LAGRANGE A GAUSS
Paris, 3i mai 1804 (2).
Monsieur,
L'honneur que vous m'avez fait de me choisir pour votre correspondant exigeait de moi une réponse plus prompte. Je vous prie d'excuser ce retard, dû uniquement à ditïerentes occupations, et jxuil-ètre aussi à ma paresse naturelle à écrire des lettres. La vôtre m'a été d'autant
(') Celte lettre et la suivante appartiennent à la Société des Sciences de Gollingue. Nous en devons la copie à l'exlrème obligeance de l'éditeur des Œuvres de Gauss, le savant directeur de l'observatoire de cette ville, M. le professeur ErnstSchering, que nous prions de vouloir bien recevoir ici tous nos remerciements. Dans la lettre qui accompagnait son envoi, adressé à M. Ilermite, nous lisons le passage suivant :
« Je me réjouis à la pensée que ces Lettres prc^ndront place dans les (Euvres complètes du grand géomètre français. Elles jettent une belle lumière sur le caractère si noble do Lagrange, en môme temps qu'elles font voir sa grande admiration et son estime pour les travaux de Gauss. »
Cl). Fred. Gauss, célèbre géomètre et astronome, né à Brunswick le 3o avril 1777, mort à Gottingue le i3 février i855. Il était, depuis le 4 sei>tembre i8,>.<), Associé étranger de l'Académie des Sciences.
(2) D'après une Note de M. Schering, la date de 1804 a été rajoutée sur la lettre par Gauss.
plus agréable, (jik^ je craignais qiio los circonstances de votre pays, en intluant sur votre sort, ne vous eussent détourné de vos intéressantes recherches sur l'Arithmétique et sur la théorie des planètes.
Vos Disqiiisitiones vous ont mis tout de suite au rang des premiers géomètres, et je regarde la dernière section comme contenant la plus belle découverte analytique qui ait été faite depuis longtemps. Votre travail sur les planètes aura de plus le mérite de l'importance de son objet; et, si vous n'aviez |)()int de répugnance à le publier dans ce pays, il ne serait pas difficile de vous en fournir les moyens, .l'ai lu an Bureau des Longitudes et à l'Institut les articles de votre lettre (|ui contiennent les éléments de la nouvelle planète et vos deux théorèmes arithmétiques. Un de nos astronomes s'est chargé de vous communiquer les observations faites ici, et les résultats qu'on en a déduits, qui dilFerent peu des vôtres. Quant aux théorèmes d'Arithmétique, je ne puis vous en rien dire, si ce n'est qu'ils me paraissent aussi beaux que difficiles à démontrer. J'ai depuis longtemps abandonné ces sortes de recherches, mais elles ont conservé beaucoup d'attrait pour moi, et je me contente maintenant de jouir sur cette matière, comme sur plusieurs autres, du fruit des veilles d'autrui. C'est pourquoi je désirerais fort que vous pussiez faire paraître la seconde Partie de vos Disquisitiones que vous m'annoncez comme étant presque achevée, mais elle ne pourrait être imprimée ici qu'en français, pour faire suite à la première Partie dont on vient de donner une traduction sous le titre de Recherches arilhmé tiques. Recevez, Monsieur, les assurances des vifs sentiments d'estime, d'admiration et d'attachement que vous m'avez inspirés, et croyez que personne n'applaudit plus sincèrement
que moi à vos succès.
Lagrange.
L'incluse a été remise à son adresse.
A Monsieur Charles Frédéric Gauss, à Bransric.
.VG7,jul. 17.
Lagrange.
Celle Noie est écrite par Gauss. {E. Schering.)