‹ Œuvres de Lamartine en sept volumesChapitre 11 sur 88 · PAUVRE · texte numérisé non relu

PAUVRE

l’arbre de science, me donna le vertige. Je me crus introduit dans le trésor de l'esprit humain. Hélas ! hélas ! combien ce trésor véritable est vite épuisé! et combien de pierres fausses tombèrent peu à peu sous mes mains avec désenchantement et avec dégoût, à la place des merveilles que j’espérais y trouver !

Les sentiments de piété que j'avais rapportés de mon éducation et la crainte d’offenser les chastes et religieux scrupules de ma mère m'empêchèrent néanmoins de laisser égarer mes mains et mes yeux sur les livres dépravés ou suspects, poison des âmes, dont la fin du dernier siècle et le matérialisme ordurier de l'empire avaient inondé alors les bibliothèques. Je les entr'ouvris en rougissant, avec une curiosité craintive, et je les refermai avec horreur. Le cynisme est l'idéal renversé ; c’est la parodie de la beauté physique et morale, c’est le crime de l’esprit, c’est l’abrutissement de l'imagination. Je ne pouvais m'y plaire. Il y avait en moi trop d'enthousiasme pour ramper dans ces égouts de l'intelligence. Ma nature avait des ailes. Mes dangers étaient en haut et non en bas 1.

Mais je dévorais toutes les poésies et tous les romans dans lesquels l'amour s’élève à la hauteur d’un sentiment, au pathétique de la passion, à l'idéal d’un culte éthéré. MM£ de Staël, Mne Cottin, MM" Flahaut, Richardson, l'abbé Prévost. les romans allemands d’Auguste Lafontaine, ce Gessner prosaïque de la bourgeoisie, fournirent pendant des mois entiers de délicieuses scènes toutes faites au drame intérieur de mon imagination de seize ans. Je m'’enivrais de cet opium de l’âme qui peuple de fabuleux fantômes les espaces encore vides de l’imagination des oisifs, des femmes et des enfants. Je vivais de ces mille vies qui passaient, qui brillaient et qui s’évanouissaient successivement devant moi, en tournant les innombrables pages de ces volumes plus enivrants que les feuilles de pavots.

Ma, vie était dans mes songes. Mes amours se personnifiaient dans ces figures idéales qui se levaient tour à tour sous l’évocation magique de l'écrivain, et qui traversaient les airs en y laissant pour moi une image de femme, un visage gracieux ou mélancolique, des cheveux noirs ou blonds, des regards d’azur ou d’ébène, et surtout un nom mélodieux. Quelle puissance que cette création par la parole qui a doublé le monde des êtres et qui a donné la vie à tous les rêves de l’homme | Quelle puissance surtout à l’âge où la vie n’est elle-même encore qu’un rêve, et l’homme n’est encore qu’imagination !

1. Écrivant en 1847, Lamartine séraphise quelque peu l’ardent adolescent qu'il fut et que révèle sa correspondance,

Mais ce qui me passionnait par-dessus tout, c’étaient les poètes qu'on nous avait avec raison interdits pendant nos mâles études, comme des enchantements dangereux qui dégoûtent du réel en versant à pleins flots la coupe des illusions sur les lèvres des enfants.

Parmi ces poètes, ceux que je feuilletais de préférence n’étaient pas alors les anciens dont nous avions, trop jeunes, arrosé les pages classiques de nos sueurs et de nos larmes d’écolier. Il s’en exhalait, quand je rouvrais leurs pages, je ne sais quelle odeur de prison, d’ennui et de contrainte qui me les faisait refermer comme le captif délivré qui n'aime pas à revoir ses chaînes : mais c'étaient ceux qui ne s'inscrivent pas dans le catalogue des livres d’études, les poètes modernes, italiens, ‘anglais, allemands, français, dont la chair et le sang sont notre sang et notre chair à nous-mêmes, qui sentent, qui pensent,*qui‘aiment, qui chantent, comme nous pensons, comme nous chantons, comme nous aimons, nous, hommes des nouveaux jours : Le Tasse, le Dante, < Pétrarque, Shakespeare, Milton, Chateaubriand, qui chantait alors comme eux, Ossian surtout!, ce poète du vague, ce brouillard de l’imagination, cette plainte inarticulée des mers du Nord, cette écume des grèves, ce gémissement des ombres, ce roulis des nuages autour des pics tempétueux de l'Écosse, ce Dante septentrional aussi grand, aussi majestueux, aussi surnaturel que le Dante de Florence, plus sensible que lui, et qui arrache souvent à ses fantômes des cris plus humains et plus déchirants que

ceux des héros d'Homère.

(Les Confidences, NI, v.)

Saint-Point en 1808.

