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sociétés modernes, comme la vérité évangélique fut, dès le principe, appliquée à la législation civile et aux mœurs. »
(Sur la Politique rabionnelle, 1x à vx, Dassim).
Pour réaliser cette œuvre de l'époque «qui pourra s'appeler évangélique», Lamartine propose et expose un programme complet de réformes libérales et démocratiques.
On peut accepter transitoirement la monarchie constitutionnelle. « La forme des gouvernements modernes c'est le &ouvernement critique de la discussion, du consentement commun ; C’est la république, maisla république mixte, à plusieurs Corps, à une seule tête : république à sa base, monarchie à son sommet ». — Le chef ? « Qu'on le nomme président ou roi, peu importe: il n’est plus MOonarque, il n'a plus le pouvoir d’un seul. » — Suppression de la pairie aristocratique et héréditaire ; Chambre unique; liberté de la presse ; diffusion de l’enseignement primaire, libre et gratuit ; séparation de l’Église et de l'État ; suffrage universel, mais proportionnel aux capacités ; réforme complète de Ja législation criminelle, et avant tout abolition de la peine de mort. « Telles sont les lignes générales du programme dont la « Politique rationnelle développe l'expression, Lamartine est, sur tous les « points, plus prophétique qu’utopique. Ce poète, dont l'imagination lit- « téraire s'envole si haut, a dans l’ordre politique le sens des réalités. Cette « brochure sera la préface de sa destinée glorieuse et tragique ; maïs elle lui « survivra. Elle reste, en effet, comme le témoin impartial et magnifique d’une « pensée assez originale et assez puissante pour dominer encore aujourd’hui « nos incertitudes et s'imposer à nos réflexions ». (L. BARTHOU.)
La Vertu politique et l’Idée de Liberté.
UNE IDÉE vraie, une idée sociale, descendue du ciel sur l’humanité, n’y retourne jamais à vide ; une fois qu’elle a germé dans quelques cœurs droits, dans quelques esprits logiques et sains, elle porte en soi quelque chose de vital, de divin, d’immortel, qui ne périt plus tout entier ; le5 passions, les vils intérêts, l'ignorance, l'habitude, les préjugés, la haine, peuvent l’écraser sous leurs pieds, peuvent la mutiler sous le sabre ow sous la hache ; ses fruits sont retardés d’un jour, d’un siècle ow deux peut-être (la Providence a la main pleine de siècles, et ne les compte pas dans son œuvre) ; mais au siècle marqué, mais au jour fatal, et peut-être y Sommes nous |! l’idée vivace, dont la semence a été répandue et multipliée par les orages mêmes, éclôt dans tous les esprits à la fois ; tous les partis la revendiquent comme leur : toutes les opinions l’avouent comme le fond de leur pensée commune : prévu ou imprévu, un événe-
ment arrive, un accident peut-être, et le monde est renouvelé. L'idée de liberté a tous ces caractères ; si la France voulait, si le pouvoir savait, ce grand fait de rénovation sociale s’opérerait sous nos yeux : rien ne s’y oppose, rien ne résiste dans les choses comme dans les esprits ; l'heure a sonné.
Mais la France veut-elle ? mais le pouvoir sait-il ? Oui, la France voudrait, mais elle veut faiblement ; ses longues convulsionsi, son repos de quinze ans?, sa position fausse sur un droit méconnu et sur un droit contesté5, sa peur des nouveautés, sa lassitude des expériences, sa défiance de l'erreur, de la vérité même, son industrialisme, culte amollissant de l'or, son engouement prompt, son dégoût rapide, ses éblouissements de gloire militaire, sa secrète faveur pour un despotisme qui la flatte avec des conquêtes, qui l’étourdit avec des tambours, l'esprit de faction, de haine, de dénigrement mutuel qui use ses forces contre soi-même, et surtout, disons-le, son peu de foi dans la haute morale, l’affaiblissement du sentiment religieux, sentiment qui vivifie tous les autres, héroïsme de la conscience, sans lequel l'humanité n’a pas assez de foi en elle-même, ne comprend pas assez sa propre dignité, ne place pas son but assez haut, n’a pas assez la con‘ ance et le désir de l’atteindre : tout cela a altéré en nous le principe des grandes choses, le mobile des résolutions généreuses et fortes, la base morale de toute institution libre, la vertu politique. C’est la vertu politique qui nous manque, et c'est ce qui me fait douter de nous et trembler sur nous ! La vertu politique ? je sais que la liberté la produit en l’exerçant ; mais il en faut déjà pour supporter la libertés. Quand Rome ne comptait plus qu'un Caton, César n'était pas loin.
Mais le pouvoir sait-il ? Non, s’il continue à chercher sa base dans un élément qui manque dès aujourd’hui, qui manquera plus encore dans l'avenir, l’aristocratie; dans la restriction, et non dans l'expansion du droit et de l’action politique ; s’il continue à resserrer la main au lieu de l'ouvrir tout entière, s’il veut régner et non guider, s’il veut dresser sa tente d’un jour, et forcer l’esprit social à une halte précaire dans le défilé où le dix-neuvième siècle est arrivé, et où il étoufiera, s’il ne le tra-