‹ Œuvres de Lamartine en sept volumesChapitre 26 sur 88 · RL · texte numérisé non relu

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taires, la poésie sacrée et lyrique des âges d'enthousiasme et de rénovation religieuse : et moi, méditant sous ma tente, et recueillant des vérités historiques ou des pensées sur toute la terre, la poésie de philosophie et de méditation, fille d’une époque où l'humanité s’étudie et se résume elle-même jusque dans les chants dont elle amuse ses loisirs.

Voilà la poésie tout entière dans le passé ; mais dans l’avenir, que sera-t-elle ?

Dans les Ruines de Balbek*.

Environ un mois après son retour à Beyrouth, le 6 décembre 1832, Lamartine perdit sa fille unique Julia (Voir le vol. Poési, II, p. 28 et suiv.). Le journal du poète, interrompu par ce deuil, ne fut repris qu’à la date

du 28 mars 1833.

29 mars 1833°.

J'avais traversé les sommets du Sanninÿ, couverts de neiges éternelles, et j'étais redescendu du Liban, couronné de son diadème de cèdres, dans le désert nu et stérile d'Héliopolisé, à la fin d’une journée pénible et longue. A l’horizon encore éloigné devant nous, sur les derniers degrés des montagnes noires de l’Anti-Liban, un groupe immense de ruines jaunes, doré par le soleil couchant, se détachait de l’ombre des montagnes et se répercutait des rayons du soir. Nos guides nous le montraient du doigt et s’écriaient : Balbek ! Balbek ! C'était en effet la merveille du désert, la fabuleuse Balbek, qui sortait tout éclatante de son sépulcre inconnu, pour nous raconter des âges dont l’histoire a perdu la mémoire. Nous avancions lentement au pas de nos chevaux fatigués, les yeux attachés sur les murs gigantesques, sur les colonnes éblouissantes et colossales, qui semblaient s'étendre, grandir, s’allonger à mesure que nous approchions : un profond silence régnait dans toute notre caravane ; chacun aurait craint de perdre une impression de cette heure en communiquant celle qu'il venait d’avoir. Les Arabes mêmes se taisaient, et semblaient recevoir aussi une forte et grave pensée

1. Ce morceau a également paru en 1834 dans Les Destinées de la Poésie, 11 y fait immé: diatement suite au précédent, auquel il est relié par ces mots : « Un autre jour, deux mois plus tard, …. » 3 \

2, En réalité le 19, d’après le manuscrit.

3. Le Diebel-Sannin : un des principaux massifs du Liban méridional.

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