Sa mère veille sur lui, elle s’efforce de le retenir sous ses jupes. Fin mai, elle l’'emmènera à Saint-Point, pour « l’éloigner de la ville à un moment où ses seules récréations seraient des promenades, le soir, fort tard, dans une société de jeunes gens dont il est impossible que l’on soit sûr. »

Le 8 juillet 1808, Lamartine envoie à son ami Guichard une description de « son manoir antique »:

MoN VIEUX CHATEAU ! est situé sur le penchant d’une colline très pittoresque ; il est dominé par une forêt très étendue, et il domine lui-même un vallon bien frais et bien vert, mais à

x, Lamartine anticipe. Il ne connut « Ossian » qu’assez longtemps plus tard.

CNT É of.

la vérité un peu resserré. Une petite rivière coule au milieu de cette vallée, elle est bordée de saules et de peupliers à l’ombre desquels je vais lire toutes les après-dînées. La forme du château n’est rien moins qu'élégante : c’est un gros corps de bâtiment flanqué de quatre tours gothiques ; une grande terrasse règne sur le devant ; au dessous est une espèce d’avenue qui conduit dans la prairie. Voilà le lieu.

A présent, veux-tu savoir la vie qu’on y mène ? On s’y lève à sept ou huit heures, excepté les chasseurs, du nombre desquels je ne suis pas, on déjeune, on se promène, chacun ensuite vaque à ses petites affaires. Les miennes sont la lecture, un peu de dessin, un peu de musique, et quelques autres petites occupations que tu devines. Cependant, je t’avoue que je deviens d’une paresse inconcevable. À une heure, comme au bon vieux temps, on se rassemble et l’on dîne ; après le dîner, une heure de conversation ; quelquefois on joue et moi, prenant un livre dans ma poche, mon fusil sous le bras et mon Azor avec moi, je m'esquive soit dans la forêt, soit dans la prairie, je choisis un endroit ombragé et frais, je m’asseois et, quand mon chien dort à côté de moi, que rien ne trouble mon petit asile, je lis. Le soir, mes lectures sont un peu plus légères que le matin sans être jamais futiles; c'est alors que je suis un peu content et que je répète ces vers d’'Horace :

Nunc veterum libris, nunc somno et inertibus horis Ducere sollicite jucunda oblivia vite ?

__ Sur les sept ou huit heures, je monte à cheval et vais me promener dans des chemins charmants. Enfin je rentre, on cause un instant, on soupe et l’on se retire.

(Correspondance, I, pp. 20-21.)

Amour et Poésie.

C’est vers cette époque, semble-t-il, qu'il faut placer le charmant épisode des innocentes amours de Lamartine avec la très jeune fille d’un voisin de campagne, nt UC Ne.

1. 1] appartenait à son père, qui l'avait acquis en février 1801.

2. « L’heureux oubli d’une vie de soucis nous conduit tantôt aux œuvres des anciens, tantôt au sommeil et aux heures oisives, »

3. L'identité de cette première amie demeure encore incertaine, F. REYSsIÉ, dans Za Jeunesse de Lamartine, p. 96 et suiv., dit pouvoir admettre à bon escient le récit de l’auteur

DES veux d’un bleu de pervenche, des cheveux noirs et touffus, une bouche pensive qui riait peu et qui ne s’ouvrait que pour des paroles brèves, sérieuses, pleines d’un sens supérieur à ses années ; une taille où se révélaient déjà les gracieuses inflexions de la jeunesse, une démarche lasse, un regard qui contemplait souvent, et qui se détournait quand on le surprenait comme s’il eût voulu dérober les rêveries dont il était plein : telle était cette jeune fille. Elle semblait avoir le pressentiment d’une vie courte et nuageuse comme les beaux jours d'hiver où je la connus. Elle dort depuis longtemps sous cette neige où nous imprimions nos premiers pas. S

Elle s'appelait Lucy.

Elle sortait depuis quelques mois d’un couvent de Paris où ses parents lui avaient donné une éducation supérieure à sa destinée et à sa fortune. Elle était musicienne. Elle avait une voix qui faisait pleurer. Elle dansait avec une perfection d’attitude et de pose un peu nonchalante, mais qui donnait à l’art l'abandon et la mollesse des mouvements d’une enfant ; elle parlait deux langues étrangères. Elle avait rapporté de Paris des livres dont elle continuaït à nourrir son esprit dans l’isolement du hameau de son père. Elle savait par cœur les poètes ; elle adorait comme moi Ossian, dont les images lui rappelaient nos propres collines dans celles de Morven. Cette adoration commune du même poète, cette intelligence à deux d’une même langue ignorée des autres, étaient déjà une confidence involontaire entre nous. Nous nous cherchions sans cesse ; nous nous rapprochions partout pour en parler. Avant de savoir que nous avions un attrait l’un vers l’autre, nous nous rencontrions déjà dans nos nuages, nous nous aimions déjà dans notre poète chéri. Souvent à part du reste de la société, dans les jeux, dans les promenades, nous marchions presque toujours à une longue distance en avant de sa mère et de mes sœurs, nous parlant peu, n’osant nous regarder, mais nous montrant de temps en temps de la main quelques beaux arcs-en-ciel dans les brouillards, quelques sombres vallées noyées d’une nappe de brume d’où sortait, comme un écueil ou comme un navire submergé, la flèche d’un clocher ou le faisceau de tours ruinées d’un vieux château ; ou bien encore quelque chute d’eau congelée au fond du ravin, sur laquelle les châtaigniers et les

