Pythagore
3. Mme des Houlières veut sans doute parler d'Épicure; mais l'opinion qu'elle lui attribue avait été, avant lui, celle de Démocrite. « Démocrite et Epi-
/,o6 APPENDICE.
A la salutaire crainte
Qu'on a du divin courroux,
Nous assure que la vie
De rien ne sera suivie,
Et que tout meurt avec nous.
Le plus fort de ces grands maîtres •
Se sert de tout son esprit
A soutenir que des êtres
La seule l'orme périt.
Que le corps se décompose,
Qu'il se fait de chaque chose
Des arrangements divers,
Et que toujours la matière.
Infinie, active, entière,
Circule dans l'univers.
D'autres croyent qu'au Tartare
Et qu'aux Champs-Elyséens
Un juste arrêt nous prépare
De grands maux ou de grands biens ;
Mais quand notre àme éclairée
Ne seroit pas assurée
Que c'est là le bon parti,
L'amour-propre feroit suivre
Une loi qui nous délivre
Du sort d'être anéanti.
D'autres Mais à quoi m'engage
Le soin de vous consoler ?
11 est un certain langage Que je ne dois point parler.
Par une aveugle manie,
cure, dit Plutarque, croient que l'âme est corruptible et qu'elle périt avec le corps. » (Des Opinions des philosophes, livre I\ , chapitre vu.)
i. Cette strophe, comme la précédente, manque de netteté et de précision. S'agit-il d'un philosophe moderne, de Spinoza, par exemple ? On pourrait le croire, car, deux strophes plus haut, Mme des Houlières parle des philosophes de tous les âges, et Bayle la rattache, par son maître Hénault, à la secte déjà fort suivie, même dès le dix-septième siècle, du célèbre panthéiste (voyez le Dictionnaire de Bayle, articles Hénault et Spinoza). Si, au contraire, il s'agit d'un ancien, à qui rapporter l'allusion, de Démocrite ou d'Épicure ? Mme des Houlières, dans ce cas, parlerait encore d'une doctrine qui leur était commune, car le second avait adopté, en très-grande partie, la théorie atomistique du premier. Ce verbe au présent : « se sert de tout son esprit, » ne convient pas bien à des philosophes dont nous n'avons plus les écrits N'étaient les mots : « Le plus fort de ces grands maîtres, » on penserait plutôt à Lucrèce, qui, dans son poëme de Rerum natura, nous expose avec tant de vigueur et parfois d'éclat ces anciens systèmes de philosophie et de physique.
APPENDICE. 4o;
On borne notre génie *
A suivre un triste devoir ;
On veut qu'aux erreurs sujettes,
La Nature nous ait faites
Pour plaire, et non pour savoir.
Finissons donc un ouvrage Écrit pour vous seulement, Pour vous, Danion, de notre âge La gloire et l'étonncinent ; Pour vous sur qui l'éloquence A répandu, dès l'enfance, Les trésors à pleines mains :
Pour vous de qui la sagesse Passe celle dont la Grèce Donna l'exemple aux Romains.
l'a.mour-propke.
ODE A MONSEIGNEUK l'ÉVÊQUE DE SOISSONS 2,
par Houdar de la Motte (1709)3.
Démêlons tous les stratagèmes De l'instinct qui nous guide tous :
Mortels, nous nous aimons nous-mêmes, Et nous n'aimons rien que pour nous4.
De quelque vertu qu'on se pique, Ce n'est qu'un voile chimérique Dont l'amour-propre nous séduit S ;