Maximes 2o5 et
Pour fuir la honte qu'elle hait; Sa sévérité n'est que faste, Et l'honneur de passer pour chaste La résout à l'être en effet '.
Sagesse pareille au courage
De nos plus superbes héros :
L'univers, qui les envisage,
Leur fait immoler leur repos;
Qu'un moment leur cœur magnanime
Perde ces témoins, dont l'estime
Les soutenoit dans le danger
Je crains qu'alors il ne rachète
Par une lâcheté secrète
Des jours qu'il n'osoit ménager '-.
Vous, rares au siècle où nous sommes,
Grands que vos bienfaits font nommer
L'amour, les délices des hommes
Vous flattez-vous de les aimer?
Des heureux qu'il vous plaît de faire
Vous attendez votre salaire :
Vous voulez régner sur les cœurs ;
Votre avare magnificence,
Par les faveurs qu'elle dispense,
S'achète des admirateurs 3.
Ainsi votre intérêt sait prendie
Un dehors sensible, empressé;
Mais nous, ne croyons pas leur rendre
Un amour désintéressé.
Malgré leur attente déçue,
L'orgueil, d'une grâce reçue
Ne soutient qu'à regret le faix ;
Et par la plus tendre apparence
Notre ingrate reconnoissance
En veut à de nouveaux bienfaits*.
En vain ce sévère stoïque, Sous mille défauts abattu.
Se vante d'une âme héroïque Toute vouée à la vertu :
Ce n'est point la vertu qu'il aime ; Mais son cœur, ivre de lui-même, Voudrait usurper les autels ; Et par sa sagesse frivole
1 . M ai ime 1 . — 2 . Maximes 2 1 3 , 2 1 5 et 221. 3. Maxime 246. — 4. Maximes 85, 223 et 298.
4lO APPENDICE.
Il ne veut que parer l'idole Qu'il offre au culte des mortels.
Jusqu'où l'amour-propre s'égare 1
Souvent, aveugle en son dessein.
Il nous arme d'un fer barbare
Qu'il tourne contre notre sein '.
Caton, d'une àme plus égale,
Sous l'heureux vainqueur de Pharsale
Eût souffert que Rome pliât ;
Mais incapable de se rendre,
Il n'eut pas la force d'attendre
Un pardon qui l'humiliât.
Quel est donc le fruit que j'espère En traçant ces exemples vains ?
L'orgueil sera-t-il moins le père Des fausses vertus des humains ?
Non, nul art ne s'en rend le maître : C'est notre mobile, notre être; Tous nos désirs lui sont soumis 2 ; Attachez, s'il se peut, au crime L'applaudissement et l'estime, La vertu n'aura plus d'amis.
Toi, qui dois aux vertus fardées
Livrer des combats assidus,
Docte Brûi-art, dans ces idées
Ne crois pas les saints confondus ;
Je connois la source éternelle
D'où coule une vertu réelle,
Et j'en respecte en toi l'effet ;
Mais j'ai peint de notre àme impure
Ce qu'elle tient de la nature,
Et non ce que la Grâce en fait3.
i. Maxime boit. — i. Maxime 35.
2. La Rochefoucauld dit la même chose dans la préface de la 5' édition, ci-dessus, p. 3o. — Voyez aussi le Discours sur les Maximes, p. 362 et note 2.
APPENDICE. 4i i