des Confidences, — Pierrepe LACRETELLE, dans les Origines et la Jeunesse de Lamartine, pp. 186-187, place les événements en octobre 1806, et affirme que l'héroïne, Élisa de Villeneuve d’Ansouis, n’aurait eu que treize ans ; Lamartine lui-même en ayant tout juste seize, Le récit des Confidences serait, de toute façon, fortement romancé,

chênes penchaient leurs bras alourdis de neige, comme les vieillards de Lochlin sur la harpe des bardes.

Nous nous répondions par un regard d’admiration muette et d'intelligence intérieure. Nous marchions souvent une demiheure ainsi, à côté l’un de l’autre, quand je la conduisais jusqu’au bout de la vallée où demeurait son père, sans qu’on entendît d’autre bruit que le léger craquement de nos pieds dans le sentier de neige. Nous ne nous quittions pourtant jamais sans un soupir dans le cœur et sans une rougeur sur le front.

Les familles et les voisins souriaient de cette inclination qu’ils avaient aperçue avant nous. Ils la trouvaient naturelle et sans danger entre deux enfants de cet âge, qui ne savaient pas même le nom du sentiment qui les entraînait ainsi. Bien loin de se déclarer cette prédilection l’un à l’autre, ils ne se l’expliquaient pas à eux-mêmes.

Cependant ce sentiment se passionnait de jour en jour davantage en moi et en elle. Quand j'avais passé la soirée auprès d’elle, que j'avais reconduit sa famille jusqu’au torrent au-dessus duquel la maison de son père s'élevait sur un cap de rocher 1, il me semblait qu’on m'arrachaïit le cœur et qu’on l’enfermait avec elle dans ces gros murs et sous cette porte retentissante. Je revenais à pas lents, sans suivre aucun sentier, à travers les taillis et les prés, me retournant sans cesse pour voir l'ombre des hautes murailles se découper sur le firmament : heureux quand j’apercevais briller un moment une petite lumière à la fenêtre de la tourelle haute qui dominait le torrent où je savais qu’elle lisait en attendant le sommeil.

Tous les jours je m’acheminais, sous un prétexte quelconque, de ce côté de la vallée, mon fusil sous le bras, mon chien sur mes pas. Je passais des heures entières à rôder en vue du vieux manoir, sans entendre d’autre bruit que la voix des chiens de garde qui hurlaïent de joie en jouant avec leur jeune maîtresse, Sans voir autre chose que la fumée qui s'élevait du toit dans le ciel gris. Quelquefois, cependant, je la découvrais elle-même en robe blanche à peine agrafée autour du cou : elle ouvrait sa fenêtre au rayon matinal ou au vent du midi : elle posait un pot de fleurs sur le rebord pour faire respirer à la plante renfermée l’air du ciel, ou bien elle suspendaïit à un clou la cage de son chardonneret qui baisait ses lèvres entre les barreaux.

1, La famille de «Lucy L....» aurait habité le château, appelé alors « Tour de Byone, (ins la vallée de Sologny, à une demi-lieue de Milly,

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Elle s’accoudait aussi quelquefois longtemps pour regarder écumer le torrent et courir les nuages, et ses beaux cheveux noirs pendaient en dehors, fouettés contre le mur par le vent d’hiver. Elle ne se doutait pas qu’un regard ami suivait, du bord opposé du ravin, tous ses mouvements, et qu’une bouche entr’ouverte cherchait à reconnaître dans les saveurs de l’air les vagues du vent qui avaient touché ses cheveux et emporté leur odeur dans les prés. Le soir, je lui disais timidement que j'avais passé en vue de sa maison dans la journée ; qu’elle avait arrosé sa plante à telle heure ; qu’à telle autre elle avait exposé son oiseau au soleil ; qu’ensuite elle avait rêvé un moment à sa fenêtre ; qu'après elle avait chanté ou touché du piano; qu’'enfin elle avait refermé sa fenêtre et qu’elle s’était assise longtemps immobile comme quelqu'un qui lit.

Elle rougissait en me voyant si attentif à observer ce qu’elle faisait et en pensant qu’un regard invisible notait ses regards, ses pas et ses gestes jusque dans sa tour, où elle ne se croyait vue que de Dieu, mais elle ne paraissait attacher aucune signification d’attachement particulier à cette vigilance de ma pensée sur elle.

