, Lucilius, que je ne suis pas seulement corrigé, mais transfiguré. » Le mot est employé d'une manière analogue vers le milieu de Vépitre xciv.

et c'est ce qui fait voir la nécessité de la pénitence chrétienne, qui a été une vertu inconnue à la philosophie.

Mais peut-être que votre ami, Madame, a des raisons de ne point passer les bornes de la sagesse humaine, et comme il a l'esprit fort délicat, il pourra même croire qu'il y a de l'orgueil ou de l'intérêt secret en mon avis, et quelque protestation que je lui puisse faire du contraire, il n'est pas obligé de me croire. Il vaut donc mieux, Madame, que vous ne lui en parliez point du tout, s'il vous plaît, et que vous lui disiez seulement que, quand il n'y auroit que son écrit au monde avec l'Evangile1, je voudrois être chrétien. L'un m'apprendroit à connoître mes misères, et l'autre à implorer mon libérateur2; ce sont les deux premiers degrés de la vie spirituelle, et quand on les franchit comme il faut, on n'en demeure pas là ordinairement; les bonnes œuvres suivent et l'on fait profit de tout, des péchés même et des fautes qu'on a commises, qu'on commet, et des ignorances, erreurs et foiblesses, naturelles et involontaires, auxquelles sont sujets tous les hommes de ce monde, et même ceux qui sont le plus établis dans les vertus essentielles.

Que si cette pièce ne s'imprime pas, je vous prie très-humblement, Madame, do m'en faire avoir une copie.

i. « .... que cet écrit au monde el l'Evangile. » (V. Cousin.) — Voyez la note 5 de la page 384.

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