‹ Œuvres de Lagrange (volume 3)Chapitre 30 sur 102 · L. EULER · texte numérisé non relu

L. EULER

EULER A LAGRANGE

A Sainl-Pclersbourg. ce 9 jiinvicr i7(J7. st. v. ('). MONSIELR ET TRÈS CHER AMI,

J'espère que vous m'excuserez que j'ai manqué de vous répondre à la lettre dont vous m'aviez honoré encore de Turin. La grande distrac-

(*) .Ms. f" 21 bis. — Opéra poxtuma, l. II, p. 5G8.

lion que mon voyage et nouvel établissement m'ont causée en est une raison plus que suffisante. Quelque glorieux qu'il soit pour moi (jue vous êtes mon successeur à l'Académie de Berlin ('), j'aurais souhaité que vous eussiez été en état d'écouter les propositions que l'Académie Impériale se proposait de vous faire, et je crois que vous y auriez trouvé beaucou|) plus d'avantages et d'agréments. Cependant, je souhaite de tout mon cœur que votre séjour à Berlin soit comblé de toutes sortes de prospérités, et qu'il vous mette en état de continuer vos profondes recherches pour l'avancement des Sciences. J'attends avec la dernière impatience le troisième Volume des Mémoires de l' Académie de Turin, que je crains beaucoup qu'il ne soit le dernier, tant à cause do votre absence, que parce que M. Cigna (^) est aussi disposé de quitter : je n'ai pas manqué d'en parler à notre Académie, où tout dépend des arrangements qu'on doit encore faire pour la mettre sur un bon pied, et jusque-là on n'a pu encorepenser qu'à remplir les places, qui étaient actuellement vacantes, dont aucune n'aurait convenu à M. Cigna; mais, aussitôt qu'on pourra lui donner une plus grande extension, on ne manquera pas de l'aire réflexion aux mérites de cet habile homme.

Je suis extrêmement ravi que mon dernier Ouvrage sur la Mécanique (') ait mérité votre approbation, mais je suis fâché que je n'ai été en état de vous en présenter un exemplaire; car, à peine avais-je trouvé un libraire qui voulût se charger de l'impression, et je fus même obligé de renoncer à quelque nombre d'exemplaires pour les présenter à mes amis; mais, en effel, le libraire n'avait pas tort, puisqu'il nçn a fait imprimer que cinq cents exemplaires et, que selon toute apparence, il n'en débitera pas cent.

Dès mon arrivée ici, l'Académie Impériale a bien voulu se charger de l'impression de mon Ouvrage sur le Calcul intégral, qui a déjà

(') Voir Tome XIII, lettres 23 à 29.

(') Jean-François Cigna, anatomislc, né à Mondovi, le 2 juillet 1734, mort à Turin en 1790. Secrétaire de la Société qui devint plus tard l'Académie royale de Turin, il dirigea la publication de ses quatre Volumes de Mémoires.

(') Foir plus haut p. 187.

avancé assoz bien; mais, oommo il y ou aura trois Volunios in-4°, il faudra attendre encore plus qu'un an, avant que tout soit achevé. Le troisième Volume renferme la nouvelle partie du Calcul intégral, dont le public sera toujours redevable à votre sagacité, et j'espère que, par vos soins, cette partie que je n'ai fait qu'ébaucher sera bientôt portée à un j)lus haut point de perfection. Tant la faiblesse de ma vue que mon emploi présent, <jui m'oblige de passer tous les matins à la Direction de l'Académie, me mettent absolument hors d'état de continuer mes recherches sur cette matière; mais, à l'aide de mon fils Albert, je serai toujours en état de profiter des éclaircissements que vous me voudrez bien communiquer tant sur ce sujet que sur tous les autres, aux([uels vous vous appliquerez; je vous en supplie même avec le [)lus grand empressement, dans la confiance que vous serez déjà suffisamment convaincu que personne ne saurait faire plus de cas de l'importance de vos découvertes. Je vous prie donc. Monsieur, de me conserver toujours votre amitié et votre affection, et d'être assuré que je serai toujours avec la plus parfaite considération et le plus inviolable attachement, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

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