« Et vous, me disaiït-elle avec un intérêt sensible dans la voix, mais masqué d’une apparente indifférence, qu'avez-vous fait aujourd’hui ? » Je n’osais jamais lui dire : « J'ai pensé à vous ! » Et nous restions toujours dans cette délicieuse indécision de deux cœurs qui sentent qu'ils s’adorent, mais qui ne se décideraient jamais à se le dire des lèvres : leur silence et leur tremblement même le disent assez pour eux.

Ossian fut notre confident muet et notre interprète. Elle m’en avait prêté un volume. Je devais le lui rendre. Après avoir glissé dans toutes les pages les brins de mousse, les grains de lierre noir, les fleurs bleues qu’elle aimait à cueillir dans les haïes ou sur les pots de giroflée des chaumières quand nous nous promenions ensemble avant l'hiver ; après avoir cherché à appeler ainsi sa pensée sur moi et montré que je pensais à ses goûts moimême, l’idée me vint d'ajouter une ou deux pages à Ossian, et de charger l’ombre des bardes écossais de la confidence de mon amour sans espoir, J'affectai de me faire redemander souvent le livre avant de le rendre et de citer vingt fois le chiffre d’une page «que je relisais toujours, lui disais-je, qui exprimaïit toute mon âme, qui était imbibée de toutes mes larmes d’admiration, et je la suppliais de la lire à son tour, mais de la lire seule, dans sa chambre, le soir, avec recueillement, au bruit du vent dans les

pins et du torrent dans son lit, comme sans doute Ossian l'avait écrite. » J'avais excité ainsi sa curiosité, et j’espérais qu’elle ouvrirait le volume à la page qui contenait le poème de ses Iropres soupirs 1.

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Je lui remis un soir, en nous séparant, le volume grossi de mes vers. Elle les lut sans colère et vraisemblablement sans surprise. Elle y répondit par un petit poème ossianique aussi, comme le mien, intercalé dans les pages d’un autre volume. Ses vers n’exprimaient que la plainte mélancolique d’une jeune vierge de Morven, qui voit le vaisseau de son frère partir pour une terre lointaine, et qui reste à pleurer le compagnon de sa jeunesse, au bord du torrent natal. Je trouvai cette poésie admirable et bien supérieure à la mienne. Elle était en effet plus correcte et plus gracieuse. I1 y avait de ces notes que la rhétorique ne connaît pas et qu’on ne trouve que dans un cœur de femme. Notre correspondance poétique se poursuivit ainsi quelques jours, et resserra, par cette confidence de nos pensées, l'intimité qui existait déjà entre nos yeux.

Nous trouvions toujours trop courtes les heures que nous passions ensemble, pendant les promenades ou pendant les soirées de famille, à contempler la sauvage physionomie de nos montagnes, les sapins chargés de neïge, imitant les fantômes qui trainent leurs linceuls, la lune dans les nuages, l’écume de la cascade d'où s'élevait l’arc de la pluie dont parle Ossian. Nous aspirions à jouir de ces spectacles nocturnes pendant des nuits plus entièrement à nous, et en échangeant plus librement que nous n’osions le faire devant les indifférents, les jeunes et inépuisables émanations de nos âmes devant les merveilles decette nature en harmonie avec les merveilles de nos premières extases et de nos premiers étonnements. — « Qu’elles seraient belles, nous disionsnous souvent, des heures passées ensemble, dans la solitude et dans le silence d’une nuit d’hiver, à nous entretenir sans témoins et sans fin des plus secrètes émotions de nos âmes, comme Fin- - gal, Morni et Malvina sur les collines de leurs aïeux ! »

Des larmes de désir et d'enthousiasme montaient dans nos yeux à ces images anticipées du bonheur poétique que nous osions rêver dans ces entretiens dérobés au jour et à l'œil de

1. Lamartine, en reproduisant ce poème, le date de Milly, 16 décembre 1805.

nos parents. À force d'en parler, nous arrivâmes à un égal désir de réaliser ce songe d’enfant; puis nous concertâmes secrètement, mais innocemment, les moyens de nous donner l’un à l’autre cette félicité d'imagination, Rien n'était si facile du moment que nous nous entendions, moi pour le demander avec passion, elle pour l’accorder sans soupçon ni résistance,

La tour qu’habitait Lucy, à l'extrémité du petit manoir de son père, avait pour base une terrasse dont le mur, bâti en forme de rempart, avait ses fondements dans le bas de la petite vallée près du torrent. Le mur était en pente assez douce. Des buis, des ronces, des mousses, poussés dans les crevasses des vieilles pierres ébréchées par le temps, permettaient à un homme agile et hardi d’arriver, en rampant, au sommet du parapet et de sauter, de là, dans le petit jardin qui occupait l’espace étroit de la terrasse au pied de la tour. Une porte basse de cette tour, servant d’issue à la dernière marche d’un escalier tournant, ouvrait sur le jardin. Cette porte, fermée la nuit par un verrou intérieur, pouvait s’ouvrir sous la main de Lucy et lui donner la promenade du jardin pendant le sommeil de sa nourricet. Je connaissais le mur, la terrasse, le jardin, la tour, l'escalier. Il ne s'agissait pour elle que d’avoir assez de résolution pour y descendre, pour moi assez d’audace pour y monter. Nous convinmes de la nuit, de l’heure, du signal que je ferais de la colline opposée en brûlant une amorce de mon fusil.

Le plus embarrassant pour moi était de sortir inaperçu, la nuit, de la maison de mon père. La grosse porte du vestibule sur le perron ne s’ouvrait qu’avec un retentissement d'énormes serrures rouillées, de barres et de verrous dont le bruit ne pouvait manquer d’éveiller mon père. Je couchais dans une chambre haute du premier étage. Je pouvais descendre en me suspendant à un drap de mon lit et en sautant de l'extrémité du drap dans le jardin ; mais je ne pouvais remonter. Une échelle heureusement oubliée par des maçons qui avaient travaillé quelques jours dans les pressoirs me tira d’embarras. Je la dressai, le soir, contre le mur de ma chambre. J'attendis impatiemment que l'horloge eût sonné onze heures et que tout bruit fût assoupi dans la maison. J'ouvris doucement la fenêtre et je descendis,

1. Une plaque fixée depuis lors sur cette porte est ainsi libellée : « Porte basse « exhaussée en 1879 par laquelle sortait Lucy L... en se rendant sur la terrasse au « rendez-vous où l’attendait Lamartine. Novembre 1808.» — Cette inscription, où F.REY3- . ak trouve une confirmation du récit, ne fait sans doute que consacrer la légende.

mon fusil à la main, dans l'allée des noisetiers. Mais à peine avais-je fait quelques pas muets sur la neige que l'échelle, glissant avec fracas contre la muraille, tomba dans le jardin. Un gros chien de chasse qui couchait au pied de mon lit, m’ayant vu sortir par la fenêtre, s’était élancé à ma suite. Il avait entravé ses pattes dans les barreaux et avait entraîné par son poids l'échelle à terre. À peine dégagé, le chien s’était jeté sur moi et me couvrait de caresses. Je le repoussai rudement pour la première fois de ma vie. Je feignis de le battre pour lui ôter l’envie de me suivre plus loin. Il se coucha à mes pieds et me vit franchir le mur qui séparait le jardin des vignes sans faire un mouvement,

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Je me glissai à travers les champs, les bois et les prés, sans rencontrer personne jusqu’au bord du ravin opposé à la maison de Lucy. Je brûlai l’amorce, Une légère lueur allumée un instant, puis éteinte à la fenêtre haute de la tour, me répondit. Je déposai mon fusil au pied du mur en talus. Je grimpai le rempart. Je sautai sur la terrasse. Au même instant, la porte de la tour s’ouvrit. Lucy, franchissant le dernier degré et marchant comme quelqu'un qui veut assoupir le bruit de ses pas, s’avança vers l'allée où je l’attendais un peu dans l'ombre. Une lune splendide éclairait de ses gerbes froides, mais éblouissantes, le reste de la terrasse, les murs et les fenêtres de la tour, les flancs de la vallée.

Nous étions enfin au comble de nos rêves. Nos cœurs battaient, Nous n’osions ni nous regarder ni parler. J'essuyai cependant avec la main un banc de pierre couvert de neige glacée. J'y étendis mon manteau, que je portais plié sous mon bras, et nous nous assîmes un peu loin l’un de l’autre. Nul de nous ne rompait le silence. Nous regardions tantôt à nos pieds, tantôt vers la tour, tantôt vers le ciel. À la fin je m’enhardis : « O Lucy ! lui dis-je, comme la lune rejaillit pittoresquement d’ici, de tous les glaçons du torrent et de toutes les neiges de la vallée ! Quel

- bonheur de la contempler avec vous ! — Oui, dit-elle, tout est plus beau avec un ami qui partage vos admirations pour ces Paysages. » Elle allait poursuivre, quand un gros corps noir, Passant comme un boulet par-dessus le mur du parapet, roula dans l'allée, et vint, en deux ou trois élans, bondir sur nous en aboyant de joie.

C'était mon chien qui m'avait suivi de loin, et qui, ne me voyant pas redescendre, s'était élancé sur ma piste et avait grimpé comme moi le mur de la terrasse, À sa voix et à ses

bonds dans le jardin, les chiens de la cour répondirent par de longs aboiements, et nous aperçûmes dans l’intérieur de la maison la lueur d’une lampe qui passait de fenêtre en fenêtre en s’approchant de la tour. Nous nous levâmes. Lucy s’élança vers la porte de son escalier, dont je l’entendis refermer précipitamment le verrou. Je me laissai glisser jusqu’au pied du mur dans les prés. Mon chien me suivit. Je m’enfonçai à grands pas dans les sombres gorges des montagnes en maudissant l’importune fidélité du-pauvre animal. J'arrivai transi sous la fenêtre de ma chambre.

Je replaçai l’échelle. Je me couchai à l’aube du jour, sans autre souvenir de cette première nuit de poésie ossianique que les pieds mouillés, les membres transis, la conscience un peu humiliée de ma timidité devant la charmante Lucy, et une rancune très modérée contre mon chien, qui avait interrompu à propos un entretien dont nous étions déjà plus embarrassés qu’'heureux. :

Ainsi finirent ces amours imaginaires qui commençaient à inquiéter un peu nos parents. On se hâta de me faire partir avant que cet enfantillage devint plus sérieux. Nous nous jurâmes de nous aimer par tous les astres de la nuit, par toutes les ondes du torrent et par tous les arbres de la vallée, L'hiver fondit ces serments avec ses neiges. Je partis pour achever mon éducation à Paris et dans d’autres grandes villes t. Lucy fut mariée pendant mon absence, devint une femme accomplie, pour le bonheur d’un mari qu’elle aima, et mourut jeune, dans une destinée aussi vulgaire que ses premiers rêves avaient été poétiques. Je revois quelquefois son ombre mélancolique et diaphane sur la petite terrasse de la tour de ***, quand je passe, l'hiver, au fond de la vallée, que le vent du Nord fouette la crinière de mon cheval ou que les chiens aboient dans la cour du manoir abandonné.

(Les Confidences, VI, vi à XVI.)

Lamartine continue de flâner à Mâcon, ou à Milly. Bientôt son tempé-

rament l’entraînera : les craintes de sa mère vont se justifier. Le « grand

diable de Bourgogne », comme il s'appelle lui-même, devient un redoutable galant2. C’est la période de ses «dévergondages». Il la résume en cestermées:

1. Lamartine n’acheva jamais, régulièrement du moins, son éducation, et il ne partit que

plus tard pour Paris, 2. Pour plus amples détails sur ces années de jeunesse, voir notre introduction à Gra-

ziella (BIBLIOTHÈQUE LAROUSSE).

€ J'étais lié avec ce qu’il y avait de plus évaporé et de plus « turbulent dans la jeunesse de mon pays. J'allais aux égare- « ments par toutes les pentes, et cependant ces égarements me « répugnaient. Ils n'étaient que d'imitation et non de nature. ( Quand j'étais seul, la solitude me purifiait. »

(Les Confidences, XI, xxn.)

Il lisait aussi, et plus que jamais : Ossian, Young, Pope, Shakespeare, Addison, Sterne, Corinne, Werther, Jacopo Ortis, Montaigne, Alferi, Chateaubriand, et ce livre : la Nouvelle Héloise, dont il s'étonne que « le feu n’y prenne pas! »

Souvent, maintenant, il écrit des vers.

« Les poètes anti-poétiques du xvirre siècle (avouera-t-il plus tard), Voltaire, Dorat, Parny, Delille, Fontanes, La Harpe, Bouffiers, versificateurs spirituels de l’école dégénérée de Boileau, furent mes modèles dépravés, non de poésie, mais de versification. J'écrivis des volumes de détestables élégies amoureuses avant l’âge de l'amour, à l’imitation de ces faux poètes. »

(Cours familier de Littérature, Entretien XXTII, 1857.)

La correspondance de ces années-là recèle de nombreuses pièces : épitres ou élégies, antérieures à l’éclosion de la véritable poésie lamartinienne et qu’à peine elles laissent prévoir.

Le mardi 19 mars 1811, Lamartine prononce à l’Académie de Mâcon où il vient d’être élu, un discours de réception Sur l'Etude des Littératures étrangères, discours dans lequel il a mis « tout ce qu’il sait de latin, d'’italien, de

grec, et d’anglais surtout ».

C'est vers cette époque environ qu’on peut placer le joli tableau qu’on va lire.

Sortie d'Église.

C'Érair un dimanche ; les cloches de la seule église qu’il y eût alors à Mâcon 1 sonnaient pour appeler les fidèles à la messe de dix heures.

En La seule église» .est sans doute, vers 1812, la chapelle de Ja paroisse de Saint- Pierre. Quelques années plus tard il aurait pu ajouter la nouvelle église Saint-Vincent.

Je sortis, et je suivis la foule dans le parvis. Là, je rencontrai quelques parents et quelques amis de la maison, qui m'’arrétèrent et qui s’entretinrent avec moi pendant les cérémonies, sous les arbres1, La messe finie, la foule sortit avec recueillement et passa par groupes sous nos yeux, comme dans une revue des familles ; noblesse, bourgeoisie, artisans en habits de fête, confondus comme l’humanité devant Dieu. On sait que, dans les villages et dans les petites villes, c'est le jour et l’heure de la semaine où l’on se rencontre, où l’on s’aborde sans se fréquenter habituellement, où l’on échange un moment sur le chemin, sur la place, dans la rue ou à la porte de l’église, un salut, un geste, un regard ; quelquefois une courte conversation entre fidèles d'une même paroisse, entre habitants d’une même ville, C’est l’heure et la place aussi où les oisifs, les curieux, les jeunes gens qui cherchent de l’œil les belles jeunes filles invisibles à la maison les autres jours de la semaine, se forment en groupes ou se rangent en ligne pour voir passer et pour suivre d’un regard et d'un murmure d’admiration les beautés qui sont la grâce et la célébrité du pays. Je regardai machinalement comme tout le monde, mais sans attention et sans préférence, la foule qui sortait en s’offrant l’eau bénite du doigt au doigt. J'attendais ma mère.

Elle parut une des dernières, car elle prolongeait toujours de quelques instants ses pieuses oraisons, inclinée, les yeux fermés, les mains jointes, sur sa chaise, après les offices, pour laisser plus d’adoration de son cœur et emporter plus de bénédictions sur ses enfants. Ce jour-là, elle avait prolongé davantage sa sta-

; tion de prière, car elle avait prié pour moi.

Le soleil de printemps frappait sur les pierres moulées de la porte ; la lumière sereine du matin se mêlait sous le porche avec la lumière lointaine et intérieure des cierges ; ces deux jours confondus et luttant se réverbéraient sur le visage de ma mère, comme la nature et la grâce chrétienne se rencontraient et s’harmonisaient incessamment dans son cœur. Ses lèvres commençaient à sourire aux personnes de sa connaissance qu'elle apercevait du haut des marches sur le parvis ; elles gardaient encore cependant la dernière impression de la pensée de Dieu et du

1. Lamartine écrit en 1850, alors qu’il est devenu presque libre penseur. On peut tenir pour assuré qu’il ne se contentait pas, à l’époque où se place ce récit, d'accompagner sa mère jusqu’au seuil de l’église sans y pénétrer lui-même.

recueillement d'où elle sortait. La pâleur et les larmes du matin s'étaient complètement effacées sous la paix qu'elle puisait toujours dans le commerce du ciel, et sous cette animation vermeille que la chaleur de l’église et la contention de la prière répandent sur les traits. Les marches obstruées de mendiants, de pauvres femmes endimanchées, d'enfants et de vieillards infirmes, ralentissaient l'écoulement des assistants, et retenaient ma mère sur cette espèce de piédestal où tout le monde pouvait la regarder.

Elle avait dans l’élévation et dans l'élégance de sa taille, dans la flexibilité du cou, dans la pose de sa tête, dans la finesse de sa peau rougissant comme à quinze ans sous les regards, dans la pureté des traits, dans la souplesse soyeuse de cheveux noirs ruisselants sous le chapeau, et surtout dans le rayonnement du regard, des lèvres, du sourire, cet invincible attrait qui est à la fois le mystère et le complément de la vraie beauté. On la croyait toujours à vingt ans, car elle n’avait que l’âge de ses impressions, et ses impressions avaient l'éternelle fraîcheur de son éternelle virginité d'esprit. Entre elle et ses filles, il n’y avait que la distance de la branche au fruit ; le regard les cueillait ensemble et ne les séparait pas.

Ses filles, au nombre de cinq, se groupaient toutes en ce moment autour d’elle, comme dans un tableau de famille ordonné par le plus grand des sculpteurs et le plus pittoresque des peintres, la nature et le hasard. Leurs figures charmantes et diverses, quoique harmonisées par ce qu’on nomme l’air de famille et par la similitude du costume, se détachaient un peu en arrière de leur mère, sur le fond plus sombre du portail de l’église, où les arceaux surbaissés gardaient un peu de nuit. On eût dit un groupe d’anges du matin, sortant à demi des ténèbres pour se montrer un à un au jour, dont ils sont à la fois l’émanation et l’éblouissement. La lenteur du mouvement de la foule, les haltes fréquentes sur la même marche du perron, donnaient le temps de bien contempler ces belles statues animées. Je les revoyais moi-même pour la première fois ensemble, depuis la sortie des plus âgées du couvent. Je ne pouvais m'empêcher de participer au frémissement de faveur générale que je voyais se presser et que j'entendais s'élever autour de moi pour cette admirable réunion de figures, pour ce bouquet de famille auquel je tenais de si près.

Lamartine trace longuement le portrait de chacune de ses sœurs : Cécile, Eugénie, Suzanne, Césarine, et Sophie.

Puis il reprend :

.… Ma mère, qui me cherchait involontairement des yeux pour se parer de tout son bonheur, groupé ainsi autour d’elle à la porte de la maison de Dieu à qui elle reportait tout, me fit un sourire et un signe. Je perçai la foule, et me joignis à mes sœurs et à elle. Mon père nous attendait un peu plus loin. Nous revinmes lentement tous ensemble à la maison, accompagnés encore de quelques amis de la famille qui nous accostaient de rue en rue. La foule se rangeait et murmurait des demi-mots d’admiration en voyant cette mère au milieu de ce charmant COrtège qu'elle s'était fait à elle-même. C'était la Niobé des bords de la Saône avant ses malheurs, Je lisais dans tous les yeux la cordialité et la bénédiction intérieure des physionomies du peuple sur cette belle et sainte femme. Je marchais seul à quelques pas derrière ce gracieux faisceau de mes jeunes sœurs, dont je voyais les blondes tresses flotter sur leurs robes, de même coupe et de même couleur. Le spectacle de ce père et de cette mère ramenant de la maison de prière à la maison de tendresse cette chaîne d’enfants aimés, aimants, heureux et beaux ; de ces amis, de ces parents, de ces voisins, de ces artisans, de ces serviteurs s’associant des yeux, du sourire et du cœur à cette magnificence de nature, dans une famille aimée de tous, me fit une forte impression qui ne s’effaça plus. Je comparai, sans m’en rendre compte, cette innocence, cette pureté, cette sérénité de cette mère et de ses filles, cette majesté du père, cette sécurité de la conscience, du devoir et du bonheur, dans ce cercle d’affections vivantes, ainsi resserré autour de la maison de notre berceau, avec les évaporations, les délires, les plénitudes et les vides désespérés du cœur que je venais d’éprouver tour à tour dans mes premières excursions à travers la vie. Je ne pus m'empêcher de reconnaître en moi-même que si Dieu a mis le délire dans les songes, il a mis le bonheur et la paix de l’âme dans les réalités. Une famille vertueuse et tendre est la racine de l’arbre de la vie. Quand la branche se détache du tronc, le vent l'emporte aux tourbillons et aux précipices.

(Nouvelles Con fidences, I, x1-x1v.)

Le premier Voyage en Italie.

Au début de 1811, Lamartine s’éprend éperdument d’une jeune fille de Mâcon : Mlie Henriette Pommier. Il proclame qu'il « l'aime pour la vie ». Il veut à tout prix l’épouser. Des deux côtés, les parents refusent d'autoriser ce mariage. Lamartine menace de prendre « un parti violent ».

Une diversion se présente : la possibilité d’un séjour en Italie. Notre amoureux féru accepte d'emblée cette « occasion unique et charmante ». Il part en juillet. Quelques semaines plus tard, « sa femme » est oubliée pour les beaux yeux de jolies florentines!. Deux mois après il est à Naples, et se lie avec « Graziella »°?.

Au retour d'Italie (mai 1812), Lamartine est désigné pour faire partie des gardes d'honneur de l'Empereur. Pour se soustraire à cette obligation, le jeune homme se fait nommer maire de Milly et prend dans ces fonctions « un premier sentiment d’administration populaire ».

Il continue de s’ennuyer, ébauche diverses tragédies, plus un poème épique. Il rêve, il lit, il versifie, cependant que l’Europe se coalise contre Napoléon.

Lamartine Garde du corps.

L'Empire vient de s'écrouler ; les Bourbons remontent sur le trône.

Mon PÈRE se décida tardivement à aller présenter son fils au roi. Il demanda pour toute faveur de me faire recevoir dans une compagnie des gardes du corps commandée par le prince de Poix.

La compagnie était complète ; mais quand le prince de Poix me vit, il se récria si haut sur ma figure, sur ma taille, sur ma physionomie, propres à faire honneur à sa compagnie, que je ne pus m'empêcher de rougir de l’admiration trop enthousiaste et trop ouvertement exprimée de mon général. Mon père sourit en recevant les compliments du prince. Le prince entr'ouvrit les portes des bureaux de son état-major, et, appelant à haute voix dans la salle des revues les généraux et les officiers qui travaillaient à son recrutement : « Venez, messieurs, leur dit-il en me faisant poser assez légèrement devant tout le monde; regardez ce jeune homme qui se présente et qu’on refuse. Peut-on refuser une pareille taille, une pareille tournure pour le service du roi ? Je veux qu’il soit reçu à l'instant ; ma compagnie n'aura pas un plus beau garde. » Je fus applaudi et reçu.

Le prince m’accompagna, à ma sortie avec mon père, en

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